La mondialisation au petit-déjeuner

En France, pendant les vacances de Noël, j’ai remarqué que les fameux biscuits Petit Déjeuner, de LU, avaient changé de nom. Pourquoi pas. Mais mon attention a surtout été retenue par un petit texte, au dos du paquet, qui prétend justifier le changement de nom:

LU Petit Déjeuner devient belVita Petit Déjeuner.

Parce que vos délicieux biscuits méritent un vrai nom, identique partout dans le monde.

Et voilà: un vrai nom, ce serait donc un nom qui est “identique partout dans le monde“. Comme si un biscuit allait nous sembler meilleur parce que les Chinois, à l’autre bout de la planète, lui donnent le même nom que nous. De retour en Espagne Euskadi, j’ai voulu vérifier au supermarché: les mêmes biscuits, avec le même nom, dans le même emballage, étaient apparus dans les rayons. Cette internationalisation d’un produit, qui passe par l’uniformisation de son appellation, ne révèle-t-elle pas en fait l’un des aspects les plus désagréables de la mondialisation? Lire la suite

La visite des Rois Mages n’est-elle pas bizarre?

En Espagne, la fête de l’Épiphanie est importante: c’est à cette occasion que les Rois Mages apportent leurs cadeaux aux enfants. Au Pays basque, où l’on aime se distinguer du reste de l’Espagne, c’est la nuit de Noël qui prime: cette nuit-là, un charbonnier, Olentzero, descend de sa montagne et dépose les cadeaux devant le sapin de Noël [1]. Mais cela n’empêche pas d’organiser, le soir du 5 janvier, le défilé des Rois mages. Ainsi, hier, à la tombée de la nuit, les Rois Mages ont parcouru les rues de mon village, distribuant des pâtes de fruits aux enfants. Comme on m’avait demandé de faire partie de la garde rapprochée de Balthazar, pour la plus grande joie de ma fille, j’ai participé à cette procession: pour plus de vraisemblance, j’avais retiré mes lunettes de myope si bien que ce fut une expérience très impressionniste, avec des tâches de couleurs qui ondulaient à la lueur des flambeaux et les cris des enfants qui essayaient d’obtenir des bonbons. Tout en marchant, sabre en main, je réfléchissais à cette tradition des Rois Mages. C’est un épisode, uniquement relaté dans l’Évangile de Matthieu, dans le chapitre 2, qui m’a toujours intrigué. En effet, la visite des mages à Bethléhem est pour le moins insolite. Que nous dit Matthieu [2]? Lire la suite

Les Lumières ont fini par s’éteindre au Caire

L’Expédition d'Égypte sous les ordres de Bonaparte (Léon COGNIET, 1798)

On oublie souvent que Napoléon BONAPARTE, grand lecteur de ROUSSEAU, était un homme des Lumières. Et on ne risque pas de s’en souvenir longtemps, étant donné que l’Empereur a pratiquement disparu des programmes d’histoire. Bonaparte était un véritable esprit scientifique, curieux de tout, si bien qu’il prend l’habitude, dès la campagne d’Italie, de se faire accompagner de savants.

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Crise de l’euro: les Européens sont-ils destinés à n’être que des zonards?

Ce 28 novembre, alors que l’agence de notation Moody’s affirme que «l’aggravation rapide de la crise de la dette dans la zone euro menace les notes de solvabilité de tous les pays européens», l’OCDE s’est inquiétée des risques de récession dans la zone euro. On le voit, la zone euro est au coeur de l’actualité. La crise de la dette grecque (350 milliards d’euros, soit 160% du PIB) menace de s’étendre à une zone euro qui est fragilisée par la baisse des valeurs du secteur bancaire européen et par la hausse des taux d’intérêts. Les marchés financiers en viennent donc à douter de l’avenir de la zone euro et l’on commence, ici ou , à remettre en question l’existence même de l’euro. Le sort de la monnaie unique semble désormais se jouer en Italie et en Espagne. Or, en supposant que l’euro disparaisse, qui le regrettera? Que représente cette monnaie, sinon une monnaie sans identité? Doit-on s’alarmer lorsque Nouriel ROUBINI, économiste américain qui avait prévu avant tout le monde la crise financière, annonce l’effondrement «imminent» de la zone euro? Ne l’a-t-on pas cherché: cette zone euro n’est-elle pas finalement destinée à n’être peuplée que de zonards? Lire la suite

On ne peut être normal et vivant à la fois

Le peintre anglais Charles BENAZECH a représenté en 1793 Louis XVI qui déclare au pied de l'échafaud: «Je meurs innocent des crimes dont on m’accuse».

Fin août, lors de l’université d’été du parti socialiste, François HOLLANDE, favori des sondages pour les primaires du PS, a voulu justifier son idée d’une «présidence normale»: «Quand on me demande ce qu’est un président normal, je réponds: vous avez aujourd’hui un président anormal, faites la différence». L’auditoire, conquis d’avance, a souri. Il est de bonne guerre que François Hollande, en pleine campagne, s’en prenne à Nicolas SARKOZY. Mais que veut-il dire exactement lorsqu’il dit que le président de la République est «anormal»? Et qu’est-ce que la normalité quand on est un chef d’État? Louis XVI, qui passait son temps libre à bricoler des serrures, était-il un«roi normal» ? Et si le fait d’être normal, quand on est chef d’État, avait des effets pervers? La normalité chez un président de la République n’est-elle pas, au final, une démagogie détestable? Lire la suite

Maritxu Kajoi

Ce soir à Mondragón, comme tous les premiers vendredis d’octobre, des milliers de maritxuzales, essentiellement des jeunes, vont célébrer la fête de Maritxu Kajoi. L’émotion sera à son comble à 20h30 lorsque la Vierge du Rosaire, qui se trouve dans une châsse accrochée au flanc de l’église, recevra une offrande florale. Cette Vierge, qui a reçu le nom affectueux de Maritxu, la “petite Marie”, est considérée comme la patronne des txikiteros, c’est-à-dire ceux qui font la tournée des bars. Les maritxuzales la remercient alors pour toutes les fêtes de l’année et lui demandent de veiller à ce qu’ils soient encore tous là pour faire la fête l’an prochain. Quand on voit, le lendemain matin, ceux qui ont passé la nuit dehors et qui rentrent chez eux en titubant, la mine défaite, on peut se demander quel est le sens de cette fête: la recherche de l’ivresse n’est-elle pas ici plus importante que la dévotion mariale? Lire la suite

Anna Calvi: “Desire”

Anna CALVI était en concert le 15 septembre dernier à Durango. Comme Ainhoa était sur le point d’accoucher, je n’y suis évidemment pas allé. Cela faisait pourtant longtemps que je n’avais pas eu un tel coup de coeur et autant envie d’aller à un concert: la dernière fois, c’était pour Norman, ce groupe d’Eibar, et c’était aussi après les avoir vus live à la télévision. Autant dire que ces toquades sont de plus en plus rares. Est-ce le signe que je vieillis? J’ai trop la sensation que le rock tourne aujourd’hui en rond et qu’il se répète. Comme si les groupes actuels se contentaient de paraphraser ceux d’hier. Lire la suite

Un jour en Euskadi

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Ce vendredi était férié en Gipuzkoa: c’était la fête de la Vierge d’Arantzazu. Comme à l’accoutumée, en l’honneur de la patronne du Gipuzkoa, pèlerins et randonneurs ont afflué par milliers à Arantzazu, les uns pour assister à la messe, les autres pour grimper jusqu’au plateau d’Urbia. Au même moment, la vuelta cycliste entrait en Euskadi pour la première fois depuis 33 ans. Lire la suite

Une indigestion somalienne

Durant le mois de juillet, on nous a beaucoup parlé de la famine qui sévit dans la Corne de l’Afrique. La Somalie est particulièrement touchée car une terrible sécheresse, qui dure depuis deux ans et qui a d’abord affecté les récoltes et l’élevage, est venue s’ajouter à la guerre civile. On estime que 3,7 millions de Somaliens souffrent d’insécurité alimentaire. Les agences des Nations Unies, telles que l’OCHA, le HCR, l’UNICEF ou la FAO, se sont mobilisées et ont dénoncé une situation catastrophique qui, en attendant la prochaine saison des pluies, en octobre, risquait de s’amplifier: “La situation actuelle représente la plus sévère crise humanitaire dans le monde aujourd’hui et la pire crise de sécurité alimentaire depuis la famine de 1991-1992 en Somalie”, selon l’ONU qui ajoute que “près de 12 millions de personnes” sont menacées. Les médias nous ont montré les images habituelles de terres arides, d’enfants décharnés, de camps de réfugiés, et de distribution de vivres à des silhouettes fantomatiques. Étrangement, un mois plus tard, on n’entend guère parler de cette famine. Lire la suite