Culture et pratiques culturelles

Étude d’un ensemble documentaire.
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Document n°1

Je pratique et j’affine ma « technique du dormir », acte traditionnel par excellence, que mes parents m’ont transmis selon la tradition : technique du corps, pour reprendre l’expression de Marcel MAUSS, « le premier et le plus naturel instrument de l’homme », dont j’ai tiré le mode d’emploi de l’éducation que j’ai reçue, de la société dans laquelle je vis et de la place que j’y occupe.

Dressé à imiter, la nuit, ceux qui m’entouraient, j’ai acquis des pratiques de repos, de couchage et de sommeil particulières, qui me différencient des femmes et des hommes de ces lointains ailleurs que j’ai pu fréquenter. Dormir sur un lit, sur une natte ou suspendu dans un hamac ; avoir l’usage de l’oreiller mou, dur ou n’en point avoir, dormir couvert ou découvert, voilà quantités de pratiques qui sont à la fois des techniques du corps et qui sont profondes en retentissements et en effets biologiques. Autant que manger et de respirer, nous avons besoin de repos, au risque de « tomber de sommeil », à moins, comme Mauss, qui avoue avoir pratiqué l’alpinisme dans sa jeunesse pour « éduquer son sang-froid »- de pouvoir « dormir debout sur le moindre replat au bord de l’abîme ». Après tout, l’Afrique nilotique et une partie de la région du Tchad, jusqu’au lac Tanganyika, est peuplée d’hommes qui aux champs se mettent en échassier, appuyés ou non sur des perches, pour se reposer; postures apprises et adaptées à leur fonction de bergers-sentinelles dans la savane.

Pascal DIBIE, Ethnologie de la chambre à coucher, Paris, 2000, Métailié – Sciences humaines.

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Document n°2

Les cultures ne sont que des systèmes de réponses répétées communes aux membres d’une société. On peut admettre que ce sont les besoins de l’individu qui constituent les motivations de son comportement et qui, par le truchement de ce dernier, sont responsables du fait que la culture et la société sont opérantes.

Aux besoins dont on peut suivre la filiation jusqu’aux tensions physiologiques (se nourrir, dormir, échapper à la douleur, besoins sexuels…) s’ajoutent les besoins psychiques, difficiles à classer et dont les principaux sont: les besoins de réponses affectives, le besoin de sécurité, le besoin de nouveauté.

Les besoins jouent ainsi le rôle de cause première mais à eux seuls, ils ne peuvent, pas plus que les aptitudes, expliquer les formes du comportement. C’est l’environnement, et principalement l’environnement humain qui détermine ces formes: c’est l’interaction de la plupart de ses modèles de conduite, même dans les réponses affectives les plus profondes. (…)

La culture réelle d’une société consiste dans le comportement effectif de ses membres. Or il n’y a jamais de comportements identiques. Toutefois, les variations sont maintenues à l’intérieur de certaines limites, techniques ou sociales, dont la transgression entraîne l’échec ou la sanction. (…)

Une culture est la configuration des comportements appris et de leurs résultats, dont les éléments sont partagés et transmis par les membres d’une société donnée.

Ralph LINTON, Le fondement culturel de la personnalité, 1945.

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Document n°3

Les anthropologues emploient le mot « culture » dans beaucoup de sens différents. Certains d’entre eux l’utilisent comme équivalent de ce que j’appelle une forme de vie sociale. Dans son emploi habituel, en anglais, « culture » […] désigne le processus par lequel une personne acquiert savoir, habileté, idées, croyances, goûts, sentiments, au contacts d’autres personnes ou d’objets comme les livres ou les œuvres d’art. Dans une société particulière, on peut découvrir certain processus de tradition culturelle, en donnant au mot « tradition » son sens littéral de transmission. […]

C’est par l’existence de la culture et de traditions culturelles que la vie sociale humaine diffère fondamentalement de la vie sociale des autres espèces animales.

A.R. RADCLIFFE-BROWN, Structure et fonction dans la société primitive, Paris, 1968, Minuit (1ère éd. en langue anglaise : 1952)


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QUESTIONS:

1/ Pourquoi peut-on dire, d’après le texte de Pascal DIBIE (doc. n°1), que l’action de dormir est une pratique culturelle?

2/ A partir du texte de Ralph LINTON (doc. n°2), vous ferez une liste des besoins physiologiques et vous donnerez des exemples de réponses culturelles.

3/ D’après A.R. RADCLIFFE BROWN (doc. n°3), en quoi les sociétés humaines se distinguent-elles des sociétés animales ?

4/ A partir des 3 documents et de vos connaissances, expliquez ce qu’est la « tradition ».

Synthèse: A partir de l’ensemble des documents, vous proposerez une définition de la «culture» au sens ethnologique du terme.

 


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