Quand les barrages hydroélectriques menacent les peuples autochtones

Deux informations, tombées à quelques jours d’intervalle, peuvent être mises en parallèle puisqu’elles posent le problème de l’impact des barrages hydroélectriques sur l’environnement et les peuples indigènes. C’est une problématique que l’on peut aborder en géographie en classe de Seconde.

La première information a été publiée le 17 décembre sur le site Survival International: elle concerne le peuple Enawene Nawe, quelques 400 personnes qui vivent dans la forêt amazonienne, dans l’état brésilien du Mato Grosso. S’ils connaissent la culture du maïs et du manioc, les Enawene Nawe vivent surtout de la pêche: leurs techniques sont élaborées et ils disposent des barrages aux mailles finement tressées sur les rivières. C’est là, sur la rivière Juruena, que plusieurs d’entre eux ont été agressés par des ouvriers qui participent à la construction d’un barrage:

Les Enawene Nawe agressés par les ouvriers d’un barrage.

Des ouvriers ont attaqué la semaine dernière un groupe d’Indiens enawene nawe en train de pêcher à proximité d’un barrage hydroélectrique en construction.

Daliamas, porte-parole enawene nawe, a indiqué que les ouvriers ont forcé quatre Indiens, deux adultes et deux enfants, à s’allonger sur le sol. Ils les ont ensuite menacés, frappés avec des bâtons et leur ont introduit le canon de leurs pistolets dans la bouche.

Il a fallu l’intervention de la police pour que les ouvriers relâchent les Indiens et leurs enfants qui étaient visiblement effrayés.

Un représentant de la compagnie de construction du barrage a nié l’acte d’agression de ses employés et a prétendu que les Indiens avaient tenté de pénétrer sur le site sans autorisation.

Plus de 70 barrages doivent être construits sur la rivière Juruena qui coule en plein territoire enawene nawe. Ces barrages vont polluer l’eau et empêcher les poissons d’atteindre leurs zones de reproduction. Le poisson est une ressource vitale pour les Enawene Nawe qui ne consomment pas de viande; il joue également un rôle essentiel dans leurs rituels.

En octobre dernier, les Enawene Nawe avaient occupé ce même site dans le but de protéger leur rivière et ses ressources halieutiques.

Pour en savoir plus sur l’impact des barrages sur les peuples indigènes (en anglais ou en portugais).

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La seconde information a été diffusée le 20 décembre par ICRA International: sur la côte nord du Québec, un projet hydroélectrique se construit sur le territoire ancestral du peuple Innu, et en particulier sur les terres et la rivière parcourues depuis des millénaires par la communauté des Ekuanitshit.

Canada : Les Innu menacés par un complexe hydroélectrique.

Au sein de la forêt boréale, la plus vaste forêt du monde, Hydro-Québec, compagnie d’Etat, prévoit la construction d’un gigantesque complexe hydroélectrique, sur le territoire ancestral du peuple Innu, et en particulier sur les terres et la rivière parcourues depuis des millénaires par les Innu d’Ekuanitshit (Mingan) sur la côte-nord du Québec .

Hydro-Québec souhaite en effet construire quatre centrales sur la rivière Romaine, l’une des dernières grandes rivières encore vierges du Québec. Le chantier durera treize ans et consiste à construire deux centrales en aval respectivement sous 61 m et 153 m de chute nette, alors que celles en amont auront des réserves d’eau d’une hauteur de chute de 93 m à 116 m. Le complexe va coûter 8 milliards de dollars et pour accéder aux chantiers et aux sites, Hydro-Québec devra construire 230 kilomètres de route dans le roc perturbant la vie naturelle de cette forêt boréale encore préservée. Ces travaux vont ouvrir le territoire ancestral Innu aux compagnies minières, aux entreprises forestières et à une chasse de loisir illégitime, envahissante et parfois commerciale.

Inquiètes de l’impact sur l’environnement de ce méga-projet hydroélectrique, des associations canadiennes écologistes commencent à se mobiliser contre la construction des barrages argumentant aussi sur le fait que celle-ci va être extrêmement coûteuse, que les emplois générés seront ponctuels et qu’il n’y a pour l’instant aucun acheteur en vue pour sa production. L’État de New York qui s’était engagé avant 2004 à acheter son hydroélectricité au Québec a changé son fusil d’épaule en souhaitant respecter le protocole de Kyoto qui ne considère plus l’électricité produite par les grandes centrales comme une énergie propre et l’exclut dorénavant de son répertoire des énergies renouvelables. En effet, seule le sera l’hydroélectricité produite à partir de centrales au fil de l’eau.

Mais surtout, le projet hydroélectrique de la Romaine, en plus d’être destructeur pour l’environnement et non viable économiquement, se construit sur un territoire qui n’est pas le sien. Ce territoire nommé Nitassinan est celui où vit depuis des millénaires le peuple Innu et dont il se considère le gardien. Une communauté, celle d’Ekuanitshit, va être particulièrement affectée par le projet car la rivière La Romaine est l’autoroute nautique par lequel ses membres rejoignent leurs campements de chasse repectifs depuis des temps immémoriaux .

Les Innu d’Ekuanitshit tentent depuis trois décennies d’obtenir la reconnaissance écrite de leurs droits ancestraux sur leur territoire traditionnel, c’est à dire leurs droits d’utilisation du Nitassinan, mais aussi le titre aborigène sur l’ensemble de ce territoire, c’est à dire un droit de « propriété » sur tout le territoire ancestral de la communauté. Elle répond en effet aux critères de l’article 35 de la loi constitutionnelle canadienne de 1982, confirmés en 1995 par décision fédérale et en 1996 par la Commission Royale, reconnaissant des droits ancestraux aux populations autochtones (le droit de chasse, de pêche, de cueillette, de piégeage, le droit d’exploitation commerciale des rivières et des forêts), mais aussi le titre aborigène qui octroît un droit foncier sur le territoire ancestral, et enfin le droit à l’autonomie gouvernementale quand un peuple peut démontrer qu’il se gouvernait lui-même avant l’arrivée des européens.

A l’initiative des Innu d’Ekuanitshit, ICRA propose de signer et de renvoyer une pétition téléchargeable afin de signifier aux représentants du Québec et d’Hydro-Québec les préoccupations des défenseurs des droits des peuples autochtones.
Vous pouvez également signer une pétition en ligne sur le site de l’alliance Romaine.

Pour plus d’informations:

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3 réponses à Quand les barrages hydroélectriques menacent les peuples autochtones

  1. Il y avait un projet de construction d’un barrage au gabon qui allait mettre en mal un parc national, heureusement que les ONG ont tenu fort pour que ce projet ne réalise pas. Le monde connaît trop de catastrophes.

    • Bonjour Paulin et merci pour cette précision.

      Les barrages, on l’oublie trop souvent, entraînent des déplacements de population et transforment parfois radicalement l’environnement des vallées. J’ai l’habitude d’utiliser avec mes élèves l’exemple du barrage d’Assouan: disparition des limons, érosion des rives du Nil, appauvrissement des ressources halieutiques, prolifération des algues, apparition de la bilharzioze, déplacement forcé des Nubiens…
      Les exemples de ce type sont innombrables, comme encore le barrage sur la Narmada, en Inde. Cela a fait évoluer la perception que l’on avait des barrages si bien que l’on insiste aujourd’hui davantage sur leur impact humain et environnemental que sur leurs bienfaits au niveau social et économique.

      Bien cordialement.

  2. Le Gabon est un petit pays par sa superficie et un peu par sa population. Il y a des fleuves partout sur le territoire national. Un seul barrage peut alimenter tout le pays, surtout que nous ne sommes pas dans un pays industrialisés. Nous qualifions souvent de campeurs ces industriels qui ne font pas une lecture sur 50 ans des conséquences de leurs projets. Il est vrai que le pays a besoin de se développer, mais pas à n’importe quel prix. De plus les nouvelles qui nous viennent de Chine – ce sont les industriels de ce pays qui allaient construire le barrage – ne sont pas bonne. Ils tiennent leur population en otage en l’utilisation comme argument et de saper ce qui fait encore la fierté de l’humanité ailleurs.
    KIALO Paulin
    Chercheur à l’IRSH
    B.P. 846

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