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Le « 11 Septembre » indien ?
On a tous vu à la télévision les images de ces attaques terroristes déclenchées mercredi soir à différents endroits de Bombay. Ce samedi matin, les derniers islamistes retranchés dans l’hôtel Taj Mahal ont été abattus et le bilan est désormais de 195 morts.
Comme le souligne Pierre ROUSSELIN dans son blog consacré à la géopolitique, ces attaques terroristes n’ont pas eu lieu dans n’importe quelle ville: Bombay, 13 millions d’habitants, est le coeur économique et financier de l’Inde. Un symbole de cette Inde émergente qui est aujourd’hui la dixième puissance économique mondiale:
On ignore qui a commandité le carnage, mais les cibles choisies et la façon d’opérer prouvent que l’organisation terroriste internationale a au moins inspiré les auteurs du massacre. La complexité de l’opération, avec l’intervention coordonnée de multiples commandos, implique une organisation, peut-être locale mais en tout cas soutenue de l’extérieur.
L’Occident est clairement visé. Et, à travers Bombay, c’est l’Inde moderne, cette démocratie en pleine réussite économique, que l’on veut plonger dans le chaos. La presse locale fait le parallèle avec les attaques contre les tours jumelles de Manhattan. Elle présente le drame comme « le 11 Septembre indien ».
Lire également les articles de Marie-France CALLE sur son excellent blog consacré à l’Inde.
Enfin, pour plus d’informations, on peut consulter la presse anglophone indienne:
The Times of India - The Hindu - Hindustan Times
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Des Islamistes en Inde?
C’est l’Inde moderne que l’on a cherché à déstabiliser. Très bien organisées, en visant notamment des hôtels de luxe mais aussi la principale gare de la ville, un centre abritant une association juive et des hôpitaux, ces attaques semblent a priori porter la signature d’al-Qaida. Elles ont d’abord été été revendiquées par un groupe islamiste, les Moujahidine du Deccan, du nom du plateau qui couvre le centre et le sud de l’Inde, mais les premiers éléments de l’enquête semblent plutôt indiquer que les terroristes appartenaient Lashkar-e-Taiba, un groupe basé au Pakistan.
Spécialiste du sous-continent indien,directeur de recherches Asie à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Olivier GUILLARD a répondu le 27 novembre aux questions de Laurent SUPLY pour Le Figaro:
Les attaques simultanées aux quatre coins d’une même ville sont devenues la spécialité des terroristes en Inde. Que nous apprend ce modus operandi ?
Les attaques de Bombay sont assez inédites de ce point de vue: des prises d’otages à une telle échelle, avec des objectifs à fort intérêt médiatique représentatifs de « l’Inde qui brille », ainsi qu’une volonté de frapper la population avec les attaques contre la gare – une des plus fréquentées du monde – ou l’hôpital. De plus, il ne s’agit pas de bombes que l’on pose et qui explosent plus tard. Ces attaques, avec des dizaines d’hommes à visage découvert, marquent la volonté de défier l’autorité dans la rue, la grenade à la main, et devant les caméras. Il ne « manquait » qu’un attentat suicide pour parfaire le tableau, c’est ce qui peut d’ailleurs faire douter d’un lien éventuel avec al-Qaida.
Que sait-on avec certitude du groupe qui a revendiqué les attaques de Bombay ?
On sait très peu de choses sur ces Moudjahidines du Dekkan, et nous n’avons aucune certitude, si ce n’est que ce groupe n’avait aucune existence concrète, aucune trace, avant ces attaques. Il y a donc plusieurs hypothèses, parmi lesquelles celle d’un « prête-nom » ou encore d’une émanation des « Moudjahidines indiens » que l’on connaît déjà trop bien et qui surfent sur le thème de la « défense de la minorité musulmane opprimée », dans ce qui est le quatrième pays musulman du monde. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un groupe d’inspiration musulmane indienne radicale, qui a probablement puisé des savoir-faire à l’étranger.
Quel va être l’impact de ces attentats sur la scène indienne et internationale ?
Tout ceci intervient en période électorale, avec une grande incertitude autour des élections du printemps prochain. A l’heure actuelle, l’opposition nationaliste a le vent en poupe. Ces événements vont donc être instrumentalisés des deux côtés. Les nationalistes vont conspuer le gouvernement Singh, accusé d’impuissance, tandis que le gouvernement va accuser les ultranationalistes de jeter de l’huile sur le feu. Le premier ministre a d’ailleurs commencé à se défausser en accusant une main extérieure. Une façon à peine masquée d’accuser le voisin pakistanais et de fédérer la nation indienne. D’autre part, le regard des chancelleries occidentales va changer. Ces attaques portent à leur intention un message qui entre en résonnance avec les demandes de groupes terroristes internationaux en Irak ou en Afghanistan, sur le thème du rejet de l’occupant occidental.
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Les relations difficiles entre la majorité hindoue et la minorité musulmane.
Je l’avais évoqué dans un article précédent, la majorité des habitants de l’Inde est hindoue. Les musulmans d’Inde forment une forte minorité de 150 millions de personnes: 12% de la population totale (ils sont même majoritaires dans la région du Cachemire, qui est revendiquée par le Pakistan). Ils ont déjà été victimes de violences par le passé et on peut craindre aujourd’hui que les attentats de Bombay favorisent le discours sécuritaire à tendance islamophobe du parti nationaliste hindou, le Parti du peuple indien (BJP, Bharatiya Janata Party), alors que des élections générales sont prévues dans six mois.
Le Monde a publié le 28 novembre une interview de Christophe JAFFRELOT, directeur du centre d’études et de recherche internationale de Sciences Po, et auteur de Milices armées d’Asie du Sud.
“On peut craindre des représailles de nationalistes hindous”
Est-ce qu’on peut craindre que les attentats de Bombay fassent augmenter les violences inter-religieuses en Inde ?
En premier lieu, on peut craindre des représailles de nationalistes hindous. Il y a quelques semaines, un attentat contre une mosquée a ainsi été mené par des nationalistes dans l’Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale. C’est un indice fort de la capacité de représailles de ces terroristes hindous. L’autre risque, c’est évidemment des émeutes avec des groupes nationalistes qui pourraient s’en prendre à des quartiers musulmans, mais c’est quelque chose de moins probable.
En revanche, au plan politique, le discours nationaliste hindou va être revigoré alors que des élections ont lieu dans plusieurs Etats dans les prochains jours et que des élections générales seront organisées au plus tard dans six mois. On peut tout à fait s’attendre à ce que le thème sécuritaire soit alors le thème de prédilection des nationaliste hindous du BJP. Cela peut susciter des tensions.
Est-ce que les attentats de Bombay vont favoriser les nationalistes ?
Oui. Le thème sécuritaire, qui est en plus alimenté par une forme d’islamophobie, favorise le BJP. Les nationalistes pourraient ainsi faire campagne sur le thème “le gouvernement n’est pas capable de maintenir la loi et l’ordre” et “les musulmans sont une cinquième colonne qui mine la solidarité nationale de l’intérieur.” La principale revendication du BJP est une loi d’exception sur le modèle de celle qu’il avait fait voter quand il était au pouvoir entre 1998 et 2004. Cette loi était une sorte de “Patriot Act” à l’indienne. Le Parti du Congrès l’avait abrogée avec raison quand il est arrivé au pouvoir, parce que des musulmans avait été arrêtés de façon aveugle et s’étaient retrouvés privés de droit civique.
Est-ce que l’islamophobie est répandue en Inde ?
Il y a une forme de discrimination vis-à-vis des musulmans qui y ressemble beaucoup avec notamment des discriminations à l’embauche ou au logement. C’est par exemple de plus en plus compliqué pour les musulmans de louer un appartement dans les villes indiennes.
Comment réagit le Parti du Congrès, actuellement au pouvoir ?
Le Parti du Congrès cherche à jouer la cohésion nationale dans l’épreuve. En disant que les responsables de l’attentat sont des étrangers, il cherche à protéger les Indiens musulmans. C’est également une manière de se dédouaner en disant : “Nous n’avons pas de responsabilité dans cette affaire, ce n’est pas nous qui nous sommes mal occupés des musulmans indiens qui seraient devenus terroristes.” Ce qui ne veut pas dire que des groupes islamistes pakistanais n’aient aucune responsabilité dans ce qui vient de se produire. Certains indices suggèrent ainsi que le Lashkar-e-Taiba serait impliqué.
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Les tensions entre l’Inde et le Pakistan.
Aujourd’hui, tous les regards se tournent vers le Pakistan, pays voisin et ennemi traditionnel que l’Inde accuse d’être derrière ces attaques terroristes. Le contentieux entre l’Inde et le Pakistan est ancien et remonte à l’indépendance et à la partition de 1947. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessus publiée par Le Monde Diplomatique, le Cachemire est au centre ces tensions. Peuplé majoritairement de musulmans, il fut l’enjeu des guerres de 1947-1949 et de 1965. La première guerre indo-pakistanaise déboucha en 1949 sur un partage du Cachemire en deux parties: l’Azad Kashmir (Cachemire libre, pakistanais) et l’Etat de Jammu-et-Cachemire, intégré à la République indienne.
Depuis cette époque, le Pakistan réclame un référendum qui permettrait aux Cachemiris de choisir entre l’Inde et le Pakistan. L’Inde s’y est toujours refusé. Si le mouvement nationaliste cachemiri remonte aux années trente, la lutte indépendantiste est aujourd’hui menée par des groupes islamistes soutenus par le Pakistan.
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