L’art de la cueillette au Pays basque

Avec l’automne vient l’époque de la chasse et de la cueillette. Et soudain, c’est comme si l’on trouvait au Pays basque les résidus d’une société de chasseurs-cueilleurs! Certes, les basques ne nomadisent pas en quête des ressources végétales et animales qui vont assurer leur subsistance, mais on retrouve ici ce lien étroit avec la nature qui caractérise tant de peuples autochtones.
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C’est mon beau-père qui m’initie aux joies de la collecte. Ainsi, le matin, alors que nous entendons au loin les coups de feu tirés par les chasseurs, nous partons à flanc de montagne, en bordure de lac, en quête d’endrinas, ces petites prunes sauvages -sylvestres comme on dit ici- avec lesquelles nous allons fabriquer notre patxaran.
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Le prunus spinosa est un arbuste épineux que l’on trouve à la lisière des forêts de hêtres ou le long des sentiers ruraux. Nous concentrons nos efforts de cueilleurs sur certains arbustes qui, mieux exposés, très ramifiés et touffus, sont particulièrement généreux en fruits. Les épines cependant ne facilitent pas la collecte et il ne faut pas avoir peur de s’égratigner, comme si la scarification faisait partie du rituel. Tout est question de patience: on cueille les petits fruits un par un. Le patxaran, ça se mérite! Il arrive que des cueilleurs pressés soient passés plus tôt, prenant les fruits avant qu’ils ne soient mûrs, parfois en arrachant les branches pour aller plus vite: un tel saccage ne peut pas être le fait de vrais basques selon mon beau-père… Le Basque aurait-il donc une relation spéciale avec la nature? Quand les fruits sont à deux ou trois mètres de hauteur, on attrape les rameaux avec une canne et on les tire vers le bas: le bois du prunus spinosa est en effet dur -il pouvait servir autrefois à faire des manches d’outil- mais les branches sont souples et on peut les plier sans nécessairement les casser. Certains fruits sont plus beaux que d’autres: le bleu est plus foncé et le diamètre proche du centimètre. Quand on en a suffisamment collectés, c’est-à-dire une bonne centaine chacun, on s’arrête.
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Comme c’est aussi la saison, on ne peut résister ensuite à la tentation de jeter un coup d’oeil dans les sous-bois pour voir s’il y a des champignons. Mon beau-père est un expert, il a ses coins et reconnaît tous les types de champignons, et, tel un chaman de Sibérie, il sait les
effets hallucinogènes de ces amanites tue-mouches (
amanita muscaria) que l’on a trouvé sur les hauts d’Urbia. Avec son joli chapeau rouge parsemé de flocons blancs, ce champignon est en effet utilisé lors de rituels par de nombreux peuples: les Koryak, nomades du Kamtchatka, qui s’en servent pour prédire l’avenir, établir des diagnostics et avoir des nouvelles des parents morts, mais aussi les Dogrib du Canada et les Ojibwa de la région des Grands lacs.
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Revenons à notre projet de faire du patxaran. Ce digestif originaire de Navarre est un produit de la cueillette à plus d’un titre. Ainsi, on peut ajouter à la préparation de la camomille sauvage que l’on aura également ramassé dans les prairies. Chez eux, mes beaux parents ont toujours de la camomille sylvestre: au Pays basque, la Chamaemelum nobile est traditionnellement utilisée pour soigner les maux de ventres et les problèmes digestifs. Dans Rito y fórmula en la medicina popular vasca [1], Juan GARMENDIA LARRAÑAGA rapporte quelques soins à base de camomille. Certains en usage externe, sous forme d’un cataplasme que l’on applique sur le ventre:
zartagin olioa berotzen jarri eta atzaparkada edo eskukada bat manzanil olio artara botaeta perdigatu. Gero, olio-manzanil auek zapi baten zabaldu eta txilbor gainean fajatuta jarri. Oztutakoan kendu.
D’autres, plus courants, en usage interne: la camomille peut être prise en infusion avec du thym, et c’est encore plus efficace si ces plantes ont été bénies le matin de la saint Jean…fm
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La camomille va donc renforcer les vertus digestives que l’on prête au patxaran. Cet alcool, apparu en Navarre au XIXème siécle, est également très populaire au Pays basque. Nombreux sont les basques qui le fabriquent eux-mêmes en faisant macérer les prunelles qu’ils ont cueillies dans de l’alcool anisé. Les recettes sont variables. Dans un article du Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine publié en 2007, on dénombre en Navarre une vingtaine de recettes: In the Navarre Pyrenees, there were 20 references mentioned maceration as a method of preparation. The most usual is maceration with anisette (with a use entirely internal and digestive), as in the case of the preparate called ‘patxaran’, the most famous and characteristic liquor not only of the Pyrenean region but also of Navarra as a whole. Its production and consumption has also been reported in certain neighbouring villages and towns in the central Pyrenees. En fait, la recette de base est simple: il s’agit de faire macérer pendant 3 à 4 mois les prunelles dans de l’alcool anisé. On peut ajouter, selon le goût, des grains de café, de la camomille, des gousses de vanilles, de la canelle ou encore de l’eau-de-vie.
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[1] GARMENDIA LARRAÑAGA Juan. Rito y fórmula en la medicina popular vasca, Andoain, Txertoa, 1990, 134 pages.
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