Attaques terroristes à Bombay

bombay-hotel_taj_ap20081127_ bombay_singh_reuters_200811271

.

Le « 11 Septembre » indien ?

On a tous vu à la télévision les images de ces attaques terroristes déclenchées mercredi soir à différents endroits de Bombay. Ce samedi matin, les derniers islamistes retranchés dans l’hôtel Taj Mahal ont été abattus et le bilan est désormais de 195 morts.

Comme le souligne Pierre ROUSSELIN dans son blog consacré à la géopolitique, ces attaques terroristes n’ont pas eu lieu dans n’importe quelle ville: Bombay, 13 millions d’habitants, est le coeur économique et financier de l’Inde. Un symbole de cette Inde émergente qui est aujourd’hui la dixième puissance économique mondiale:

On ignore qui a commandité le carnage, mais les cibles choisies et la façon d’opérer prouvent que l’organisation terroriste internationale a au moins inspiré les auteurs du massacre. La complexité de l’opération, avec l’intervention coordonnée de multiples commandos, implique une organisation, peut-être locale mais en tout cas soutenue de l’extérieur.

L’Occident est clairement visé. Et, à travers Bombay, c’est l’Inde moderne, cette démocratie en pleine réussite économique, que l’on veut plonger dans le chaos. La presse locale fait le parallèle avec les attaques contre les tours jumelles de Manhattan. Elle présente le drame comme « le 11 Septembre indien ».

Lire également les articles de Marie-France CALLE sur son excellent blog consacré à l’Inde.

Enfin, pour plus d’informations, on peut consulter la presse anglophone indienne:

The Times of IndiaThe HinduHindustan Times

.

Des Islamistes en Inde?

C’est l’Inde moderne que l’on a cherché à déstabiliser. Très bien organisées, en visant notamment des hôtels de luxe mais aussi la principale gare de la ville, un centre abritant une association juive et des hôpitaux, ces attaques semblent a priori porter la signature d’al-Qaida. Elles ont d’abord été été revendiquées par un groupe islamiste, les Moujahidine du Deccan, du nom du plateau qui couvre le centre et le sud de l’Inde, mais les premiers éléments de l’enquête semblent plutôt indiquer que les terroristes appartenaient Lashkar-e-Taiba, un groupe basé au Pakistan.

Spécialiste du sous-continent indien,directeur de recherches Asie à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Olivier GUILLARD a répondu le 27 novembre aux questions de Laurent SUPLY pour Le Figaro:

Les attaques simultanées aux quatre coins d’une même ville sont devenues la spécialité des terroristes en Inde. Que nous apprend ce modus operandi ?

Les attaques de Bombay sont assez inédites de ce point de vue: des prises d’otages à une telle échelle, avec des objectifs à fort intérêt médiatique représentatifs de « l’Inde qui brille », ainsi qu’une volonté de frapper la population avec les attaques contre la gare – une des plus fréquentées du monde – ou l’hôpital. De plus, il ne s’agit pas de bombes que l’on pose et qui explosent plus tard. Ces attaques, avec des dizaines d’hommes à visage découvert, marquent la volonté de défier l’autorité dans la rue, la grenade à la main, et devant les caméras. Il ne « manquait » qu’un attentat suicide pour parfaire le tableau, c’est ce qui peut d’ailleurs faire douter d’un lien éventuel avec al-Qaida.

Que sait-on avec certitude du groupe qui a revendiqué les attaques de Bombay ?

On sait très peu de choses sur ces Moudjahidines du Dekkan, et nous n’avons aucune certitude, si ce n’est que ce groupe n’avait aucune existence concrète, aucune trace, avant ces attaques. Il y a donc plusieurs hypothèses, parmi lesquelles celle d’un « prête-nom » ou encore d’une émanation des « Moudjahidines indiens » que l’on connaît déjà trop bien et qui surfent sur le thème de la « défense de la minorité musulmane opprimée », dans ce qui est le quatrième pays musulman du monde. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un groupe d’inspiration musulmane indienne radicale, qui a probablement puisé des savoir-faire à l’étranger.

Quel va être l’impact de ces attentats sur la scène indienne et internationale ?

Tout ceci intervient en période électorale, avec une grande incertitude autour des élections du printemps prochain. A l’heure actuelle, l’opposition nationaliste a le vent en poupe. Ces événements vont donc être instrumentalisés des deux côtés. Les nationalistes vont conspuer le gouvernement Singh, accusé d’impuissance, tandis que le gouvernement va accuser les ultranationalistes de jeter de l’huile sur le feu. Le premier ministre a d’ailleurs commencé à se défausser en accusant une main extérieure. Une façon à peine masquée d’accuser le voisin pakistanais et de fédérer la nation indienne. D’autre part, le regard des chancelleries occidentales va changer. Ces attaques portent à leur intention un message qui entre en résonnance avec les demandes de groupes terroristes internationaux en Irak ou en Afghanistan, sur le thème du rejet de l’occupant occidental.

.

Les relations difficiles entre la majorité hindoue et la minorité musulmane.

inde_minorites_religieuses

Je l’avais évoqué dans un article précédent, la majorité des habitants de l’Inde est hindoue. Les musulmans d’Inde forment une forte minorité de 150 millions de personnes: 12% de la population totale (ils sont même majoritaires dans la région du Cachemire, qui est revendiquée par le Pakistan). Ils ont déjà été victimes de violences par le passé et on peut craindre aujourd’hui que les attentats de Bombay favorisent le discours sécuritaire à tendance islamophobe du parti nationaliste hindou, le Parti du peuple indien (BJP, Bharatiya Janata Party), alors que des élections générales sont prévues dans six mois.

Le Monde a publié le 28 novembre une interview de Christophe JAFFRELOT, directeur du centre d’études et de recherche internationale de Sciences Po, et auteur de Milices armées d’Asie du Sud.

“On peut craindre des représailles de nationalistes hindous”

Est-ce qu’on peut craindre que les attentats de Bombay fassent augmenter les violences inter-religieuses en Inde ?

En premier lieu, on peut craindre des représailles de nationalistes hindous. Il y a quelques semaines, un attentat contre une mosquée a ainsi été mené par des nationalistes dans l’Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale. C’est un indice fort de la capacité de représailles de ces terroristes hindous. L’autre risque, c’est évidemment des émeutes avec des groupes nationalistes qui pourraient s’en prendre à des quartiers musulmans, mais c’est quelque chose de moins probable.

En revanche, au plan politique, le discours nationaliste hindou va être revigoré alors que des élections ont lieu dans plusieurs Etats dans les prochains jours et que des élections générales seront organisées au plus tard dans six mois. On peut tout à fait s’attendre à ce que le thème sécuritaire soit alors le thème de prédilection des nationaliste hindous du BJP. Cela peut susciter des tensions.

Est-ce que les attentats de Bombay vont favoriser les nationalistes ?

Oui. Le thème sécuritaire, qui est en plus alimenté par une forme d’islamophobie, favorise le BJP. Les nationalistes pourraient ainsi faire campagne sur le thème “le gouvernement n’est pas capable de maintenir la loi et l’ordre” et “les musulmans sont une cinquième colonne qui mine la solidarité nationale de l’intérieur.” La principale revendication du BJP est une loi d’exception sur le modèle de celle qu’il avait fait voter quand il était au pouvoir entre 1998 et 2004. Cette loi était une sorte de “Patriot Act” à l’indienne. Le Parti du Congrès l’avait abrogée avec raison quand il est arrivé au pouvoir, parce que des musulmans avait été arrêtés de façon aveugle et s’étaient retrouvés privés de droit civique.

Est-ce que l’islamophobie est répandue en Inde ?

Il y a une forme de discrimination vis-à-vis des musulmans qui y ressemble beaucoup avec notamment des discriminations à l’embauche ou au logement. C’est par exemple de plus en plus compliqué pour les musulmans de louer un appartement dans les villes indiennes.
Comment réagit le Parti du Congrès, actuellement au pouvoir ?

Le Parti du Congrès cherche à jouer la cohésion nationale dans l’épreuve. En disant que les responsables de l’attentat sont des étrangers, il cherche à protéger les Indiens musulmans. C’est également une manière de se dédouaner en disant : “Nous n’avons pas de responsabilité dans cette affaire, ce n’est pas nous qui nous sommes mal occupés des musulmans indiens qui seraient devenus terroristes.” Ce qui ne veut pas dire que des groupes islamistes pakistanais n’aient aucune responsabilité dans ce qui vient de se produire. Certains indices suggèrent ainsi que le Lashkar-e-Taiba serait impliqué.

Propos recueillis par Jean-Baptiste CHASTAND

.

Les tensions entre l’Inde et le Pakistan.

cachemire

Aujourd’hui, tous les regards se tournent vers le Pakistan, pays voisin et ennemi traditionnel que l’Inde accuse d’être derrière ces attaques terroristes. Le contentieux entre l’Inde et le Pakistan est ancien et remonte à l’indépendance et à la partition de 1947. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessus publiée par Le Monde Diplomatique, le Cachemire est au centre ces tensions. Peuplé majoritairement de musulmans, il fut l’enjeu des guerres de 1947-1949 et de 1965. La première guerre indo-pakistanaise déboucha en 1949 sur un partage du Cachemire en deux parties: l’Azad Kashmir (Cachemire libre, pakistanais) et l’Etat de Jammu-et-Cachemire, intégré à la République indienne.

Depuis cette époque, le Pakistan réclame un référendum qui permettrait aux Cachemiris de choisir entre l’Inde et le Pakistan. L’Inde s’y est toujours refusé. Si le mouvement nationaliste cachemiri remonte aux années trente, la lutte indépendantiste est aujourd’hui menée par des groupes islamistes soutenus par le Pakistan.

.

Les 100 ans de Claude Lévi-Strauss

levi-strauss

Bon anniversaire Monsieur Lévi-Strauss!

Claude LÉVI-STRAUSS fête aujourd’hui ses 100 ans et le Musée du Quai Branly lui consacre une exposition qui rassemble une sélection de photographies et d’objets qu’il a recueillis au cours de ses expéditions. La  presse rend également hommage à l’ethnologue à travers de nombreux articles.

En Espagne, El País a également salué le centenaire de la naissance de Claude Lévi-Strauss:

Claude Lévi-Strauss, uno de los intelectuales más relevantes del siglo XX, destacado antropólogo y padre del enfoque estructuralista de las ciencias sociales, que ha influido de manera decisiva en la filosofía, la sociología, la historia y la teoría de la literatura, cumple mañana 100 años de vida.

.

Et si Claude Lévi-Strauss était un punk?

Pour ceux qui me connaissent, pour mes élèves, comme pour ceux qui parcourent ce blog, mon admiration pour Claude Lévi-Strauss n’est pas un secret. J’étais lycéen, en Terminale, quand j’ai lu Tristes Tropiques pour la première fois et ce fut véritablement une révélation. J’avais trouvé ma voie et je voulais être ethnologue! Scientifique et littéraire, ce livre était pour moi extraordinaire, avec cette première phrase devenue emblématique: “Je hais les voyages et les explorateurs”. On oublie souvent la phrase suivante: “Et voici que je m’apprête à raconter mes expéditions.Car là est la grandeur de ces Tristes Tropiques: c’est à la fois une réflexion sur le destin des civilisations, une ethnographie, avec un étude minutieuse de la vie des Indiens du Brésil, et une autobiographie où l’ethnologue nous raconte comment lui est venue sa vocation. La vocation est-elle contagieuse? Toujours est-il que Tristes Tropiques me communiqua cet amour pour des peuples qu’on ne disait pas encore «premiers» et, mon bac en poche, j’entamai des études d’ethnologie à l’université de Paris X-Nanterre. L’ouverture toute en paradoxe de Triste Tropiques avait également suffi à me convaincre que Lévi-Strauss est un vrai punk! Oui, vous avez bien lu: un punk! Insaisissable, proche des surréalistes, il aime en effet brouiller les pistes, non sans humour ni esprit de provocation. Ne s’est-il pas lui-même défini comme un vieil anarchiste de droite, fidèle à Marx, comme dans cette interview accordée à L’Express en 1986? Par ailleurs, son disours ne rejoint-il pas le “No future” des punks lorsqu’il souligne avec pessimisme que les cultures traditionnelles sont en train de disparaître et que l’humanité va à sa perte?

.

Les Amériques: les missions au Brésil et l’exil new-yorkais.

Dans la vidéo ci-dessus, qui date de 1977, Claude Lévi-Strauss nous raconte avec bonheur sa première rencontre avec les Bororos. Il l’a souvent répété dans des interviews: “la période de [ses] voyages dans l’intérieur du Brésil, ce sont les plus belles années de [sa] vie”. En effet, ces années trente et quarante, où il devient ce grand ethnologue que l’on connaît aujourd’hui, sont particulièrement  palpitantes et les différents articles publiés dans la presse ne manquent pas de les évoquer. Nommé en 1935 professeur de sociologie à Sao Paulo, Claude Lévi-Strauss se passionne pour les Indiens et se découvre une vocation… Plus tard, aux États-Unis, ayant fui la France occupée, il fait la rencontre décisive du linguiste Roman Jakobson. Dans un article intitulé Lévi-Strauss, de l’Amazonie au collège de France,  paru le 26 novembre dans Le Figaro, Paul-François PAOLI revient sur ces années passionnantes:

En 1935, il accepte un poste de professeur de sociologie à l’université de Sao Paulo, au Brésil, qu’il rejoint après un long périple en mer. Pour le compte du Musée de l’homme de cette ville, il part, plusieurs mois durant, dans le Mato Grosso avec sa femme à la rencontre de tribus primitives : les Indiens Bororos et Caduveos, une expérience qu’il relatera dans Tristes Tropiques, le livre qui le rendra mondialement célèbre après guerre. « J’étais dans un état d’excitation intellectuelle intense. Je me sentais revivre les aventures des premiers voyageurs du XVIe siècle. Pour mon compte, je découvrais le Nouveau Monde. Tout me paraissait fabuleux : les paysages, les animaux, les plantes…», dira-t-il dans un livre d’entretiens [Lévi-Strauss, l'homme derrière l'œuvre (Lattès), d'Émilie JOULIA].

Après d’autres expéditions, notamment chez les Tupi-Kawahib, descendants d’une culture en voie d’extinction, il retourne en France et se retrouve, en 1940, à Vichy pour demander son intégration au ministère de l’Éducation nationale, au moment même où sont promulguées les lois antisémites du régime de Pétain. «Je ne me rendais pas compte du danger…», expliquera-t-il bien des années plus tard en évoquant l’incroyable inconscience de sa jeunesse.

Après l’Amérique du Sud, Lévi-Strauss découvre… l’Amérique du Nord. Il rejoint New York grâce à la Fondation Rockefeller qui organise le sauvetage des savants européens. C’est là qu’il rencontre le grand linguiste Roman Jakobson dont il devient l’ami. « Je faisais du structuralisme sans le savoir. Jakobson m’a révélé l’existence d’un corps de doctrine déjà constitué en discipline : la linguistique […] Pour moi ce fut une illumination…» Le choc est fécond. En 1943 Lévi-Strauss écrit Les Structures élémentaires de la parenté, qu’il publie en 1948 ; en même temps que La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara. Deux ouvrages où il tente de mettre en évidence les infrastructures inconscientes qui modèlent les relations familiales, notamment à travers la loi de l’inceste. Le structuralisme, dont Lévi-Strauss va devenir le pape, est né. Ni idéologie, ni explication du monde, le structuralisme prétend mettre au jour des normes et des lois qui régissent les relations sociales, le langage, la création artistique ou ces mythes auquel l’anthropologue français consacrera sa vie en étudiant les récits des Indiens d’Amérique du Nord et du Sud.

.

Le regard de l’ethnologue.

levi-strauss_jfcaduveo1Dans Libération, Dominique POIRET nous propose un beau diaporama de l’exposition organisée au Musée du Quai Branly. Les photos exposées (comme celle de cette jeune fille caduveo) sont sans doute plus exceptionnelles que les objets.  Claude Lévi-Strauss aurait pris 3000 photos des Indiens du Brésil. Pourtant, il semble toujours avoir été méfiant à l’égard de la photographie et n’en a publiées que très peu: est-ce parce que le regard du photographe, en risquant d’être subjectif, ouvre la porte à l’imaginaire? En photo, quelle est finalement la différence entre l’oeuvre d’art et le document? Ce sont les questions que se pose Michel Guerrin dans un article intitulé “Le photographe malgré lui“, paru ce 25 novembre dans Le Monde. Extrait.

.

“On pourrait écrire cinq pages sur chaque image en la décrivant : les vêtements, les bijoux, la peinture faciale… L’oeil de Lévi-Strauss est particulièrement ouvert, explique Emmanuel Garrigues. Il centre le sujet au détriment de la composition. Il y a ensuite le témoignage et l’échange. Une bonne foi passe dans les images parce que l’auteur vit avec les Indiens depuis un an. Il identifie des personnalités notamment au moyen du portrait.”

Ce mélange entre information et témoignage est porté par la relation entre la réalité et l’imaginaire de Lévi-Strauss. La photo est passionnante parce qu’elle est aussi poétique que l’écriture. Il faut évoquer ici le surréalisme et le freudisme, qui ont nourri l’écrivain, rappelle Emmanuel Garrigues. “Il fuit la France en 1941 et rencontre André Breton, qu’il asticote sur la différence entre le document et l’oeuvre d’art”, raconte-t-il.

Cette tension est au coeur de Tristes Tropiques, “qui est aussi un “roman photographique” proche du Nadja de Breton, poursuit Emmanuel Garrigues. C’est clair dans les photos où les Indiens font l’amour. Il y a une dimension érotique, extatique, un rapport affectif entre Lévi-Strauss et les Indiens, dont un regarde même le photographe dans les yeux. Lacan cite ces images dans un séminaire sur la nudité.”

.

Pour conclure, une anecdote personnelle… Un jour, à Paris, alors que j’étais encore étudiant en ethnologie, je me suis retrouvé par hasard assis en face de Claude Lévi-Strauss dans le métro. Je n’en croyais pas mes yeux. Il avait l’air absorbé par ses pensées, un tremblement de la main indiquait qu’il était atteint de la maladie de Parkinson. J’avais envie de lui dire plein de choses, lui dire mon admiration, lui dire que la lecture de Tristes Tropiques avait changé ma vie… En même temps je n’osais pas le déranger. Ma gorge s’est nouée et je n’ai rien pu lui dire. Je me suis contenté d’un sourire quand il s’est levé pour quitter le wagon.

.

Post-scriptum: ce 28 novembre, les cent ans de Claude Lévi-Strauss ont valu à ce blog une fréquentation record: 177 visites! Les pages Les Nambikwara, par Claude LEVI-STRAUSS et Claude Lévi-Strauss, de l’Amazonie à la Pléiade ont été les plus consultées.


La voie de l’indépendance pour le Groenland

J’en avais parlé dans un article précédent: hier, les quelques 39.000 électeurs des 80 villes et villages du Groenland étaient appelés aux urnes pour un référendum. Ils ont décidé, avec une majorité écrasante et sans surprise, de faire avancer leur territoire vers l’indépendance.

Article d’Olivier TRUC publié le 27 novembre 2008 dans Le Monde:

Les Groenlandais votent massivement pour l’autonomie renforcée

groenlandAvec 75,5 % d’“aap” (oui), les Groenlandais ont massivement voté, mardi 25 novembre, en faveur de l’autonomie élargie vis-à-vis du Danemark. Mais sans doute seront-ils obligés d’adopter une politique de regroupement urbain de la population qu’ils reprochent aux Danois d’avoir appliquée il y a un demi-siècle.

Dans la discothèque Manhattan, la seule de Nuuk, capitale de la plus grande île du monde – quatre fois la France, mais 56 000 habitants seulement – le premier ministre groenlandais, Hans Enoksen, n’avait pas attendu les résultats finaux pour lancer la danse mardi soir. “J’espère connaître un Groenland indépendant avant de quitter la politique”, a dit ce responsable de Siumut, le parti social-démocrate local, âgé de 52 ans, qui a entamé depuis des années un processus de “groenlandisation” du pays.

Dès lundi, des affiches annonçant la prochaine étape, le 21 juin 2009, date de l’entrée en vigueur du nouveau traité établissant les relations entre le Groenland et le Danemark, avaient été accrochées dans les couloirs des partis politiques prônant le “oui”. A partir de cette date, le Groenland pourra adopter, au rythme qui lui conviendra, 32 domaines de compétences aujourd’hui gérés par le Danemark, dont les plus lourds sont la justice et la police, et les plus alléchants les ressources minérales et pétrolières.

Quand il se jugera prêt, le Groenland pourra surtout de lui-même entamer son processus d’accession à l’indépendance, et n’aura besoin que d’un vote du Parlement danois, qui lui est à ce jour largement acquis. “Nous pouvons faire ce que nos aînés n’ont jamais pu faire, choisir notre destin, exiger le respect”, a déclaré M. Enoksen au Monde. “Le temps de l’impérialisme est terminé”, a lancé Juliane Henningsen, députée socialiste groenlandaise au Parlement danois.

“Les partisans du oui ont mené une campagne nationaliste, accuse Palle Christiansen, numéro deux du parti Les démocrates, le seul qui avait appelé à voter non. Ils disaient que si les gens ne votaient pas oui, ils n’étaient pas de vrais Groenlandais.” Pour beaucoup, il y a de fait un côté revanche dans le vote de mardi. “En 1954, le Danemark a menti et informé l’ONU que les Groenlandais n’existaient plus en tant que peuple à cause de la mixité, ce qui nous a privé de droits spécifiques, explique Kuupik Kleist, président du parti IA (socialiste). Il y a donc une énorme part symbolique avec ce référendum car nous nous réapproprions enfin notre identité.”

Si le ton de la campagne n’a toutefois pas été agressif vis-à-vis des Danois, beaucoup se rappellent la façon dont le Danemark a certes modernisé ce pays immense au climat très rude dans les années 1950 et 1960, mais en menant une politique de concentration des habitants des hameaux les plus dispersés. L’accès généralisé à l’Etat-providence avait un prix, et des milliers de Groenlandais chasseurs de phoques et pêcheurs se sont retrouvés trop vite entassés dans des barres d’immeubles aujourd’hui décrépites en plein cœur de Nuuk, où l’alcool et la drogue font des ravages.

A peine plus d’un quart des Groenlandais ont une quelconque formation atteignant au moins le niveau du lycée, ce qui constitue le plus gros frein au développement du pays. “Nous avons eu trente ans pour le faire depuis la première autonomie et le niveau ne s’est pas élevé”, critique Ivalo Olsen, une jeune enseignante groenlandaise, “l’une des deux seules enseignantes Groenlandaises parmi les trente professeurs de l’unique lycée de Nuuk”, précise-t-elle, hormis les professeurs de langue groenlandaise. Tous les autres sont danois. Elle a voté non au référendum, “car je crois que c’est une trop grosse utopie de penser que l’on pourra gérer un pays avec le niveau d’études que nous avons ici”.

Le manque d’enseignants qualifiés, notamment dans les hameaux isolés, est un défi énorme. Il existe, depuis deux ans, un fonds destiné à encourager les habitants de la cinquantaine de villages dont l’économie repose sur la chasse à rejoindre les villes du pays. “Ils ont beaucoup de mal à avoir de bons enseignants, explique Per Berthelsen, ministre des finances et des affaires étrangères. Nous voulons encourager leurs habitants à rejoindre les villes, mais c’est très sensible car ces gens ont l’impression d’être sous-estimés.” “Vous ne pouvez plus forcer les gens à quitter leurs villages comme l’ont fait les Danois, ce serait un suicide politique”, explique Knud Kristensen, député du parti libéral Atassut.

La question est donc délicate pour cette jeune future nation inuit : ces hameaux isolés de chasseurs et de pêcheurs occasionnent un coût énorme pour une économie exsangue qui n’a toujours pas vu l’ombre d’un gisement de pétrole que promettent les experts américains. Mais ils représentent en même temps la source même de l’identité groenlandaise que le pays est en train de se réapproprier.

Nourrir l’humanité

34B_emissions_CO2_2002

.

Le programme de géographie de la classe de Seconde a pour objet l’étude de l’occupation de la Terre par les hommes. Il donne aux élèves les moyens de comprendre les différents enjeux du monde dans lequel ils vivent.

Le second thème du programme, consacré aux problèmes des ressources alimentaires dans le monde, est particulièrement intéressant car il permet de poser des problématiques essentielles, aussi bien à l’échelle globale qu’aux échelles locales. On pourra notamment aborder la question des agrocarburants telle que je l’ai déjà évoquée ici. Enfin, ce chapitre sera l’occasion d’entrainer les élèves à la réalisation de cartes heuristiques, de façon à aboutir à une synthèse de ce type:

agriculture3.

Problématique.

La sécurité alimentaire est-elle envisageable pour tous les êtres humains? Comment les hommes arrivent-ils à surmonter un défi alimentaire crucial pour leur survie? Pourquoi existe-t-il de tels contrastes entre des agricultures modernes tournées vers le marché mondial et des agricultures vivrières peu productives? Quelles sont les limites écologiques des progrès agricoles? Peut-on envisager une agriculture qui produise suffisamment en respectant l’environnement?

Plan.

Le plan sera présenté ici sous forme de carte heuristique. À la fin de la leçon, les élèves seront amenés à souligner en conclusion la nécessité d’une agriculture durable.

nourrir-lhumanite1.

Notions et concepts.

Agricultures extensive et intensive, agriculture durable, agriculture productiviste, agriculture vivrière, agrobusiness, déforestation, désertification, érosion, FAO, filières agroalimentaires, insécurité alimentaire, productivité, rendements, révolution verte, sécurité alimentaire, surexploitation, transition démographique.

.

Étude de cas: la Révolution verte en Inde.

À partir du texte suivant, extrait d’un manuel Nathan, les élèves devront identifier et classer les moyens techniques et les différentes conséquences (à court et long termes) de la Révolution verte de façon à pouvoir ensuite construire une carte heuristique.

Le mouvement de la “Révolution verte” en Inde s’est fait en deux temps. Tout d’abord, dans les années qui ont suivi l’indépendance, l’amélioration des ressources alimentaires a été recherchée dans l’extension des surfaces défrichées et des périmètres irrigués. Les canaux de dérivation qui utilisent l’eau des fleuves se multiplient, des centaines de milliers de puits sont creusés. [...] Ces progrès de l’irrigation sensibles dès les années cinquante vont constituer le socle de la “Révolution verte” proprement dite. À partir de 1960, un organisme d’État, l’Intensive Agricultural District Programme est chargé de réaliser la modernisation de l’agriculture indienne. Il dispose à partir de 1965 de semences à haut rendement de blé mexicain et de riz philippin, et commence à voir les résultats de son action à partir du début des années soixante-dix. Les premiers résultats sont mitigés: les nouvelles espèces sont fragiles, elles s’adaptent parfois mal, et nécessitent beaucoup d’engrais. Les coûts de production par tonne augmentent. L’endettement des paysans s’accroît. La “Révolution verte” favorise les exploitations les plus vastes et les mieux placées par rapport aux réseaux d’irrigation. Ce sont donc surtout les exploitants les plus instruits et les plus fortunés qui en tirent parti. On l’accuse donc d’aggraver les inégalités sociales, de précipiter la concentration des terres et l’exode rural. À mesure que le mouvement progresse, le bilan, très critique dans les premières années. se nuance. La production de grains double en vingt ans, passant de 78 millions de tonnes au milieu des années soixante à plus de 150 millions de tonnes en 1985. L’Inde, contre toute attente, atteint l’autosuffisance alimentaire et se permet d’exporter une partie de sa production.

Franck DEBIÉ, Géographie économique et humaine, Presses Universitaires de France, Paris, 1995.

.

revolution-verte.

Quelques sites.



Les Damned sur Arte!

Alors que l’on commence à découvrir leur nouvel album “So Who’s Paranoid?”,  les Damned jettent le masque et font une courte apparition sur Arte. Tracks, le magazine des musiques et des cultures qui ne tiennent pas en place, leur consacrait en effet un reportage. Il est si rare de voir les Damned à la télé que cela méritait d’être signalé.

The Damned

32 années au service de sa majesté le punk! Chouette, les Damned font des heures supp’!

Captain Sensible

En 82, le morceau, “Wot?”, première parodie du rap, entre plein pot dans les charts internationaux. Derrière ce tube massif, l’anglais Captain Sensible, littéralement le capitaine avisé, un clown en béret rouge qui en connaît un rayon côté provo. 6 ans avant “Wot?”, Captain Sensible et son groupe The Damned sortent le premier 45 tour du punk anglais : “New Rose”. Sensible y tient la basse. The Damned, les damnés, pourraient figurer au Guinness book du punk: premier single de l’ère destroy, premiers groupe à tourner au States, premiers à splitter, premiers à se reformer et précurseur du rock gothique. N’en jetez plus! Avec eux le rock vit son big bang punk.

Captain Sensible de son vrai nom Ray Burns est né en 54 à Londres. Avant de manier la basse comme un dieu, il gagne sa vie dans les toilettes. Un jour de 76, Captain, préposé au nettoyage des toilettes, discute avec Rat Scabies chargé de l’entretien des sols. L’un se vante d’être le champion de la basse, l’autre le roi des batteurs. Ils montent The Damned et embauchent illico un type rencontré dans un bar.

Dave Vanian

Dave Vanian se prend pour un vampire, le voilà chanteur des Damned. La création des Damned tombe à pic dans une Angleterre ravagée par la crise et le chômage. Face aux parents qui se retrouvent sans emploi après avoir travaillé dur toute leur vie, la nouvelle génération refuse de jouer le jeu. Tous les ingrédients de la révolution punk sont réunis.

Après quelques semaines de répétitions les Damned donnent leur premier concert le 6 juillet 1976 au 100 club en ouverture des Sex Pistols encore inconnus. Le mois suivant, ils sont à l’affiche du premier festival punk, à Mont de Marsan dans le Sud de la France. Dans la foulée, les Damned enregistrent “New Rose”, le single qui signe l’acte de naissance du punk.

Les Damned enchaînent les albums, surprenant les fans par les nouvelles voies qu’ils explorent en vrais punks. Sur scène, le groupe applique à la lettre les recettes du destroy. Comme ici invités sur la très respectable BBC, où ils prennent un malin plaisir à refaire la déco du plateau…

Entre deux mises à sac, Captain Sensible en profite pour se la jouer solo. En 82, il découvre le rap de Grandmaster Flash, enregistre son méga tube “Wot?” et réalise le grand écart entre punk et pop. Profitant de l’absence du Capitaine, Dave Vanian se fait plaisir et s’épanouit en reprenant en version Dracula le tube “Eloïse” écrit dans les sixties par Barry Ryan. Aujourd’hui, Dave compose des musiques de films tandis que Captain Sensible s’est trouvé un nouveau terrain de jeu : la politique avec son grouspuscule, le Blah Party!

Pour leur retour sur scène et dans les studios avec un dixième album, Vanian et Sensible sont les seuls rescapés de la “Damned generation”. Après le “no future”, c’est “no retraite” pour les vieux punks.

Qu’elle était verte ma vallée


.

Avant les vacances de Toussaint, j’ai diffusé aux élèves de 1ère ES le film de John FORD Qu’elle était verte ma vallée (How Green Was My Valley - 1941). Même s’il a un peu vieilli, c’est un film qui a captivé les élèves et qui illustre bien la leçon d’histoire sur la civilisation industrielle à la fin du XIXème siècle. Dans une région minière du Pays de Galles, une mine de charbon fait vivre toute la population d’une vallée. Mais la chute du cours du charbon et une main d’oeuvre abondante et peu chère amènent la crise, si bien que nombre de mineurs perdent leur emploi. Témoin de ce drame, la famille Morgan, qui compte six fils, dont Huw, le jeune narrateur, se déchire, entre des parents opposés à toute révolte et les jeunes fils qui veulent se syndiquer et porter la contestation dans la rue.

On retrouve de nombreux thèmes abordés en classe: la mine, le socialisme, le syndicalisme, l’émigration vers les pays neufs. Mais le thème le plus intéressant ici est celui de l’opposition entre tradition et modernité. Le père de Huw incarne le respect de la tradition: il représente l’autorité familiale et la stabilité et ne peut accepter la rébellion de ses fils. Au cours d’une discussion, pendant le moment sacré du repas, l’un de ses fils va pourtant essayer de le rassurer («We are not questionning your authority, sir»)  mais il appartient à une autre époque et ne comprend pas. Cette opposition entre tradition et modernité se situe également dans le domaine religieux. Comme l’explique Jean-Michel DEROUSSENT dans un article paru sur le site Il était une fois le cinéma:

La conscience traditionnelle du père et de la mère, dans la famille Morgan, s’inscrit également dans le dessein d’une défense de la morale religieuse. Le repas est béni. Le dimanche est jour de célébration. Au sein du village, on pourrait croire que le pasteur Gruffydd (Walter Pidgeon) symbolise également le sacerdoce des valeurs séculaires galloises. Toutefois, l’amour stérile qu’il porte envers Angharad Morgan (Maureen O’Hara) et la liberté des propos qu’il échange avec le jeune Huw, lui donnent un rôle différent. Quand le jeune Huw est immobilisé, il ne lui offre pas la Bible, mais l‘Ile au Trésor. La dimension profondément juste et intègre de son personnage, lui confère une place essentielle, pour ne pas dire centrale au sein du récit. Ancien mineur, le pasteur Gruffydd est à la fois juge et partie intrégrante de cette conscience collective.

Ses paroles dissimulent en réalité un recul sur le discours religieux. « Prayer is only another name for good, clean, direct thinking. When you pray, think. Think well what you’re saying. Make your thoughts into things that are solid and in that way your prayer will have strength. And that strength will become a part of you, body, mind and spirit. ». Sa conviction s’oriente davantage vers le développement personnel de l’individu, notamment le jeune Huw. Ainsi, derrière cette apparente piété, se dissimule une réflexion sur la morale, qui dépasse largement le cadre de la foi. Il n’hésite pas, d’ailleurs, à condamner certaines pratiques (le banissement de la jeune mère enceinte). Derrière cette liberté de pensée, John Ford témoigne ainsi d’une certaine ouverture d’esprit, par rapport à la conscience religieuse qu’il place résolument comme une construction individuelle et non collective. Le discours de départ du Pasteur accentue la disctinction entre la collectivité et les individus qui la composent. « I am leaving the Valley with regret toward those who have helped me here, and who have let me help them. But, for the rest of you, those of you who have only proved that I have wasted my time among you, I have only this to say. There is not one among you who has had the courage to come to me and accuse me of wrongdoing. And yet, by any standard, if there has been a sin, I am the one who should be branded the sinner. Will anyone raise his voice here now to accuse me? No. You’re cowards, too, as well as hypocrites. But I don’t blame you. The fault is mine as much as yours ».

L’échec du pasteur Gruffydd avec ses paroissiens, qui rejoint celui du père Morgan avec sa propre famille, illustre bien le problème des religions confrontées à la modernité. En effet, à la fin du XIXe siècle, la sécularisation des sociétés industrielles est avancée. Le recul de la pratique religieuse, sensible dans les milieux ouvriers, atteint aussi les campagnes, où elles se limite souvent à la participation aux fêtes et aux sacrements qui rythment les étapes de la vie. Le rôle éducatif de l’Eglise est contesté par la mise en place d’un enseignement laïque, notamment en France. Enfin, les idéologies qui proposent une organisation sociale ne reposant pas sur les croyances religieuses, comme le libéralisme et le socialisme, gagnent partout du terrain. Dans ce contexte de repli généralisé du fait religieux, les croyants sont ébranlés par les avancées de la science qui veut devenir la « la religion de l’avenir ». La théorie évolutive de Darwin donne ainsi le coup de grâce aux interprétations littérales du récit de la Création, rendant intenable la position des théologiens.

Malgré ces difficultés, un réveil de la foi a lieu, d’abord dans les Églises protestantes, en Angleterre et aux Etats-Unis, puis chez les catholiques, qui manifestent de nouvelles formes de piété, plus chaleureuses et plus démonstratives. Les cultes de la Vierge et des saints prennent une nouvelle vigueur (le dogme de l’Immaculée conception  est adopté en 1858), comme en témoignent les pèlerinages à Lourdes ou à La Salette. On s’intéresse au Christ souffrant et la dévotion au Sacré-Cœur se développe (construction de la basilique du Sacré-Coeur à Paris de 1876 à 1910). Surtout, les Églises profitent de l’expansion coloniale pour multiplier les missions qui évangélisent les peuples indigènes et créent des écoles et des hôpitaux. Lorsqu’il est élu en 1878, Léon XIII prend la tête d’une Église qui doute de sa mission. Il dispose néanmoins d’un pouvoir considérable grâce à la centralisation opérée précédemment par Pie IX. Il entreprend alors de restaurer un ordre social chrétien en adaptant les principes traditionnels aux temps modernes. L’encyclique Rerum Novarum (1891) fixe la doctrine sociale de l’Église : les ouvriers vivent dans un état de « misère imméritée » dû à leur isolement et aux méfaits du capitalisme industriel ; le socialisme ne saurait y remédier. Tout en maintenant la propriété privée, considérée comme un droit naturel, il convient d’établir de nouveaux rapports sociaux fondés sur la justice et l’équité. Le pape encourage ainsi la constitution de syndicats chrétiens et fait de la corporation l’idéal de la communauté sociale. Il affirme enfin que chaque pouvoir est souverain et préconise, en 1892, le ralliement des catholiques français à la République. Le catholicisme social revêt donc des habits nouveaux ; il devient un projet politique avec la naissance d’un courant démocrate-chrétien en Allemagne, en Italie et même en France (création du Sillon par Marc Sangnier en 1894). Si le pontificat de Léon XIII peut ainsi apparaître comme celui de l’ouverture, l’avènement de Pie X en 1903 est cependant suivi d’un repli de la hiérarchie sur le terrain de l’adaptation au monde moderne. C’est ainsi que le « modernisme », cette tentative opérée par des penseurs catholiques, comme le Français Loisy, pour adapter l’histoire du dogme aux données de la science moderne, est condamné en 1907 par l’encyclique Pascendi. Quant au Sillon, créé en 1894, qui s’efforçait de concilier christianisme, démocratie et aspiration à la justice, il est désavoué par le pape en 1910.

.

« Men like my father cannot die. They are with me still, real in memory as they were in flesh, loving and beloved for ever. How green was ma valley then. »

Somalie: une adolescente violée, accusée d’adultère et lapidée

Les journaux français, pourtant si prompts à donner des leçons en matière de droits de l’homme, n’en ont pas parlé, malgré la publication de l’information sur le site d’Amnesty International: une mineure a été lapidée en Somalie après avoir été violée. Finalement, c’est le quotidien El Pais qu’il fallait lire samedi dernier [1] pour prendre connaissance de ce fait divers épouvantable qui avait eu lieu en début de semaine.

.

Condamnée à être lapidée.

Asha Ibrahim Dhuhulow, une jeune adolescente de 14 ans, est violée par trois hommes dans la ville portuaire de Kismaayo. Elle a la mauvaise idée de signaler le viol à des membres de la milice al-Shabab qui décident de la livrer à un tribunal islamique. Elle est alors accusée d’adultère et condamnée à mort. Elle a été exécutée par lapidation dans un stade de la ville devant un millier de personnes. Quant aux violeurs, ils n’ont pas été inquiétés car ils appartiennent à un clan puissant. Amnesty International, qui mène campagne contre la peine de lapidation, a recueilli des témoignages atroces:

De nombreux témoins ont dit à Amnesty International qu’au cours de la lapidation des infirmières ont été chargées de vérifier si Aisha Ibrahim Duhulow était toujours en vie. Elles l’ont déterrée, ont déclaré qu’elle était encore vivante, et l’ont ensuite replacée dans le trou où elle avait été partiellement ensevelie, afin que la lapidation se poursuive.

L’exécution de cette enfant innocente est non seulement injuste et cruelle mais complètement discriminatoire à l’égard des femmes. En assimilant le viol à une relation sexuelle hors mariage,  le droit islamique considère que les femmes victimes de viol sont coupables d’adultère. C’est ce qui va justifier leur condamnation. Il ne faut pourtant pas croire que la lapidation soit une chose courante en terre d’Islam: le Coran n’en parle pas et nombreux sont les musulmans qui la condamnent. L’article paru dans El Pais précise que peu de pays d’Afrique pratiquent la lapidation: s’il semble que ce soit la première fois en Somalie,  on se souvient de ces deux femmes condamnées au Nigéria en 2001. Finalement, la sharia n’avait pas été appliquée, grâce notamment aux pressions internationales. La jeune Asha n’a pas eu la même chance et n’a pas échappé à sa sentence, malgré les protestations du public dans le stade. La Présidence du Conseil de l’Union Européenne a publié le 28 octobre une déclaration qui condamnait cette mise à mort par lapidation et qui hélas est passée totalement inaperçue. Quant à Rama Yade, la secrétaire d’Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme, son silence est assourdissant. La cause de la jeune Asha Ibrahim Dhuhulow n’était sans doute pas assez médiatique?

.

Mais que se passe-t-il donc en Somalie?

L’actualité liée à ce pays parle de guerre civile, de prises d’otage ou de pirates qui écument les côtes. Par ailleurs, quelle est cette milice Al Shabab? Amnesty International nous précise qu’elle contrôle Kismaayo, associée à des milices claniques. L’article du País nous dit qu’elle est proche d’al-Qaida.

En fait, une guerre civile déchire la Somalie depuis dix ans. Il semble que l’État, en état de décomposition avancée, soit sur le point de disparaître en Somalie: le pays est très divisé et on a l’habitude d’imputer l’échec de l’État-nation somalien au clanisme invétéré des Somali, comme le souligne Alain GASCON, professeur à l’Institut français de géopolitique de l’Université Paris 8, dans un article très intéressant [2]:

La Somalie a sombré depuis 1988 dans une guerre civile que rien ne semble pouvoir arrêter. Les chefs de guerre se disputent des portions du territoire en autant de repaires pour y organiser leurs trafics criminels. Expulsés de Mogadiscio par les milices des tribunaux islamiques, ils y sont revenus avec le gouvernement provisoire, réinstallé par l’Éthiopie. Toutefois, au Somaliland, au Nord, les autorités séparatistes ont rétabli la paix sur tout leur territoire, reconstruit les infrastructures et organisé des élections que personne n’a contestées, mais l’ONU, sous la pression conjuguée de la Ligue Arabe et de l’Union africaine, refuse de reconnaître l’indépendance de l’ex-colonie britannique. Après vingt ans d’indifférence à ce lointain conflit, l’État somalien est menacé de disparition.

Youssouf KARIEH, universitaire djiboutien spécialiste de la corne de l’Afrique, s’interroge sur l’existence même de la Somalie en tant que pays dans un article intitule «Esquisse d’une sociologie des clans somalis». Pour lui, il n’y a jamais eu de Somalie.  Il insiste sur l’absence historique et sociologique d’une «autorité centrale» dans l’organisation des clans somalis:

Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec les ethnies de proximité : Oromos, Hararis, Afars, etc. ; zones à l’intérieur desquelles cohabitent des clans somalis, juxtaposés les uns à côté des autres, chacun ayant un périmètre de pâturage et d’influence. [...] La société somalienne est une société stratifiée avec une juxtaposition de clans. À l’intérieur de chaque clan, l’on assiste à une trame de sous-clan, tribu, sous-tribu, fraction et sous-fraction.

.

somalia_ethnic_2002

Carte des ethnies de la Somalie, disponible sur le site de l’Université d’Austin, Texas.

.

[1] Article de Lali CAMBRA paru le 1er novembre 2008 dans le quotidien El Pais.

Asha: adolescente, violada y lapidada

La joven acusada de adúltera y ejecutada por islamistas en Somalia tenía 14 años

Lali CAMBRA - El País, 01/11/2008.

islamistas_somalies20081101elpaisNi era una mujer, ni tenía 24 años, ni era una adúltera. Si hay un país en el mundo en el que lo malo se convierte en peor, ése es y desde hace décadas, Somalia. Y la historia de Asha Ibrahim Dhuhulow, la supuesta mujer de 24 años lapidada en público el pasado lunes en la ciudad portuaria de Kismayo, es sólo un reflejo. Porque no era mujer, sino casi niña. Asha no tenía 24, sino 14 años. No había cometido adulterio. Había sido violada por tres hombres del clan más poderoso de la ciudad. Ayudados por el tribunal islámico impuesto por las milicias integristas de Al Shabab, la muerte a pedradas de la menor sirvió para borrar todo rastro del crimen.

Somalia, inmersa en el caos entre un gobierno incapaz, señores de la guerra, islamistas radicales, ejército etíope, piratas, soldados de la fuerza de paz africana, (a sumar Estados Unidos, con esporádicos ataques aéreos), algunos enfrentados, todos armados, acumula víctimas. Asha, una más.

Asha no sólo murió víctima. Nació víctima ya. En el campo de refugiados de Hagardeer, en el sur de Kenia, en 1995, donde su familia tuvo que refugiarse tres años antes, huyendo desde Mogadiscio de los ataques contra su clan, el de los Galgale, una minoría en Somalia. Fue la última en nacer, la decimotercera de seis hermanos y seis hermanas, según explicó Ibrahim Dhuhulow, el padre de la niña, por teléfono.

Con la voz quebrada, Dhuhulow relató que Asha, que acudía a la escuela en el campo de refugiados, padecía epilepsia, por lo que la familia decidió enviarla con su abuela en Mogadiscio, donde podría recibir mejor atención médica. Kismayo estaba en su camino. Pero no contaban con la sempiterna guerra. En agosto, las milicias integristas de Al Shebab se hicieron con el control de la ciudad. Asha, “una niña muy dulce, muy humilde”, se quedó atrapada en Kismayo, donde pudo sobrevivir estos dos meses gracias a los conocidos que había hecho en el camino. El dinero para llegar a Mogadiscio se le acababa, según decía a su padre por teléfono. La noche del sábado, tres hombres se le acercaron y la obligaron a acompañarlos a la playa, donde la violaron.

Bajo consejo paterno, ella acudió a los tribunales y denunció a sus violadores, que fueron arrestados. Y aquí se inicia, según declaraciones de Ibrahim Dhuhulow, la serie de desatinos que acabarían con la niña atada y enterrada hasta el cuello, lista para la ejecución.

Una hora antes de que la ejecutaran, Asha logró llamar a su padre. “Me dijo: ‘Papá, soy tu hija, me van a matar, por favor, diles que me perdonen’. Le pregunté quién la iba a matar y por qué alguien iba a hacer algo así. Me dijo que el hombre a su lado no le permitía decirme las razones. Le pedí hablar con el hombre. Le pregunté: ‘¿Quién eres tú?, ¿por qué vas a matar a mi hija?’. Me contestó que no me podía responder a eso, ‘pero que sepas que tu hija va a ser lapidada en una hora’. Me desmayé”.

De acuerdo con la reconstrucción que el padre y los conocidos de Asha en Kimbayo han podido ir haciendo de los hechos, los familiares de sus agresores la convencieron con buenas palabras para que acudiera al tribunal islámico, retirara su acusación y perdonara a los tres hombres. Le darían dinero y joyas. Ella accedió, pensando que podría llegar a Mogadiscio con el dinero. Mientras, los mismos familiares acusaron a Asha ante el Tribunal Islámico por extorsión. Cuando Asha, en su inocencia, retiró la denuncia, fue arrestada y acusada de adulterio, de mantener relaciones sexuales sin estar casada.

“No le preguntaron nada, no trataron de hablar con ella, ni siquiera la visitó un médico”, asegura Hassan Shire Sheik, director del Proyecto de Defensa de los Derechos Humanos en el Este y en el Cuerno de África (EHAHRDP). “Se hacen llamar tribunales pero no tienen ningún conocimiento legal”. Shire Sheik confirma las palabras del padre de Asha según las cuales la niña se quedó sin defensa alguna también por el carácter minoritario de su clan, que no posee armas. “Nadie de su clan estaba en la ciudad, nadie armado estaba a su favor”. Sheik, impulsor de diversas asociaciones de defensa de los derechos humanos en Somalia -por lo que tuvo que huir de su país y refugiarse en Canadá y Uganda-, se sulfura al hablar del caso: “Ni cuando las Cortes Islámicas se hicieron con el control de Mogadiscio en 2006 vimos ejecuciones así. ¿Dónde está la ley? ¿Quién la defendió? ¿Cómo se mata a una niña de catorce años? Están locos”.

Lo mismo debieron de pensar los testigos de la ejecución. Un millar de personas que se acercaron al estadio de fútbol de Kimbayo, a los que se les dijo que se iba a lapidar a una mujer de 34 años, prostituta, bígama, adúltera. Pero pudieron ver y oír a Asha antes de que le cubrieran la cabeza con un capuchón. Asha la niña protestaba su inocencia. Unos cuantos trataron de romper filas y acudir en su ayuda.

Los milicianos integristas abrieron fuego contra la multitud. Mataron a un niño. Otras seis personas resultaron heridas. Por ello, posteriormente, los islamistas se disculparon y aseguraron que buscarían a los responsables de los disparos. No por las piedras, transportadas hasta el estadio en un camión. Nadie más se atrevió a proteger a la pequeña. Cincuenta hombres rodearon a Asha, la cubrieron la cabeza en un capuchón sollozante, e iniciaron el lanzamiento de proyectiles.

Hasta tres veces tuvieron que interrumpir la ejecución para comprobar si la niña todavía vivía. “Mi niña iba a la escuela, mi niña iba a ver a su abuela, no sé qué tipo de ley permite matar a una niña de catorce años”, se desespera Ibrahim Dhuhulow, que sabe que algunos testigos dicen que parecía que la niña tenía problemas mentales y le duele pensar que pudo haber tenido un ataque epiléptico sin ser asistida por nadie más que por sus verdugos.

No es el único que se desespera. El responsable de EHAHRDP recuerda que Al Shabab es un grupo calificado de terrorista por el gobierno de los Estados Unidos, con vínculos con Al Qaeda. Al Shabab (La Juventud) fue formado como reacción a la invasión del ejército etíope de Somalia en 2006 para, con el patrocinio de los Estados Unidos, acabar con la Unión de Cortes Islámicas que se habían hecho con el control de buena parte del sur del país y de su capital. El Islam practicado en Somalia ha sido siempre moderado, pero parece que eso se acaba. “Van camino de convertirse en talibanes, estamos asistiendo a una primera fase de la conversión de Al Shabab en talibanes”, asegura Shire Sheik, que considera que la ejecución de Asha “es una muestra de lo que nos espera: asesinatos públicos a sangre fría y publicitados por todos los medios para dar ejemplo”.

El defensor de los derechos humanos somalí considera que Asha sirvió no sólo para cubrir a los autores de la violación, “sino también para atemorizar a la población, a aquellos clanes que no tienen poder”. Para Shire Sheik, “es necesaria una intervención internacional efectiva y poder salvar lo que nos queda de Somalia”.

EHAHRDP publicó recientemente un informe sobre la violación de los derechos humanos en el país del Cuerno de África en el que se constata que el respeto por la vida de los ciudadanos en Somalia no es preocupación ni del gobierno que se apoya en el ejército somalí, ni de los grupos integristas islámicos que van, poco a poco, recuperando el terreno perdido. Se calcula que nueve de cada diez ciudadanos ha sido obligado a dejar sus casas en los dos últimos años. Un millón de personas ha sido desplazado por el conflicto bélico.

Amnistía Internacional, condenó ayer duramente la ejecución de Asha, cuya muerte “es otro caso de abuso de derechos cometidos por combatientes en el conflicto de Somalia, otro que demuestra la importancia de investigar y documentar dichos abusos a través de una Comisión Internacional de Investigación”.

Ibrahim Dhuhulow tiene a sus hijas enfermas por el dolor. Su suegro, su cuñado y dos de sus hermanos fueron asesinados por clanes rivales. A él le hirieron y, herido, huyó de Somalia. Ahora, sólo recuerda una y otra vez las últimas palabras de Asha a punto de ser asesinada.

.

[2] Alain GASCON, « La Somalie en mauvais État », EchoGéo, Sur le vif 2008, 2008, [En ligne], mis en ligne le 27 mai 2008. URL : http://echogeo.revues.org/index4484.html. Consulté le 03 novembre 2008.

La révolte des Clash était-elle sincère?

La semaine dernière, à l’occasion de la sortie du livre The Clash [1], un article paru dans El País revient sur la carrière de ce grand groupe punk qui fut emblématique de toute une génération:

La gran farsa de The Clash

DIEGO A. MANRIQUE  25/10/2008

Acaba de llegar el eco del fallecimiento de Ray Lowry. Era un gigante del humor británico, autor de tiras verbosas y abigarradas para The Guardian o Private Eye. Pero el titular de la necrológica se detiene en una anécdota profesional: “Muere el diseñador de la portada de London calling”. Queda claro que The Clash fue la gran aventura de una generación, marcando a todos los que estuvieron en contacto con ellos.

Partiendo del punk con dientes de sierra, ellos zapearon por la historia del rock a la vez que establecían una improbable alianza con el reggae. En la segunda mitad de su carrera, se abrieron a (su idea de) los ritmos latinos y abrazaron los hallazgos del hip hop. Fueron ocho años imparables, que han quedado retratados en abundantes memorias, libros de fotografías, documentales guerrilleros. Ahora aparece la biografía oficial; a primera vista, choca que sea un monumental libro para la mesa del salón. Predomina el elemento gráfico: se reproducen octavillas, anuncios, entradas, carteles, chapas, pases, portadas (de discos, programas, revistas), listados de canciones, letras, telegramas, postales, páginas (de fanzines, songbooks, diarios, agendas, cómics, guiones), recortes de prensa, regalos de fans, galletas de discos y hasta una de las crónicas dibujadas de Ray Lowry.

Forma ¿y sustancia? Como en The Beatles’ anthology, aquí sólo hablan los músicos (y no todos). Breves textos anónimos sitúan cada periodo y sigue un collage de recuerdos de Joe Strummer, Mick Jones, Paul Simonon y Topper Headon.

Ésta es la “versión autorizada” de una epopeya masculina. Desaparecen sus mujeres, que quizás explicarían muchas claves. La relación de Mick Jones con la cantante neoyorquina Ellen Foley, que aclara su adhesión a las técnicas del “recorto y pego”: el británico estaba allí cuando, desde el Bronx, los ritmos y las rimas del rap invadieron Manhattan. Igual que la atracción de Joe Strummer por España, inmortalizada en Spanish bombs. Y el magnetismo sexual, encarnado en el bajista Paul Simonon, un romeo que incluso atrajo a la diosa Patti Smith. Se cuenta finamente: “Después del concierto, Patti me invitó a comer en su hotel y, como estaba muerto de hambre, acepté, por supuesto. Además, me regaló un mono de trabajo y el billete de cien dólares con el que le compré otro a Joe”.

Sugerente: un gigoló de la era punk. En todo caso, suena más humanizador que las fantasías de Strummer como pistolero, (hijo de un) ladrón de bancos o terrorista. En el concierto de presentación de Rock contra el Racismo en 1978, Joe modeló una camiseta de las Brigadas Rojas: “Me la puse porque no creía que estuvieran recibiendo la cobertura mediática que merecían. Después de que dispararan a Aldo Moro, el equivalente italiano a Winston Churchill, acababan cada día con un empresario”.

Durante años, Joe ocultó que se llamaba John Mellor y que era hijo de diplomático: la clase media no tenía glamour y él se desclasó. De ahí su seudónimo, un nombre vulgar con ese apellido proletario (strummer significa rasgueador, es decir, guitarrista elemental). Con el fenómeno del punk, olvidó el folk y enfatizó sus trabajos más pintorescos -¡enterrador!- y su temporada como okupa, cobrando del paro. Strummer reconocía que el nuevo movimiento tenía mucho de secta: “El día que me uní a The Clash fue como volver a la casilla de inicio, al año cero. Parte del punk consistía en desprenderte de todo lo que conocías antes. Éramos casi estalinistas, porque insistíamos en que había que deshacerse de las viejas amistades y de nuestra manera de tocar en un intento febril por crear algo nuevo”.

En su descargo, recordemos que The Clash fueron punkis heterodoxos, que pronto enriquecieron el sonido arquetípico con aproximaciones a fórmulas clásicas, del R & B de Nueva Orleans a Motown. Les honra que, en sus giras por Estados Unidos, contaran con veteranos olvidados como Bo Diddley o con creadores de otros mundos musicales, del vaquero Joe Ely a los raperos de Grandmaster Flash. Unos detalles no apreciados por el sector más cerril de sus devotos.

Al mismo tiempo, ejercían de dandis. Finalmente, eran un grupo pop británico y eso exigía lucir diferentes: camisas customizadas con plantillas y ropa pintada a lo Jackson Pollock; luego, llegarían las prendas militares, tan baratas como intimidantes, y el look del rockabilly. Igualmente, no tragaron con el “háztelo tú mismo”, que exigía autoeditarse o pactar con una independiente: ficharon con CBS, la mayor discográfica del planeta. La primera vez que me crucé con The Clash fue en la convención mundial de CBS en 1977, en un lujoso hotel londinense. Estaban en un rincón, formando piña e ignorando a los boquiabiertos ejecutivos, pero allí estaban.

Flirtearon con el gran negocio del rock. El vibrante disco-libro Live at Shea Stadium les muestra tocando ante 70.000 neoyorquinos, como teloneros de The Who. Lo que vieron en aquel backstage fue un aviso: aparte de Pete Townshend, el resto del grupo estelar les ignoró. Cada miembro de The Who llegó al estadio en su limusina particular: ellos viajaron juntos en un descapotable…, con un coche extra desde donde les filmaban y fotografiaban; pocos grupos tan conscientes de la necesidad de automitificarse.

Alardeaban de sinceridad. Echaron al baterista, Topper Headon, por su adicción a la heroína (algo que no le impidió componer su canción más popular, Rock the casbah). Strummer no podía tolerar semejante disonancia en su mensaje público contra las drogas. Huele a hipocresía: todos ellos usaban sustancias, aunque eso no se mencione hoy; el documental de Julian Temple, Joe Strummer: vida o muerte de un cantante, esquiva cuidadosamente su alcoholismo.

El final del libro evidencia las limitaciones del formato de declaraciones-más-imágenes. Entramos en territorio de intrigas florentinas, donde Joe Strummer conspira con su megalómano mánager intermitente, Bernie Rhodes, para despedir al otro líder creativo, Mick Jones. Sí, una purga, tan desastrosa e inmoral como las de Joe Stalin. Se intentó mantener el grupo con otra formación, dos años miserables aquí resumidos en una sola página. Un desenlace indigno que no empaña la grandeza de The Clash.

.

L’article est dur et n’hésite pas à nous présenter les Clash comme des guignols pétris de contradictions. Qu’en est-il?

Le mouvement punk est une sous-culture de la classe ouvrière qui se conçoit comme une résistance. Pourtant comme nombre d’artistes engagés, de professionnels de la révolte et autres défenseurs des opprimés, les Clash n’étaient pas de vrais prolos. Joe Strummer est un fils à papa qui trouve sa raison d’être dans une posture de rebelle donneur de leçons. Il joue les durs et chante “White Riot ” en référence aux émeutes raciales qui éclatèrent en 1976 durant le Carnaval de Notting Hill. En réponse, un groupe de Leeds, les Mekons, publia en janvier 1978 un premier single tout en ironie qui s’intitulait “Never Been In A Riot” [2]. Aux yeux de la presse, la crédibilité des Clash reposait sur le fait qu’ils sont «le seul groupe radical et politisé de la New Wave» comme l’a écrit Alain PACADIS en 1977 dans son compte rendu du festival punk de Mont-de-Marsan. À l’inverse, les Damned, leurs rivaux directs au sein du mouvement punk, étaient de vrais prolos: avant de fonder le groupe, Rat Scabies et Captain Sensible gagnaient leur vie en nettoyant les chiottes du Croydon Fairfield Hall. Et, par leur anarchisme de prolo, ils n’ont rien à foutre des postures politiques à deux sous des fils de bourgeois [3]:

Rat: “The Clash used to talk politics, but all their songs were about the headlines. You’d read the paper and the new Mick Jones song the next week would be the same headlines. They were observers looking at what was going on around them. The Pistols tended to put feelings of what it was like in their environment into their songs. To me, the Damned were the ones that managed to shrugg off the despair. That was the most constructive things. We didn’t wallow into our own misery. We knew we weren’t cut out to do nine to five jobs. Music was our way out. It wasn’t the last desperate straw.”

Captain: “The Damned were unhip because we said things like “Give us the cash, I want a truckload of it.” At the time, they were all lying, the others. We were so brutally honest. I really thought there was a philosophy involved. The Damned expressed it best. Some groups were saying all the answers to the world’s problems are this way or that way and the Damned  were just saying “Politics aren’t going to solve your problems”. No matter what system you live under, there’s always going to be someone at the bottom of the piles”.

Si les Damned n’étaient pas politisés, ils étaient sincères et restèrent fidèles au dogme punk du “Do It Yourself” en publiant leurs premiers disques chez Stiff records, un label indépendant, alors que les Clash ou les Sex Pistols n’eurent pas ces scrupules et signèrent avec des multinationales, respectivement CBS et EMI. Plus tard, les Clash, qui chantaient “So Bored with the USA” sur leur premier album, s’empressèrent de faire la tournée des grands stades aux États-Unis en première partie des Who.

.

[1]  The Clash: Strummer, Jones, Simonon, Headon, Traducción de Efrén del Valle, Global Rhythm Press. Barcelona, 2008, 384 páginas.

[2] The MEKONS. Never Been In A Riot / 32 Weeks, Heart and Soul ( January 20, 1978 – 7″ on Fast Product, UK [FAST 1])

[3] Carol CLERK. The light at the end of the tunnel, London, Omnibus Press, 1987, 96 pages.