Sexualité et sida chez les Pygmées Aka

Voici un texte très intéressant sur la sexualité des Pygmées Aka que Sorel m’a envoyé pour que je le publie sur ethnoLyceum.

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SEXUALITÉ ET SIDA CHEZ LES PYGMÉES AKA DE LA RÉPUBLIQUE DU CONGO.

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1. LA SEXUALITÉ : EST-CE UN SUJET TABOU CHEZ LES AKA ?

Contrairement à la culture des peuples Bantous et à celle des sociétés où parler de sexe est soumis à des règles de morale, les expressions liées à la sexualité sont presque omniprésentes dans le quotidien des pygmées aka.

De la chasse à la pêche, les termes sexuels sont évoqués pour l’observance des interdits. Lors des querelles conjugales, les injures sont d’ordre sexuel. De l’enseignement par les parents à leurs enfants des vertus des essences, celles liées à la sexualité sont transmises aussi avec soin, car l’avenir conjugal de leurs enfants en dépend. Mais l’usage du vocabulaire sexuel est surtout mis en évidence dans les chants où enfants, jeunes et vieux l’emploient sans vergogne.

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2. L’HABITAT ET LE DÉSIR SEXUEL CHEZ LES ENFANTS AKA.

Le cadre de logement pygmée éveille les désirs sexuels des enfants. En effet, en forêt, où parents et enfants habitent dans des huttes, comme dans les villages mixtes (pygmée-bantou), où l’on installe dans une même case plusieurs lits « tangué » les uns près des autres, bien que les acteurs sexuels soient sous les moustiquaires opaques, les enfants, impressionnés par les ébats érotiques des parents, se mettent par la suite à les imiter. Ce système d’habitat, certes culturel, favorise donc une sexualité précoce chez les enfants pygmées.

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3. MUSIQUE ET SEXUALITÉ.

La musique pygmée, comme celle des autres sociétés africaines est dite fonctionnelle. « Elanda » par exemple est une danse exécutée au clair de lune par les adolescents pygmées qui expriment leur puberté. Cette danse a pour finalité l’union sexuelle entre les jeunes danseurs.

Les parents ne manifestent aucune inquiétude quant à l’absence nocturne de leurs fils et filles du foyer, d’autant plus que les mélodies des jeunes chanteurs traduisent la fonction de cette musique connue de tous.

Au delà de cette musique liée à la sexualité, les moments de retrait de deuil où une grande danse collective est organisée toute la nuit, occasionnent des rencontres sexuelles dont hommes et femmes empiffrés d’alcool et de drogue sont les acteurs.

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4. ENVOÛTEMENT SEXUEL, INFIDÉLITÉ ET DIVORCE.

Les pratiques sexuelles chez les pygmées Aka sont très liées aux essences ayant pour vertus de séduire et manipuler les conjoints. L’une des conséquences de ces pratiques dites « Djambola » est l’inconstance dans la vie sexuelle des pygmées Aka, d’où de nombreux cas d’infidélité et de divorce. Au niveau des jeunes filles, lesquelles sont tourmentées par les envoûteurs, elles favorisent une sexualité précoce.

L’infidélité et le divorce s’expliquent aussi par la faiblesse de l’organe génital de l’homme et par les mauvais soins que la femme leur prodigue.

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5. LE CONCEPT VIH/SIDA CHEZ LES PYGMÉES AKA ET LES RISQUES DE CONTAMINATION.

Le terme « sida » est presque inconnu en milieu pygmée Aka. Ses manifestations et symptômes ne sauraient être interprétés comme une maladie due à un VIH, mais plutôt comme une maladie d’origine surnaturelle qui nécessiterait un désenvoûtement pour que le malade amaigri retrouve la santé. Mais pour le malade qui présente encore un parfait état physique, la communauté court comme dans le reste des sociétés le risque d’être contaminée. D’où la nécessité d’informer les aka sur le sida, sa prévention et ses manifestations afin de leur permettre de faire face aux risques suivants :

Le manque d’information sur l’existence du Sida et ses manifestations.

Le manque d’éducation sexuelle responsable.

La non-utilisation par méconnaissance du préservatif.

La croyance en des méthodes traditionnelle de préservation contre les MST.

La non-utilisation des gants par les accoucheuses pygmées lors des séances d’accouchement.

La fréquentation des prostituées Bantoues par certains Pygmées en séjour en milieu urbain.

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Sorel ETA

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Creative Commons License
Ce texte de Sorel ETA est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

Pour citer cet article:

Sorel ETA, « La sexualité et le SIDA chez les Pygmées Aka de la République du Congo », juin 2008 [Mis en ligne sur ethnoLyceum le 30 juin 2008]. URL : http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/06/30/sexualite-et-sida-chez-les-pygmees-aka/

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En complément, voici un article publié en mai 2007 sur le site Sidanet:

Afrique Centrale : les populations des forêts menacées par le VIH/SIDA

Les habitants indigènes des régions forestières de l’Afrique centrale ont longtemps été isolés du reste du monde, mais à mesure qu’ils s’insèrent dans la société, ils sont de plus en plus menacés par l’exploitation sexuelle et le VIH/SIDA.

Entre 300 000 et 500 000 Pygmées vivent de chasse et de cueillette dans les forêts du Burundi, du Cameroun, de la République démocratique du Congo (RDC) et de la République du Congo, depuis la nuit des temps.

Cependant, la déforestation progressive, l’agriculture, les projets d’infrastructures ainsi que la création de zones protégées ont contraint la population indigène à abandonner son mode de vie traditionnel et à s’intégrer dans le système économique formel en travaillant comme ouvriers saisonniers ou comme paysans dans des fermes commerciales.

Tous ces changements ont amené les Pygmées à côtoyer davantage les ethnies voisines qui affichent généralement des taux de prévalence du VIH plus élevés que ceux enregistrés au sein des populations indigènes.

« Les Pygmées doivent être sensibilisés au VIH/SIDA de toute urgence », a déclaré Sorel Eta, un ethnologue et chercheur de la République du Congo, lors d’une conférence qui s’est tenue dernièrement à Impfondo, à 800 kilomètres au nord de Brazzaville, la capitale congolaise.

Les résultats d’études menées au Cameroun et en République du Congo pendant les années 1980 et 1990 ont confirmé que le taux de prévalence du VIH parmi les Pygmées était inférieur à ceux répertoriés chez les populations voisines, mais qu’une augmentation avait été enregistrée au cours des dernières années.

Une enquête a par exemple révélé que le taux de prévalence du VIH parmi les pygmées Baka de l’est du Cameroun était passé de 0,7 pour cent en 1993 à quatre pour cent en 2003.

Les participants à la conférence d’Impfondo ont souligné que les femmes Twa indigentes du Burundi, de RDC, du Rwanda et d’autres pays d’Afrique étaient contraintes à se prostituer afin de joindre les deux bouts, mais n’ayant aucune connaissance de la pandémie, ces femmes ignoraient les dangers des relations sexuelles non protégées.

« Au Burundi, presque toutes les femmes indigènes sont illettrées . et ne savent pas qu’elles peuvent être infectées au VIH/SIDA », a déclaré Léonard Habimana, le premier journaliste Twa du Burundi et fondateur d’une station de radio privée, Radio Isanganiro, qui sensibilise les auditeurs aux dangers des infections sexuellement transmissibles, à la violence sexuelle et au VIH/SIDA au sein des communautés pygmées.

Kapupu Diwa, qui dirige un réseau créé par les populations indigènes et locales afin de promouvoir la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale, a souligné qu’ « à cause de la pauvreté, l’exploitation sexuelles des femmes indigènes [est] devenue une chose courante ».

« C’est dans un tel contexte que les femmes vendent leur corps pour à peine 0,20 dollar ou parfois même pour des biscuits », a-t-il dit.

La prostitution a également été encouragée par la déforestation et les projets d’infrastructures qui amènent souvent de grands groupes d’ouvriers de passage dans des camps situés à proximité des communautés pygmées.

Par ailleurs, nombreux croient à tort qu’avoir des relations sexuelles avec une femme Twa permet de guérir les hommes porteurs du virus. Ainsi, les femmes Twa sont confrontées à un risque supplémentaire de contracter le VIH.

Les groupes de défense des droits de l’homme ont également souligné que de nombreux abus sexuels avaient été commis sur les femmes indigènes, lors du conflit qui a déchiré l’est de la RDC.

Malgré tous ces risques, les populations pygmées ont généralement peu accès aux services de santé et aux informations sur le virus.

En 2006, le journal médical britannique, The Lancet, a publié les résultats d’une étude qui révélait que la population Twa avait systématiquement plus de difficultés à accéder aux soins de santé que les communautés voisines.

« Même dans les endroits où les installations sanitaires sont en place, beaucoup de personnes ne peuvent en bénéficier car elle n’ont pas les moyens de payer les consultations ou les médicaments, ne possèdent pas les documents et cartes d’identité requis pour se déplacer ou pour suivre un traitement à l’hôpital, ou sont victimes de traitement humiliant et discriminatoire», a constaté cette étude.

© Copyright 2007 IRIN / Sidanet www.sidanet.info


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