Germaine Tillion, ethnologue et résistante.
La figure légendaire de l’ethnographie française, ancienne déportée, opposante viscérale à tous les totalitarismes, est décédée à l’âge de 101 ans à son domicile de Saint-Mandé.
Article publié sur le Figaro.fr le 19 avril 2008.
Elle était l’une des françaises les plus décorées, et partageait avec cinq autres femmes le privilège d’être grand’Croix de la Légion d’Honneur. Germaine Tillion, pionnière de l’ethnologie et résistante française, est décédée samedi dans sa 101ème année. Un décès annoncé Tzvetan Todorov, président de l’association Germaine Tillion.
Cette figure de la résistance avait été déportée à en 1943. Elle a publié l’un des premiers témoignages sur le système concentrationnaire : «A la recherche de la vérité», en 1946, suivi de «Ravensbrück», en 1973. Elle fut Croix de guerre 1939-1945, médaillée de la Résistance avec rosette et médaillée de la déportation pour faits de résistance.
Opposante viscérale à tous les totalitarismes, elle a mené plusieurs enquêtes sur les crimes de guerre allemands, et les camps soviétiques (1951). Elle s’est aussi élevée avec véhémence contre la torture avec l’historien Pierre Vidal-Naquet.
«Ce qui m’a rendue lucide, c’est l’ethnographie. Elle m’a rendue dès le départ respectueuse de la culture des autres», expliquait à la fin de sa vie celle qui pratiqua l’ethnologie dans les années 30 en Algérie.
Elle obtient l’arrêt des attentats à Alger
Un pays avec lequel elle renouera en 1955 à la demande du gouvernement français, empêtré dans la crise algérienne. Elle y crée les Centres sociaux pour les ruraux musulmans déplacés dont elle dénonce la «clochardisation» dans «L’Algérie en 1957», analyse les dysfonctionnements de la société coloniale ( «Les ennemis complémentaires»), enquête sur la torture et les lieux de détention.
En 1957, en pleine bataille d’Alger, elle a réussi à obtenir pour quelques semaines l’arrêt des attentats, après une rencontre secrète avec Yacef Saadi, chef militaire de la région d’Alger.
Germaine Tillion, prix Cino Del Duca (1971) pour l’ensemble de son oeuvre, avait publié deux livres autobiographiques: «La Traversée du mal» (1997) et «Il était une fois l’ethnographie» (2000). Son livre majeur, «Le Harem et les cousins» (1966), est un essai sur le mariage endogame des femmes au Maghreb, considéré comme pionnier.
Le Figaro
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- Publié :
- 19 avril 2008 / 18:35
- Catégorie :
- Mémoire et histoire, Revue de presse

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