Samuel HUNTINGTON est mort mercredi dernier à l’âge de 81 ans. Cet ancien professeur à Harvard avait publié en 1996 le «Choc des civilisations» [1], un essai qui avait surtout eu beaucoup de succès après les attentats du 11 septembre 2001. Samuel Huntington avait avancé l’idée que, la guerre froide étant terminée, nous étions passé d’un monde bipolaire divisé par la fracture idéologique Est/Ouest à un monde où les conflits résulteraient des différences culturelles et religieuses entre les grandes civilisations. J’en parlais encore à mes élèves de Terminale ES au début de ce mois de décembre, en les invitant notamment à être critique à l’égard de cette thèse.
Mais voyons tout d’abord l’article que Le Monde a publié samedi sur son site:
Samuel Huntington, auteur du “Choc des civilisations”, est mort
Le politologue américain Samuel Huntington, auteur de l’essai retentissant Le Choc des civilisations, est mort le 24 décembre à l’âge de 81 ans, à Martha’s Vineyard, dans le Massachusetts, a annoncé samedi l’université Harvard sur son site Internet.
Samuel Phillips Huntington était né le 18 avril 1927 à New York. Diplômé de la prestigieuse université Yale à 18 ans, il a commencé à enseigner à Harvard à 23 ans. Il ne cessera ses cours qu’en 2007, après 58 ans de bons et loyaux services. Il était l’auteur, co-auteur ou éditeur de 17 ouvrages et 90 articles scientifiques, sur la politique américaine, la démocratisation, la politique militaire, la stratégie, ou encore la politique de développement, précise l’université dans le message posté sur son site. Il est surtout connu à l’étranger pour sa vision du monde de l’après-guerre froide marqué par un choc de civilisations, d’abord dans un article publié en 1993 par la revue Foreign Affairs, puis dans un livre paru en français sous le titre Le Choc des civilisations (Odile Jacob, 1997).
Pour lui, “dans ce monde nouveau, la source fondamentale et première de conflit ne sera ni idéologique ni économique. Les grandes divisions au sein de l’humanité et la source principale de conflit sont culturelles. Les Etats-nations resteront les acteurs les plus puissants sur la scène internationale, mais les conflits centraux de la politique globale opposeront des nations et des groupes relevant de civilisations différentes. Le choc des civilisations dominera la politique à l’échelle planétaire. Les lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front des batailles du futur”. Et pour Samuel Huntington, les civilisations se définissent par rapport à leur religion de référence, le christianisme, l’islam, le bouddhisme, etc.
“CHOC DES CIVILISATIONS” CONTRE “FIN DE L’HISTOIRE”
Cette théorie constituait une sorte de réponse à l’un de ses anciens élèves, Francis Fukuyama, qui, quelques années plus tôt, publiait un livre intitulé La Fin de l’histoire et le Dernier Homme (Flammarion, 1992). Fukuyama y développait la thèse selon laquelle, après la chute du communisme, le seul espoir de l’humanité se situait dans la démocratie libérale et l’économie de marché et que cette évolution vers la modernité était “inexorable”.
The Clash of Civilizations, traduit en 39 langues, a fait l’objet de nombreuses controverses. Les uns ont reproché à son auteur de peindre un Occident assiégé par des civilisations hostiles, sans tenir compte de la “stupéfiante interdépendance de notre époque”, comme l’écrivait l’intellectuel palestinien vivant aux Etats-Unis Edward SAID, dans un point de vue publié par Le Monde, sous le titre “Le choc de l’ignorance”. D’autres, au contraire, se sont appuyés sur “le retour des religions” pour justifier la position d’Huntington, qui, dans le dernier chapitre de son livre, imagine les islamistes en possession de l’arme nucléaire. Les “huntingtoniens” se sont sentis confirmés dans leur crainte par les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone.
Huntington lui-même commentait avec modestie : “Les événements donnent une certaine validité à mes théories. Je préférerais qu’il en aille autrement.”
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Quel choc? Quelles civilisations?
Le choc des civilisations est une grille de lecture du monde qui permet à Samuel HUNTINGTON d’esquisser, quelques années après la fin de la guerre froide, une nouvelle théorie des relations internationales. Désormais, selon lui, les conflits allaient opposer différentes civilisations.
Samuel Huntington définit la «civilisation» comme étant «le mode le plus élevé de regroupement et le plus haut niveau d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l’histoire, la religion, les coutumes et par des éléments subjectifs d’auto-identification […]. Les civilisations sont les plus gros “nous” et elle s’oppose à tous les autres “eux”». Cependant, il n‘est pas toujours très cohérent au moment d’identifier les différentes civilisations en présence. Il divise le monde en 7, voire 8 ou 9 civilisations: la civilisation occidentale, (l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, en bleu sur la carte) ; la civilisation orthodoxe (centrée sur la Russie, en mauve) ; la civilisation latino-américaine (turquoise) ; la civilisation islamique (vert) ; la civilisation hindoue (jaune) ; la civilisation chinoise (rouge), qu’il associe parfois à la civilisation bouddhiste (orange) ; la civilisation japonaise (rose) et enfin, «éventuellement», selon lui, la civilisation africaine (l’Afrique sub-saharienne non musulmane, en violet).
On voit bien que les critères retenus par Huntington pour définir une civilisation sont confus: il utilise parfois des critères religieux (pour les civilisations islamique, orthodoxe, hindoue et bouddhiste), nationaux (civilisations chinoise et japonaise) ou géographiques (pour la civilisation africaine). Quand ça l’arrange, il a tendance à confondre les notions de “civilisation” et de “religion”. L’Islam et le bouddhisme semblent ainsi chacun correspondre à une civilisation tandis que le monde chrétien, arbitrairement divisé entre occidentaux, latino-américains et orthodoxes, ne suffit pas à en constituer une.
Par ailleurs, les aires retenues par Huntington sont loin d’être homogènes. Examinons la civilisation islamique (carte ci-contre): elle s’étend, de façon discontinue, du Sénégal à l’Indonésie. Peut-on cependant parler de ”bloc”? Le monde musulman, divisé entre Sunnites et Chiites dès la mort de Mahomet, est composé de peuples très différents. On a d’abord les Arabes, qui ne représentent que 20% du monde islamique en terme de population. On trouve ensuite le monde turc (avec la Turquie elle-même, mais aussi les peuples d’origine turque vivant en Asie centrale); le monde perse (avec l’Iran et les Tadjiks d’Asie Centrale); puis les Pendjabis en Inde, les Hui de Chine, les Pribumi de Malaisie et les Javanais d’Indonésie! Ces peuples sont parfois hostiles entre eux: la première guerre du Golfe, en 1991, n’a-t-elle pas révélé des désaccords au sein du monde musulman puisque les Turcs, les Égyptiens ou les Saoudiens étaient les alliés des Occidentaux contre les Irakiens? Surtout, en la situant dans la civilisation musulmane, Huntington semble ignorer que la Turquie est membre de l’OTAN depuis 1952: c’est un peu gênant.
Enfin, Samuel Huntington induit l’idée qu’une civilisation est une entité totalement figée et monolithique. Il refuse de considérer qu’il puisse y avoir des débats et des remises en question au sein même de chaque civilisation. L’appartenance civilisationnelle serait sur-déterminante: la civilisation musulmane ne se résumerait finalement qu’à des intégristes et l’on ignore ceux qui y revendiquent un idéal de démocratie!
En réalité, quoiqu’en dise Samuel Huntington, une civilisation n’est jamais totalement unifiée. Dans ce livre magnifique qu’est Grammaire des civilisations [2], Fernand BRAUDEL, dont Huntington dit pourtant s’être inspiré, nous explique que les civilisations sont des «continuités»:
“Une civilisation, ce n’est donc ni une économie donnée ni une société donnée, mais ce qui, à travers des séries d’économies, des séries de sociétés, persiste à vivre en ne se laissant qu’à peine et peu à peu infléchir.”
Pour Fernand Braudel, pour appréhender une civilisation, au-delà de l’espace, de la société, de l’économie et des mentalités collectives, il est indispensable en effet de prendre en compte les différents temps de l’histoire.
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La vision de Samuel Huntington est donc très simplificatrice, pour ne pas dire simpliste, puisqu’elle résume les conflits dans le monde à des enjeux culturels ou religieux. Pourtant, après les attentats du 11 septembre 2001, elle a été utilisée par l’administration américaine pour justifier la fameuse croisade des États-Unis contre le terrorisme. Elle fournit en effet un modèle d’analyse des relations internationales fort commode en désignant de nouveaux ennemis. Deux civilisations sont principalement visées par Huntington: la Chine et surtout l’Islam: «Dans tous ces points du globe, les rapports entre musulmans et peuples appartenant à d’autres religions (qu’il s’agisse de catholiques, de protestants, d’orthodoxes, d’Hindous, de Chinois, de bouddhistes ou de juifs) ont généralement été conflictuels et la plupart du temps violents à un moment ou à un autre, en particulier au cours des années quatre-vingt-dix. Si l’on considère le périmètre de l’Islam, on peut se rendre compte que les musulmans ont du mal à vivre avec leurs voisins». En désignant un ennemi et en globalisant la peur, cette théorie ne fait-elle pas paradoxalement le jeu des terroristes éventuels?
Pour terminer, je me contenterai de citer Élie BARNAVI qui, dans dans son brillant essai Les religions meurtrières [3] règle son compte à la théorie de Samuel Huntington en la résumant parfaitement:
Vous n’avez pas non plus été convaincu par la thèse du “choc des civilisations” de cet arrogant patricien wasp de Huntington, et à juste titre: trop sommaire dans ce qu’elle a de vrai, trop systématique dans ce qu’elle a de faux, ignorant superbement les lignes de fractures au sein des “civilisations” dont il fait la caricature plutôt que le portrait, ainsi que la dimension socio-économique, qui a tout de même son importance.
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Pour en savoir plus, n’hésitez pas à visionner l’émission Le dessous des Cartes, diffusée sur Arte en 2002, dont les cartes ci-dessus sont extraites:
Enfin, on peut lire ce compte-rendu du livre de Marc CRÉPON, L’imposture du choc des civilisations, que René-Éric DAGORN a publié en 2003 sur EspacesTemps.net: après avoir expliqué notamment que c’est “avec Norbert Elias et son analyse des processus de civilisation que nous pouvons trouver la porte de sortie à l’enfermement communautaire que Huntington veut faire passer pour de la civilisation“, il conclut que le choc des civilisations “est l’une des pièces maîtresses de cette mise en culture des identités meurtrières les plus régressives des êtres humains“.









Imaginez Caligula attendant ses étrennes dans le vestibule de son palais. Ou la reine d’Elisabeth Première trépignant de joie devant les bas de soie et autres jarretières offerts par les seigneurs. Recourant à l’anecdote, Lévi-Strauss remonte aux origines et examine le rôle social du cadeau, dans le Courrier d’août-septembre 1955.


Abandonnée depuis plusieurs décennies, cette ferme est sans doute la plus ancienne de Mondragón et des alentours. Elle est mentionnée dans un document de 1477 mais le bâtiment est plus ancien, sans doute contemporain de la fondation de la ville en 1254. Ainsi, sur la façade sud, on devine deux arcs en plein-cintre qui sont aujourd’hui murés et qui correspondent à une fenêtre et au portail original de la ferme. Ces arcs en plein-cintre sont caractéristiques de l’architecture romane: en forme de demi-cercle, ils sont construits avec des pierres taillées en biseaux, les claveaux, que l’on disposait sur un échafaudage en bois appelé cintre. Le claveau central, la clé, a pour fonction de bloquer la structure de l’arc. L’architecture romane a connu un développement extraordinaire dès le XIème siècle avec notamment avec l’essor des pélerinages. On peut d’ailleurs avancer l’hypothèse que la ferme Solozar se trouvait sur le chemin de Compostelle.
Sur la façade ouest de la ferme, on trouve deux fenêtres gothiques: elles ont chacune un arc brisé. c’est-à-dire que deux demi-arcs symétriques s’appuient l’un sur l’autre, faisant au sommet un angle plus ou moins aigu. Ce type d’arc, plus harmonieux, caractéristique du style gothique, se généralisa au XIIe siècle car il possèdait l’avantage d’exercer une poussée moindre que celle du plein-cintre, d’où un allégement des maçonneries. On explique souvent le passage du roman au gothique par le remplacement de l’arc en plein-cintre par l’arc brisé: en faisant percer ces deux fenêtres gothiques, les propriétaires de la ferme Solozar avaient-ils des préoccupations esthétiques et avaient-ils envie de suivre la modernité de l’époque?
En el caserío Solozar de San Andrés ya no quedan ni la “sorgina” que hace más de 70 años mantuvo en vilo durante varios días a vecinos y mikeletes. Aquel episodio, tan fantasmagórico como falso, perdura mejor en la memoria colectiva del barrio que las paredes medievales de este caserío a la intemperie. Abandonado desde hace décadas, la ruina se abate sobre uno de los caseríos sin duda más antiguos de la villa. Sus viejos muros salpicados de llamativos elementos románicos y góticos atestiguan la antigüedad de una casería cuya primera mención documental data de 1477. Ventanas y puertas cuyos arcos de medio punto se adivinan bajo la burda mampostería, o la singular ventana geminada de estilo gótico perfectamente visible desde la variante, llaman la atención de los miles de automovilistas que diariamente circulan por esta circunvalación.










