Samuel Huntington et le “Choc des civilisations”

Samuel HUNTINGTON est mort mercredi dernier à l’âge de 81 ans. Cet ancien professeur à Harvard avait publié en 1996 le «Choc des civilisations» [1], un essai qui avait surtout eu beaucoup de succès après les attentats du 11 septembre 2001. Samuel Huntington avait avancé l’idée que, la guerre froide étant terminée, nous étions passé d’un monde bipolaire divisé par la fracture idéologique Est/Ouest à un monde où les conflits résulteraient  des différences culturelles et religieuses entre les grandes civilisations. J’en parlais encore à mes élèves de Terminale ES au début de ce mois de décembre, en les invitant notamment à être critique à l’égard de cette thèse.

Mais voyons tout d’abord l’article que Le Monde a publié samedi sur son site:

Samuel Huntington, auteur du “Choc des civilisations”, est mort

 

Quel choc? Quelles civilisations?

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Le choc des civilisations est une grille de lecture du monde qui permet à  Samuel HUNTINGTON d’esquisser, quelques années après la fin de la guerre froide, une nouvelle théorie des relations internationales. Désormais, selon lui, les conflits allaient opposer différentes civilisations.

Samuel Huntington définit la «civilisation» comme étant «le mode le plus élevé de regroupement et le plus haut niveau d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l’histoire, la religion, les coutumes et par des éléments subjectifs d’auto-identification […]. Les civilisations sont les plus gros “nous” et elle s’oppose à tous les autres “eux”». Cependant, il n‘est pas toujours très cohérent au moment d’identifier les différentes civilisations en présence. Il divise le monde en 7, voire 8 ou 9 civilisations:  la civilisation occidentale, (l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, en bleu sur la carte) ; la civilisation orthodoxe (centrée sur la Russie, en mauve) ; la civilisation latino-américaine (turquoise) ; la civilisation islamique (vert) ; la civilisation hindoue (jaune) ; la civilisation chinoise (rouge), qu’il associe parfois à la civilisation bouddhiste (orange) ; la civilisation japonaise (rose) et enfin, «éventuellement», selon lui, la civilisation africaine (l’Afrique sub-saharienne non musulmane, en violet).

On voit bien que les critères retenus par Huntington pour définir une civilisation sont confus: il utilise parfois des critères religieux (pour les civilisations islamique, orthodoxe, hindoue et bouddhiste), nationaux (civilisations chinoise et japonaise) ou géographiques (pour la civilisation africaine). Quand ça l’arrange, il a tendance à confondre les notions de “civilisation” et de “religion”. L’Islam et le bouddhisme semblent ainsi chacun correspondre à une civilisation tandis que le monde chrétien, arbitrairement divisé entre occidentaux, latino-américains et orthodoxes, ne suffit pas à en constituer une.

dessousdescartes_sh_divisions_du_bloc_islamique1Par ailleurs, les aires retenues par Huntington sont loin d’être homogènes. Examinons la civilisation islamique (carte ci-contre): elle s’étend, de façon discontinue, du Sénégal à l’Indonésie. Peut-on cependant parler de ”bloc”? Le monde musulman, divisé entre Sunnites et Chiites dès la mort de Mahomet, est composé de peuples très différents. On a d’abord les Arabes, qui ne représentent que 20% du monde islamique en terme de population. On trouve ensuite le monde turc (avec la Turquie elle-même, mais aussi les peuples d’origine turque vivant en Asie centrale); le monde perse (avec l’Iran et les Tadjiks d’Asie Centrale); puis les Pendjabis en Inde, les Hui de Chine, les Pribumi de Malaisie et les Javanais d’Indonésie! Ces peuples sont parfois hostiles entre eux: la première guerre du Golfe, en 1991, n’a-t-elle pas révélé des désaccords au sein du monde musulman puisque les Turcs, les Égyptiens ou les Saoudiens étaient les alliés des Occidentaux contre les Irakiens? Surtout, en la situant dans la civilisation musulmane, Huntington semble ignorer que la Turquie est membre de l’OTAN depuis 1952: c’est un peu gênant.

Enfin, Samuel Huntington induit l’idée qu’une civilisation est une entité totalement figée et monolithique. Il refuse de considérer qu’il puisse y avoir des débats et des remises en question au sein même de chaque civilisation. L’appartenance civilisationnelle serait sur-déterminante:  la civilisation musulmane ne se résumerait finalement qu’à des intégristes et l’on ignore ceux qui y revendiquent un idéal de démocratie!

En réalité, quoiqu’en dise Samuel Huntington, une civilisation n’est jamais totalement unifiée. Dans ce livre magnifique qu’est Grammaire des civilisations [2], Fernand BRAUDEL, dont Huntington dit pourtant s’être inspiré, nous explique que les civilisations sont des «continuités»:

“Une civilisation, ce n’est donc ni une économie donnée ni une société donnée, mais ce qui, à travers des séries d’économies, des séries de sociétés, persiste à vivre en ne se laissant qu’à peine et peu à peu infléchir.”

Pour Fernand Braudel, pour appréhender une civilisation, au-delà de l’espace, de la société, de l’économie et des mentalités collectives,  il est indispensable en effet de prendre en compte les différents temps de l’histoire.

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La vision de Samuel Huntington est donc très simplificatrice, pour ne pas dire simpliste,  puisqu’elle résume les conflits dans le monde à des enjeux culturels ou religieux. Pourtant, après les attentats du 11 septembre 2001, elle a été utilisée par l’administration américaine pour justifier la fameuse croisade des États-Unis contre le terrorisme. Elle fournit en effet un modèle d’analyse des relations internationales fort commode en désignant de nouveaux ennemis.  Deux civilisations sont principalement visées par Huntington: la Chine et surtout  l’Islam: «Dans tous ces points du globe, les rapports entre musulmans et peuples appartenant à d’autres religions (qu’il s’agisse de catholiques, de protestants, d’orthodoxes, d’Hindous, de Chinois, de bouddhistes ou de juifs) ont généralement été conflictuels et la plupart du temps violents à un moment ou à un autre, en particulier au cours des années quatre-vingt-dix. Si l’on considère le périmètre de l’Islam, on peut se rendre compte que les musulmans ont du mal à vivre avec leurs voisins». En désignant un ennemi et en globalisant la peur, cette théorie ne fait-elle pas paradoxalement le jeu des terroristes éventuels?

Pour terminer, je me contenterai de citer Élie BARNAVI qui, dans dans son brillant essai Les religions meurtrières [3] règle son compte à la théorie de Samuel Huntington en la résumant parfaitement:

Vous n’avez pas non plus été convaincu par la thèse du “choc des civilisations” de cet arrogant patricien wasp de Huntington, et à juste titre: trop sommaire dans ce qu’elle a de vrai, trop systématique dans ce qu’elle a de faux, ignorant superbement les lignes de fractures au sein des “civilisations” dont il fait la caricature plutôt que le portrait, ainsi que la dimension socio-économique, qui a tout de même son importance.

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Pour en savoir plus, n’hésitez pas à visionner l’émission Le dessous des Cartes, diffusée sur Arte en 2002, dont les cartes ci-dessus sont extraites:

Enfin, on peut lire ce compte-rendu du livre de Marc CRÉPON, L’imposture du choc des civilisations, que René-Éric DAGORN a publié en 2003 sur EspacesTemps.net: après avoir expliqué notamment que c’est “avec Norbert Elias et son analyse des processus de civilisation que nous pouvons trouver la porte de sortie à l’enfermement communautaire que Huntington veut faire passer pour de la civilisation“, il conclut que le choc des civilisations “est l’une des pièces maîtresses de cette mise en culture des identités meurtrières les plus régressives des êtres humains“.

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[1] Samuel HUNTINGTON. Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 2007, 547 pages.

[2] Fernand BRAUDEL. Grammaire des civilisations, Paris, Flammarion, 1987, 607 pages.

[3] Élie BARNAVI. Les Religions meurtrières, Paris, Flammarion, 2006, 172 pages.
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Santama eguna: musique et danses à Mondragón

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J’avais évoqué dans un article précédent la foire qui a lieu à Mondragón chaque 22 décembre, à l’occasion du jour de la saint Thomas. Une ancienne foire agricole qui est aujourd’hui l’occasion de s’habiller en fermier et de faire la fête.

Les photos qui suivent, extraites du site Goiena.net, restituent l’ambiance festive, où la musique et les danses sont essentielles.

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Offrir c’est souhaiter

Puisque c’est Noël, et l’époque des étrennes, voici un texte paru en 1955 dans le Courrier de l’UNESCO où Claude LÉVI-STRAUSS s’interroge sur la signification sociale du cadeau.

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Offrir c’est souhaiter, par Claude LÉVI-STRAUSS.

offrir01_250.jpgImaginez Caligula attendant ses étrennes dans le vestibule de son palais. Ou la reine d’Elisabeth Première trépignant de joie devant les bas de soie et autres jarretières offerts par les seigneurs. Recourant à l’anecdote, Lévi-Strauss remonte aux origines et examine le rôle social du cadeau, dans le Courrier d’août-septembre 1955.

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L’histoire des étrennes est à la fois simple et compliquée. Simple, si l’on se borne à dégager le sens général de la coutume ; pour la comprendre, il suffit sans doute de retenir la formule du Jour de l’An japonais: o-ni wa soto – fuku wa uchi, « Dehors les démons ! Qu’entre la chance ! » Comme l’année ancienne doit entraîner dans sa disparition le mauvais sort, la richesse et le bonheur d’un jour constituent un présage et presque une conjuration magique, pour que l’année nouvelle soit teintée des mêmes couleurs.

De ce point de vue, la formule japonaise correspond bien à celles qu’emploie Ovide quand il décrit, au premier livre des Fastes, les usages romains de la fête de Janus, qui est devenu notre 1er janvier, bien que, pendant longtemps et à Rome même, cette date ne fut pas celle du début de l’année. « Que signifient, demande le poète à Janus, les dattes, les figues ridées et le miel clair offert dans un vase blanc ? » Et le dieu répond : « C’est un présage : on souhaite que les événements prennent cette saveur… » Ovide raconte aussi que le premier de l’an, les commerçants s’astreignaient à tenir un moment leur boutique ouverte, pour faire quelques transactions qui augureront bien des affaires pendant toute l’année. Le Français a curieusement maintenu cette tradition en l’inversant, dans l’emploi du verbe étrenner, qui veut dire, pour le marchand, faire sa première vente de la journée.

Il est plus difficile de retracer l’origine précise de la coutume des étrennes dans le monde occidental. Les druides des anciens Celtes accomplissaient une cérémonie, à l’époque qui correspond au premier janvier : ils coupaient le gui des chênes, considéré comme une plante magique et protectrice, et le distribuaient à la population. D’où le nom des étrennes dans certaines régions de la France, il n’y a encore pas bien longtemps : guy-l’an-neuf, devenu parfois: aguignette.

À Rome, la seconde quinzaine de décembre et le début du mois de janvier étaient marqués par des fêtes au cours desquelles on échangeait des présents ; ceux de décembre étaient surtout de deux sortes : bougies de cire (que nous avons transférées à nos arbres de Noël) et poupées d’argile ou de pâte comestible, que l’on donnait aux enfants. Il y en avait aussi d’autres, que Martial détaille longuement dans ses épigrammes ; la chronique romaine raconte que les nobles recevaient des présents de leurs clients, et les empereurs des citoyens. Caligula empochait même les cadeaux, en personne, et se tenait à cette fin, toute la journée, dans le vestibule du palais.

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L’argent de poche d’Elisabeth 1ère

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Coutumes païennes et rites romains, il semble bien que les cadeaux de nouvel an aient longtemps préservé la trace de cette double origine. Comment comprendre, autrement, que pendant tout le moyen âge, l’Église se soit vainement efforcée de les abolir, comme une survivance barbare ? Mais à cette époque, les cadeaux n’étaient pas seulement un hommage périodique des paysans à leur seigneur, sous forme de chapons, fromage frais et fruits de conserve ; ou des offrandes symboliques : orange ou citron piqué de clous de girofle qu’on suspendait, comme des charmes, au-dessus des jarres de vin pour l’empêcher de tourner, ou encore noix de muscade enveloppée de papier doré… Ils relevaient d’un plus vaste ensemble dont, en certaines régions de l’Europe, le bétail n’était pas exclu puisqu’on lui faisait l’offrande de fumigations de genièvre et d’aspersions d’urine.

Telles que nous les concevons aujourd’hui, les étrennes ne sont guère un vestige de ces usages populaires, mais plutôt – comme c’est si souvent le cas pour les coutumes modernes – le résultat de la démocratisation d’un rite noble. […] En Angleterre, la reine Elizabeth 1ère comptait sur les étrennes pour renouveler son argent de poche et sa garde-robe : les évêques et archevêques lui donnaient 10 à 40 livres chacun ; les seigneurs: robes, jupons, bas de soie, jarretières, casaques, manteaux et fourrures ; et ses médecins et apothicaires, des présents tels que coffrets précieux, pots de gingembre et de fleurs d’oranger et autres confiseries.

Sous la Renaissance européenne, les épingles de métal devinrent un cadeau favori pour les étrennes, car c’était une grande nouveauté : jusqu’au 15e siècle, les femmes ne se servaient guère que de chevilles de bois pour retenir leurs vêtements. Quant aux cartes de nouvel an, ornées de lettrines et d’images, on sait que l’usage en existe depuis l’Europe jusqu’au Japon. « Some in golden letters write their love » [D’aucuns en lettres d’or écrivent leur amour] écrit un poète anglais du 17e siècle. En France, les cartes illustrées de nouvel an furent en vogue jusqu’à la Révolution.

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Une interdépendance librement consentie

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Pour comprendre la persistance et la généralisation des étrennes, il faut sans doute, au-delà de la petite histoire, atteindre le sens profond de l’institution. « La façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne », dit-on en français et toutes les sociétés, sauvages ou civilisées, semblent être pénétrées de la conviction qu’il vaut mieux acquérir par autrui, que pour soi et par soi, comme si une valeur supplémentaire était ajoutée à l’objet, du seul fait qu’on l’a reçu – ou offert – en cadeau. Les indigènes maori de la Nouvelle-Zélande avaient fondé toute une théorie sur cette constatation : selon eux, une forme magique, qu’ils appelaient hau, s’introduisait dans le cadeau et liait à jamais le donataire et le donateur. À l’autre bout du monde, la légende romaine des étrennes paraît inspirée d’une idée très voisine. Les premières étrennes auraient été celles offertes, sous forme de rameaux verts, au roi sabin Tatius, qui partageait la souveraineté avec Romulus. Ces branchages avaient été coupés dans le bois sacré de la déesse Strenia, d’où le nom latin des étrennes: strenae.

Or, Strenia était la déesse de la force. Pour les Latins comme pour les Maori, les cadeaux sont donc des objets qui tiennent de leur nature de cadeau une force particulière. D’où vient-elle donc ? En s’obligeant, à certaine période de l’année, à recevoir d’autrui des biens dont la valeur est souvent symbolique, les membres du groupe social rendent manifeste à leurs yeux l’essence même de la vie collective qui consiste, comme l’échange des cadeaux, dans une interdépendance librement consentie. N’ironisons donc pas sur cette grande foire annuelle où les fleurs, les bonbons, les cravates et les cartons illustrés ne font guère que changer de main ; car, à cette occasion et par ces humbles moyens, la société tout entière prend conscience de sa nature : la mutualité.

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Photo 1 : © Atlantique Japon
Billets portant une prédiction divine que l’on tire le 1er janvier au Japon.

Photo 2 : © Danny Machalini
Porteuses d’Offrandes

Photo 3 : © Claude Lévi-Strauss
Indiens Mundé autour des cadeaux reçus des membres de l’expédition de Lévi-Strauss au Brésil (1935-1939).

Quand les barrages hydroélectriques menacent les peuples autochtones

Deux informations, tombées à quelques jours d’intervalle, peuvent être mises en parallèle puisqu’elles posent le problème de l’impact des barrages hydroélectriques sur l’environnement et les peuples indigènes. C’est une problématique que l’on peut aborder en géographie en classe de Seconde.

La première information a été publiée le 17 décembre sur le site Survival International: elle concerne le peuple Enawene Nawe, quelques 400 personnes qui vivent dans la forêt amazonienne, dans l’état brésilien du Mato Grosso. S’ils connaissent la culture du maïs et du manioc, les Enawene Nawe vivent surtout de la pêche: leurs techniques sont élaborées et ils disposent des barrages aux mailles finement tressées sur les rivières. C’est là, sur la rivière Juruena, que plusieurs d’entre eux ont été agressés par des ouvriers qui participent à la construction d’un barrage:

Les Enawene Nawe agressés par les ouvriers d’un barrage.

Des ouvriers ont attaqué la semaine dernière un groupe d’Indiens enawene nawe en train de pêcher à proximité d’un barrage hydroélectrique en construction.

Daliamas, porte-parole enawene nawe, a indiqué que les ouvriers ont forcé quatre Indiens, deux adultes et deux enfants, à s’allonger sur le sol. Ils les ont ensuite menacés, frappés avec des bâtons et leur ont introduit le canon de leurs pistolets dans la bouche.

Il a fallu l’intervention de la police pour que les ouvriers relâchent les Indiens et leurs enfants qui étaient visiblement effrayés.

Un représentant de la compagnie de construction du barrage a nié l’acte d’agression de ses employés et a prétendu que les Indiens avaient tenté de pénétrer sur le site sans autorisation.

Plus de 70 barrages doivent être construits sur la rivière Juruena qui coule en plein territoire enawene nawe. Ces barrages vont polluer l’eau et empêcher les poissons d’atteindre leurs zones de reproduction. Le poisson est une ressource vitale pour les Enawene Nawe qui ne consomment pas de viande; il joue également un rôle essentiel dans leurs rituels.

En octobre dernier, les Enawene Nawe avaient occupé ce même site dans le but de protéger leur rivière et ses ressources halieutiques.

Pour en savoir plus sur l’impact des barrages sur les peuples indigènes (en anglais ou en portugais).

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La seconde information a été diffusée le 20 décembre par ICRA International: sur la côte nord du Québec, un projet hydroélectrique se construit sur le territoire ancestral du peuple Innu, et en particulier sur les terres et la rivière parcourues depuis des millénaires par la communauté des Ekuanitshit.

Canada : Les Innu menacés par un complexe hydroélectrique.

Au sein de la forêt boréale, la plus vaste forêt du monde, Hydro-Québec, compagnie d’Etat, prévoit la construction d’un gigantesque complexe hydroélectrique, sur le territoire ancestral du peuple Innu, et en particulier sur les terres et la rivière parcourues depuis des millénaires par les Innu d’Ekuanitshit (Mingan) sur la côte-nord du Québec .

Hydro-Québec souhaite en effet construire quatre centrales sur la rivière Romaine, l’une des dernières grandes rivières encore vierges du Québec. Le chantier durera treize ans et consiste à construire deux centrales en aval respectivement sous 61 m et 153 m de chute nette, alors que celles en amont auront des réserves d’eau d’une hauteur de chute de 93 m à 116 m. Le complexe va coûter 8 milliards de dollars et pour accéder aux chantiers et aux sites, Hydro-Québec devra construire 230 kilomètres de route dans le roc perturbant la vie naturelle de cette forêt boréale encore préservée. Ces travaux vont ouvrir le territoire ancestral Innu aux compagnies minières, aux entreprises forestières et à une chasse de loisir illégitime, envahissante et parfois commerciale.

Inquiètes de l’impact sur l’environnement de ce méga-projet hydroélectrique, des associations canadiennes écologistes commencent à se mobiliser contre la construction des barrages argumentant aussi sur le fait que celle-ci va être extrêmement coûteuse, que les emplois générés seront ponctuels et qu’il n’y a pour l’instant aucun acheteur en vue pour sa production. L’État de New York qui s’était engagé avant 2004 à acheter son hydroélectricité au Québec a changé son fusil d’épaule en souhaitant respecter le protocole de Kyoto qui ne considère plus l’électricité produite par les grandes centrales comme une énergie propre et l’exclut dorénavant de son répertoire des énergies renouvelables. En effet, seule le sera l’hydroélectricité produite à partir de centrales au fil de l’eau.

Mais surtout, le projet hydroélectrique de la Romaine, en plus d’être destructeur pour l’environnement et non viable économiquement, se construit sur un territoire qui n’est pas le sien. Ce territoire nommé Nitassinan est celui où vit depuis des millénaires le peuple Innu et dont il se considère le gardien. Une communauté, celle d’Ekuanitshit, va être particulièrement affectée par le projet car la rivière La Romaine est l’autoroute nautique par lequel ses membres rejoignent leurs campements de chasse repectifs depuis des temps immémoriaux .

Les Innu d’Ekuanitshit tentent depuis trois décennies d’obtenir la reconnaissance écrite de leurs droits ancestraux sur leur territoire traditionnel, c’est à dire leurs droits d’utilisation du Nitassinan, mais aussi le titre aborigène sur l’ensemble de ce territoire, c’est à dire un droit de « propriété » sur tout le territoire ancestral de la communauté. Elle répond en effet aux critères de l’article 35 de la loi constitutionnelle canadienne de 1982, confirmés en 1995 par décision fédérale et en 1996 par la Commission Royale, reconnaissant des droits ancestraux aux populations autochtones (le droit de chasse, de pêche, de cueillette, de piégeage, le droit d’exploitation commerciale des rivières et des forêts), mais aussi le titre aborigène qui octroît un droit foncier sur le territoire ancestral, et enfin le droit à l’autonomie gouvernementale quand un peuple peut démontrer qu’il se gouvernait lui-même avant l’arrivée des européens.

A l’initiative des Innu d’Ekuanitshit, ICRA propose de signer et de renvoyer une pétition téléchargeable afin de signifier aux représentants du Québec et d’Hydro-Québec les préoccupations des défenseurs des droits des peuples autochtones.
Vous pouvez également signer une pétition en ligne sur le site de l’alliance Romaine.

Pour plus d’informations:

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Le fantôme de la ferme Solozar

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J’avais remarqué cette ruine quand je prends la déviation qui permet de contourner Mondragón: une vieille ferme avec des fenêtres aux arcs gothiques qui semble perdue au milieu des travaux de la future autoroute… Puis un article est paru dans le Diario Vasco (voir ci-dessous). Eh bien, ce matin, profitant que le soleil perce enfin, j’ai pris mon vélo et mon appareil photo et je suis parti à la découverte du caserio Solozar…

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pict0063Abandonnée depuis plusieurs décennies, cette ferme est sans doute la plus ancienne de Mondragón et des alentours. Elle est mentionnée dans un document de 1477 mais le bâtiment est plus ancien, sans doute contemporain de la fondation de la ville en 1254. Ainsi, sur la façade sud, on devine deux arcs en plein-cintre qui sont aujourd’hui murés et qui correspondent à une fenêtre et au portail original de la ferme. Ces arcs en plein-cintre sont caractéristiques de l’architecture romane: en forme de demi-cercle, ils sont construits avec des pierres taillées en biseaux, les claveaux, que l’on disposait sur un échafaudage en bois appelé cintre. Le claveau central, la clé, a pour fonction de bloquer la structure de l’arc. L’architecture romane a connu un développement extraordinaire dès le XIème siècle avec notamment avec l’essor des pélerinages. On peut d’ailleurs avancer l’hypothèse que la ferme Solozar se trouvait sur le chemin de Compostelle.

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pict0057Sur la façade ouest de la ferme, on trouve deux fenêtres gothiques: elles ont chacune un arc brisé. c’est-à-dire que deux demi-arcs symétriques s’appuient l’un sur l’autre, faisant au sommet un angle plus ou moins aigu. Ce type d’arc,  plus harmonieux, caractéristique du style gothique, se généralisa au XIIe siècle car il possèdait l’avantage d’exercer une poussée moindre que celle du plein-cintre, d’où un allégement des maçonneries. On explique souvent le passage du roman au gothique par le remplacement de l’arc en plein-cintre par l’arc brisé: en faisant percer ces deux fenêtres gothiques, les propriétaires de la ferme Solozar avaient-ils des préoccupations esthétiques et avaient-ils envie de suivre la modernité de l’époque?

El caserío Solozar de San Andrés es uno de los más viejos de la villa. Elementos románicos y góticos salpican su muros en ruinas

http://www.diariovasco.com/20081214/gipuzkoa/joya-carretera-20081214.html

MondraSolozar5.jpgEn el caserío Solozar de San Andrés ya no quedan ni la “sorgina” que hace más de 70 años mantuvo en vilo durante varios días a vecinos y mikeletes. Aquel episodio, tan fantasmagórico como falso, perdura mejor en la memoria colectiva del barrio que las paredes medievales de este caserío a la intemperie. Abandonado desde hace décadas, la ruina se abate sobre uno de los caseríos sin duda más antiguos de la villa. Sus viejos muros salpicados de llamativos elementos románicos y góticos atestiguan la antigüedad de una casería cuya primera mención documental data de 1477. Ventanas y puertas cuyos arcos de medio punto se adivinan bajo la burda mampostería, o la singular ventana geminada de estilo gótico perfectamente visible desde la variante, llaman la atención de los miles de automovilistas que diariamente circulan por esta circunvalación.
foto: La puerta principal del caserío Solozar oculta bajo una burda mampostería un bonito arco de medio punto de características románicas.
Paradójicamente, esta infraestructura viaria que a finales de los años 80 casi se llevó por delante el caserío Solozar, ha contribuido a mostrar al mundo la singularidad de esta joya arquitectónica situada a pie de carretera.

Ha sido un vecino del barrio de San Andrés, el hijo del caserío Villabañez, Antón Errarte, el primero en alzar la voz en defensa de Solozar. Él también se confiesa intrigado por las particularidades arquitectónicas que exhibe este antiquísimo caserío, y anima a los responsables municipales a investigar y determinar su valor «antes de que sea demasiado tarde».

El caserío Iramendi tiene también la misma antigüedad «pero debido a las restauraciones de que ha sido objeto, no conserva ningunos de sus primitivos elementos arquitectónicos» subrayaba Errarte.

Mondragón «acumula una desafortunadamente larga colección de edificios y elementos monumentales desaparecidos», se lamentaba este vecino. La lista de palacios y edificios singulares que han sucumbido al desaforado desarrollo urbanístico de la segunda mitad del siglo XX es sin duda larga, pero Solozar, milagrosamente, no engrosa aún esa lista negra.

Esta casa lleva en pie más de quinientos años, pero en cinco siglos no ha sufrido los sobresaltos que le ha tocado vivir durante los últimos 50 años. La implantación de Fagor Arrasate en sus terrenos de labranza puso fin a la actividad agropecuaria de sus últimos inquilinos baserritarras, la familia encabezada por Ignacio Izurrategi, de Larrino, y Gregoria Heriz, de Bolinburu. Y mientras Fagor crecía delante, detrás comenzaba a perforarse la cantera de San Josepe. Los propietarios del caserío &ndashla familia Arriola&ndash después de vender los terrenos a Fagor, acabaría vendiendo la casa a la empresa constructora de la variante.
Algunos años más tarde, el último desvío de la carretera a Bedoña aislaba a Solozar prácticamente en un islote, rodeada de fábricas, canteras y carreteras por todos lados. Pero Solozar sigue por ahora resistiendo el asedio, y si el llamamiento de Antón Errarte no cae en saco roto, puede que algún experto repare en las características arquitectónicas de este caserío antes de que sea demasiado tarde.

Comment définir un pirate?

J’ai parlé récemment du piratage de disques sur internet et de la piraterie en Somalie… Eh bien, à notre tour de pirater maintenant un article très intéressant du philosophe Roger POL-DROIT paru le 28 novembre dernier dans Le Monde:

Comment définir un pirate ?

par Roger-POL-DROIT

Notre époque met le pirate à toutes les sauces. Il navigue des Caraïbes jusqu’aux réseaux informatiques. L’actuelle affaire-record du Sirius-Star, ce pétrolier saoudien de 330 mètres détenu depuis le 15 novembre en Somalie, fait prendre conscience au monde entier d’un fléau en pleine croissance. Mais le flou demeure, car le même terme (“piratage”) englobe indistinctement le petit téléchargeur du dimanche et les bandes organisées rançonnant les armateurs. Quoi de commun entre des pirates de l’air, qui déroutent un avion au nom d’une lutte politique et des radio-pirates, qui émettent sans autorisation ?

Tout a commencé sur mer, dès l’Antiquité. Jules César en personne fut capturé en Méditerranée, et se vengea de cet affront. Une fois sa rançon payée, il finit par exterminer ses ravisseurs. Mais ces gangs antiques sont depuis longtemps oubliés. Quand nous parlons de pirates, nous avons en tête cet univers balafré : boucaniers, flibustiers, île de la Tortue, drapeau noir et bouteilles de rhum, Johnny Depp en prime.

Par le biais de cette fiction, avec le recul des siècles, des personnages autrefois passablement sinistres amusent maintenant les enfants, sur grand ou sur petit écran. Les brigands qui écumaient les alentours de Saint-Domingue au XVIIe et au XVIIIe siècle, furent-ils vraiment de sympathiques rebelles, admirablement jaloux de leur indépendance ? On peut en douter. Mais nous avons fini par les imaginer ainsi. Comme, en outre, ils sont censés – oeil bandé, jambe de bois, perroquet à l’épaule – avoir planqué moult trésors sur pas mal d’îles désertes, on n’ira pas leur chercher noise.

En revanche, avec leurs descendants actuels, aucune place pour la mythologie.

Formés en bandes armées aux pratiques mafieuses, ils relèvent du crime organisé et réalisent de gros chiffres d’affaires. A ces pirates du degré zéro de l’aventure s’applique de nouveau la vieille définition des juristes classiques : “Ennemis du genre humain” (hosti humani generis). La formule est curieuse, mais ne manque pas d’intérêt. Pour entrevoir son sens, il faut retourner sur l’eau, et regarder du côté des fondements philosophiques du droit.

Le propre de la piraterie, au sens premier, est de s’exercer en haute mer. Là cesse la juridiction des Etats. Au-delà des eaux territoriales, qui relèvent de la souveraineté d’un Etat, l’océan n’est plus régi par aucune législation liée à un pouvoir étatique. En haute mer, du point de vue du droit, les humains sont en quelque sorte livrés à eux-mêmes. Les règles en vigueur sont des principes universels, au premier chef non-agression et solidarité en cas de danger. A l’arrière-plan de ces valeurs, une conception traversant toute la pensée antique, d’Aristote à Cicéron : le “genre humain” se définit par sa solidarité, sa capacité d’entraide, son sens du secours à ses semblables.

Il ne s’agit pas d’amour du prochain, ni de chaude amitié, ni même de bons sentiments. “L’humanité” est ce qui nous pousse à aider nos semblables, surtout s’ils sont en péril – sans demander au préalable papiers d’identité ou appartenance confessionnelle.

Plus dur est l’environnement, plus vive est l’entraide naturelle du genre humain. Elle doit régner sans partage sur ces solitudes océaniques où transitent de rares individus. Les hommes qui profitent de l’impunité pour piétiner ce droit fondamental, faire usage de la force brute, spolier leurs semblables et échapper à toute juridiction – ce sont eux, à proprement parler, qu’on nomme “pirates”.

A partir de là, l’usage du terme s’est étendu. On a oublié de plus en plus celui qui détourne les navires, déleste leurs cargaisons, rapte et gruge les passagers. N’importe quelle entorse à la légalité prend le masque de la piraterie. Tout tricheur, même banal, est baptisé pirate. Le mot désigne le grand hors-la-loi aussi bien que l’infime. C’est ainsi que grapilleur de musique ou copieur de DVD se retrouvent sous ce vieux nom. Au risque d’oublier qu’il s’agissait d’abord de désigner celui qui bafoue les droits élémentaires, demeure insensible au sentiment de compassion et ne reconnaît ni l’humanité, qui incite à la paix solidaire, ni le contrat, qui donne autorité aux lois.

C’est pourquoi, toujours, l’impuissance des Etats profite aux “vrais” pirates, ceux des mers. Et l’insuffisance de la coordination internationale les favorise. Ces dernières années, la pauvreté aidant, les chiffres explosent. Le Centre d’observation de la piraterie (Piracy Reporting Center), créé en 1992 par le Bureau maritime international, signale, au cours des seuls trois premiers mois de 2008, une augmentation de 20 %.

Le golfe d’Aden et la mer Rouge sont en première ligne, mais la liste des pays-cibles comprend le Nigeria, l’Indonésie, l’Inde, le Bangladesh, la Tanzanie, le Pérou, les Philippines, le Venezuela… Les dégâts humains sont importants : selon des sources gouvernementales françaises, au cours des dix dernières années, 3 200 marins auraient été séquestrés, 500 blessés, 160 assassinés. En outre, comme plus de 90 % des échanges mondiaux se font par les océans, chacun convient que cette menace nuit au commerce, déjà fragilisé par les retombées de la crise financière.

Pourtant, dès que plusieurs pays s’entendent, les attaques chutent. Dans le golfe de Malacca, où passent 6 000 bateaux par an, la piraterie a diminué des trois quarts en cinq ans, à la suite de la coordination entre Singapour, Malaisie et Indonésie.

Contre les vieux “ennemis du genre humain”, les mesures qui s’imposent devraient être à la fois locales et mondiales.

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Le jour de l’euskara

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Article paru dans Goienkaria:

Euskararen Eguna ospatu zuten herritarrek

Hainbat lagun elkartu ziren udaletxe zaharrean Euskararen Nazioarteko Eguna ospatzeko. Abenduaren 13an Kontseiluak antolatutako jaialdira joateko deia egin zuten.

Udal euskaltegiko lagunak, Loramendi Euskara Elkarteko kideak eta herritarrak elkartu ziren eta argazkia atera zuten lehenengo. Euskararen manifestua irakurri eta trikiti doinuek lagunduta kantuan egin zuten gero, txistorra mokadutxoa eskuan zutela. Gainera, abenduaren 13an Kontseiluak 10. urteurrena ospatzeko Barakaldoko BECn egingo duen jaialdira joateko deia egin zuten. Autobusean joan gura duenak izena eman behar du Loramendi EEn abenduaren 9rako.

Zarzuela à Mondragón

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Samedi dernier, zarzuela à Mondragón! La zarzuela est une sorte d’opérette ou d’opéra-comique espagnol qui connut son âge d’or au XIXème siècle. Ce genre musical représente la plus importante contribution de l’Espagne au théâtre lyrique: l’histoire, en deux ou trois actes, est un prétexte pour alterner les passages parlés,  les scènes de danses et le chant.

El Barberillo de Lavapiés (“le Petit Barbier de Lavapiès”) est une zarzuela en trois actes de Francisco ASENJO BARBIERI sur un livret de Luis Mariano de LARRA. Elle fut créée le 19 décembre 1874 en obtint un grand succès auprès de la critique et du public.

Cette Zarzuela contient un argument pseudo-historique d’intrigues politiques, qui se déroule au XVIIIème siècle à Madrid sous le règne de Charles III d’Espagne. Mais, comme son titre semble le suggèrer, elle parodie aussi Le Barbier de Séville, le célèbre opéra-bouffe de ROSSINI. Le contexte est différent: BEAUMARCHAIS avait situé son Figaro à Séville tandis que LARRA  va faire évoluer son petit barbier à Madrid, dans le quartier populaire de Lavapiés.

Le Barberillo de Lavapiés reproduit un schéma caractéristique des zarzuelas et met en opposition deux mondes: celui des petites gens, des «antihéros», tels que le barbier Lamparilla et Paloma, et le monde aristocratique, représenté par la Marquise Estrella et Don Luis de Haro. On pourrait se lancer très facilement dans une interprétation marxiste des ce zarzuelas car la lutte des classes est toujours sous-jacente. Enfin, à la différence des autres zarzuelas, les deux personnages comiques sont ici les véritables protagonistes de l’histoire.

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La photo ci-dessus est extraite du site Goiena.net.

Pour en savoir davantage, n’hésitez pas à consulter la page de Christopher WEBBER (en anglais) consacrée au Barberillo de Lavapiés sur zarzuela.net.

Les pirates somaliens: une leçon sur la mondialisation

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Le 16 novembre dernier, des pirates apparemment originaires de la province somalienne du Puntland ont capturé un superpétrolier saoudien, le Sirius-Star (photo ci-dessus). L’article du Monde en date du 18 novembre précise que ce navire, qui transportait quelques 2 millions de barils de brut vers les États-Unis,  est le plus gros navire jamais détourné par des pirates. Sa cargaison est évaluée à 100 millions de dollars.

Le superpétrolier détourné est désormais à l’ancre au large du port somalien d’Harardere. Harardere est l’un des ports utilisés par les pirates pour garder les bateaux qu’ils ont capturés en attendant de recevoir leur rançon. Les pirates ont réclamé une rançon de 25 millions de dollars, soit 10% de la valeur de la cargaison et du bateau. Et, comme s’il s’agissait de prouver leur impunité face aux forces navales de l’OTAN et de l’Union européenne envoyées dans le golfe d’Aden, les pirates ont multiplié les actions spectaculaires. Ainsi, comme l’affirme le titre d’un article paru le 20 novembre dans Le Monde, la tension ne se relâche pas:

Au cours des dernières heures, les pirates se sont également rendu maîtres d’un cargo grec, d’un chalutier thaïlandais avec 16 membres d’équipage et d’un navire battant pavillon de Hongkong qui se rendait en Iran avec une cargaison de 36 000 tonnes de blé. Parallèlement, un navire capturé en septembre dans le golfe d’Aden par des pirates a été relâché et son équipage fait route vers les eaux internationales, a annoncé mercredi soir l’armateur chinois du Great Creation. De plus, le Bureau international de la marine (BMI) annonce qu’un pétrolier-chimiquier affrété par le Japon a été détourné samedi dans le golfe d’Aden avec 23 membres d’équipage. Un bateau de pêche chinois, transportant 24 marins, a également été capturé la semaine dernière au large du Kenya par des pirates qui l’ont emmené en Somalie.

pirates_somaliensDepuis le début de l’année, les actes de pirateries ont ainsi augmenté de plus de 75% dans cette zone située entre la Corne de l’Afrique et la péninsule Arabique: 95 incidents ont été recensés aboutissant au détournement de 39 navires dont 16 sont encore aux mains des pirates. En tout, trois cents personnes sont retenues en otage. Alors que la Somalie est en proie au chaos depuis l’éclatement d’une guerre civile en 2001, la piraterie semble être devenue une activité très lucrative, grâce aux rançons.

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Et bien, comme je le disais à mes élèves de Terminale ES, on peut considérer que ces actes de piraterie au large de la Somalie sont à la fois l’expression de la mondialisation et le révélateur de ses limites.

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1. La mondialisation se caractérise par des flux.

La mondialisation, ce sont des flux qui tissent un réseau complexe. Les échanges de marchandises n’ont cessé de progresser à l’échelle de la planète. Les progrès des transports maritimes ont permis d’intensifier ces flux.  La carte des routes maritimes, ci-dessous, nous montre que nombre de ces flux passent au large de la Somalie… sans s’y arrêter. Notamment, le Golfe D’Aden, qui commande l’entrée sud du canal de Suez, est l’un des plus importants axes maritimes du monde puisque 16000 navires marchands l’empruntent chaque année.

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Parmi ses flux, le marché du pétrole revêt une importance stratégique. Ainsi, une dépêche de l’agence Reuters nous apprenait lundi dernier, 24 novembre, que l’Association internationale des propriétaires de pétroliers indépendants (Intertanko) réclamait l’instauration d’un blocus maritime de la Somalie pour mettre fin à la piraterie. L’organisation, qui rassemble 75 % de la flotte mondiale de pétroliers, a invité les Nations unies à définir « clairement » les conditions du recours à la force pour permettre d’arraisonner les bateaux pirates. La sécurité des approvisionnements énergétiques est en effet un enjeu vital pour les pays développés comme pour les pays émergents tels que l’Inde ou la Chine. Le pétrole est, en tonnage, la première marchandise transportée dans le monde : la carte des flux mondiaux démontre la complémentarité entre les pays de production (pays exportateurs, dont l’OPEP) et les zones de consommation (pays importateurs). On peut souligner ainsi l’importance des flux qui mettent ces zones en relation. Or la piraterie menace aujourd’hui les routes du pétrole.

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Aux flux internationaux de marchandises s’ajoutent des flux que l’on dit immatériels: ils correspondent aux échanges de capitaux, de services et d’informations. La piraterie au large de la corne de l’Afrique a également  des conséquences sur ce type de flux. D’abord, les primes d’assurance pour les navires qui doivent passer dans ces eaux ont explosé. Ensuite, les armateurs confient à des émissaires le soin de négocier un accord financier avec les pirates. Ainsi, en avril dernier, le  quotidien El País nous révélait que le paiement de la rançon pour libérer le Playa de Bakio, un navire de pêche espagnol, avait été négocié par l’intermédiaire d’un cabinet d’avocats à Londres.

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2. La mondialisation est inégalitaire.

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Sur la carte ci-dessus, la direction et le volume des flux (matériels ou immatériels, licites ou illicites) témoignent de la domination sur l’espace mondial de 3 pôles :

-les Etats-Unis (une hyperpuissance à la fois économique, financière et militaire),

-l’Union Européenne (sans cohésion politique réelle, l’UE reste une zone qui attire travailleurs, réfugiés et touristes, première zone d’exportation et puissance agricole : autosuffisance alimentaire et exportations, puissance financière et enfin modèle socio-économique),

-le Japon (grand par son affirmation récente et rapide sur le plan économique).

Ces 3 pôles qui dominent l’espace mondial forment ce que l’on appelle la Triade (expression forgée par l’économiste japonais Kenichi OHMAE). Ainsi, les échanges sont dominés par cette Triade (69% des échanges pour 15% de la population mondiale). La Triade représente également 80% du PIB mondial, 80% des investissements directs à l’étranger, 85% de la recherche et de l’enseignement et 75% du commerce de la planète)! Enfin, la Triade contrôle l’essentiel du pouvoir politique et économique, elle forme ce que l’on peut appeler un « oligopole »  mondial.

Les pays en voie de développement constituent des périphéries. Bon nombre de pays ne sont plus que des périphéries « dominées » qui fournissent soit des matières premières, soit une main d’œuvre à bon marché. Les périphéries sont dites « intégrées » quand elles se développent : pays d’Asie Orientale ( Corée du Sud, Taïwan, Singapour…) émergent et sont en expansion croissante grâce à des stratégies industrielles volontaristes. D’autres comme le Brésil, l’Inde, la Chine, la Russie sont des puissances régionales qui comptent par leur taille, leur poids démographique, économique voire militaire.

Les pays en « marge » rassemblent ceux n’ayant rien à offrir aux pays développés, ceux qui sont mis a l’écart des nations pour des raisons politiques (la Libye, Cuba…) ou ceux qui sont ravagés par l’instabilité politique et les guerres civiles, comme la Somalie. Tous ces pays font généralement partie d’un Sud moins développé et leur place dans la mondialisation est évidemment un problème majeur, compte tenu des effectifs de population concernés. On parle alors de « périphéries délaissées » parce qu’elles restent en marge du commerce mondial et ne profitent pas des dynamiques de la mondialisation. La Somalie fait de partie de ces pays, que l’on appelle PMA (Pays Moins Avancés) et qui sont pour la plupart africains: elle est à l’écart des grands courants d’échanges économiques. Au mieux, elle voit passer au large de ses côtes les nombreux navires qui représentent la mondialisation. La piraterie au large de la Somalie apparaît alors comme une remise en question de ces inégalités entre pays riches et pays pauvres qui se sont accrues avec la mondialisation.

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3. Les pirates révèlent les limites de la mondialisation.

J’avais déjà parlé de la situation de la Somalie à l’occasion de l’exécution par lapidation de cette pauvre Asha Ibrahim Dhuhulow: le pays est en proie à l’anarchie car les différents clans qui s’affrontent dans une guerre civile  ont précipité la décomposition de l’État somalien. Ainsi, il n’y a plus d’autorité pour faire respecter les droits de la Somalie sur sa propre zone maritime.

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En s’attaquant aux navires qui passent au large de la Somalie, les pirates ne font finalement rien d’autre que relier la Somalie, certes par la force et l’illégalité, aux flux qui caractérisent la mondialisation. Et ils remettent en question cette mondialisation. Quelle réponse donner? On se rend compte des difficultés pour mettre en place une gouvernance mondiale. L’article paru le 20 novembre dans Le Monde dit à quel point le dispositif militaire prévu par l’OTAN et l’Union européenne ne peut garantir la sécurité qu’à une poignée de navires:

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a condamné mercredi les actes de piraterie et exprimé son soutien aux efforts internationaux pour y mettre fin. Le Pentagone estime que l’approche militaire n’est pas la réponse adéquate à ces actes de piraterie dans la Corne de l’Afrique et suggère que les compagnies maritimes en fassent davantage pour protéger leurs navires. Le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, a exhorté le Conseil de sécurité de l’ONU à prolonger une résolution qui autorise les opérations contre les pirates. Mais il a estimé que les compagnies commerciales devaient aussi s’astreindre à circuler dans des couloirs maritimes sûrs, loin des côtes, et investir dans des mesures de protection, comme des instruments de surveillance et d’alerte et des vigiles armés.

L’opération navale de l’Union européenne (UE) dans le golfe d’Aden pour lutter contre les pirates somaliens commencera pour sa part le 8 décembre. Selon le ministre de la défense français, Hervé Morin, cinq à sixnavires de guerre de l’Union européenne participeront à cette opération. Elle commence alors que contre-amiral britannique Keith Winstanley, commandant adjoint des forces maritimes coalisées au Moyen-Orient, admet une forme d’impuissance face aux pirates. Ils iront où nous ne sommes pas. Si nous patrouillons dans le golfe d’Aden, ils iront à Mogadiscio. Si nous allons à Mogadiscio, ils iront dans le golfe d’Aden” a-t-il dit à des experts des questions de défense.

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La piraterie au large de la Somalie est également un révélateur des conséquences de la mondialisation sur l’environnement. Les pirates, souvent d’anciens pêcheurs, dénoncent en effet la concurrence des nombreux chalutiers étrangers qui viennent opérer illégalement dans les eaux territoriales somaliennes. Et, comme ces eaux sont de plus en plus polluées, les ressources halieutiques s’épuisent, si bien que les trente mille pêcheurs somaliens, déjà très pauvres, se retrouvent menacés de disparition. La piraterie apparaît alors à la fois comme une contestation et une solution lucrative à des problèmes de survie.

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Lire également l’interview d’Emmanuel TERROIR, juriste et co-auteur de “Terrorisme et Piraterie, Des menaces contemporaines à la sûreté des transports maritimes de marchandises” (L’Harmattan, 2005), parue le 15 septembre 2008 dans l’Express.

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«Je hais les voyages et les explorateurs»

À l’occasion du centenaire de la naissance de Claude LÉVI-STRAUSS, les hommages et les évènements publics en son honneur se sont multipliés. Souvent, la première phrase de Tristes Tropiques [1] est revenue comme un leitmotiv: elle colle à la peau de son auteur au point parfois de l’en rendre prisonnier. “Je hais les voyages et les explorateurs“? Qu’a-t-il voulu dire?

Dans l’interview ci-dessus, accordée en 1991 au regretté Bernard RAPP, Claude Lévi-Strauss revient sur cette fameuse première phrase de Triste Tropiques:

“Pour l’ethnologue, le voyage n’est pas un but: c’est un moyen,  un moyen indispensable, et ce qui compte, ce n’est pas du tout le côté touristique mais ce que nous rapportons de connaissances et d’informations”.

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[1] LÉVI-STRAUSS Claude. Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955, 504 pages.