Le droit à l’autodétermination pour le Groenland
Dernier vestige de la puissance Viking, le Groenland m’a toujours semblé mystérieux. Il suffit de regarder un planisphère. Il est toujours représenté en blanc, comme une immense banquise, ce qui contredit son appellation de terre verte. Ensuite, la représentation de son territoire sur le plan de la carte est souvent déformée et il semble aussi vaste que l’Afrique alors qu’il est quatorze fois plus petit. En effet, quand on utilise une projection cylindrique, comme celle de Mercator, l’échelle est seulement conservée sur l’Équateur et l’écart croissant entre les parallèles, de l’Équateur vers les pôles, agrandit les latitudes hautes et moyennes par rapport aux basses latitudes. Avec la projection présentée par Peters en 1973, les surfaces sont restituées mais le Groenland se retrouve complètement écrasé. Seule la projection polaire (ci-contre) peut nous donner une idée conforme de ce territoire.
Par sa taille, c’est la deuxième île du monde après l’Australie. Et là, une question se pose : le Groenland fait-il partie du continent américain ou du continent européen ? Parce qu’il a été colonisé par les Norvégiens puis par les Danois, on aurait tendance à le rattacher un peu facilement à l’Europe. Pourtant, usant de son statut de territoire autonome, le Groenland s’est retiré des institutions européennes en 1985 (notamment pour protéger son industrie de pêche et ne pas être soumis aux contraintes de la CEE). Par ailleurs, il est associé au Traité d’assistance et de défense mutuelle inter-américiain de Rio (1947), ce qui le rapprocherait du continent américain. En fait, comme le montre l’excellent article de Matthieu CHILLAUD [1], profitant de sa position géostratégique, le Groenland a réussi à « tisser des relations très particulières avec tous les pays qui bordent l’Arctique ». Cette diplomatie originale repose notamment sur la reconnaissance internationale de la notion de “peuple autochtone”. Reste à se poser la question de l’identité groenlandaise, forcément inuit: le Groenland est peuplé de 58.000 habitants, dont plus de 50.000 Inuits, et la construction identitaire repose, pour l’instant non sans difficulté, sur l’usage d’une langue, le Kalaallisut (ou Groenlandais de l’Ouest) au détriment des deux autres langues autochtones.
Toujours est-il que le Danemark est prêt à reconnaître le droit à l’autodétermination des Groenlandais et, en novembre prochain, un référendum portant sur l’autonomie de l’île sera organisé, qui pourrait à terme mener à l’indépendance de ce territoire. Voilà qui devrait faire plus d’un envieux, ici, en Euskadi…
.
Article publié le 7 juillet 2008 par ICRA:
Danemark : Groenland et autodétermination
.
[1] CHILLAUD Matthieu. Le Groenland, entre contraintes géographiques et vertus diplomatiques, in AFRI, volume IV, 2003. L’Annuaire Français des Relations Internationales est une publication universitaire du centre Thucydide .
About this entry
You’re currently reading “Le droit à l’autodétermination pour le Groenland,” an entry on ethnoLyceum
- Published:
- 7 juillet 2008 / 9:25

No comments yet
Jump to comment form | comments rss [?]