Mise en bouteille du patxaran nouveau

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J’avais écrit l’an dernier un article sur la cueillette des endrinas, ces petites prunes sauvages avec lesquelles on fabrique le patxaran. Le plus souvent, la récolte a lieu dans la première quinzaine de septembre.  On lave bien les prunelles et on les met dans un bidon vide de 3 litres. Elles doivent occuper un tiers du volume. Puis on ajoute le bâton de canelle, les grains de café, les fleurs de camomille. On recouvre avec l’alcool anisé et un verre d’eau de vie n’est pas superflu pour corser le tout [1].  On bouche bien hermétiquement le bidon et on laisse macérer le tout dans l’obscurité d’un placard. Cela fait maintenant plus de quatre mois que la préparation macère: le mélange a pris une teinte d’un rouge profond tirant sur le violet, et il est temps de le filtrer au chinois et de le mettre en bouteille…
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[1] Chacun a sa recette de patxaran et voici celle que nous avons adoptée cette année:

Trois cent grammes de prunelles

3 litre d’alcool anisé (24% Vol.)

1 bâton de cannelle

5 grains de café

3 fleurs de camomille

Un bon verre d’eau de vie.

Aupa Norman!

J’avais déjà dit, dans un article précédent, que Mondragón avait été l’épicentre du mouvement punk basque. La scène locale reste toujours très dynamique comme en témoigne le concours organisé chaque année par Danbaka.

norman1Ainsi, l’autre soir sur GoiTB, je suis tombé par hasard sur le concert d’un des groupes en finale: ils sont quatre, d’Eibar et d’Ondarru, et  s’appellent Norman, en référence au Norman Bates du Psychose d’Alfred HITCHCOCK. Un grand groupe: de bonnes chansons, un chanteur et des musiciens qui ont une vraie présence sur scène… Entre le MC5, les Stooges, les Damned et les Dead Kennedy. Finalement, c’est l’essence même du rock. Et même s’ils n’ont pas gagné le concours, ils sont une véritable révélation.

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Je vous invite chaleureusement à visiter leur page sur Myspace music afin d’avoir un aperçu de leur musique.

Le peuple palestinien

beduinos1872palestinaPalestine, 1872.

La nation palestinienne est une nation en construction. Ainsi, en 1964, la charte de l’OLP avait cru nécessaire de préciser que les Palestiniens étaient “les citoyens arabes qui ont normalement vécu en Palestine jusqu’en 1947, qu’ils soient demeurés ou qu’ils en aient été expulsés” (article 6).

Pour en savoir plus, on ne peut que conseiller la lecture de l’excellent essai d’Élias SANBAR, directeur de la Revue d’études palestiniennes: Figures du Palestinien: identité des origines, identité de devenir [1]. C’est une étude d’anthropologie historique sur l’identité palestinienne que l’éditeur présente ainsi:

« De la chronique du conflit palestino-israélien, de l’histoire séculaire de chaque camp, des enjeux stratégiques ou des négociations de paix, de l’actualité aussi, il n’est pas question dans ce livre. Voici pourtant un des ouvrages les plus éclairants sur la question, car il livre, grâce à une approche d’anthropologie historique, les clés fondamentales de l’identité palestinienne. Peuple expulsé de sa terre en 1948, les Palestiniens, sans jamais oublier ou négliger leur histoire, se définissaient d’abord par leur géographie si particulière, celle de la Terre sainte. Trois figures retracent leur identité de devenir. Gens de la Terre sainte : du temps de l’Empire ottoman, les Palestiniens, plus encore qu’Arabes occupés, se définissent par le pays où coexistent communautés et religions et dont les paysages sont marqués par les fusions des lieux de culte et de pèlerinage des monothéismes. Arabes de Palestine : du temps du Mandat britannique, lorsque se bâtit le “Foyer” sioniste qui prétend appuyer ses droits sur une antériorité des Juifs sur les Arabes, au point que la “montée” vers la Palestine est un retour et non une venue, les Palestiniens, pris dans la double tourmente des colonialismes britannique et juif, deviennent, malgré résistance et révoltes, graduellement des étrangers sur leur propre terre. L’Absent ou le Palestinien invisible : après l’expulsion de 1948, alors que le nouvel État d’Israël gère les biens des expulsés comme “biens des absents” et qu’il efface ou modifie méthodiquement, au fil des années, toponymie et topographie, les Palestiniens, parqués par villages entiers dans les camps de réfugiés, cultivent la mémoire des lieux et nourrissent l’idée du retour. Un rapport à l’histoire, évoluant en pure nostalgie, aurait peut-être permis que les Absents se dissolvent dans les pays arabes voisins, confirmant les vœux longtemps émis à travers le monde : “Les Palestiniens, ça n’existe pas.” Mais le rapport à une terre exilée dont on enseigne les paysages originaires aux nouvelles générations explique cette survie, contre les vents de l’histoire et les marées des guerres. Après des siècles de présence chez lui, le peuple palestinien réclame un État, puisque la communauté et le droit international ont érigé l’État-nation en seule forme possible, pour un peuple, de présence libre et souveraine sur sa terre. »

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Une interview d’Élias SANBAR a été publiée en 2004 sur le site de solidaritéS:

La religion a-t-elle joué un rôle important dans la constitution du sentiment national palestinien?

Dans le cadre de ce que j’appellerais leurs mécanismes d’«auto-identification», la religion est indissociable de ce que les Palestiniens considèrent comme l’attribut principal de leur terre. Cet attribut, c’est d’être la Terre sainte, à savoir une terre absolument unique en son genre. La religion a certes joué un rôle dans l’émergence du sentiment national palestinien, mais en tant que caractéristique d’un lieu, et non dans sa dimension étroitement théologique. Cela ne signifie pas, bien entendu, qu’il n’y a pas de croyants en Palestine. Mais chez les Palestiniens, le rapport à la religion passe par le lieu, il est médiatisé par le territoire. Du point de vue de l’évolution des «figures identitaires» palestiniennes, l’héritage territorial est donc beaucoup plus important que la dimension révélée de la religion.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, lorsque le sionisme s’est développé, il a été immédiatement perçu par les Palestiniens comme ne ressemblant pas aux autres colonialismes. Dès les origines, l’enjeu pour le sionisme a été de prendre possession du territoire, et non, comme dans le cas d’autres processus de colonisation, d’occuper le pays pour en exploiter la population. Cela conférera d’emblée au conflit une dimension spécifique, très différente de la situation prévalant dans les pays alentours.

La question religieuse occupe-t-elle une place plus grande dans la société palestinienne actuelle?

Non, à mon sens, le territoire est toujours aussi fondamental. Malgré les apparences, l’influence des fondamentalistes religieux dans le mouvement national palestinien est relativement restreinte. Plus précisément, le succès rencontré par les islamistes n’est pas ou peu lié à leur discours religieux entendu au sens strict. D’ailleurs, rien ne dit que l’implantation de ces courants soit durable, nous pourrons revenir sur ce point. Cela ne signifie pas que les Palestiniens soient un peuple spontanément laïc. Simplement, les enjeux de la lutte ne sont pas d’ordre religieux. Ils sont très concrets. Le malheur, ce sont les arbres arrachés et les terres qui s’en vont. Le territoire est donc toujours aussi présent, c’est la clé de toute cette histoire.

La Palestine est la Terre sainte universellement reconnue comme telle. Tous ceux qui y sont arrivés à partir du XIXe siècle étaient convaincus de la connaître mieux qu’elle ne se connaissait elle-même, puisqu’ils savaient ce qu’en disait la Bible. De ce point de vue, la Palestine n’a jamais eu le statut de terra incognita des autres régions colonisées. Le problème, bien entendu, est que les lieux réels ne correspondaient pas aux attentes des colons, puis des sionistes. C’est pourquoi, dès leur arrivée, ceux-ci vont s’atteler à les transformer, de façon à les faire ressembler à ce qu’en disent les Écritures. Or, pour réaliser cet objectif, l’obstacle principal, ce sont les habitants du lieu. Les paysages, on peut toujours les réinventer, mais les gens, comment faire? C’est à ce moment-là que commence à s’imposer l’idée que la présence des indigènes sur cette terre est illégitime, plus encore que cette dernière est souillée par leur présence.

L’idée de rédemption est inhérente à tout processus colonial. La rédemption, c’est par exemple la science ou le christianisme que l’on porte aux sauvages justement pour les arracher à leur condition de sauvage. Dans le cas de la Palestine, la rédemption n’a jamais concerné la population locale, elle a toujours concerné la terre. C’est elle qu’il s’agissait de «racheter», dans tous les sens du terme, et ceci avait pour condition de possibilité le départ des personnes qui y résidaient. L’idée du déplacement des palestiniens n’est pas née avec le sionisme. Elle était déjà présente dans le discours religieux des Anglo-saxons au XIXe siècle. Quelque chose de cet ordre était dans l’air du temps avant l’apparition du sionisme, on peut même dire que ce dernier a été influencé par ces idées.

Pourriez-vous revenir sur l’émergence des mouvements islamistes palestiniens?

Une sensibilité islamiste existe en Palestine, dès avant 1948. Celle-ci s’exprimait notamment par le biais d’un petit parti des Frères musulmans, proche du mouvement égyptien du même nom. Mais cette sensibilité a toujours été extrêmement minoritaire dans le mouvement palestinien. Après l’occupation de 1967, Israël a mis en œuvre une politique d’apprenti sorcier, qui s’est ensuite retournée contre ses auteurs, en jouant la consolidation de ces petits partis islamistes. L’objectif était double: d’une part, diminuer l’influence de l’OLP, une organisation essentiellement laïque; d’autre part, coller l’étiquette d’ «islamiste fanatique» au mouvement palestinien dans son ensemble, pour le décrédibiliser aux yeux de l’opinion publique internationale.

Les islamiste palestiniens sont très différents de ceux que l’on trouve dans d’autres pays de la région. La différence principale réside dans le fait qu’ils tiennent un discours anti-colonial, et non un discours théologique. Il s’agit du seul mouvement islamiste confronté à une occupation étrangère. Les autres font face à leurs propres régimes, qu’ils accusent d’apostasie ou de non respect des règles religieuses. Si vous regardez les textes islamistes dans le débat interne à la société palestinienne, ils n’accusent pas leurs adversaires de trahir l’Islam. Ils les accusent d’être de pauvres naïfs qui pensent pouvoir régler la question de l’occupation par la négociation. De ce point de vue, on peut dire que le mouvement islamiste se trouve être le véritable héritier, au niveau du discours, de ce qu’on appelait jadis le «front du refus», composé pour l’essentiel d’organisations marxistes-léninistes. Les islamistes tiennent un discours anti-colonialiste assez classique.

Or, au cours des dernières décennies, le fait qu’Arafat revienne bredouille des différents cycles de négociation avec Israël donnait aux islamistes une confirmation a contrario de la justesse de leur point de vue. Ils affirmaient avoir toujours dit à Arafat que la négociation ne le mènerait nulle part. Le mouvement islamiste ne cesse de gonfler depuis qu’il y a un blocage absolu de la situation, et que la colonisation se développe. Des gens qui ne sont pas nécessairement fondamentalistes commencent à se dire que politiquement, le Hamas a eu la bonne analyse de la situation, à savoir que les Israéliens ne veulent pas négocier. A cela est venu s’ajouter une politique très dure, notamment à Gaza, d’assassinats ciblés et de bombardements aveugles, qui a encore plus radicalisé la population et l’a soudée autour du Hamas…

S’agit-il d’une politique délibérée?

Bien entendu, il y a une politique délibérée de la part de ceux qui, en Israël, ne veulent pas d’un règlement du conflit. L’objectif étant de pouvoir dire ensuite à la communauté internationale: vous ne voulez tout de même pas que l’on donne un État à ces islamistes fanatiques… Arafat a été écarté par le pouvoir israélien non pas parce qu’il refusait de signer les accords. Il l’a été parce qu’il serait à même de donner un autre visage au mouvement national palestinien. Or, le gouvernement israélien ne veut pas de cela. S’il y avait une solution réelle au conflit, le mouvement islamiste se dégonflerait à mon sens de lui-même. On trouve certes dans la société palestinienne des islamistes convaincus, de même qu’on y trouve des laïcs convaincus. Mais l’important se passe entre ces deux pôles, où se situe l’immense majorité des Palestiniens. Un exemple. Quand les soldats israéliens sont entrés à Gaza au début de l’occupation, les femmes se sont voilées d’elles-mêmes, il n’y a eu aucune directive de la part de qui que ce soit. Certaines responsables d’associations de femmes m’ont dit qu’en 1993, lorsque l’armée israélienne s’est retirée, à la seconde où les soldats sont partis et sans qu’il y ait eu le moindre mot d’ordre, des dizaines de milliers de femmes ont enlevé leur voile…

Pourriez-vous évoquer la situation de la diaspora palestinienne?

Le terme de diaspora n’est pas adéquat dans le cas des Palestiniens. Il y a un exil palestinien, mais pas de diaspora. Fondamentalement, être en diaspora, c’est se trouver en terre étrangère. Le diasporique n’est pas simplement un réfugié, c’est un individu déplacé en terre étrangère. Or, la majorité écrasante des Palestiniens a été chassée vers des États arabes, où ceux-ci ne se sentent pas étrangers. Certes, ils ont été spoliés de leurs droits et privés de leur terre. Mais les palestiniens ne sont pas étrangers en terre arabe. A cet exil, il faut ajouter des communautés éparpillées de par le monde, qui ressemblent à n’importe quelles communautés d’immigration. Il y a par exemple 100000 à 150000 Palestiniens aux États-Unis, des milliers en Europe, notamment en Allemagne et dans les pays nordiques. Mais ces personnes-là se trouvent dans la configuration classique de l’émigrant forcé. Ils commencent d’ailleurs généralement par être réfugiés dans le monde arabe, puis seulement émigrent dans d’autres régions pour trouver du travail. En termes de chiffres, 152 000 Palestiniens sont demeurés en Palestine après 1948. Il y en a un peu plus d’un million aujourd’hui. En tout, il y a 9 million 700 000 Palestiniens. De ceux-ci, environ 60% sont à l’extérieur de ce qu’on appelle la Palestine historique, à savoir l’actuel Israël plus la Cisjordanie et Gaza. Une majorité écrasante de ces 60% se trouve dans des pays arabes.

Pourriez-vous évoquer le rôle des femmes dans le mouvement national palestinien?

Il y a toujours eu une forte participation des femmes dans le mouvement national, qui ressemble d’ailleurs à ce qu’on a pu voir dans le mouvement de libération algérien. L’exil a conduit à un bouleversement considérable du statut des femmes dans la société palestinienne. Dans ce contexte, un certain nombre de tabous ont été brisés. Le fait de se retrouver dans des tentes, dans des conditions de mixité très différentes de celles qui prévalaient par exemple dans les campagnes, a créé des fissures, non pas forcément dans le statut «formel» des femmes, mais dans leur condition de facto. Par ailleurs, la participation des femmes a la lutte armée a été très forte. Or, lorsque l’on est combattant, les barrières entre hommes et femmes tombent. Des comportements traditionnellement prohibés ne tiennent plus, les règles étant sublimées par le combat pour la Palestine.

Le drame, c’est que l’on assiste depuis quelques années à une terrible régression. Il est difficile aujourd’hui de voir à Gaza une fille de plus de cinq ans sans son écharpe. A vrai dire, cela n’est pas une régression, puisque nous n’avons jamais connu une situation de ce genre. Nous allons vers le pire, nous ne retournons pas vers lui. La dégradation des rapports entre hommes et femmes ne relève pas uniquement de la reprise en main de tout ce qui concerne la famille ou la morale par les mouvements islamistes. Elle relève aussi de l’autopunition que s’inflige la société palestinienne. Les hommes se punissent de leur impuissance face à l’occupant en réprimant leurs femmes, et les femmes se punissent d’être réprimées par les hommes en frappant leurs enfants. Il y a beaucoup de travaux de psychiatres en ce moment sur la situation en Palestine. Un père de famille se punit d’avoir été giflé par un jeune soldat israélien devant toute sa famille en cognant sur sa femme. Il la cogne parce qu’elle l’a vue dans son impuissance. Nous nous trouvons dans une situation qui relève, entre autres choses, de la santé mentale.

Propos recueillis par Razmig KEUCHEYAN

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[1] Élias SANBAR. Figures du Palestinien: identité des origines, identité de devenir, Paris, Gallimard, 2004, 300 pages.

Soixante ans de conflit israélo-arabe

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Alors qu’Israël bombarde la bande de Gaza, à force d’en entendre parler, on a tendance à oublier les origines du conflit qui oppose Israël et les Palestiniens.

1. Les origines d’une situation explosive.

Remontons à la Première guerre mondiale. Les Britanniques, qui soutenaient par ailleurs la fondation d’un grand royaume arabe,  se prononcèrent, avec la déclaration Balfour (1917), en faveur de l’établissement d’un “Foyer national Juif” en Palestine. Ils répondaient ainsi aux voeux des sionistes tout en garantissant, en même temps, les droits des autres populations installées en Palestine. Après la guerre, le traité de Suèvres fait éclater l’empire Ottoman et, en 1920, on ne parle plus de royaume arabe unifié: les possessions ottomanes peuplées d’Arabes sont réparties entre la France (le Liban et la Syrie) et le Royaume-Uni (la Palestine, la Jordanie et l’Irak). Au sud, l’Arabie Saoudite se constitue peu à peu pour être officiellement fondée en 1932 par la fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz.

Les Juifs commencent à émigrer massivement en Palestine dans les années trente. Les Arabes de Palestine, qui sont alors un peu plus d’un million, protestent contre cette immigration. Après les grèves et les attentats de 1936, les Britanniques décidèrent de limiter l’immigration juive en Palestine et la commission britannique Peel propose en 1937 un premier projet de partition de la Palestine entre Juifs et Arabes: 15% du territoire était destiné à l’État juif. Ce projet est refusé par les Arabes comme par les Juifs. En 1939, la population juive en Palestine s’élève à 460000 personnes [1]  installées en majorité dans des kibboutz, ces colonies agricoles protégées par une force paramilitaire, la Haganah (“Défense”), embryon de la future armée israélienne.

La seconde guerre mondiale accélère les évolutions. Dès 1942, les responsables sionistes affirment à New York la nécessité de fonder un État juif indépendant en Palestine. La carte politique du Proche-Orient évolue: le Liban devient indépendant en 1944, la Syrie en 1945 et la Transjordanie en 1946. En 1945, sept États fondent la Ligue arabe, destinée à affirmer l’unité du monde arabe face à ce qu’ils appellent “l’alliance de l’impérialisme occidental et du sionisme“.

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2. La création d’Israël.

exodus_1947L’extermination des Juifs par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale bouleverse les opinions publiques et donne une importance nouvelle à la question de la Palestine. Parmi les survivants, beaucoup de Juifs européens veulent s’installer en Palestine mais l’immigration reste bloquée: les Britanniques veulent en effet conserver l’amitié des Arabes. Les organisations nationalistes juives, telles que l’Irgoun commettent des attentats contre les Britanniques et organisent une immigration clandestine. Ainsi, l’épisode du cargo Exodus (photo ci-contre), chargé de 4500 Juifs rescapés des camps de la mort et refoulé en juillet 1947 par les autorités britanniques de Palestine, soulève une émotion extraordinaire. Incapable de rétablir l’ordre, les britanniques confient finalement le dossier de la Palestine à l’ONU. Un plan de partage, adopté en novembre 1947, prévoit la création d’un État juif et d’un État arabe. Ce plan reçoit l’appui de l’URSS et des États-Unis mais les Arabes y sont hostiles.

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Le 14 mai 1948, David BEN GOURION, président de l’Agence juive, proclame la création de l’État d’Israël. Dès le lendemain, l’Égypte, la Transjordanie, le Liban, la Syrie et l’Irak attaquent le nouvel État. Après de durs combats, les Israéliens repoussent les armées arabes. Israël contrôle désormais 75% de la Palestine, soit bien plus que ce que lui accordait le plan de partage de l’ONU. Des armistices sont conclus en 1949, mais aucun traité de paix n’est signé. La Transjordanie annexe la Cisjordanie et l’Egypte s’approprie la bande de Gaza. Jérusalem se trouve partagée entre une partie Ouest, israélienne, et une partie Est, jordanienne. L’État arabe prévu en Palestine ne voit pas le jour.

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3. Le “problème palestinien”.

Cette première guerre israélo-arabe (1948-1949) jette les bases de ce que l’on appellera le problème palestinien. Les deux tiers des Arabes de Palestine (en majorité musulmans mais aussi chrétiens orientaux) émigrent en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dans des camps de réfugiés. Une minorité demeure en Israël tandis que 700000 immigrants juifs s’installent dans les territoires conquis. Ébranlés par la défaite, les pays arabes connaissent une période de troubles. Le roi de Jordanie est assassiné par un Palestinien en 1951. En Égypte, après le coup d’État de 1954, le colonel Nasser prend le pouvoir: en 1956, la crise de Suez  fait de lui le champion du panarabisme et il réussit à créer pour un temps une République arabe unie réunissant l’Égypte et la Syrie. En Irak, le roi Fayçal II est assassiné en 1958 et la République proclamée. Les pays Arabes se divisent alors en deux groupes: les monarchies traditionnelles pro-occidentales (Jordanie, Arabie Saoudite, Iran) et les régimes tentés par des réformes de type socialiste (Égypte, Irak). Tous clament cependant leur désir de défendre la cause palestinienne. L’Organisation de Libération de la Palestine  (OLP) est créée en 1964 par Yasser ARAFAT: une charte est rédigée qui pose la destruction d’Israël comme  condition nécessaire à la libération de la Palestine. Les incidents se multiplient à partir de cette date: actes terroristes arabes en Israël, représailles israéliennes en Jordanie, au Liban, en Syrie ou aujourd’hui dans la bande de Gaza. C’est aussi à partir de ce moment que l’on parle de peuple palestinien: les Palestiniens sont définis par la charte de l’OLP comme “les citoyens arabes qui ont normalement vécu en Palestine jusqu’en 1947, qu’ils y soient demeurés ou qu’ils en aient été expulsés” (article 6).

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4. La paix impossible?

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Le 5 juin 1967, les Israëliens déclenchent la guerre des Six-Jours ; ils s’emparent de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du plateau du Golan et annexent Jérusalem. La guerre du Kippour, déclenchée en 1973 par l’Égypte et la Syrie, ne remet pas en cause cette expansion. Dans les deux cas, l’ONU a pu imposer un cessez-le-feu aux belligérants grâce à l’accord des deux Grands. Cependant la résolution 242, qui énonce les conditions de la paix, reste lettre morte.

La guerre en 1973 entre Israël et ses voisins marque un renversement partiel des alliances au Proche-Orient. Le président égyptien Anouar al-SADATE se rapproche des Etats-Unis. À leur instigation, en 1978, il s’engage à signer avec le Premier ministre israélien Menahem BEGIN un traité par lequel l’Égypte reconnaît l’État hébreu en échange du retrait d’Israël du Sinaï. Mais SADATE, accusé d’avoir trahi la cause arabe, est assassiné par des islamistes. Israël continue d’implanter des colonies dans les territoires palestiniens. En 1987, les jeunes Palestiniens déclenchent l’Intifada: cette première “guerre des pierres” dure jusqu’en 1991. En novembre 1988, Yasser ARAFAT reconnaît le droit à l’existence d’Israël mais proclame un État indépendant en Palestine. Il veut éviter que l’OLP ne soit débordée par des mouvements extrémistes – le Hamas et le Jihad islamique – dont l’influence grandit.

arafat-rabin_1993Le 13 septembre 1993, à Washington, Yasser ARAFAT et le premier ministre israélien Yitzhak RABIN se serrent enfin la main: ils viennent de signer la Déclaration de principes des Accords d’Oslo, qui prévoient notamment la création d’une Autorité palestinienne  pour gouverner les deux régions de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En réalité, ce processus de paix est contesté par les radicaux des deux camps. En Israël, Yitzhak RABIN est assassiné en 1995 par un extrémiste et l’Autorité palestinienne est affaiblie par le déclenchement d’une seconde Intifada en 2000. Ce contexte favorise une radicalisation du conflit, avec notamment le développement de l’islamisme en Palestine, si bien qu’en janvier 2006, lors des élections législatives palestiniennes, le Hamas remporte la majorité des suffrages. En juin 2007, il prend le pouvoir à Gaza, après plusieurs mois de combats contre le Fatah.

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[1] Benny MORRIS, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste (titre original Righteous Victims. A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-1999.), Éditions Complexe (CNRS-IHTP), 2003.