L’Amazonie des ethnologues

Article de Philippe ERIKSON, « Amazonie » publié dans Ethnologie, concepts et aires culturelles (Armand Colin, 2001).

L’Amazonie des ethnologues est bien plus vaste que celle des géographes, puisqu’elle comprend, en plus du drainage de l’Amazone, celui d’autres grands fleuves tels que l’Orénoque ainsi que toute la région des Guyanes et le nord du bouclier brésilien (Mato Grosso). A cette zone de 6 millions de km² couverte de forêt tropicale humide, sans doute peut-on rajouter les savanes et pampas du sud du continent (llanos de Mojos, Gran Chaco), dont les habitants ressemblent beaucoup à ceux des régions forestières, en dépit d’énormes différences environnementales.

Les sociétés « amazoniennes » se répartissent sur le territoire de 9 Etats distincts : Brésil, Pérou, Bolivie, Paraguay, Colombie, Venezuela, Equateur, Surinam, Guyana, ainsi que dans un département d’Outre-mer (Guyane française). Leur population ne dépasse pas le million d’habitants, soit à peine 5% de celle des régions qu’ils occupent. En dépit de cette faiblesse démographique, l’Amazonie indigène se caractérise par une profusion ethnique remarquable. Si la Guyane française n’abrite que cinq groupes (Wayana, Wayapi, Emerillon, Palikur et Galibi), on en recense en revanche plus de soixante au Pérou, une cinquantaine en Colombie, plus de trente en Bolivie et, au Brésil, pas moins de deux cents. Leur population oscille entre quelques dizaines de survivants de groupes disloqués, à quelques dizaines de milliers pour les plus importantes (Shipibo, Tikuna, Kayapo, Yanomami). En moyenne, les ethnies contemporaines comptent autour de 500 à 1000 personnes. […]

Environ quatre cents langues différentes sont encore parlées, avec de nombreuses variantes dialectales (pour ne rien dire de celles, plus nombreuses encore, disparues après le décès de leurs derniers locuteurs). Les quatre principales familles linguistiques sont le Tupi, l’Arawak, le Carib et le Gê, dont on trouve des représentants éparpillés sur pratiquement tout le sous-continent. […]

En dépit de cet éparpillement linguistique et ethnique, une très forte homogénéité culturelle caractérise l’ensemble des populations amérindiennes. Peut-être en raison même de cette atomisation qui leur impose de s’ouvrir vers l’extérieur, les sociétés amérindiennes semblent partager ce que Lévi-Strauss appelait une « vulgate américaine », faite de thèmes mythologiques, de valeurs et de croyances qui se retrouvent d’un bout à l’autre du continent. Le constat vaut également à l’échelle des sous-ensembles régionaux, dont la cohésion s’accommode parfaitement d’un plurilinguisme parfois hypertrophié : les sociétés du Haut-Xingu ont une ornementation corporelle, un corpus de mythes et un ensemble de rituels identiques, mais ils proclament leur identité partagée dans six langues totalement différentes. La région du Nord-Ouest amazonien présente un profil tout aussi marqué, et ce malgré (ou faut-il dire grâce à ?) l’exogamie linguistique qui s’y pratique : chacun doit obligatoirement s’y marier avec un conjoint parlant une langue différente de la sienne.

Philippe ERIKSON, « Amazonie » in Ethnologie, concepts et aires culturelles, sous la direction de Martine SEGALEN, Paris, Armand Colin, 2001.

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QUESTIONS:

1/ Pourquoi l’Amazonie des ethnologues est-elle plus vaste que celle des géographes ?

2/ Expliquez les expressions suivantes : homogénéité culturelle, vulgate américaine, exogamie linguistique.

3/ Expliquez le passage souligné.

4/ Vous reporterez autant que possible les différentes informations contenues dans le texte sur le fond de carte de l’Amérique du sud.


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