La poudrière caucasienne: conflits et enjeux

Photos: Reuters et AFP

Que se passe-t-il en Géorgie?

Samedi 9 août, le président géorgien Mikhaïl SAAKACHVILI a signé un décret instaurant un “état de guerre” dans son pays. Gori, la ville natale de Staline, en Géorgie, est bombardée par la Russie depuis samedi. C’est un signe: l’héritage soviétique est bel et bien liquidé… Les forces aériennes russes ont également détruit le port de Poti, sur la mer Noire, qui est essentiel pour le transport des hydrocarbures de la Mer Caspienne. Ainsi, les tensions entre la Géorgie et la Russie se sont envenimées au point de dégénérer en conflit armé. L’enjeu, ou plutôt le prétexte: l’Ossétie du Sud, territoire séparatiste de Géorgie qui a autoproclamé son indépendance en 1994 et que les Russes soutiennent. Les Géorgiens n’ont jamais accepté cette sécession et, en lançant jeudi 7 août une offensive militaire sur l’Ossétie du Sud, on peut dire qu’ils ont mis le feu aux poudres. Dès vendredi, la Russie a saisi l’occasion pour déployer ses forces armées en Ossétie du sud. Pour le président russe Dmitri MEDVEDEV, cette intervention est une opération de maintien de la paix destinée à protéger des civils: “Nos soldats des forces de maintien de la paix effectuent à l’heure actuelle une opération en vue de contraindre la partie géorgienne à la paix“.

Pendant tout le week end, les combats se sont intensifiés, si bien qu’aujourd’hui, 11 août, la situation est terriblement confuse. Selon l’AFP, depuis le début de l’offensive géorgienne, plus de 30000 réfugiés ont fui l’Ossétie du Sud vers la Russie. On compterait plus d’un millier de victimes à Tskhinvali, la capitale ossète. La risposte russe, particulièrement violente, aurait également touché de nombreux civils en Géorgie. Depuis hier, les bombardements russes visent la banlieue de Tbilissi, la capitale géorgienne. Un nouveau front s’est ouvert en Abkhazie, autre république séparatiste géorgienne également pro-russe, et on peut craindre maintenant que la Russie n’envahisse tout le territoire géorgien. Nul doute que la Russie cherche ici, comme le dit la journaliste Laure MANDEVILLE dans un article du Figaro daté du 11 août 2008, à réaffirmer son autorité dans le Caucase, alors que la Géorgie, clairement pro-occidentale, s’apprêtait à intégrer l’OTAN.

Dans un article publié le 9 août 2008 par Le Monde et intitulé “Ossétie du Sud: un confetti de l’empire devenu une enclave séparatiste pro-russe“, la journaliste Marie JÉGO résume les enjeux du conflit. Extrait.

[...] En prétendant défendre les indépendantistes abkhazes et ossètes – une aberration quand on songe au prix payé par les indépendantistes tchétchènes -, la Russie cherche en fait à regagner son rôle perdu au moment de l’implosion de l’URSS. L’enjeu dépasse de loin le petit territoire ossète. Il s’agit pour Moscou de reconquérir une région importante à trois titres : énergétique, politique, géostratégique.

Ces dernières années, la Géorgie, traversée par plusieurs oléoducs et gazoducs, est devenue le carrefour des hydrocarbures de la Caspienne en route vers l’Europe. Plus largement, toute la région s’est muée en une zone de fracture entre deux axes : l’axe Moscou-Erevan-Téhéran faisant face à l’axe Washington-Ankara-Tbilissi-Bakou. Le moment de l’affrontement a été bien choisi. Moscou mise sur l’immobilisme des Européens et sur le fait que les Américains sont pris dans leurs affaires internes.

Alors que la candidature de la Géorgie à l’OTAN sera réexaminée en décembre, la guerre risque de compromettre les chances de Tbilissi. En intervenant militairement sur le territoire géorgien, Moscou, opposé à l’adhésion de la Géorgie aux valeurs occidentales, cherche à ruiner les espoirs de Tbilissi. Chacun avance ses pions sans qu’il soit possible de dire quelle sera l’issue du conflit. La partie de go entre la Russie et l’Occident vient à peine de commencer.

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Pour suivre l’évolution de la situation en Géorgie, consultez le très complet dossier spécial du FIGARO.

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Pourquoi parle-t-on de poudrière caucasienne?

Le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est réuni en urgence ce weekend et, dans un climat tendu, la Russie et la Géorgie se sont mutuellement accusées de “nettoyage ethnique”. Le premier ministre russe, Vladimir POUTINE, qui a retenu les leçons de la Bosnie et du Kosovo, sait que cette accusation émeut fortement la conscience des occidentaux et a réclamé une enquête sur les actes «de génocide» qui auraient été commis par les forces géorgiennes en Ossétie du Sud (voir l’article du Figaro). Peut-on vraiment parler de génocide? Quels sont ces peuples qui ne veulent plus vivre ensemble? Et quels sont les foyers de tension dans le Caucase?

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessus, réalisée par l’Atelier de cartographie de Sciences Po, le Caucase est une véritable mosaïque de peuples d’origines et de cultures très différentes. Ainsi, la Géorgie a dû faire face à trois mouvements séparatistes depuis son indépendance en 1991: en Adjarie, en Abkhazie et en Ossétie du Sud. En Azerbaïdjan, le Haut Karabakh, peuplé majoritairement d’Arméniens, a proclamé unilatéralement son indépendance en 1991. En Russie, les Tchétchènes et leurs voisins Ingouches revendiquent également leur indépendance. Enfin, le Daguestan, qui est la plus grande république russe du Caucase, avec une population majoritairement musulmane, a accueilli de nombreux réfugiés lors des deux guerres de Tchétchénie et est aujourd’hui un foyer de tension.

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La question de l’indépendance.

Est-ce un hasard finalement si cette guerre survient quelques mois après la déclaration d’indépendance du Kosovo ? Y-a-t-il relation de cause à effet ? “Indépendance, le joli mot”, avait alors commenté Bernard KOUCHNER, ministre français des Affaires étrangères. On se souvient que cette indépendance avait été encouragée et saluée par les hommes politiques occidentaux tandis que Moscou n’avait cessé de la dénoncer, prévenant qu’elle ne resterait pas sans conséquences, notamment dans le Caucase. En effet, pourquoi ne modifierait-on pas les frontières dans le Caucase alors que cela a été possible dans les Balkans? Aujourd’hui, Moscou, non sans une certaine ironie, encourage donc l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie à suivre l’exemple du Kosovo. L’invasion de la Géorgie par la Russie est ainsi présentée comme une opération pour maintenir la paix et prévenir l’épuration ethnique, ce qui nous renvoie à l’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999. Mais voilà: la Géorgie n’est pas la Serbie et les Occidentaux veulent que son intégrité territoriale soit préservée. Les frontières, modifiables dans les Balkans, sont apparemment intouchables dans le Caucase. Pourquoi deux poids, deux mesures? Cela signifierait-il qu’il y a des bons et des mauvais séparatistes? C’est la question que se pose Thierry MALINIAK dans une excellente analyse intitulée “Kosovo, sí; Osetia del Sur, no publiée ce 11 août par le quotidien El País. Quand on remanie les frontières en invoquant les grands principes du droit des nations, c’est finalement surtout pour essayer de délimiter des zones d’influence. Comme le dit Pierre ROUSSELIN dans son blog consacré à la géopolitique: “au delà du sort d’une province indépendantiste de Géorgie -et bientôt d’une deuxième, l’Abkhazie- c’est l’ensemble des relations entre la Russie et l’Occident qui est dans la balance“. Moscou essaie de récupérer sa puissance perdue et ce conflit confirme en définitive le retour de la Russie sur la scène internationale.


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