La Semaine sainte, un rituel vécu dans la rue

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La Semaine sainte est un rituel. Il est récurrent: chaque année, pendant la semaine qui précède Pâques,  c’est-à-dire à l’approche du printemps, les confréries de pénitence portent en procession leur Images sacrées à la Cathédrale. Ce rituel est composé de rites, c’est-à-dire des séquences et des actes précis, répétitifs et codifiés. Selon la classification de Marcel MAUSS, ce sont des rites positifs puisque les fidèles y participent activement à travers la dévotion, la prière ou la pénitence. Ainsi, les pénitents qui accompagnent l’Image du Christ en portant leur croix accomplissent un rite expiatoire. Les rites, associés entre eux,  cherchent à produire un ordre que toute interruption ou perturbation pourrait compromettre.  Le public, quant à lui, en assistant aux différentes processions, s’accapare symboliquement le rituel et lui donne son sens social. Chaque confrérie, en participant activement à ce rituel, produit et reproduit l’ordre social car la variabilité que l’on rencontre au sein des différents cortèges processionnels exprime la diversité de la société dans son ensemble. Mais comment ce rituel, organisé à l’échelle de la ville et qui transforme Séville en immense temple, est-il vécu dans la rue?

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1. Les confréries, agents du rituel dans l’espace urbain.

 

Du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques, cinquante huit confréries vont quitter leur temple, la chapelle où elles siègent, et sillonner la ville pour effectuer leur station à la cathédrale et, venant de quartiers différents, elles empruntent chaque fois des itinéraires qui leurs sont propres, avec des horaires précis, proclamés à l’avance lors du Chapitre de la Prise d’Heure (Cabildo de Toma de Horas, institué à la suite du Synode de 1604 qui visait à réglementer le déroulement de la Semaine sainte) que président des représentants du Prélat et du maire de Séville. Toutes les confréries doivent accéder à la cathédrale en passant les unes après les autres par le même parcours officiel (la carrera oficial). Dès lors, chaque après-midi, la municipalité interdit la circulation automobile dans le centre-ville, notamment autour de la place de la Campana et de la cathédrale, qui sont les deux extrémités du parcours officiel, ainsi que dans les quartiers visités par les processions. Une grue se charge de retirer les voitures dont le stationnement pourrait éventuellement gêner le passage d’un cortège.

À partir de la chapelle et du quartier où elle réside, chaque confrérie emprunte un itinéraire différent pour accéder à la cathédrale et en revenir. On peut néanmoins distinguer plusieurs phases que tous les parcours ont en commun:

 

1. Itinéraire aller

1.1. Sortie du temple

1.2. Traversée du quartier d’origine

1.3. Chemin vers le centre-ville

1.4. Accès au Parcours officiel

1.5. Parcours officiel

2. Itinéraire retour

2.1. Retrait du parcours officiel

2.2. Chemin de retour

2.3. Traversée du quartier d’origine

2.4. Entrée dans le temple.

Le parcours officiel débute place de la Campana, comprend ensuite la rue Sierpès (l’axe principal du centre-ville, une rue étroite et piétonne, très commerçante, où, à en croire Tirso de Molina, les compagnons de don Juan Tenorio allaient retrouver les femmes de petites vertus), la place San Francisco (située derrière l’hôtel de Ville), piis l’avenue de la Constitución qui mène à la porte Saint Michel de la Cathédrale. L’entrée des confréries sur la place de la Campana est contrôlée depuis 1918 par une tribune (la tribuna, que l’on surnomme el patíbulo), où des responsables du Conseil Général des Confréries et une représentation de l’autorité ecclésiastique veillent à l’ordre des processions et au bon accomplissement des horaires fixés. On parle de cruz en la Campana lorsque la Croix de guide, qui ouvre le passage de la confrérie, se trouve place de la Campana, au moment d’entamer le parcours officiel.

Le temps de passage d’une confrérie aux différents jalons de son parcours est en effet prévu à la minute près, et le non-respect de cet horaire peut occasionner des embouteillages entre deux confréries. Ainsi, des retards considérables sont parfois accumulés en fin de journée. […]

En tête de chaque procession, le diputado de cruz (un délégué chargé de croix) s’efforce de respecter les horaires prévus et donne en conséquence ses instructions au crucero qui porte la croix de guide : tout en lui rappelant l’itinéraire à suivre, il peut lui dire d’accélérer le pas, de patienter à un carrefour (et donc de baisser la croix en signe d’attente), etc. Il s’agit en effet d’être ponctuel, à l’heure, donc de ne pas perturber le bon déroulement du rituel, et les retardataires s’attirent les réprimandes du Conseil Général des Confréries. La presse locale, reflétant l’opinion publique, se montre d’ailleurs très pointilleuse sur la question, elle chronomètre l’arrivée des confréries sur la place de la Campana, et a l’habitude de commenter sévèrement le laisser-aller dans la conduite de certains cortèges. […]

Respecter les horaires, au moins jusqu’au passage à la Cathédrale, participe au bon accomplissement du rituel. Cependant, il n’est pas facile pour une confrérie de respecter ces horaires car le nombre de pénitents augmente chaque année et chaque cortège a tendance à passer par un même endroit du parcours officiel. Il en résulte que les confréries retournent dans leur temple à des heures beaucoup plus tardives qu’auparavant (entre deux et trois heures du matin). En outre, par rapport au début du vingtième siècle, elles effectuent plus tôt leur sortie du temple, si bien qu’elles restent beaucoup plus longtemps dans la rue (en moyenne sept ou huit heures, mais ce chiffre varie selon leur localisation, plus ou moins proche du parcours officiel et de la Cathédrale). Il est bien sûr difficile de respecter les horaires pour les confréries venant de quartiers excentrés, et qui parcourent parfois en une dizaine d’heures plus de huit ou neuf kilomètres à travers la ville ; aussi le Chapitre de la Prise d’heures fixe-t-il leur passage par le parcours officiel tôt dans l’après midi, quand les porteurs (costaleros) ne sont pas encore épuisés par le trajet : c’est le cas de confréries comme L’Avenir, Sainte Geneviève , Cerro de Aguila, et la Soif qui investissent la place de la Campana entre 17 et 18 heures (ce qui est le début de l’après-midi, juste après la sieste).

Si le parcours moyen des confréries est de 3 à 4 kilomètres, certaines couvrent plus de 8 kilomètres (Cerro de Aguila, la Soif et Sainte Geneviève) tandis que d’autres, qui résident dans le centre, font moins de 2,5 kilomètres (les Boulangers, la Mule, le Saint Enterrement). Indépendamment de la distance qu’elles doivent parcourir, la vitesse moyenne des cortèges est de 500 mètres à l’heure, mais certaines confréries sont plus rapides que d’autres: Cerro de Aguila et la Soif le sont par nécessité parce qu’elles viennent de loin, tandis  que la Solitude de San Lorenzo, la Vraie Croix, la Cinquième Angoisse ou le Linceul Sacré justifient leur réputation de confréries sérieuses en gardant un rythme soutenu. À l’inverse, les confréries de quartier populaires comme les Gitans, le Genêt ou l’Espérance Macarena sont beaucoup plus lentes: la cadence des confréries reflète ainsi le contraste de la fête et de la pénitence propre à la Semaine sainte.

L’enthousiasme de la foule peut parfois ralentir la progression d’un cortège: les gens se pressent devant les pasos pour contempler les Images et un public trop dense peut gêner la progression des pénitents, comme quand la confrérie du Silence, le vendredi à une heure du matin, ne peut pas accéder à la place de la Campana tant la place du Duc est noire de monde.

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2. Le public.

La semaine sainte est un rituel balisé dans le temps et l’espace aussi bien pour les confréries que pour les sévillans, lesquels souvent prennent des congés dès le début de la semaine pour assister aux différentes processions -le triduum des jeudi, vendredi et samedi est en effet férié. En outre, la Semaine sainte attire chaque année davantage de touristes. Si bien que dès l’après-midi, une foule immense envahit les rues du centre-ville, et pour voir les confréries, les gens vont alors adopter un certain type de comportement : rester sédentaire en un endroit qui permette la contemplation de toutes les processions (le parcours officiel ou la sortie de la Cathédrale), ou bien participer activement et changer constamment d’endroit., à la recherche de l’ambiance spécifique de chaque cortège.

Les rues du parcours officiel (Sierpès, puis avenue de la Constitution) sont couvertes de chaque côté de chaises numérotées à louer quotidiennement auprès d’un employé municipal appelé sillero ou parcelista. Pour l’occasion, des tribunes en bois ont été également installées sur la place de la Campana et surtout sur la place San Francisco, où on les appelle palcos: quand ce ne sont pas des touristes, ce sont surtout des notables qui viennent s’y asseoir, essentiellement pour s’afficher.

Certains endroits du parcours officiel sont plus recherchés que d’autres, par exemple parce qu’ils offrent un meilleur point de vue, ou parce qu’ils seront à un moment donné le théâtre d’une saeta (ces oraisons jaculatoires que l’on chante sur le passage des Images), si bien que le prix des places, fixé par la Municipalité, varie selon les secteurs et les jours : la place de la Campana, plus intéressante, est davantage recherchée, la Madrugada (l’aube du vendredi), le Dimanche des Rameaux et le Jeudi saint sont les jours les plus fameux et les plus chers.

Cependant, nombreux sont les sévillans qui préfèrent arpenter la ville à la recherche des confréries. Et munis d’un programme indiquant les différents parcours et horaires, ils rejoignent tel paso à tel coin de rue, courent d’une rue à l’autre pour ne pas manquer le passage d’un cortège, ou affluent en masse sur telle place pour assister à une sortie du temple.

Dès lors, la Semaine sainte apparaît inévitablement pour le spectateur comme une lutte contre l’espace et le temps, et chacun se trouve obligé d’établir son propre programme, c’est-à-dire de déterminer les sorties et les entrées qui méritent d’être vues, choisir les meilleurs endroits qui se prêtent à la contemplation des pasos, savoir que l’on pourra entendre une saeta, etc. puis sillonner la ville en conséquence. Les sévillans ont leurs rues, leurs places et leurs carrefours préférés, et en dehors du parcours officiel, ils ont l’habitude d’investir toujours certains endroits bien particuliers de Séville quand ceux-ci sont visités par un cortège. En parlant avec les Sévillans ou en évaluant la densité de spectateurs, on remarquera l’attrait que suscitent les vieux quartiers historiques du centre-ville ou les quartiers qui ont une identité bien marquée. Assister à la Semaine sainte est ainsi pour le sévillan un exercice de mémoire et d’introspection. [...] Les endroits pittoresques, comme le pont Isabel II (qui relie le centre au faubourg de Triana, situé à l’ouest de l’autre côté du Guadalquivir), les parcs (De Maria Luisa ou encore les Jardins de Murillo), etc. sont également très recherchés, comme les places du centre-ville qui sont des points de repères intéressants. Elles sont généralement noires de monde, d’autant plus que plusieurs confréries peuvent s’y succéder dans une même journée : la Place Neuve (face à l’hôtel de ville), la place de Saint Sauveur (dans le centre, dominée par une église de style churrigueresque), la place du Duc (à deux pas du parcours officiel, où certains cortèges attendent parfois leur tour pour entrer sur la place de la Campana, quand les confréries précédentes ont accumulé du retard), la place de l’Incarnation (à l’est de la Campana), la place du Triomphe (entre la cathédrale et l’alcazar, que traversent les confréries allant vers le sud et l’est de la ville), la place de Pilate ou encore la place du Christ de Burgos…

De façon plus générale, sur le passage d’une procession, la foule est toujours beaucoup plus dense aux abords du temple de la confrérie, c’est-à-dire au départ ou à l’arrivée du cortège. Ensuite, elle reste dense dans le quartier d’origine puisque, souvent, la procession exprime l’identité du quartier. Le chemin vers le centre-ville et vers la place de la Campana constitue un moment intermédiaire et attire moins de spectateurs. Après ce temps creux, le public redevient évidemment nombreux le long du parcours officiel jusqu’à la sortie de la Cathédrale, par la place de la Vierge des Rois qui est noire de monde. Enfin, le retour de la confrérie vers son temple a en général beaucoup de succès: les sévillans sont plus disponibles en soirée et, le rituel ayant été accompli avec le passage à la Cathédrale, la confrérie peut prendre son temps et faire durer le plaisir quand elle revient dans son quartier d’origine.

Ayant établi leur propre itinéraire, les sévillans passent donc chaque après-midi et chaque soirée à courir d’un quartier à l’autre pour assister au passage des cortèges qu’ils affectionnent le plus. Comme il est impossible de tout voir en même temps, ils doivent orienter leur choix vers les confréries avec lesquelles ils ont davantage d’affinités (parce qu’elles résident dans leur quartier, parce que des membres de leur famille sont confrères, parce qu’ils vouent une dévotion particulière aux Images titulaires ou tout simplement parce que les pasos sont particulièrement impressionnants). De plus, chacun s’intéresse aux caractéristiques du cortège et, grâce à la presse locale, il connaîtra les différents orchestres, les capataces qui dirigent les costaleros, les nouveaux éléments (candélabres, manteau de la vierge, insignes, pièces d’orfèvrerie) intégrés aux pasos. Une véritable tradition orale est entretenue autour de chaque confrérie : des anecdotes et des récits qui sont répétés chaque année.

Il faut donc passer d’une confrérie à l’autre sans perdre de temps et surtout en évitant d’être cerné et immobilisé par les cortèges de pénitents. Certains coins de rue sont entièrement embouteillés parce que l’on appelle une bulla, c’est-à-dire une cohue impossible à traverser, qui se forme sur le passage d’une confrérie, notamment quand les gens s’agglutinent devant un paso à l’arrêt pour en admirer les Images. Les bullas les plus denses sont généralement provoquées par la sortie du temple. Ainsi, il serait totalement irréaliste de vouloir assister à la sortie de confréries comme l’Étoile, Saint-Étienne, le Marché aux Puces ou le Silence sans subir une bulla : la cohue est à chaque fois inévitable. Avec la proximité du parcours officiel, où toutes les confréries convergent, les alentours de la place de la Campana sont constamment encombrés pendant toute la Semaine sainte, mais d’autres endroits de Séville sont également propices aux bullas et ce sont bien évidemment ceux que préfèrent les sévillans : la place de l’Alfalfa, la rue Arfe (après un passage délicat par la Poterne de l’Huile, une porte monumentale percée en 1573 dans l’ancienne muraille de la ville), ou encore le mardi les petites rues du quartier de Santa Cruz. C’est pendant la Madrugada, la matinée du vendredi saint, entre minuit et midi) que les bullas sont les plus importantes et les plus nombreuses, à tel point que l’on peut parfois mettre une heure pour parcourir une centaine de mètres.

Quand ils sont pris –englués- dans une bulla, les sévillans savent marcher sans se piétiner les uns les autres, la meilleure attitude consistant alors à se laisser porter par la cohue et s’abandonner complètement aux courants qui animent brusquement la foule dès que le paso est passé. Vouloir résister à cette marée humaine n’entraînerait que des échauffourées. Il est même nécessaire de savoir respirer dans une bulla, pour ne pas se sentir oppressé. Enfin, et c’est inévitable, de nombreux pickpockets se mêlent à la multitude pour exercer leurs activités peu catholiques.

Comme cette course à travers la ville est épuisante, les sévillans prévoient les bars où ils pourront s’arrêter entre deux processions, pour boire une bière, un verre de Manzanilla ou de vino tinto, accompagné de tapas, ces petites amuse-gueules qui permettent de rester en formes : jambon, chorizo, lomos (fines tranches de porc), fromage, olives, tortillas, albóndigas, pescaíto frito, etc. On mange également des torrijas, traditionnel gâteau de Pâques à base de pain, d’œuf, de miel et de vin blanc. Ainsi, tout au long de la semaine, les bars qui se trouvent sur le passage des confréries sont littéralement pleins à craquer, si bien que les consommateurs sont souvent obligés de sortir dans la rue, leur verre à la main. Et bien sûr, la Semaine sainte constitue le principal sujet de conversation : on commente abondamment les différentes processions de la journée et on consulte le programme pour décider de l’endroit où voir la prochaine confrérie.

Les pasos de Christ, qu’il s’agisse d’un mystère, d’un chemin de croix ou d’un crucifié, suscitent généralement une ambiance plus recueillie, à al fois plus introvertie et plus statique, et de nombreux spectateurs se signent ou murmurent une prière, tandis que l’Image de la Vierge donne ensuite l’occasion d’exprimer sa ferveur avec une certaine animation : on l’interpelle, on applaudit sa marche au rythme de l’orchestre, on lui lance des compliments à profusion (piropos) et on se presse devant son paso pour la contempler. De temps en temps, sur le passage d’un paso, un cantaor installé sur un balcon envoie une saeta (littéralement : une flèche) à l’Image. Le cortège interrompt sa marche pour l’écouter et la foule rassemblée dans la rue observe un silence profond. […]

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Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

Pour citer cet article:

Frédéric MAILLAUT, « La semaine sainte, un rituel vécu dans la rue », in Ethnographie de la Semaine sainte de Séville, Université de Paris X -Nanterre, octobre 1989, 200 pages. [Mis en ligne sur ethnoLyceum le 31 août 2008]. URL : http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/08/31/la-semaine-sainte-un-rituel-vecu-dans-la-rue/

Le commerce traditionnel des fruits et légumes à Peñiscola

Sans le savoir, cette petite grand-mère applique les principes du développement durable tout en témoignant de pratiques fort anciennes.

À Peñiscola (province de Castellón, Espagne), on peut observer les vestiges d’une économie traditionnelle en voie de disparition: dans la rue, sur un pas de porte, dans une cage d’escalier ou un garage, des femmes, le plus souvent âgées, proposent des fruits et légumes de la huerta ou du terreno. Pour vendre les produits de leur verger ou de leur potager, elles ont improvisé un étal de marché et attendent le client sur de petites chaises.

Contrairement à ce que le petit port de pêche laisse supposer, Peñiscola est un village qui, avant de vivre aujourd’hui du tourisme, a longtemps vécu de l’agriculture. La longue plaine côtière, qui s’étend jusqu’à Benicarló, fut aménagée à cet effet depuis l’Antiquité. Les nappes d’eau (ullals en valencien) y sont nombreuses, si bien qu’au Moyen-Âge, les Arabes implantèrent un vaste système de norias (sénies en valencien) pour en tirer parti. Au XVIème siècle, on dénombrait ainsi plus de 400 norias entre Peñiscola et Benicarló: c’est dire l’importance de l’agriculture dans ce secteur [1]. Nombre d’entre elles sont aujourd’hui en ruines, menacées par la pression immobilière. Le mode d’irrigation traditionnel reposait donc sur ces roues, qui étaient actionnées par des animaux, et sur une pratique appelée reg per carabassí : on puisait l’eau dans les canaux d’irrigation avec une demi-citrouille, que l’on avait préalablement séchée, vidée et fixée à un bâton pour s’en servir de louche, et on la versait sur les cultures.

Cette agriculture était essentiellement vivrière: elle servait à nourrir la population locale et les paysans vendaient leur surplus à ceux qui ne travaillaient pas la terre, pêcheurs, éleveurs d’ovins, artisans, débardeurs, transporteurs et fileurs de laine. En effet, au pied du château, le port de Peñiscola ne se consacrait pas seulement à la pêche: interface entre l’Aragon et les grands ports de la Méditerranée, principalement Gênes, Peñiscola était au Moyen-âge le principal port exportateur de laine en Méditerranée. [2]

Aujourd’hui, cette agriculture vivrière a disparu des pays développés. Elle est en recul dans les pays en développement du Sud où elle ne permet pas de nourrir une population en forte croissance. À Peñiscola, elle a évidemment disparu, notamment dans la seconde moitié du vingtième siècle, avec l’essor du tourisme, et il n’en reste qu’un témoignage résiduel, avec ces quelques grand-mères qui proposent de façon informelle, au coin d’une rue, les produits de leur potager.

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Revenons donc à notre petite grand-mère, qui, sous des dehors inoffensifs, a un sens du commerce redoutable.

Les prix, au kilo, griffonnés sur des petits morceaux de papier, sont purement indicatifs. Ce sont en général ceux des boutiques voisines. Les produits sont rarement pesés. Deux cuvettes en plastique et des poids ont été pourtant prévus à cet effet, pour improviser une balance, mais le poids des fruits et des légumes est évalué au jugé par la vendeuse. Si l’acheteur est un voisin, on ajoutera au dernier moment dans le sac une tomate ou une courgette. Ce petit geste est une marque de respect ou d’amitié telle que Marcel MAUSS l’a étudiée dans son Essai sur le don [3]. En revanche, le touriste anonyme ne doit pas s’attendre à faire des affaires. Ainsi, les prix sont aléatoires, tout comme la pesée. Ils n’en sont pas moins difficilement négociables. D’ailleurs, pourquoi négocier? Sur quelle base? La vendeuse aura de toute façon le dernier mot, en valencien.

En proposant directement sa propre production et en supprimant ainsi tout intermédiaire, notre petite grand-mère pratique une sorte de commerce équitable, à la fois domestique et sauvage. Certes, ce commerce équitable est débarrassé de toute dimension internationale, puisqu’il ne profite pas à des paysans économiquement défavorisés de pays du Sud, mais il s’apparente bien à un « commerce plus juste, à visage humain », instaurant des relations d’échange « plus directes » entre les producteurs et les consommateurs [4]. De plus, les produits sont ici locaux et écologiques: leur production et leur transport sont sans impact sur l’environnement. Ce type d’échange traditionnel, qui participe à l’économie locale, rejoint donc, involontairement mais sûrement, la notion de développement durable!

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[1] SIMÓ CASTILLO Juan Bautista. El Maestrat, para andar y ver, Vinaròs, Els Diaris, 1986, 368 pages.

[2] MELIS Federigo, “La lana della Spagna mediterránea e della Barberia occidentale nei secoli. XIV-XV.”, in La lana come materia prima, Firenze, 1974.

[3] MAUSS Marcel. Essai sur le don, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, 481 pages.

[4] DIAZ PEDERGAL Virginie. « Le commerce équitable : un des maillons du développement durable ? », Développement durable et territoire, Dossier 5 : Économie plurielle, responsabilité sociétale et développement durable, mis en ligne le 10 janvier 2006. URL : http://developpementdurable.revues.org/document1644.html. Consulté le 26 août 2008.

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Carte: La plaine côtière, de Peñiscola à Benicarlo dans les années 1970.

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Pour citer cet article:

Frédéric MAILLAUT, « Le commerce traditionnel des fruits et des légumes à Peñiscola », août 2008 [Mis en ligne sur ethnoLyceum le 26 août 2008]. URL : http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/08/26/le-commerce-traditionnel-de-fruits-et-legumes-a-peniscola/

Les Indiens de l’Amazonie péruvienne défendent leurs terres

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Depuis une dizaine de jours, des milliers d’Indiens de l’Amazonie péruvienne manifestent contre le gouvernement péruvien. Ils lui reprochent d’avoir promulgué des lois autorisant l’implantation d’industries sur leurs terres. Selon l’AIDESEP [1], qui a appelé à un mouvement de grève dans les régions amazoniennes, ces lois, que l’État péruvien a adoptées sans consulter les Indiens, bafouent les droits des peuples autochtones sur leurs terres et constituent une violation de la récente Déclaration sur les droits des peuples autochtones des Nations-Unies. Les Indiens demandent notamment l’annulation des concessions pour l’exploitation des hydrocarbures, des minerais et du bois sur leurs territoires. Voici le communiqué de l’AIDESEP en date du 8 août 2008 :

Pueblos de la Amazonía inician Movilización Nacional Indefinida en defensa a los derechos a la vida

« Gran movilización de las comunidades y federaciones de la Amazonía se inicia mañana 09 de agosto, Día Internacional de los Pueblos Indígenas, en toda la Selva Peruana. Alberto Pizango, presidente de AIDESEP, afirma que movilización solo será levantada cuando el Gobierno Peruano acepte sus exigencias.

Los pueblos indígenas de la Amazonía peruana ponen en conocimiento del Perú y del mundo que vienen siendo víctimas de una sistemática violación por parte del Estado Peruano respecto a los derechos fundamentales que tienen sobre los territorios, heredados con orgullo por sus ancestros de manera generosa, para que se configure este país hoy llamado Perú.

El responsable de todos estos atropellos es el actual Presidente de la República, Alan García Perez, quien utilizando las facultades legislativas brindadas por el Congreso al Ejecutivo para implementar el TLC, violentó la Constitución Política del Perú y los tratados internacionales que protegen los derechos de los pueblos indígenas, a través de 38 Decretos Legislativos que vulneran los territorios comunales de los pueblos indígenas peruanos.

Teniendo en cuenta que con este accionar el Estado Peruano, a través de su máximo representante, optó por posicionarse al margen de la ley, queremos informar públicamente que a partir de este SABADO 09 de agosto se dará inicio a una GRAN MOVILIZACIÓN NACIONAL INDEFINIDA, en donde participan todas las federaciones y organizaciones indígenas de la Amazonía peruana.

“Y esta medida de lucha solo será levantada cuando el gobierno peruano ponga fin a esta ola de abusos y acepte llevar a cabo nuestras exigencias”, aseguró Alberto Pizango Chota, presidente de AIDESEP.

Asimismo, el dirigente nacional alertó el despliegue de las fuerzas policiales y militares en la selva peruana, situación que podría provocar consecuencias lamentables.

Del mismo modo, las exigencias que demandan los pueblos indígenas de la Amazonía son:

1. Derogación del D. Leg. N° 1073 (antes N° 1015) y de los 38 Decretos Legislativos que vulneran los territorios de los pueblos indígenas amazónicos y de las comunidades campesinas de la costa y sierra.

2. Restablecimiento el carácter inalienable, inembargable e imprescriptible y los derechos colectivos en los territorios indígenas tal como establece la constitución de 1979.

3. Cumplimiento del Convenio 169 de la OIT y el cumplimiento de los demás puntos de la demanda de lucha de los pueblos indígenas del país ».

ICRA International nous apprend que les manifestations ont débuté le 9 août avec l’occupation d’une centrale électrique par des membres de l’ethnie Awajun :

« Armés de lances et de flèches, des centaines de manifestants ont forcé l’entrée d’une centrale hydroélectrique dans la province de Bagua (nord-est), a indiqué à l’AFP un ingénieur de la compagnie publique Electro Norte. […] Dans le cadre de ce mouvement, des dizaines d’indiens ont lancé une action de blocus routier dans la région de Cusco (sud-est), où se trouve le gisement gazier de Camisea, l’un des plus importants du pays. Une embarcation de l’entreprise argentine Pluspetrol, qui exploite le site, a été prise d’assaut par les manifestants, a indiqué l’agence officielle Andina ».

Ces actions ont amené le gouvernement péruvien à instaurer l’état d’urgence dans les provinces orientales de Bagua, Utcubamba et Datem del Maranon, ainsi que la région de Echarate, dans le sud du pays. À la suite de ces évènements, comme nous le rapporte Survival, la commission du Congrès péruvien sur l’environnement, l’écologie et les peuples autochtones, a proposé un texte abrogeant deux des lois les plus controversées. L’AIDESEP a aussitôt appelé à la suspension du mouvement de protestation et des négociations sont en cours avec le gouvernement.

Comment va réagir maintenant le gouvernement péruvien? Le dialogue est indispensable. Le développement de l’Amazonie ne doit pas nécessairement reposer sur une exploitation des ressources naturelles, énergétiques et minières, et, surtout, cela ne peut pas se faire au détriment des peuples qui l’habitent. Les droits fondamentaux des peuples autochtones doivent en effet être respectés et la voie d’un développement réellement durable doit être privilégiée.

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[1] L’AIDESEP, l’Association Inter-ethnique pour le développement de la forêt péruvienne, est une organisation qui défend les droits et les intérêts des peuples autochtones de l’Amazonie péruvienne. Les photos de cet article sont la propriété de l’AIDESEP.

Les ethnies de l’Afghanistan

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Une fois de plus, l’Afghanistan fait la une de l’actualité. La situation de ce pays, que l’on peut suivre sur le site Afghana.org, est complexe. Après la mort, lundi dernier, de dix soldats français tombés dans une embuscade tendue par les talibans (voir l’article paru dans Le Monde), la stratégie de l’OTAN en Afghanistan est remise en question et les débats vont bon train. On entend beaucoup parler d’ethnies, de tensions inter-ethniques et de zones tribales irréductibles à la frontière du Pakistan… L’occasion ici de nous interroger sur les différents groupes ethniques qui peuplent ce pays de 652500 km².

Pour mieux se repérer, voici une carte réalisée par l’Atelier de cartographie de Sciences Po. Il apparaît que la population afghane, essentiellement rurale, majoritairement sunnite, composée de 31 millions d’habitants, est divisée entre plusieurs groupes ethnolinguistiques: les Pachtounes (38% de la population), les Tadjiks (28%) et les Hazaras (19%),  les Ouzbeks (6%), les Turkmènes (1,4%), les Brahouis (1%), les Baloutches (0,5%) et les Nouristanis (0,5%). À noter que la carte a oublié les Aïmaqs (3,7% de la population afghane), qui vivent dans l’ouest du pays. On trouve également une trentaine de petites ethnies comptant chacune moins de 10000 personnes, comme les Arabes, Ashkun, Darwazi, Grangali, Gujari, Jakati, Kamviri, Karakalpak, Kati, Kazak, Kirghiz, Malakhel, Mongols, Munji, Pashayi, Prasuni, Sanglechi, Savi, Shughni, Shumashti, Tangshewi, Tregami, Ouïgour, Waigali, Wakhi, Warduji et Wotapuri-Katarqalai.

Trois ethnies -les Pachtounes, les Tadjiks et les Hazaras- représentent donc près de 90% de la population afghane. L’ethnie pachtoune, qui domine traditionnellement la vie politique et qui est à l’origine de l’Afghanistan, est la plus importante. Les Pachtounes (appelés Pathans au Pakistan où ils sont une douzaine de millions) vivent dans l’est et le sud du pays. Ces montagnards, jaloux de leur indépendance, peuplent les fameuses zones tribales frontalières avec le Pakistan. C’est là qu’est né le mouvement taliban: les cadres talibans, qui appartiennent à l’ethnie patchoune, proviennent en effet des madrasas, ces écoles coraniques supérieures installées dans zones rurales du Sud. Ensuite, les Tadjiks, qui sont persophones: quatre millions de personnes regroupées autour d’Herat, à l’ouest, et dans les montagnes du nord-est, à proximité du Tadjikistan.  Le commandant MASSOUD, chef de l’Alliance du Nord tué par les talibans en 2001, était tadjik. Enfin, les Hazaras, environ 1 million et demi de personnes, vivent dans le centre du pays. Bien qu’apparentés aux sunnites Aïmaqs, ils sont chiites, ce qui leur vaut d’être menacés par les Pachtounes. Quant aux Ouzbeks, Turkmènes et Kirghizes, turcophones, ils sont regroupés à l’ouest et au nord du pays.

Pour en savoir davantage, consultez la page consacrée à l’Afghanistan du site “L’aménagement linguistique dans le monde” ainsi que celle de l’Association Internet pour la promotion des Droits de l’Homme.

La fête de l’Assomption

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Le 15 août, les catholiques ont l’habitude de fêter l’Assomption, qui célèbre l’élévation au ciel de la Vierge Marie. Cette journée, fériée dans un certain nombre de pays, est l’occasion de manifestations variées en l’honneur de la Vierge. Ainsi, à Séville, on porte la Vierge des Rois en procession autour de la Cathédrale (photo ci-dessus). Cette Vierge de style gothique, qui tient l’enfant Jésus sur ses genoux et qui trône depuis 1579 dans la Chapelle Royale de la Cathédrale, est la patronne de l’Archidiocèse de Séville. On l’appelait également jadis Notre Dame d’Août et l’on raconte qu’elle fut offerte par Saint Louis à Ferdinand III, le roi qui reconquit Séville. [1] La Reconquête est souvent une référence, presqu’un mythe fondateur, plus ou moins conscient, qui a donné par le passé sa vitalité aux fêtes religieuses en Espagne.

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Comme à Séville, on organise dans toute l’Espagne des processions pour célébrer l’Assomption. Le Pays basque, à l’autre bout de la péninsule, n’échappe pas à la règle. Ainsi, par exemple, à Aretxabaleta, en Gipuzkoa, le 15 août est l’occasion chaque année des “Andramaixak“, fêtes patronales dédiées à la Vierge qui durent 3 jours. Brusquement, la petite ville qui était déserte retrouve son animation: nombre d’habitants d’Aretxabaleta ont en effet l’habitude de revenir de vacances à ce moment pour assister aux fêtes. Une messe est donnée et une procession parcourt les rues du centre avec l’Image de la Vierge portée sur son brancard (voir photo ci-contre). Mais l’aspect religieux semble être devenu un prétexte à la fête et le programme des festivités reflète ce processus de laïcisation: concerts, tournoi de pelote, course cycliste, sokamuturra (vachettes dans la rue principale qui fut le théâtre de la procession) et repas populaire. Il est également intéressant de voir que ces fêtes ont pris un caractère nettement politique: l’honneur est rendu au drapeau basque (photo ci-dessous), des banderoles avec des slogans revendiquant l’indépendance sont tendues dans le centre-ville, et les txosnas, des stands débitant des boissons, véhiculent à la fois une esthétique et un message radical. Ces fêtes ne se résument donc pas à leur signification religieuse: elles sont l’occasion de fêter le pueblo (à la fois le village et le peuple) et participent ainsi à la célébration de l’identité du village.

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Mais revenons à l’Assomption: d’où vient cette fête? Les Évangiles ne disent rien sur la fin de vie de Marie. Une tradition rapporte que l’Assomption aurait eu lieu à Éphèse, où la Vierge semble avoir vécu ses dernières années. Quoi qu’il en soit les catholiques ont adopté cette croyance avec ferveur, au point qu’en France Louis XIII avait fait du 15 août la fête nationale. Napoléon Ier lui substitua même une éphémère « Saint Napoléon ».

Alors, pourquoi cette fête et pourquoi cette date?

Il faut remonter au Moyen-âge et notamment à l’époque où l’Espagne était musulmane pour trouver une explication. Sous l’autorité des Abbassides, à partir du VIIIème siècle, différents savants arabes s’attaquèrent à la traduction en arabe des principales oeuvres scientifiques sanscrites, syriaques ou grecques. Les Califes, qui s’intéressaient particulièrement au savoirs des Grecs, finançaient généreusement les traducteurs à condition qu’ils consacrent leur travail aux sciences exactes: c’est ainsi que furent traduits l’Almageste et les Éléments d’Euclide ou encore les textes médicaux d’Hippocrate et de Galien.

Traduire fidèlement est une tâche ardue, voire impossible . Pour éviter l’écueil du “traduttore, traditore“, les traducteurs arabes essayaient de réunir et de comparer toutes les versions possibles d’une même oeuvre, ce qui contribua à l’essor des grandes bibliothèques arabes telle celle de Cordoue. Les textes arabes passèrent ensuite, surtout à partir du XIIème siécle, entre les mains de traducteurs latins. L’inventaire par matière de ces traductions latines nous confirme l’intérêt pour ce que l’on considérait alors comme des sciences exactes: mathématiques, astrologie et astronomie représentent la moitié des ouvrages traduits.

Les traducteurs pouvaient avoir des difficultés dans leur traduction en latin et utilisaient même parfois une langue intermédiaire, comme Gérard de Crémone, Michel Scot, Daniel de Morley ou Hermann l’Allemand. Ils se livraient parfois à une lecture trop rapide des textes arabes et les abordaient avec des idées préconçues, voulant parfois trouver des références au christianisme, si bien qu’ils pouvaient commettre des erreurs. Ainsi, comme nous l’explique Juan VERNET dans son excellent essai Ce que la culture doit aux Arabes d’Espagne [2], en traduisant le Kitâb al-madkhal al-Kabîr d’Albumasar, Jean de Séville (manuscrit ci-contre) et Hermann de Carinthie vont entretenir la confusion entre la Vierge Marie et la constellation de la Vierge:

“C’est à ces désirs inconscients que Virgile dut l’estime où le tint la Chrétienté -on lui attribuait une églogue messianique- de même que l’astrologue musulman Albumasar. De fait: en traduisant le Kitâb al-madkhal al-Kabîr (introductorium majus) d’Albumasar, Jean de Séville (1133) et Hermann de Carinthie (1140) lui font dire, au passage du livre 6 qui traite des décans astrologiques de la constellation de la Vierge, des choses étrangères à l’esprit de l’auteur. [...]

Ce texte ainsi compris préfigurait l’Assomption de la Vierge: il rendit plus tolérable la lecture de textes musulmans, fut incorporé dans le Roman de la Rose et contribua probablement à fixer au 15 août la commémoration de la fête.”

Et voilà: une mauvaise interprétation d’un texte arabe d’astrologie par des traducteurs latins médiévaux est à l’origine de la date à laquelle on fête l’Assomption.

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[1] SANCHEZ GORDILLO Alonso (1561-1644), Religiosas estaciones que frequenta la devoción sevillana (observaciones de Alonso Sanchez Gordillo, natural de Sevilla, Abbad maior de la Universidad de beneficiados de dicha ciudad), Bibliothèque Colombine, Séville, cote 82-5-24. Le manuscrit consulté est une copie de 1707.

[2] VERNET Juan. Ce que la culture doit aux Arabes d’Espagne, Paris, La Bibliothèque arabe Sindbad, 1985, 461 pages.

Une typologie des confréries de semaine sainte

Peut-on établir une typologie des confréries de Semaine sainte? Quelles étaient les motivations des confrères quand ils fondaient une confrérie? Ces confréries ont-elles une signification sociale?

À Séville, comme ailleurs en Espagne, la finalité manifeste des confréries de semaine sainte est religieuse: il s’agit de célébrer le culte des Images titulaires, mais aussi cultiver la vie spirituelle des confrères et assister les nécessiteux. Toutes les confréries partagent ces mêmes objectifs qui, clairement définis par les Règles et conformes au droit canonique, constituent ce que Claude LÉVI-STRAUSS appelle un modèle conscient [1]: les motivations religieuses suffisent en effet à expliquer et à perpétuer l’existence des confréries.

Cependant, au delà de ce caractère explicitement religieux, il existe des fonctions latentes, plus profondes, qui sont déterminantes si l’on veut pénétrer la signification sociale de chaque confrérie. En intégrant l’individu au sein d’un groupe bien particulier, la confrérie lui offre en effet un cadre pour l’apprentissage des relations sociales: elle lui suggère symboliquement sa place dans la société et favorise ainsi une meilleure sociabilité.

En premier lieu, le confrère se définit à l’intérieur de la confrérie. Ainsi chaque confrérie élit un Conseil (cabildo), c’est-à-dire un noyau actif de confrères qui, le plus souvent constitué d’individus d’âge mûr issus de la catégories sociales plus favorisées, se distingue du reste des confrères, lesquels, plus jeunes et d’un milieu plus modeste, se contentent de participer aux différents cultes. Ensuite, la confrérie se définit pa rapport à la société, et c’est ce que Isidoro MORENO NAVARRO appelle le niveau d’identification socio-culturelle [2]: si la confrérie représente une composante précise de la société (un métier, une classe, un quartier, une nationalité et une race), on parlera d’une identification par groupe. C’est le cas des confréries de pénitence de Séville: combinées ensemble, elles symbolisent l’ensemble de la société urbaine dans sa diversité. Chaque groupe est ainsi intégré à la vie sociale à travers un même rituel et à travers la dévotion à des Images titulaires.

De façon à saisir les fonctions inconscientes des différentes confréries, Isidoro MORENO NAVARRO a proposé un modèle structural [2]. Ce modèle est construit à partir à partir de deux critères, les conditions d’appartenance à la confrérie et le mode d’intégration, qui reflètent les relations sociales et rendent manifeste la structure sociale.

1/ Les conditions d’appartenance à la confrérie. Certaines confréries réglementent leur accès en exigeant que les confrères appartiennent à une catégorie sociale précise: on parle alors de confréries fermées. Il peut arriver que certaines confréries, particulièrement restrictives, ne se contentent pas de poser des conditions sociales et fixent un nombre maximum de confrères: il faut attendre qu’une place se libère pour s’inscrire. L’appartenance à la confrérie est généralement volontaire, mais la succession d’un parent, l’exercice d’un métier ou tout simplement la naissance dans une communauté déterminée suffisent parfois à rendre l’inscription automatique. Les confréries ouvertes sont moins exclusives: chacun peut choisir librement de les incorporer, à la seule condition bien sûr d’être accepté par les membres. Dans ce cas, la tradition familiale, des liens d’amitiés avec des confrères, ou le voisinage dans un même quartier, sont autant de raisons explicites qui poussent un individu à se diriger vers telle ou telle confrérie plutôt que telle autre du même type.

2/ Le mode d’intégration. En recrutant des individus d’une même catégorie sociale, une confrérie aura un mode d’intégration horizontal: elle est homogène. Les différences et les rivalités qui peuvent surgir entre plusieurs confréries de ce type reflètent la segmentation sociale de la communauté et peuvent exprimer les tensions sociales. Au contraire, les confréries verticales permettent l’intégration d’individus issus de différentes strates sociales.

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Ainsi, quand on se penche sur l’origine des confréries de Semaine sainte, on peut distinguer plusieurs types de confréries.

D’abord, les confréries liées à un corps de métier, que l’on peut qualifier de professionnelles ou de corporatives. Ce sont des confréries explicitement religieuses composées d’individus exerçant un même métier, c’est-à-dire appartenant à une même corporation (gremio), quelle que soit leur position hiérarchique. Il s’agit donc de confréries fermées, étant donné que leur accès est réservé aux seuls membres de la corporation, et verticales, puisqu’elles intègrent aussi bien les patrons que les apprentis. Cependant, l’organisation interne de ces confréries reflète le plus souvent celle du métier représenté. À Séville, une tradition orale, relayée et entretenue par des auteurs tels que José BERMEJO Y CARBALLO et Juan CARRERO RODRIGUEZ, laisse entendre qu’un certain nombre de confréries de pénitence fut de type corporatif ou professionnel: Le Couronnement (métiers de la cire), L’Étoile (potiers, débardeurs), l’Expiration (orfèvres), L’Entrée dans Jérusalem (mesureurs de la Halle au blé), Les Trois Nécessités (tonneliers), L’Oraison du Jardin des Oliviers (armateurs), Le Linceul Sacré (écrivains publics, gendarmes, métiers de la soie), La Bonne Fin (tanneurs), L’Espérance de Triana (céramistes, pêcheurs), L’Arrestation (boulangers), Montserrat (tisserands), Les Trois Chutes (cochers) et Les Adieux (poissonniers). [...]

Ensuite, les confréries de classe réunissent des personnes appartenant à une même classe sociale, généralement des hidalgos ou des gens de condition élevée: leur mode d’intégration est donc horizontal. On peut considérer que ces confréries sont fermées puisque leur accès reste subordonné à un certain nombre de conditions [3]. Des confréries de ce type existent à Séville depuis la reconquête de la ville en 1248. Ainsi, les nobles intègrent de préférence les confréries de l’Ancienne ou de la Solitude de Saint Laurent. [...] Ces confréries, qui représentent les classes élevées de la société, auxquelles on peut ajouter le Silence, la Vraie Croix et le Grand Pouvoir, se distinguent par des cultes et des processions à la fois plus solennels et esthétiquement plus riches: En outre, elles réalisent avec régularité leur station de pénitence à la Cathédrale: cette constance reflète une stabilité économique et politique propre à ce genre de confréries.

Les confréries de représentation ethnique ou régionale. Ces confréries, qui réunissent les personnes d’une même race (Noirs, Mulâtres, Gitans) ou d’une même région (Catalans, Aragonnais), sont fermées puisqu’elles fixent des conditions d’appartenance à une identité culturelle. En revanche, le mode d’intégration varie selon la communauté. Ainsi, la confrérie de Montserrat, composée de Catalans, est une confrérie verticale dans la mesure où, liée à la corporation des tisserands, elle intègre des personnes de niveaux différents. Les confréries regroupant des Noirs sont quant à elles horizontales puisqu’elles sont exclusivement composées d’esclaves. Les esclaves étaient nombreux à Séville: en 1565, on en recensait 6327 pour 109015 habitants (soit 6 % de la population), qui étaient pour la plupart des Noirs (qui venaient d’Afrique via le Portugal) et des Mulâtres, bien que l’on trouvât aussi des Arabes et des indigènes des Iles Canaries. Quand ils ne vivaient pas chez leur maître, où ils étaient employés comme cuisiniers, valets ou portiers, ils étaient installés dans des quartiers extra muros (San Bernardo et San Roque, où l’hôpital des Anges les accueillait) ainsi que dans les paroisses de Santa María la Mayor et San Ildefonso. Aussi n’est-ce pas un hasard si la confrérie Présentation de Notre Dame, dite des Mulâtres, se trouvait dans cette dernière paroisse. [...] La confrérie des Gitans, ou des Nouveaux Castillans fut créée en 1753, alors que les Gitans faisaient l’objet de persécutions: l’appartenance à la confrérie et la participation à la procession de Semaine sainte était le meilleur moyen de préserver la cohésion du groupe tout en s’intégrant auprès des espagnols de souche. Cette confrérie conserve aujourd’hui toujours la même vigueur et la même signification. Pour conclure, ces confréries de représentation ethnique répondent à une double nécessité: à un niveau collectif, elles encouragent la christianisation des minorités ethniques, de façon à les assimiler mais aussi à les contrôler, et à un niveau individuel, en s’installant au sein d’hôpitaux et en participant aux différents rituels, elles permettent aux membres de la communauté d’être socialement protégés et reconnus. fm

Enfin, les confréries de quartier n’ont d’autre fonction que de représenter le quartier où elles sont implantées. Au moment de leur fondation, les confréries, tenues selon le droit canonique de résider dans des églises ou oratoires ouverts au public, étaient souvent rattachées à un couvent ou à un établissement hospitalier. La réduction du nombre des hôpitaux décrétée en 1587 ayant contraint de nombreuses confréries à déménager pour des couvents ou des églises paroissiales, certaines d’entre elles décidèrent de s’installer de façon autonome. La recherche d’un certain prestige, conforme à l’esprit baroque, les encourage dès le début du XVIIIème siècle à faire construire leur propre chapelle. Dès lors, elles vont avoir tendance à s’enraciner dans leurs quartiers respectifs. [...] Aujourd’hui, c’est le modèle qui domine: la confrérie représente son quartier de résidence puisqu’elle se compose essentiellement de personnes qui y vivent. La confrérie de quartier est une confrérie ouverte et, si l’on considère que chaque quartier est socialement homogène, elle est plutôt horizontale. S’il existe des différences sociales au sein d’un même quartier, elles se reflètent dans l’organisation interne et la hiérarchie de la confrérie. Ajoutons que le lieu de résidence n’est jamais une condition requise pour intégrer la confrérie: c’est une opportunité qui rassemble les confrères. On trouve bien sûr ce type de confréries dans des quartiers à forte personnalité, tels que Triana ou la Macarena, c’est-à-dire des quartiers conscients et fiers de leur identité, et, aujourd’hui, les différences sociales d’un quartier à l’autre s’expriment au sein de la semaine sainte à travers les cortèges processionnels: les confréries des quartiers populaires sont plutôt exubérantes tandis que celles des quartiers bourgeois cultivent une certaine austérité. Ce contraste de la fête et de la pénitence correspond en fait à une inversion symbolique de la réalité sociale.

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[1] LÉVI-STRAUSS Claude. Anthropologie structurale, Paris, Pocket, 2003, 480 pages.

[2] MORENO NAVARRO Isidoro. Cofradías y hermandades andaluzas, Séville, Bilblioteca de la Cultura Andaluza, 1985, 215 pages.

[3] Bien que ces confréries exigent de leurs membres qu’ils occupent un certain rang social, Isidoro MORENO NAVARRO les considère cependant comme des confréries ouvertes dans le sens où elles laissent les membres libres de s’inscrire dans la confrérie de leur choix.

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Pour citer cet article:

Frédéric MAILLAUT, « Une typologie des confréries de semaine sainte », in Histoire sociale d’une confrérie de Semaine sainte de Séville: la confrérie du Gran Poder, EHESS, septembre 1992, 68 pages. [Mis en ligne sur ethnoLyceum le 11 août 2008]. URL : http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/08/11/une-typologie-des-confreries-de-semaine-sainte/

Les confréries baroques de semaine sainte

On a l’habitude d’entendre dire que certaines confréries de semaine sainte sont baroques. Qu’est-ce qu’une confrérie baroque? Juan CARRERO RODRIGUEZ, dans son Diccionario cofrade [1] définit la confrérie baroque selon des critères purement esthétiques, comme étant une confrérie qui, encore de nos jours, adopte le style baroque (c’est-à-dire une liberté des formes, de grands contrastes entre l’ombre et la lumière, une profusion d’ornements, une prédilection pour le grandiose) pour toutes ses broderies, son orfèvrerie, ses sculptures sur bois et son imagerie. José SANCHEZ HERRERO [2], quant à lui, préfère situer la confrérie baroque dans une perspective historique: ayant acquis son caractère entre 1570 et 1750, elle intervient en effet après la confrérie médiévale (1250-1450), qui n’est pas encore pénitentielle, et la confrérie de sang (1450-1570), et elle précède la longue période de crise qui affectera les confréries à partir du règne de Carlos III (1759-1783) et qui se terminera seulement après la guerre civile, vers 1940, avec l’apparition de confréries dites néo-baroques.

La confrérie du Grand Pouvoir est une confrérie baroque. En effet, cette confrérie, pourtant ancienne, fondée en 1431 par le duc de Medina Sidonia, n’est devenue une confrérie de pénitence qu’en 1570, avec l’approbation de nouvelles règles: son style processionnel se met en place tardivement, à la fin du XVIème siècle, et il manifeste déjà ce goût pour l’apparat qui caractérise l’esprit baroque. Ainsi, le chapitre XXI des règles de 1570 prévoit un cortège où l’austérité n’est plus tout-à-fait de mise: un assistant, que l’on appelle muñidor, ouvre la marche en faisant sonner une petite cloche, suivi de vingt quatre enfants de choeur avec leur croix, puis un étendart noir avec une croix et seize bastones (perches en bois tenues verticalement en signe d’autorité et terminées par une sorte de médaille); ensuite vient le premier paso avec l’Image de Jésus du Grand Pouvoir (Jesús del Gran Poder, photo ci-dessous) portant sa croix sur l’épaule, puis le second, avec les Images de Notre Dame du Tourment (Nuestra Señora del Traspaso) et de saint Jean; le tout étant accompagné d’une chorale, de vingt quatre prêtres, de deux trompettes et de deux assistants avec des corbeilles pour y recueillir des aumônes ainsi que la cire des bougies; enfin, un confrère avec un crucifix ferme le cortège.

À l’instar de la confrérie du Grand Pouvoir, dès la fin du XVIème siècle, les confréries abandonnent le caractère austère des processions d’antan et s’appliquent à déployer un maximum de pompe et de magnificence. Elles commandent de nouvelles Images auprès de sculpteurs tels que Juan Bautista VAZQUEZ (auteur du Christ de Burgos, 1573), Marcos CABRERA (le Christ de l’Expiration, 1575), Jeronimo HERNANDEZ (Jésus des Peines, 1582), et un peu plus tard, Juan MARTÍNEZ MONTAÑES (Jésus de la Passion, 1610), Francisco de OCAMPO (Jésus le Nazaréen, 1609-1610), ou encore Juan de MESA (le Christ de l’Amour, 1618). C’est d’ailleurs ce dernier artiste qui se voit confier en 1620 la tâche d’un nouveau Christ pour la confrérie du Grand Pouvoir [...]. Dès lors, les Images ne sont plus anonymes et c’est ainsi que le dernier tiers du XVIème siècle voit l’émergence de l’école sévillane de sculpture qui influencera ensuite toute l’esthétique de la Semaine sainte.

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À gauche, Juan MARTÍNEZ MONTAÑÉS, par Diego VELÁZQUEZ (1635) et, à droite, son Christ de la Passion (1610).

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C’est également à la faveur de l’esprit baroque qu’apparaissent les premiers mystères (misterios), c’est-à-dire des pasos beaucoup plus ambitieux, comprenant plusieurs personnages et mettant en scène un épisode précis de la Passion du Christ: Jeronimo HERNANDEZ compose ainsi l’Oraison du Jardin des Oliviers (1578) et les Sept Paroles (1582) tandis que Marcos CABRERA signe les Trois Chutes (1595). Ce type de paso atteint son apogée au XVIIème siècle avec, entre autres, la Conversion du Bon Voleur (1619), de Juan de MENA, la Sentence (1654) de Felipe MORALES y NIETO, la Descente de la Croix (1659) de Pedro ROLDÁN qui réalise également avec sa fille Luisa la spectaculaire Installation de la Croix (1687).

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À gauche, la Descente de la Croix (1659) et, à droite, l’Installation de la Croix (1687), de Pedro ROLDÁN.

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L’Image de la Vierge, qui profite de la même évolution esthétique, voit son style se définir: elle est désormais vêtue d’un manteau de brocart, coiffée d’une couronne et parée de bijoux, et quand elle sort en procession, elle est abritée par un dais [...]

Les processions sont réalisées dans une ambiance de fête, si bien que l’archevêque de Séville don Fernando NIÑO DE GUEVARA convoque un synode dès 1604 pour réglementer le déroulement de la Semaine sainte et remédier au désordre: on recommande aux confrères d’aller en procession avec beaucoup de dévotion et de retenue, leurs habits sont largement définis, les flagellants sont tenus de garder le visage couvert et l’on indique la nécessité de prévoir les itinéraires et les horaires des différents cortèges, sachant que les processions auront lieu du mercredi saint après dîner jusqu’au crépuscule du Vendredi soir. Cependant, malgré toutes ces dispositions, certaines confréries, toujours à la recherche d’un plus grand prestige, prennent l’habitude d’augmenter le nombre de confrères en louant les services de flagellants. Cette pratique est interdite en 1623.

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[1] CARRERO RODRIGUEZ Juan. Diccionario cofrade, Séville, Hermandad y Cofradía de Nazarenos de Nuestro Padre Jesús de las Penas y María Santísima de los Dolores, 1980, 302 pages.

[2] SANCHEZ HERRERO José. «Las cofradías de semana santa de Sevilla durante la modernidad: siglo XV a XVII», in Las cofradías de Sevilla en la modernidad, Universidad de Sevilla, 1991, 279 pages.

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Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

Pour citer cet article:

Frédéric MAILLAUT, « La confrérie baroque », in Histoire sociale d’une confrérie de Semaine sainte de Séville: la confrérie du Gran Poder, EHESS, septembre 1992, 68 pages. [Mis en ligne sur ethnoLyceum le 11 août 2008]. URL : http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/08/11/la-confrerie-baroque/

Musique et cartes heuristiques

Ishkur’s Guide to Electronic Music est un excellent site qui présente l’histoire et les caractéristiques de tous les différents courants de la musique électronique sous forme de carte heuristique. Je me souviens que les élèves du lycée horticole de Blois avaient adoré ce site et pour cause: les cartes sont visuelles et très complètes, avec de nombreuses ramifications et, pour chaque style, des extraits musicaux et des descriptions. Dans le même genre, Musicovery permet de créer sa radio virtuelle, du jazz au rock en passant par le gospel ou le reggae, à partir de cartes heuristiques: le choix de chansons est immense!

La poudrière caucasienne: conflits et enjeux

Photos: Reuters et AFP

Que se passe-t-il en Géorgie?

Samedi 9 août, le président géorgien Mikhaïl SAAKACHVILI a signé un décret instaurant un “état de guerre” dans son pays. Gori, la ville natale de Staline, en Géorgie, est bombardée par la Russie depuis samedi. C’est un signe: l’héritage soviétique est bel et bien liquidé… Les forces aériennes russes ont également détruit le port de Poti, sur la mer Noire, qui est essentiel pour le transport des hydrocarbures de la Mer Caspienne. Ainsi, les tensions entre la Géorgie et la Russie se sont envenimées au point de dégénérer en conflit armé. L’enjeu, ou plutôt le prétexte: l’Ossétie du Sud, territoire séparatiste de Géorgie qui a autoproclamé son indépendance en 1994 et que les Russes soutiennent. Les Géorgiens n’ont jamais accepté cette sécession et, en lançant jeudi 7 août une offensive militaire sur l’Ossétie du Sud, on peut dire qu’ils ont mis le feu aux poudres. Dès vendredi, la Russie a saisi l’occasion pour déployer ses forces armées en Ossétie du sud. Pour le président russe Dmitri MEDVEDEV, cette intervention est une opération de maintien de la paix destinée à protéger des civils: “Nos soldats des forces de maintien de la paix effectuent à l’heure actuelle une opération en vue de contraindre la partie géorgienne à la paix“.

Pendant tout le week end, les combats se sont intensifiés, si bien qu’aujourd’hui, 11 août, la situation est terriblement confuse. Selon l’AFP, depuis le début de l’offensive géorgienne, plus de 30000 réfugiés ont fui l’Ossétie du Sud vers la Russie. On compterait plus d’un millier de victimes à Tskhinvali, la capitale ossète. La risposte russe, particulièrement violente, aurait également touché de nombreux civils en Géorgie. Depuis hier, les bombardements russes visent la banlieue de Tbilissi, la capitale géorgienne. Un nouveau front s’est ouvert en Abkhazie, autre république séparatiste géorgienne également pro-russe, et on peut craindre maintenant que la Russie n’envahisse tout le territoire géorgien. Nul doute que la Russie cherche ici, comme le dit la journaliste Laure MANDEVILLE dans un article du Figaro daté du 11 août 2008, à réaffirmer son autorité dans le Caucase, alors que la Géorgie, clairement pro-occidentale, s’apprêtait à intégrer l’OTAN.

Dans un article publié le 9 août 2008 par Le Monde et intitulé “Ossétie du Sud: un confetti de l’empire devenu une enclave séparatiste pro-russe“, la journaliste Marie JÉGO résume les enjeux du conflit. Extrait.

[...] En prétendant défendre les indépendantistes abkhazes et ossètes – une aberration quand on songe au prix payé par les indépendantistes tchétchènes -, la Russie cherche en fait à regagner son rôle perdu au moment de l’implosion de l’URSS. L’enjeu dépasse de loin le petit territoire ossète. Il s’agit pour Moscou de reconquérir une région importante à trois titres : énergétique, politique, géostratégique.

Ces dernières années, la Géorgie, traversée par plusieurs oléoducs et gazoducs, est devenue le carrefour des hydrocarbures de la Caspienne en route vers l’Europe. Plus largement, toute la région s’est muée en une zone de fracture entre deux axes : l’axe Moscou-Erevan-Téhéran faisant face à l’axe Washington-Ankara-Tbilissi-Bakou. Le moment de l’affrontement a été bien choisi. Moscou mise sur l’immobilisme des Européens et sur le fait que les Américains sont pris dans leurs affaires internes.

Alors que la candidature de la Géorgie à l’OTAN sera réexaminée en décembre, la guerre risque de compromettre les chances de Tbilissi. En intervenant militairement sur le territoire géorgien, Moscou, opposé à l’adhésion de la Géorgie aux valeurs occidentales, cherche à ruiner les espoirs de Tbilissi. Chacun avance ses pions sans qu’il soit possible de dire quelle sera l’issue du conflit. La partie de go entre la Russie et l’Occident vient à peine de commencer.

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Pour suivre l’évolution de la situation en Géorgie, consultez le très complet dossier spécial du FIGARO.

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Pourquoi parle-t-on de poudrière caucasienne?

Le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est réuni en urgence ce weekend et, dans un climat tendu, la Russie et la Géorgie se sont mutuellement accusées de “nettoyage ethnique”. Le premier ministre russe, Vladimir POUTINE, qui a retenu les leçons de la Bosnie et du Kosovo, sait que cette accusation émeut fortement la conscience des occidentaux et a réclamé une enquête sur les actes «de génocide» qui auraient été commis par les forces géorgiennes en Ossétie du Sud (voir l’article du Figaro). Peut-on vraiment parler de génocide? Quels sont ces peuples qui ne veulent plus vivre ensemble? Et quels sont les foyers de tension dans le Caucase?

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessus, réalisée par l’Atelier de cartographie de Sciences Po, le Caucase est une véritable mosaïque de peuples d’origines et de cultures très différentes. Ainsi, la Géorgie a dû faire face à trois mouvements séparatistes depuis son indépendance en 1991: en Adjarie, en Abkhazie et en Ossétie du Sud. En Azerbaïdjan, le Haut Karabakh, peuplé majoritairement d’Arméniens, a proclamé unilatéralement son indépendance en 1991. En Russie, les Tchétchènes et leurs voisins Ingouches revendiquent également leur indépendance. Enfin, le Daguestan, qui est la plus grande république russe du Caucase, avec une population majoritairement musulmane, a accueilli de nombreux réfugiés lors des deux guerres de Tchétchénie et est aujourd’hui un foyer de tension.

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La question de l’indépendance.

Est-ce un hasard finalement si cette guerre survient quelques mois après la déclaration d’indépendance du Kosovo ? Y-a-t-il relation de cause à effet ? “Indépendance, le joli mot”, avait alors commenté Bernard KOUCHNER, ministre français des Affaires étrangères. On se souvient que cette indépendance avait été encouragée et saluée par les hommes politiques occidentaux tandis que Moscou n’avait cessé de la dénoncer, prévenant qu’elle ne resterait pas sans conséquences, notamment dans le Caucase. En effet, pourquoi ne modifierait-on pas les frontières dans le Caucase alors que cela a été possible dans les Balkans? Aujourd’hui, Moscou, non sans une certaine ironie, encourage donc l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie à suivre l’exemple du Kosovo. L’invasion de la Géorgie par la Russie est ainsi présentée comme une opération pour maintenir la paix et prévenir l’épuration ethnique, ce qui nous renvoie à l’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999. Mais voilà: la Géorgie n’est pas la Serbie et les Occidentaux veulent que son intégrité territoriale soit préservée. Les frontières, modifiables dans les Balkans, sont apparemment intouchables dans le Caucase. Pourquoi deux poids, deux mesures? Cela signifierait-il qu’il y a des bons et des mauvais séparatistes? C’est la question que se pose Thierry MALINIAK dans une excellente analyse intitulée “Kosovo, sí; Osetia del Sur, no publiée ce 11 août par le quotidien El País. Quand on remanie les frontières en invoquant les grands principes du droit des nations, c’est finalement surtout pour essayer de délimiter des zones d’influence. Comme le dit Pierre ROUSSELIN dans son blog consacré à la géopolitique: “au delà du sort d’une province indépendantiste de Géorgie -et bientôt d’une deuxième, l’Abkhazie- c’est l’ensemble des relations entre la Russie et l’Occident qui est dans la balance“. Moscou essaie de récupérer sa puissance perdue et ce conflit confirme en définitive le retour de la Russie sur la scène internationale.

Drame dans un temple hindou en Inde

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Dimanche 3 août, 145 personnes ont péri, piétinées dans un mouvement de panique aux abords du temple hindou de Naina Devi (photo de la Déesse Mère ci-dessus), situé dans la région de Bilaspur (État de l’Himachal Pradesh, au nord de l’Inde). Comme chaque année, une procession de plusieurs milliers de fidèles, longue de 4 kilomètres, montait vers le temple perché à 670 mètres d’altitude, lorsqu’une rambarde bordant le sentier a cédé. Croyant à un tremblement de terre, les pèlerins ont paniqué et piétiné des femmes et des enfants qui étaient tombés.

Lire l’article de Marie-France CALLE dans son excellent blog consacré au sous-continent indien.

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L’hindouisme en Inde.

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