Vous préférez le corps ou le sang du Christ?

Il n’y a pas de fête au Pays Basque sans aller de bar en bar, un peu comme on visiterait les chapelles: c’est ce que l’on appelle ici le poteo. Les fêtes religieuses n’échappent pas à la règle comme on a pu le vérifier le jour du Korpus, à Oñati, le 10 juin dernier.
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Le Corpus Christi, qu’on appelait la Fête-Dieu auparavant en France, est une cérémonie qui remonte au Moyen-âge. Cependant, le document le plus ancien qui atteste sa célébration à Oñati date de 1547: une facture de 3 réaux et demi qui correspondait à quatre verres de vin blanc payés par la paroisse aux quatre clercs qui avaient porté le saint sacrement le jour du Corpus Christi! Apparemment, le vin était déjà le corollaire de la cérémonie!
À Oñati, en fin de matinée, la foule envahit donc les rues du centre-ville dans une atmosphère de fête: on attend le passage de la procession. La procession du Corpus sort à midi de l’église San Miguel et s’étire à travers la ville. Pour baliser l’itinéraire, les rues sont jonchées d’herbe fraîchement coupée. Le cortège est composée de différents pasos appartenant à la paroisse, de quatre txistularis et de huit dantzaris munis de castagnettes. La sainte hostie portée par le prêtre est accompagnée par des membres de la confrérie de l’Apostolado qui portent des masques de façon à incarner saint Michel et les douze apôtres. Et dès que la cérémonie est terminée, après une station sur la place de l’hôtel de ville, tout le monde se rue dans les bars! C’est l’heure du poteo!
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Les txantxiku (les grenouilles: surnom des habitants d’Oñati, dont l’origine n’est pas claire) ne boivent pas que de l’eau et pour le Corpus Christi, il semble qu’ils aient une préférence pour le sang du Christ ou pour sa variante houblonnée, et en voyant certains qui commençaient à avoir chaud aux feuilles, je me suis souvenu de cette définition de la fête que donne Roger CAILLOIS dans L’homme et le sacré:

De jadis ou d’aujourd’hui, la fête se définit toujours par la danse, le chant, l’ingestion de nourriture, la beuverie. Il faut s’en donner tout son soûl, jusqu’à l’épuiser, jusqu’à se rendre malade. C’est la loi même de la fête“.

Roger CAILLOIS. L’homme et le sacré, Paris, Gallimard, 1950, 243 pages.


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