« La maison brûle, et nous regardons ailleurs »

Jacques Chirac lance sa fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures.

Ce lundi 9 juin au musée du Quai Branly à Paris, Jacques CHIRAC a lancé sa fondation qui oeuvrera pour le développement durable et le dialogue des cultures. L’ancien président s’est exprimé devant des personnalités aussi diverses que Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’Onu, les prix Nobel de la Paix Rajendra Pachauri et Rigoberta Menchu, l’ancien président sénégalais Abdou Diouf ou le chanteur Youssou N’Dour, tous membres du comité d’honneur de sa fondation. «Si chacun se mobilise à l’image de tous mes amis réunis ici», a-t-il ajouté, «peut-être pourrons nous bâtir tous ensemble, dans le respect de l’identité de chacun et de l’ouverture à l’autre, cette société mondiale de justice et de paix qui doit être notre seul horizon». «Je veux aviver et réveiller les consciences», et «mener en toute liberté les combats qui ont toujours été les miens», avait-il déclaré vendredi dernier dans une interview au Figaro. Le président Chirac, qui avait déclaré au sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 «la maison brûle, et nous regardons ailleurs», s’est toujours montré préoccupé pour les pays les plus pauvres, pour la diversité culturelle, ou pour la défense de l’environnement. Toutefois on peut regretter qu’il n’ait pas davantage orienté sa politique en ce sens quand il était à la tête de l’État.

Quatre domaines d’actions prioritaires ont été fixés: l’accès aux médicaments, l’accès à l’eau, la lutte contre la déforestation et le soutien aux cultures menacées. Les premiers projets soutenus concernent notamment l’Afrique. La Fondation va également lancer un programme, baptisé Sorosoro, qui vise à protéger les langues menacées d’extinction: « Sur les quelque 6 000 langues parlées aujourd’hui, 90 % risquent de disparaître au cours du siècle. Est-ce ce que nous voulons ? Un monde qui s’appauvrirait et ne saurait plus préserver que ce qui est immédiatement rentable ? »

Cet engagement de Jacques Chirac pour défendre la diversité culturelle et linguistique est fort appréciable mais ne peut-on pas y voir un paradoxe? Lorsqu’il était Président de la République, quelle a été sa politique en faveur des langues régionales? Pourquoi la France n’a-t-elle pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires? Ou encore s’est-il soucié de savoir si les droits des Amérindiens Wayana du haut Maroni, en Guyane, étaient bien respectés? Où regardait-il? Probablement ailleurs.

Ceci dit, aujourd’hui, laissons ces interrogations de côté et adressons tous nos voeux de succès à la Fondation Chirac.

Fondation Jacques Chirac: http://fr.fondationchirac.eu/

.

Lire l’article paru sur Lemonde.fr le 9 juin 2008:

Jacques Chirac lance sa fondation

“Une société mondiale de justice et de paix.” Tel est l’horizon que l’ancien président Jacques Chirac s’est fixé en lançant sa fondation, lundi 9 juin à Paris. “Au moment où s’impose la nécessité de repenser la notion de progrès pour réconcilier l’homme et son environnement, il faut remettre la culture, la diversité des cultures au cœur même du projet de l’humanité”, a déclaré M. Chirac au Musée du quai Branly.

“Ma conviction est que chaque peuple a un message singulier à délivrer au monde. Chaque peuple peut enrichir l’humanité en apportant sa part de beauté, de création, de vérité”, a-t-il dit. Il “faut envisager une solution à la disparition de ce trésor commun qu’est le patrimoine linguistique de l’humanité. Grâce aux nouvelles technologies, les solutions existent”, a-t-il ajouté.

La Fondation Chirac a lancé un programme sur la défense des langues menacées, qui débute lundi après-midi par un colloque au Musée du quai Branly. Dans ce cadre, elle va aider à lancer la première radio en langue mbendjele pour permettre aux pygmées de la forêt du nord du Congo de continuer à faire vivre leur culture. Parmi les autres projets de la Fondation : le soutien d’un laboratoire de contrôle de qualité des médicaments à Cotonou, ou l’appui à un programme d’accès à l’eau au Sénégal et au Mali.

.

Lire également l’article de Guillaume LAUNET paru dans Libération le 10 juin 2008:

Chirac s’attaque à sa fondation pendant que «la maison brûle».

C’est Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, qui a osé la boutade : «Il y a ici beaucoup d’”ex”. Mais j’espère que “ex” veut surtout dire expérience.» De fait, le comité d’honneur réuni hier autour de Jacques Chirac pour le lancement de sa fondation ressemblait à une réunion d’anciens de la promo «dirigeants du monde». Au rang des ex-chefs d’Etat, de gouvernement ou d’institution, on a pu voir Abdou Diouf (Sénégal), Jean Chrétien (Canada), Joaquim Chissano (Mozambique) ou Federico Mayor (Unesco), mais aussi le chanteur Youssou N’Dour ou les Prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu et Rajendra Pachauri. Un beau panel réuni au musée du Quai Branly, à Paris, pour l’inauguration de la Fondation Chirac, sous-titrée «agir au service de la paix».

L’occasion pour l’ex-chef de l’Etat de prononcer, devant plusieurs de ses anciens ministres, son premier grand discours depuis son départ de l’Elysée, il y a un an. Une allocution où Jacques Chirac a retrouvé l’esprit de sa célèbre phrase «notre maison brûle et nous regardons ailleurs», prononcée au sommet de Johannesburg en 2002 : «La crise alimentaire ou l’ébranlement des finances mondiales nous rappellent que notre monde est confronté à une conjonction de périls sans précédent, a-t-il averti. Nos civilisations techniciennes ont créé d’extraordinaires outils de libération en même temps que de dangereuses impasses.» Avant d’en appeler à «dépasser la simple logique du développement. Qu’est ce que le développement, sinon donner du sens à l’aventure humaine ?» Et même à «fonder un mode nouveau de gouvernance mondiale».

Altermondialiste. C’est donc à ce chantier que s’attelle la fondation. Quatre axes seront développés en priorité : l’accès aux médicaments, l’accès à l’eau, la lutte contre la déforestation et le dialogue des cultures, notamment le soutien aux langues menacées. C’est ce chantier qui a été lancé en premier : le programme Sorosoro vise à mettre en œuvre une «encyclopédie numérique des langues menacées» ainsi qu’une télévision des langues sur Internet. Un sujet cher à Chirac, qui en appelle à l’ONU et l’Unesco pour qu’elles organisent un sommet sur la diversité linguistique : «Sur les quelque 6 000 langues parlées aujourd’hui, 90 % risquent de disparaître au cours du siècle. Est-ce ce que nous voulons ? Un monde qui s’appauvrirait et ne saurait plus préserver que ce qui est immédiatement rentable ?» a-t-il interrogé avec des accents altermondialistes.

Concrètement, la fondation, reconnue d’utilité publique, fonctionne sur des dons privés. Au conseil d’administration, on trouve des fidèles du Président, comme son ex-porte-parole Catherine Colonna, mais aussi l’ancien directeur du FMI Michel Camdessus et des acteurs du développement durable comme le photographe Yann Arthus-Bertrand ou le fondateur d’Alter Eco, Tristan Lecomte.

«Echec terrible». Les premiers contributeurs se recrutent plutôt parmi les grandes fortunes (François Pinault, Liliane Bettencourt) et les grands groupes (Veolia Environnement, Sanofi-Aventis, Gaz de France). Avec une dotation de départ d’un 1 million d’euros, elle participera au financement du laboratoire de contrôle de la qualité des médicaments au Bénin ou d’un plan pour l’accès à l’eau au Sénégal et au Mali. La fondation vise aussi à jouer un rôle sur la scène internationale. Notant «l’échec terrible de la FAO» lors du récent sommet de Rome, Federico Mayor a appelé à l’action : «Il y a beaucoup de groupes de réflexions, de think tanks, mais quel est leur impact ? La fondation Chirac, avec d’autres, peut aider à mettre en œuvre cette capacité créatrice.» Et redonner une place à Chirac sur la scène mondiale ?

.


About this entry