La fête de l’Assomption

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Le 15 août, les catholiques ont l’habitude de fêter l’Assomption, qui célèbre l’élévation au ciel de la Vierge Marie. Cette journée, fériée dans un certain nombre de pays, est l’occasion de manifestations variées en l’honneur de la Vierge. Ainsi, à Séville, on porte la Vierge des Rois en procession autour de la Cathédrale (photo ci-dessus). Cette Vierge de style gothique, qui tient l’enfant Jésus sur ses genoux et qui trône depuis 1579 dans la Chapelle Royale de la Cathédrale, est la patronne de l’Archidiocèse de Séville. On l’appelait également jadis Notre Dame d’Août et l’on raconte qu’elle fut offerte par Saint Louis à Ferdinand III, le roi qui reconquit Séville. [1] La Reconquête est souvent une référence, presqu’un mythe fondateur, plus ou moins conscient, qui a donné par le passé sa vitalité aux fêtes religieuses en Espagne.

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Comme à Séville, on organise dans toute l’Espagne des processions pour célébrer l’Assomption. Le Pays basque, à l’autre bout de la péninsule, n’échappe pas à la règle. Ainsi, par exemple, à Aretxabaleta, en Gipuzkoa, le 15 août est l’occasion chaque année des “Andramaixak“, fêtes patronales dédiées à la Vierge qui durent 3 jours. Brusquement, la petite ville qui était déserte retrouve son animation: nombre d’habitants d’Aretxabaleta ont en effet l’habitude de revenir de vacances à ce moment pour assister aux fêtes. Une messe est donnée et une procession parcourt les rues du centre avec l’Image de la Vierge portée sur son brancard (voir photo ci-contre). Mais l’aspect religieux semble être devenu un prétexte à la fête et le programme des festivités reflète ce processus de laïcisation: concerts, tournoi de pelote, course cycliste, sokamuturra (vachettes dans la rue principale qui fut le théâtre de la procession) et repas populaire. Il est également intéressant de voir que ces fêtes ont pris un caractère nettement politique: l’honneur est rendu au drapeau basque (photo ci-dessous), des banderoles avec des slogans revendiquant l’indépendance sont tendues dans le centre-ville, et les txosnas, des stands débitant des boissons, véhiculent à la fois une esthétique et un message radical. Ces fêtes ne se résument donc pas à leur signification religieuse: elles sont l’occasion de fêter le pueblo (à la fois le village et le peuple) et participent ainsi à la célébration de l’identité du village.

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Mais revenons à l’Assomption: d’où vient cette fête? Les Évangiles ne disent rien sur la fin de vie de Marie. Une tradition rapporte que l’Assomption aurait eu lieu à Éphèse, où la Vierge semble avoir vécu ses dernières années. Quoi qu’il en soit les catholiques ont adopté cette croyance avec ferveur, au point qu’en France Louis XIII avait fait du 15 août la fête nationale. Napoléon Ier lui substitua même une éphémère « Saint Napoléon ».

Alors, pourquoi cette fête et pourquoi cette date?

Il faut remonter au Moyen-âge et notamment à l’époque où l’Espagne était musulmane pour trouver une explication. Sous l’autorité des Abbassides, à partir du VIIIème siècle, différents savants arabes s’attaquèrent à la traduction en arabe des principales oeuvres scientifiques sanscrites, syriaques ou grecques. Les Califes, qui s’intéressaient particulièrement au savoirs des Grecs, finançaient généreusement les traducteurs à condition qu’ils consacrent leur travail aux sciences exactes: c’est ainsi que furent traduits l’Almageste et les Éléments d’Euclide ou encore les textes médicaux d’Hippocrate et de Galien.

Traduire fidèlement est une tâche ardue, voire impossible . Pour éviter l’écueil du “traduttore, traditore“, les traducteurs arabes essayaient de réunir et de comparer toutes les versions possibles d’une même oeuvre, ce qui contribua à l’essor des grandes bibliothèques arabes telle celle de Cordoue. Les textes arabes passèrent ensuite, surtout à partir du XIIème siécle, entre les mains de traducteurs latins. L’inventaire par matière de ces traductions latines nous confirme l’intérêt pour ce que l’on considérait alors comme des sciences exactes: mathématiques, astrologie et astronomie représentent la moitié des ouvrages traduits.

Les traducteurs pouvaient avoir des difficultés dans leur traduction en latin et utilisaient même parfois une langue intermédiaire, comme Gérard de Crémone, Michel Scot, Daniel de Morley ou Hermann l’Allemand. Ils se livraient parfois à une lecture trop rapide des textes arabes et les abordaient avec des idées préconçues, voulant parfois trouver des références au christianisme, si bien qu’ils pouvaient commettre des erreurs. Ainsi, comme nous l’explique Juan VERNET dans son excellent essai Ce que la culture doit aux Arabes d’Espagne [2], en traduisant le Kitâb al-madkhal al-Kabîr d’Albumasar, Jean de Séville (manuscrit ci-contre) et Hermann de Carinthie vont entretenir la confusion entre la Vierge Marie et la constellation de la Vierge:

“C’est à ces désirs inconscients que Virgile dut l’estime où le tint la Chrétienté -on lui attribuait une églogue messianique- de même que l’astrologue musulman Albumasar. De fait: en traduisant le Kitâb al-madkhal al-Kabîr (introductorium majus) d’Albumasar, Jean de Séville (1133) et Hermann de Carinthie (1140) lui font dire, au passage du livre 6 qui traite des décans astrologiques de la constellation de la Vierge, des choses étrangères à l’esprit de l’auteur. [...]

Ce texte ainsi compris préfigurait l’Assomption de la Vierge: il rendit plus tolérable la lecture de textes musulmans, fut incorporé dans le Roman de la Rose et contribua probablement à fixer au 15 août la commémoration de la fête.”

Et voilà: une mauvaise interprétation d’un texte arabe d’astrologie par des traducteurs latins médiévaux est à l’origine de la date à laquelle on fête l’Assomption.

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[1] SANCHEZ GORDILLO Alonso (1561-1644), Religiosas estaciones que frequenta la devoción sevillana (observaciones de Alonso Sanchez Gordillo, natural de Sevilla, Abbad maior de la Universidad de beneficiados de dicha ciudad), Bibliothèque Colombine, Séville, cote 82-5-24. Le manuscrit consulté est une copie de 1707.

[2] VERNET Juan. Ce que la culture doit aux Arabes d’Espagne, Paris, La Bibliothèque arabe Sindbad, 1985, 461 pages.


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