Ku nkélo: à la recherche de l’eau
Nadège BATOU, que j’ai connue par l’intermédiaire de Sorel, a eu la gentillesse de m’envoyer un DVD avec un extrait de son film Ku nkélo consacré à de jeunes porteurs d’eau à Brazzaville. Ce documentaire dénonce les problèmes d’approvisionnement en eau potable qui touche les Brazzavillois. Avec sa caméra, Nadège a suivi des enfants qui, bidons en main, parcourent plusieurs kilomètres pour chercher de l’eau à la source. Au montage, elle se garde de tout commentaire et préfère laisser la parole à la population, de façon à rendre criante la pénurie d’eau potable. C’est un excellent film, magnifiquement tourné, que je vais utiliser en classe avec mes élèves de seconde, dans le cadre du chapitre de géographie consacré à l’eau. Nadège le présentera début mars au FESPACO, le Festival panafricain du cinéma, à Ouagadougou au Burkina Faso: elle cherche notamment des financements et je lui souhaite tous mes voeux de succès.
Le film de Nadège révèle à quel point l’accès à l’eau est difficile et inégal dans le monde. C’est un thème que l’on aborde en géographie en classe de seconde:
Un accès inégal à l’eau potable.
700 millions de personnes vivent en dessous du seuil de stress hydrique.
Les Nations Unies ont défini un seuil de stress hydrique quand les disponibilités en eau par habitant sont inférieures à 1700 m3 par an, c’est-à-dire quand elles ne permettent plus, selon les hydrologues, de répondre aux besoins en eau pour l’agriculture, l’industrie, l’énergie et l’environnement. Quand les disponibilités en eau tombent au-dessous de 1000m3, on parle de pénurie hydrique.
À l’heure actuelle, environ 700 millions de personnes dans 43 pays vivent en dessous du seuil de stress hydrique, soit près de 10% de l’humanité. Les choses devraient empirer: on pense que 3 milliards de personnes pourraient être affectées en 2025, soit 38% de l’humanité.
Avec une disponibilité annuelle moyenne de 1200 mètre cubes par personne, le Moyen-Orient est la région du monde la plus soumise au stress hydrique. Si l’Irak, l’Iran, le Liban et la Turquie se situent au-dessus du seuil, les Palestiniens, en particulier à Gaza, sont confrontés à l’une des pénuries d’eau les plus graves du monde –environ 320 mètres cubes par personne. L’Afrique sub-saharienne, quant à elle, compte le plus grand nombre de pays soumis au stress hydrique : près d’un quart de la population d’Afrique sub-saharienne vit dans un pays soumis au stress hydrique (cette proportion est en augmentation).
Un approvisionnement en eau potable souvent difficile.
« Donner accès à une eau salubre, éliminer les eaux usées et fournir des systèmes d’assainissement constituent trois des bases les plus fondamentales du progrès humain », expliquait le PNUD dans son Rapport mondial sur le Développement Humain en 2006. Mais 1,1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau: en effet, 1 habitant de la planète sur 6 vit à plus d’un kilomètre d’une source d’eau. Dans ce cas, la consommation est souvent inférieure à 5 litres d’eau par jour! De plus, l’eau dont on dispose est loin d’être toujours potable: dans le monde, 2,6 milliards de personnes n’ont pas accès à l’assainissement!
Le Rapport du PNUD ajoute: « L’ absence d’accès à l’eau potable est un euphémisme pour désigner une pauvreté profonde. Elle signifie que les populations vivent à plus d’un kilomètre de la source d’eau potable la plus proche et qu’elles collectent l’eau dans des canaux de drainage, des fossés ou des ruisseaux susceptibles d’être infectés par des pathogènes et des bactéries capables d’entraîner des maladies graves ou mortelles.» En matière d’approvisionnement, l’Afrique sub-saharienne dispose de loin des taux de couverture les plus faibles (55 %). Ainsi, au Congo, en 2004, 57% de la population avait un accès régulier à des points d’eau aménagés et seulement 27 % avait accès à un dispositif d’assainissement amélioré. Les bornes-fontaines sont un moyen vital d’approvisionnement en eau pour les ménages démunis des pays en voie de développement. En effet, pour de nombreuses familles pauvres, le point de contact avec le réseau collectif de distribution n’est pas un robinet domestique privé, mais une borne-fontaine. À Nouakchott, en Mauritanie, quelque 30 % des familles déclarent puiser leur eau à des bornes-fontaines, tandis que ce pourcentage atteint 49 % à Bamako, au Mali. À Dakar, au Sénégal, les bornes-fontaines alimentent la moitié de la population privée d’eau courante à domicile. Enfin, la tâche du ravitaillement en eau participe aux inégalités entre hommes et femmes. Dans les régions rurales du Bénin, les filles âgées de 6 à 14 ans consacrent en moyenne 1 heure par jour au ravitaillement en eau, contre 25 minutes pour leurs frères. Au Malawi, il existe de grandes variations liées aux facteurs saisonniers en ce qui concerne le temps affecté au ravitaillement en eau, mais les femmes consacrent invariablement quatre à cinq fois plus de temps que les hommes à cette tâche.
La crise de l’eau et de l’assainissement affecte avant tout les pauvres.
Parmi ceux qui sont privés d’accès à l’eau, plus de 660 millions d’individus vivent avec 2 dollars par jour ou moins, et plus de 385 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue d’1 dollar par jour. Ces chiffres suggèrent fortement une relation réciproque entre la pauvreté en termes de revenus et le manque d’accès à l’eau. Reste à savoir si ces individus manquent d’eau et d’assainissement parce qu’ils sont pauvres, ou s’ils sont pauvres parce qu’ils manquent d’eau et d’assainissement. Plus on est pauvre, plus cher on paie l’eau salubre, ajoute le Rapport mondial sur le développement humain de 2006. En effet, il existe de grandes disparités dans les prix payés pour l’eau. Les ménages des bidonvilles urbains, comme par exemple à Nairobi, paient généralement le litre d’eau 5 à 10 fois plus cher que les personnes riches de la même ville. Pourquoi cela? Les riches s’approvisionnent généralement en eau auprès d’une seule source alors que les pauvres doivent compter sur un éventail déconcertant de prestataires de services, tels que bornes-fontaines publiques, revendeurs, camions citernes et autres transporteurs d’eau. Certains revendeurs d’eau s’approvisionnent auprès d’une source municipale pour revendre ensuite l’eau à prix fort aux habitants des bidonvilles n’ayant pas l’eau courante. Une des disparités les plus profondes en matière d’eau et d’assainissement s’observe entre les zones urbaines et les zones rurales, en partie parce que les revenus ont tendance à être moins élevés en zone rurale, mais également parce que la prestation de services auprès de populations rurales dispersées est plus difficile et souvent plus onéreuse par habitant que lorsqu’il s’agit de populations urbaines, explique le Rapport mondial sur le développement humain de 2006.

Pour terminer, je reproduis ci-dessous une interview de Nadège, parue hier dans Les Dépêches de Brazzaville:
Nadège Batou, la plus jeune réalisatrice congolaise, participe au Fespaco 2009

La 21e édition du Festival panafricain du cinéma (Fespaco) se tiendra du 28 février au 7 mars prochain à Ouagadougou au Burkina Faso, sur le thème « Tourisme et patrimoines culturels ». Ce festival, qui est un espace dédié au public cinéphile africain, a été créé il y a quarante ans pour faciliter les rencontres. Au moins six Congolais participeront au Fespaco, dont Nadège Batou, la plus jeune réalisatrice du pays, auteure du film documentaire Ku Nkelo à la recherche de l’eau. A quelques jours du lancement de cet événement, Nadège Batou a accordé un entretien aux Dépêches de Brazzaville.
Les Dépêches de Brazzaville. Pouvez-vous nous confirmer votre participation au Fespaco ?
Nadège Batou. Oui, je vais participer au Fespaco, le plus grand festival du cinéma africain qui a lieu à Ouagadougou au Burkina Faso. J’y vais pour y présenter à cette occasion mon deuxième film Ku Nkelo à la recherche de l’eau, et donc pour représenter mon pays.
D.B. Comment avez-vous été sélectionnée au Fespaco ?
N.B. J’ai inscrit mon film au Mica, le marché international du cinéma africain. C’est une structure qui offre des possibilités de rencontres entre acheteurs et distributeurs professionnels du monde entier, avec lesquels on peut discuter sur d’éventuels projets. Tel est mon cas, parce que j’ai deux autres projets en cours de réalisation… J’ai donc été au Mica dans le but de trouver éventuellement des distributeurs et pourquoi pas nouer des contrats avec certaines chaînes de télévision étrangères pour la diffusion de mes œuvres cinématographiques au plan international.
D.B. Combien de Congolais participent cette année au festival ?
N.B. J’ai été moi-même agréablement surprise de voir que notre cinéma est de plus en plus présent aujourd’hui lors de telles manifestations internationales. J’ai su par Internet que deux de nos compatriotes vivant à l’étranger ont été retenus, dont Rufin Mbou Mikima qui réside en Roumanie. Il est retenu en sélection off. Nous avons trois films en sélection officielle mis en compétition. J’espère qu’à travers ces trois films, le Congo aura un prix. Je suis la seule de nous trois à partir du Congo.
D.B. Vous avez co-réalisé votre premier film Ndako ya ba ndeko avec Alain Nkodia ?
N.B. Oui et ce film est aujourd’hui distribué aux USA. On se bat d’ailleurs pour trouver une autre distribution sous-régionale ou même nationale. Lors de la réalisation de ce film, étant novice en la matière, j’ai dû faire appel à Alain Nkodia en sa qualité de professionnel. Cela a été finalement un succès, Dieu merci ! Grâce à ma petite expérience à ses côtés et la formation que j’ai suivie à Africadoc, j’ai pu réaliser Ku Nkelo à la recherche de l’eau.
D.B. Que représente pour vous Ku Nkelo à la recherche de l’eau ?
N.B. C’est en réalité un film engagé qui traite de la question de la pénurie d’eau dans la ville de Brazzaville. Je me suis baladée avec ma caméra dans les quartiers de Brazzaville pour me rendre compte à l’évidence de cette denrée nécessaire qui se fait de plus en plus rare dans notre ville capitale, à la grande désolation des populations. J’ai voulu filmer ce coup de gueule de la population qui contribue au paiement des quittances d’eau sans en avoir consommé pendant une période. Mais il n’y a pas de commentaire dans ce film.
D.B. Ce documentaire d’une vingtaine de minutes est-il diffusé sur les chaînes de télévision locales ?
N.B. Malheureusement non, ce film est interdit de diffusion sur les chaînes de télévision bien qu’il soit autorisé de projection. Je n’ai fait qu’interpréter avec ma caméra la réalité sur le manque d’eau. Je me dis que les choses essentielles devraient être données pour les populations. On peut citer l’eau ou l’électricité. C’est un problème qui ne concerne pas que les riches ou les pauvres, le nord ou le sud. C’est tout le monde qui est concerné. Même chez nos autorités, le constat est le même, il n’y a pas d’eau.
D.B. Pouvez-vous nous parler de certains de vos projets ?
N.B. J’ai actuellement deux projets dont un qui est intitulé La guerre de succession. C’est l’un de mes projets issu de ma formation à Africadoc à Brazzaville en 2008. Je vais proposer ce film au Fespaco dans l’optique d’avoir le financement, car au Congo le cinéma et même la culture ne sont pas soutenus. Je vais aussi essayer de vendre mon deuxième film ailleurs. Si ça marche, je pourrai revenir terminer la réalisation de ce film documentaire qui parle des conflits d’héritage dans nos familles africaines.
Propos recueillis par Jean Dany Ebouélé
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- Publié :
- 22 février 2009 / 23:12
- Catégorie :
- Afrique, Développement durable, Eau, Géographie
- Mots-clefs :
- Afrique, Brazzaville, Congo-Brazzaville, Eau, FESPACO, Géographie, Ku Nkélo, Nadège Batou


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