La journée mondiale de l’eau 2009

C’est aujourd’hui la Journée mondiale de l’eau. À cette occasion, le 5ème Forum mondial de l’eau vient de s’achever sur une déclaration affirmant notamment la nécessité d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement à travers le monde. Le Forum mondial de l’eau, organisé par le Conseil mondial de l’eau, a rassemblé plus de 30000 personnes pendant une semaine à Istanbul pour étudier les moyens de prévenir une crise de l’eau qui, selon l’Onu, affectera près de la moitié de la population mondiale d’ici 2030. Une problématique qui visiblement n’a pas ému la police turque chargée de la sécurité, puisqu’elle a utilisé des canons à eau pour disperser les manifestants lors de l’ouverture du Forum!

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L’eau: un besoin ou un droit?

La déclaration énumère un certain nombre d’engagements: nécessité de faire des économies d’eau, en particulier dans le domaine agricole, de lutter contre la pollution, des cours d’eau comme des nappes phréatiques. Il affirme en outre la nécessité de collecter et de traiter les eaux usées, au-delà de l’indispensable accès aux toilettes.

Environ 1 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards n’ont pas accès à un système sanitaire décent.

La notion de “droit à l’accès à l’eau” ne figure pas dans ce texte. Elle était pourtant réclamée par de nombreuses ONG et plusieurs pays, tels que la France ou l’Espagne, et le débat a été vif. La déclaration stipule finalement que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un “besoin humain fondamental”, et non pas un “droit”.

“La différence est fondamentale”, a expliqué Anil NAIDOO, de l’ONG Blue Planet Project à l’AFP. “Légalement, un besoin humain n’a aucune valeur. C’est enfoncer des portes ouvertes,” ajoute-t-il, soulignant qu’au moins 30 pays ont aujourd’hui intégré la notion de droit à l’accès à l’eau dans leur constitution.

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La gestion transfrontalière de l’eau

Par ailleurs, la déclaration du Forum mondial de l’eau ne mentionne à aucun moment la Convention des Nations Unies sur les cours d’eau internationaux. Adoptée en 1997, cette convention n’est toujours pas entrée en vigueur car trop peu d’États l’ont ratifiée. Or, cette année, la Journée mondiale de l’eau mettait à l’honneur le thème de la coopération transfrontalière en matière de gestion de l’eau.

En effet, 90 % de la population mondiale vit dans des pays qui partagent leurs ressources en eau avec d’autres pays. Les rivières, lacs et aquifères ne se soucient pas des frontières politiques, si bien que 145 pays se partagent des bassins hydrographiques dits « transfrontaliers » — captages ou bassins versants, y compris lacs et eaux souterraines peu profondes, utilisés en commun avec les pays voisins. Et ce nombre va croissant, notamment en raison du morcellement de l’ancienne Union soviétique et de l’ex-Yougoslavie. En 1978, on comptait 214 bassins internationaux, contre 263 aujourd’hui.

L’eau partagée a toujours été cause de certaines rivalités. D’ailleurs,, le terme « rival » ne vient-il pas du latin « rivalis », qui signifie « qui tire son eau du même cours d’eau »? Les difficultés surviennent lorsque l’eau — issue des rivières, lacs, aquifères ou zones humides — n’est pas gérée de manière appropriée. Alors que la plupart des pays disposent, à l’intérieur de leurs frontières, de règles et réglementations institutionnelles pour la distribution de l’eau et la résolution des conflits, les mécanismes transfrontaliers demeurent bien plus faibles et la combinaison entre stress hydrique et apathie des institutions peut engendrer de réels risques de conflit.

Pour des pays tels que le Bangladesh, qui dépend à 91 % de l’eau de l’Inde pour irriguer ses cultures et alimenter ses aquifères, les atouts de la coopération transfrontalière sur la question de l’eau sont évidents. D’autres ont reconnu bien trop tard la nécessité de coopérer dans ce domaine. Tel est le cas des pays de la mer d’Aral, en Asie centrale.

Figurant au nombre des catastrophes écologiques les plus flagrantes dans le monde, la mer d’Aral témoigne du coût de la non-coopération en matière de gestion de l’eau transfrontalière. Depuis un demi-siècle, le détournement de l’eau au profit de la culture du coton au moyen d’un système d’irrigation inefficace a asphyxié la mer d’Aral, qui était alors, par la taille, le quatrième lac du monde. Dans les années 1990, elle recevait moins d’un dixième du flux qui l’atteignait précédemment — voire parfois rien.

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L’exemple du Moyen-Orient

La pénurie d’eau constitue un problème sérieux dans tout le Moyen-Orient. et cela peut compliquer la gestion transfrontalière de l’eau. L’Iran et l’Iraq sont les seuls pays de la région qui se situent au-dessus du seuil de stress hydrique, souligne le Rapport mondial sur le développement humain publié par le PNUD en 2006, et 90 % de la population du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord vivra dans des pays affectés par une pénurie d’eau d’ici 2025.

Un article paru le 16 mars dernier dans Le Figaro nous expliquait que le contrôle des eaux du Tigre et de l’Euphrate, vitales pour l’agriculture et la population de l’Irak, de la Turquie et de la Syrie, donnait lieu à des tensions récurrentes entre ces trois pays:

Quand les Français et les Britanniques démembrent secrètement l’Empire ottoman, au cours des accords de Sykes-Picot, en 1916, la question du partage des eaux du Tigre et de l’Euphrate est déjà posée. Près d’un siècle plus tard, elle n’est toujours pas réglée.

Prenant leur source dans les montagnes turques, les deux grands fleuves du Moyen-Orient traversent ensuite la Syrie et l’Irak. Le contrôle de ces eaux, vitales pour l’agriculture et la population des trois pays, donne lieu à des tensions récurrentes.

Dans les années 1970, Bagdad et Damas ont même failli entrer en guerre à cause de la construction de barrages en Syrie. En 1976, la Turquie a lancé un vaste projet de développement de la région du sud-est, qui repose sur la réalisation de vingt-deux barrages. Onze ouvrages sont déjà en activité. Si l’ensemble est achevé, plusieurs études montrent que le débit des deux fleuves pourrait décroître de 17 à 34 % à la sortie du territoire turc.

Les conséquences sur la qualité des eaux sont déjà visibles : l’usage des engrais et le développement de l’irrigation ont fortement augmenté la pollution et la salinité. Les écosystèmes sont bouleversés.

«Ils n’ont aucun droit sur nos resssources en eau»

«Le château d’eau du Moyen-Orient» a longtemps fait fi des plaintes de ses voisins syrien et irakien. «Nous ne réclamons pas de partager leurs ressources en pétrole, ils n’ont aucun droit sur nos ressources en eau», avait tranché en 1992 Suleyman Demirel, premier ministre turc à l’époque. Lors du remplissage du grand barrage Atatürk en 1990, Ankara avait même interrompu le débit de l’Euphrate pendant un mois.

Mais, ces dernières années, les rapports entre les pays riverains se sont améliorés. La Turquie cherche à devenir un acteur régional incontournable et redéploie sa diplomatie vers le Moyen-Orient. Des discussions sur la répartition des eaux sont donc engagées entre les gouvernements. À défaut de régler tous leurs contentieux, les trois parties devraient montrer leur bonne volonté en signant un accord lors du Forum de l’eau.

Ce phénomène atteint son paroxysme dans les Territoires palestiniens occupés. La population palestinienne est deux fois moins nombreuse que celle d’Israël, mais le volume d’eau qu’elle consomme s’élève à seulement 10 à 15 % de l’eau utilisée par les Israéliens. En Cisjordanie, les colons israéliens utilisent quasiment neuf fois plus d’eau par personne que les Palestiniens. De fait, les Palestiniens sont confrontés à l’un des niveaux de pénurie d’eau les plus élevés au monde.

Tant les facteurs de disponibilité physique que les facteurs politiques contribuent au problème. Les pénuries d’eau réduisent les capacités des agriculteurs à produire des aliments et à gagner leur vie, tandis que les lois actuelles sur l’utilisation de l’eau imposent un accès inégal — et ressenti comme profondément injuste — aux aquifères partagés.

Mais il ne doit pas nécessairement en être ainsi. Une meilleure coopération pourrait résoudre ce problème, comme en attestent d’autres exemples régionaux. En 1994, par exemple, Israël et la Jordanie ont signé un accord qui autorise la Jordanie à stocker les ruissellements hivernaux dans le lac Tibériade, situé en Israël. L’accord autorise également Israël à louer à la Jordanie un certain nombre de puits lui permettant de tirer de l’eau pour ses terres agricoles.

Non prévue par l’accord, la pire des sécheresses jamais enregistrées se déclara en 1999 et entraîna des tensions tandis que les livraisons d’eau à la Jordanie baissaient. Pourtant, l’accord en tant que tel est resté inchangé — témoin de l’engagement des deux parties à coopérer sur la question de l’eau.

Tout comme l’accord israélo-jordanien sur l’eau a fait partie intégrante de l’accord de paix conclu entre les deux pays en 1994, un règlement politique définitif des différends entre Israël et les Territoires palestiniens occupés devrait intégrer un pacte sur leurs ressources en eau partagées, affirment les auteurs du Rapport mondial sur le développement humain.

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L’eau en Palestine

Source de la vidéo ci-dessus: Service audiovisuel de la Commission européenne.
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À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau qui est consacrée cette année à la coopération transfrontalière en matière de gestion de l’eau, un article de Marc HENRY, paru dans Le Figaro le 16 mars dernier, abordait la question des eaux du Jourdain que les gouvernements d’Israël et de Cisjordanie sont censés se répartir:

Israël-Cisjordanie : le partage de l’eau pèse sur la paix

Garder à tout prix le contrôle de l’eau : pour Benyamin Nétanyahou, le prochain premier ministre israélien, il s’agit d’un impératif vital qui justifie son hostilité à la création d’un État palestinien. Les principales nappes phréatiques utilisées pour les deux populations se moquent en effet des frontières. Elles s’étendent sous la Cisjordanie et le territoire israélien. Résultat : leur partage relève avant tout du rapport de forces et d’un enjeu stratégique dans une région condamnée au régime sec par une série d’hivers très peu pluvieux.

Sur le papier, Israël et l’Autorité palestinienne se sont engagés à une répartition de l’eau du Jourdain et des nappes souterraines. Mais la pénurie est telle que les Palestiniens sont réduits à la portion congrue. Selon un rapport de l’ONU, la consommation moyenne pour les Palestiniens de Cisjordanie est de 66 litres par habitant, un tiers de moins que le minimum vital. Du côté israélien, la moyenne atteint 235 litres. Plus de 200 000 Palestiniens de 220 localités et villages de Cisjordanie ne sont pas reliés à un réseau de distribution d’eau, si bien que nombre d’entre eux sont obligés d’acheter de l’eau chaque été au marché noir, où les prix sont de trois à six fois plus élevés que les tarifs payés par les Israéliens.

En guise de réponse, les responsables israéliens expliquent que l’État hébreu fournit aux Palestiniens des quotas d’eau bien supérieurs à ceux prévus par les accords conclus en 1995. Ils soulignent aussi que personne n’est épargné par la sécheresse. Un exemple : le pompage dans le lac de Tibériade, la principale réserve en eau douce d’Israël, va devoir être interrompu cet été à cause de la baisse sans précédent du niveau de l’eau.

Pour pallier le manque de pluie, l’État hébreu va également investir quelque 300 millions de dollars dans trois nouvelles unités de dessalement de l’eau de mer, qui s’ajouteront aux deux déjà existantes. Selon les experts israéliens, cette technique pourrait constituer la solution de l’avenir. Elle présente toutefois le double inconvénient de faire grimper les factures d’eau pour les particuliers et d’être grosse consommatrice d’énergie.

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Les problèmes de gouvernance de l’eau ne s’expriment nulle part aussi nettement que dans les Territoires palestiniens occupés. Les Palestiniens sont confrontés à l’un des niveaux de pénurie d’eau les plus élevés au monde. Comme le rappelait le Rapport mondial sur le développement humain publié par le PNUD en 2006, la disponibilité physique et la gouvernance politique de l’eau partagée sont deux aspects contribuant à la pénurie d’eau en Palestine.

Les droits sur l’eau dans les territoires palestiniens occupés.

pnud2006-eau-palestine11La population des Territoires palestiniens occupés dispose d’un accès à 320 mètres cubes d’eau par personne et par an, soit l’un des niveaux les plus bas au monde, nettement en deçà du seuil de pénurie absolue. Le problème réside notamment dans l’inégalité de la distribution de l’eau des aquifères partagés avec Israël, qui reflète des rapports de force inégaux en termes de gestion de l’eau. Compte tenu de l’accroissement rapide de la population, la diminution de la disponibilité en eau constitue une contrainte de plus en plus sévère pour l’agriculture et la consommation humaine.
L’inégalité du partage se reflète par des écarts très importants dans l’utilisation qu’Israéliens et Palestiniens font de l’eau. La population israélienne ne représente pas tout à fait le double de la population palestinienne, mais sa consommation totale d’eau est sept fois et demie supérieure (schéma 1). En Cisjordanie, les colons israéliens utilisent bien plus d’eau par habitant que les Palestiniens, et plus que les Israéliens d’Israël (schéma 2) : quasiment neuf fois plus d’eau par personne que les Palestiniens. À tous égards, ces écarts sont considérables.
Quelles sont les raisons de ces inégalités ? Les Palestiniens n’ont pas de droits établis sur les eaux du Jourdain – principale source d’eau de surface. Ce qui signifie que la quasi-totalité des besoins en eau des Territoires palestiniens occupés est couverte par les aquifères d’eau souterraine. Les règles régissant les prélèvements dans ces aquifères ont une incidence majeure sur l’accès à l’eau.
La gestion de l’aquifère occidental et de l’aquifère côtier reflète le problème. Faisant partie du bassin du Jourdain, l’aquifère occidental est la seule source d’eau renouvelable la plus importante des Territoires palestiniens occupés. Près des trois quarts de l’aquifère sont réalimentés par la Cisjordanie et s’écoulent de Cisjordanie vers la côte d’Israël. La majeure partie de cette eau n’est pas utilisée par les Palestiniens. Pour quelle raison ? Les représentants israéliens à la Commission mixte de l’eau réglementent rigoureusement la quantité et la profondeur des puits exploités par les Palestiniens. Des règles plus souples s’appliquent aux colons israéliens, ce qui leur permet de creuser des puits plus profonds. Bien qu’ils ne possèdent que 13 % des puits de Cisjordanie, les colons sont pourtant à l’origine de 53 % des prélèvements d’eau souterraine. L’eau inutilisée dans les Territoires palestiniens occupés s’écoule finalement en dessous du territoire israélien avant d’être puisée du côté israélien (cf. carte).
Des problèmes semblables se posent avec les eaux du bassin côtier. Celles-ci ont du mal à atteindre la Bande de Gaza en raison des importants prélèvements effectués du côté israélien. La conséquence : les taux de prélèvement des aquifères peu profonds de la Bande de Gaza sont nettement supérieurs aux taux de réalimentation, entraînant une salinisation accrue des ressources en eau.
L’accès restreint à l’eau est un frein au développement de l’agriculture palestinienne. Bien que ce secteur constitue une part décroissante de l’économie palestinienne – estimée à environ 15 % en termes de revenus et d’emplois en 2002 – il est néanmoins capital à la subsistance de certaines des populations les plus pauvres. Pour le moment, l’irrigation est sous-développée, moins d’un tiers des terres potentiellement exploitables étant couvertes en raison du manque d’eau.
Le sous-développement des ressources en eau signifie que de nombreux Palestiniens sont dépendants des livraisons d’eau par des sociétés israéliennes. C’est pour eux une source de vulnérabilité et d’incertitude car les livraisons sont fréquemment interrompues en période de tension.
La construction du Mur de séparation, sujet à controverse, menace d’exacerber l’insécurité de l’approvisionnement en eau. La construction du mur a causé la perte de certains des puits palestiniens ainsi que la séparation des agriculteurs d’avec leurs champs, notamment dans les zones non irriguées très productives entourant les gouvernorats de Bethléem, Jénine, Naplouse, Qalqilya, Ramalla et, Tulkarem.

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Les conditions dans les Territoires palestiniens occupés forment un contraste avec les dispositions davantage axées sur la coopération conclues ailleurs. Depuis l’accord de paix de 1994, Israël et la Jordanie ont coopéré dans le cadre de la construction d’installations de stockage de l’eau du lac Tibériade, ce qui a permis l’amélioration de la distribution d’eau aux agriculteurs jordaniens. La structure institutionnelle a également contribué à arbitrer des litiges découlant des variations saisonnières et annuelles du débit, même si cet aspect n’était pas, à l’origine, couvert par l’accord. Ailleurs, le Centre de recherche sur le dessalement pour le Moyen-Orient basé à Muscat, en Oman, assure avec succès depuis plus de dix ans la promotion d’une recherche multilatérale sur des techniques de dessalement efficaces. Des représentants de la Commission européenne, d’Israël, du Japon, de Jordanie, de la République de Corée, des Pays-Bas, de l’Autorité palestinienne et des États-Unis siègent à son conseil.
Plus encore peut-être que dans n’importe quel autre cadre, la sécurité de l’approvisionnement en eau dans le contexte des relations entre les Territoires palestiniens occupés et Israël est associée à des problèmes de plus grande envergure relevant du conflit et de la perception de la sécurité nationale. Pourtant, l’eau est aussi un symbole puissant du vaste réseau d’interdépendance hydrologique associant tous les intervenants. La gestion de cette interdépendance en faveur de l’équité permettrait de faire un grand pas dans le sens de la sécurité humaine.
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Sources : Elmusa 1996 ; Feitelson 2002 ; Jägerskog et Phillips 2006 ; MEDRC 2005 ; Nicol, Ariyabandu et Mtisi 2006 ; Phillips et al. 2004 ; Rinat 2005 ; SUSMAQ 2004 ; SIWI, Tropp et Jägerskog 2006 ; Weinthal et al. 2005.

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Deux vidéos qui traitent du problème de l’eau dans les Territoires occupés de Palestine (en anglais):

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Une vidéo du PNUD (2006):

Over 200 communities in the Palestinian territories lack access to water, while Israeli settlers in the West Bank have full access to clean running water. The inequality in the water situation in the Palestinian territories is exasperated by the fact that Israel will not allow the Palestinian to develop water sources.

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Une vidéo diffusée sur Al-Jazeera en août 2008:

La bande de Gaza: Closed Zone

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Clozed Zone” est une film d’animation réalisé par l’association israélienne Gisha, qui milite pour la liberté de circulation des Palestiniens de Gaza:

Gisha’s position is that the closure is illegal because it punishes civilians in the Gaza Strip for acts they did not commit and for political circumstances beyond their control. The closure inflicts harm to the civilian population and civilian institutions by blocking the passage of goods necessary for health, well-being, and economic life. The closure infringes on the right to freedom of movement and thereby violates other rights for which freedom of movement is a precondition, such as the right to health, to education, to family life, and to access economic opportunities.

Pour l’ONG Gisha, le bouclage est illégal parce qu’il punit les civils de la bande de Gaza pour des actes qu’ils n’ont pas commis et pour des circonstances politiques indépendantes de leur volonté. Mais comment en est-on arrivé à cette situation?

La bande_de_Gaza est une étroite bande de terre (362 km2) située en bordure de la mer Méditerranée contre la frontière égyptienne. Avec 1400000 habitants, ce territoire est l’un des plus densément peuplés du monde. Selon des chiffres officiels palestiniens, plus de la moitié des habitants de la bande de Gaza vivent sous le seuil de la pauvreté et au moins 45% de la population active est au chômage. Le bouclage imposé par l’armée israélienne depuis le début de l’Intifada en septembre 2000 et les restrictions aux déplacements à l’intérieur de l’enclave ont augmenté le chômage et dégradé la situation économique.

La bande de Gaza fut sous la domination de l’empire Ottoman de 1517 jusqu’à 1917, quand les Britanniques chassèrent l’armée turque. La Palestine passa alors sous mandat britannique jusqu’à la création d’Israël, en 1948. Après la première guerre israélo-arabe de 1948-49, la bande de Gaza fut occupée et administrée par l’Égypte. Les Arabes de Palestine furent nombreux à venir y trouver refuge si bien que la population du territoire s’élevait à 254000 habitants en 1950.

En 1956, pendant la campagne de Suez, Israël, qui soutient l’intervention franco-britannique contre l’Égypte, prend le contrôle de la bande de Gaza. L’intervention des États-Unis et de l’Union Soviétique conduisit au retrait d’Israël et au retour de l’administration égyptienne sur Gaza jusqu’en 1967. En effet, lors de la guerre des Six Jours, Israël occupe la bande de Gaza et les premières colonies israéliennes sont installées dans les années qui suivent. En 1987, la première Intifada, révolte palestinienne contre l’occupation israélienne, débute dans le camp de réfugié de Jabalya, le plus peuplé de la bande de Gaza. Suite à la signature des accords d’Oslo, en mai 1994, 60 % du territoire passent sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Israël maintient une présence militaire dans la zone restante où se situent les colonies. La seconde Intifada éclate en octobre 2000: des groupes armés palestiniens attaquent soldats et colons israéliens et tirent au mortier et à la roquette sur les villes du sud d’Israël. En septembre 2005, Israël se retire de Gaza et les 8000 habitants des 21 colonies sont évacués par l’armée israélienne.

En janvier 2006, le mouvement islamiste palestinien Hamas remporte les élections législatives palestiniennes. Il remporte 15 des 26 sièges à pourvoir dans la bande de Gaza. Le Fatah, principale composante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l’Autorité palestinienne, installée à Ramallah, en Cisjordanie, perdent de leur influence et, en 2007, après des mois de luttes fratricides, le Hamas prend par la force le contrôle total de la bande de Gaza. Les observateurs et policiers européens qui supervisaient le passage des biens et des personnes entre Gaza et l’Égypte se retirent.  Le 19 septembre 2007, la bande de Gaza a été déclaré « entité hostile » par Israël. Les tirs réguliers de roquettes sur Israël et les représailles de Tsahal ont accru les tensions, ce qui a conduit Israël à lancer cet hiver une opération militaire.

Les peuples de Sibérie menacés par l’exploitation des hydrocarbures

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À quelques semaines d’intervalles, deux articles parus dans la presse, en Espagne et en France, nous alertent sur le conséquences de l’exploitation des gisements de pétrole et de gaz pour les peuples autochtones de Sibérie, en particulier les Nenets ou les Nivkhs.

pipelines_europeCes dernières semaines, on a beaucoup parlé du gaz russe. Début janvier, la compagnie russe Gazprom avait interrompu ses livraisons de gaz à l’Ukraine. Cette crise, comme l’explique un article paru le 9 janvier dans Le Monde Diplomatique révèle une double dépendance: “la dépendance européenne vis-à-vis de la Russie est réciproque : si environ 40 % des importations européennes proviennent de Russie (soit un peu plus du quart du gaz effectivement consommé), plus de 80 % des exportations gazières russes aboutissent en Europe.” Comme on le voit sur la carte ci-contre, parue sur le site de la BBC, le gaz russe vient de Sibérie, essentiellement du district de Yamalo-Nenetsie, le territoire où vivent les Nenets. Un article paru le 1er février dans XL Semanal, le supplément du Diario Vasco, met en avant les conséquences de la production de gaz pour le peuple nenet:

SIBERIA: EL PUEBLO NENET ACORRALADO

El éxodo de los hombres de hielo

De los aproximadamente 35.000 nenets que existen en la actualidad, tan sólo 10.000 continúan trashumando con sus rebaños de renos. Aun así mueven la mayor manada de renos domésticos del mundo.

Caminan 1.000 kilómetros al año en busca de las tundras donde comen sus renos. Ahora, su austera vida está en riesgo. Bajo sus pies: la mayor reserva de gas del mundo, de la que procede el 92 por ciento de lo que Rusia extrae. La industria ha colonizado la región, y a los renos ya les cuesta alimentarse. A los nenets, también.

Al salir de la tienda notó que el viento era más cálido y hacía subir la temperatura hasta unos agradables 25 grados bajo cero. Andréi Okateto, jefe de su grupo nómada, sonrió: la primavera asomaba. Era hora de retomar el viaje permanente de su pueblo, una ruta de 1.000 kilómetros anuales, andando en pos del alimento de sus renos. La idea no lo inquietó: eran nenets, y en su sangre corría una necesidad ancestral de vagar por los más fríos territorios del Ártico.

Los nenets –en su propia lengua, `los hombres´– pueblan las heladas tundras del nordeste europeo y noroeste de Siberia, desde la península de Kanin hasta el delta del Yenisey. Siempre fueron un pueblo ligado a la vida de otra especie capaz, como ellos, de vencer los rigores de una región con temperaturas de hasta 50 grados bajo cero: los renos. En sus orígenes, los nenets eran cazadores y, como los lobos del Ártico, seguían a los renos para cazarlos. Pero hace unos dos milenios comenzaron a capturarlos sin matarlos y aprendieron a criarlos en un proceso que culminó hace 400 años con un pastoreo masivo. Desde entonces se han convertido en los mayores criadores de renos del mundo y su vida nómada gira en torno a las necesidades de éstos: durante la estación fría se refugian en las taigas del sur y, al mejorar el tiempo, suben hacia el norte y traspasan el Círculo Polar Ártico en busca de los líquenes de la tundra, el alimento preferido de los renos.

Los rigores de su mundo han aislado a los nenets permitiendo a su vez que su cultura ancestral perdurase. Pero no les ha resultado fácil. En tiempos de la Unión Soviética se emprendieron distintas campañas para aculturarlos. En 1929 empezaron a crearse granjas colectivas y, desde 1957, los nenets niños eran custodiados por el Estado, lejos de sus familias, hasta que completaban su educación en un intento de erradicar la impronta cultural de los nómadas. Todo fue inútil. Aunque se los llegó a cazar desde avionetas como a alimañas, aunque los separaron de sus hijos y se cercaron sus rebaños, este pueblo permaneció fiel a su cultura.

Una nueva amenaza hace que las vicisitudes de ayer parezcan hoy contratiempos. El territorio nenet flota sobre la mayor reserva de gas del mundo. El gas, el petróleo y la minería de la región han atraído desde los 70 del siglo pasado a un creciente número de trabajadores rusos que han colonizado la tierra y han creado nuevas reglas, mercados y amenazas. El 92 por ciento del gas y el 14 del petróleo que Rusia extrae proceden de aquí: es previsible que habrá más trabajadores. La industria perfora el suelo, acota los pastos, contamina el suelo y agota los recursos que los 300.000 renos y los 10.000 nómadas de la península de Yamal necesitan. El contacto con el mundo desarrollado que llega con la industria del gas y el petróleo pone en peligro la supervivencia de esta cultura milenaria. Y el aumento de las poblaciones de nenets y sus renos amenaza la supervivencia de su forma tradicional de vida. Para ellos no es, sin embargo, un problema muy preocupante. Consultados al respecto, un brillo de arrogancia asoma en sus miradas. Son nenets. Saben que su principal seña de identidad es una increíble capacidad de adaptación a los cambios y las penalidades de su entorno.

Fernando González Sitges

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Les Nenets, ou Nenecs, sont aujourd’hui environ 35000, ce qui fait d’eux le principal groupe ethnique des Samoyèdes. Ils connaissent actuellement un fort accroissement démographique et sont répartis dans le nord de la Sibérie, principalement dans les districts autonomes de Nenetsie, de Yamalo-Nenetsie et de Taïmyr, où ils sont cependant minoritaires par rapport aux Russes. On distingue les Nenets de la toundra, majoritaires, encore semi-nomades, et les Nenets de la forêt. Chaque groupe parle une langue différente, qui appartient à la branche Samoyède des langues Ouraliennes.

Leurs activités sont bien sûr conditionnées par les conditions climatiques: élevage de rennes, plus intensif sur l’immense territoire de toundras qui s’étend de la mer Blanche jusqu’à l’est du Ienisseï, mais aussi chasse et pêche. Les Nenets qui continuent à nomadiser vivent dans des tchoum, des tentes coniques couvertes de peaux de rennes, au centre desquelles se trouve un poteau considéré comme un axe sacré: la société nenet a en effet conservé partiellement ses croyances chamaniques.

Les Nenets qui sont sédentarisés vivent dans des bâtiments en dur, parfois construits par la compagnie Gazprom. Ils sont menacés d’acculturation: la législation russe, qui ne leur permet pas de vivre selon leurs traditions et qui ne leur reconnaît aucun droit en tant que peuple autochtone, n’est que la continuité de la politique soviétique qui, à partir de 1957, avait  arraché les enfants nenets à leurs parents pour les placer dans des pensionnats d’État jusqu’à la fin de leur scolarité. Le sous-sol du territoire traditionnel des Nenets est riche en gaz et en pétrole, si bien que les Nenets sont aujourd’hui menacés par l’exploitation intensive des hydrocarbures qui entraîne une destruction des zones de pâturage et des lieux de culte. On les expulse de leurs terres comme on les avait déjà expulsés de la Nouvelle-Zemble, lieu d’essais nucléaires.

En mai 2005, un article de Madeleine VATEL, paru dans L’Expansion, avait déjà évoqué cette menace qui pèse sur les Nenets:

Le gaz et l’héritage soviétique menacent les nomades nenets

L’hélicoptère aura tourné trois quarts d’heure : il n’est pas facile de trouver un troupeau de rennes, leurs éleveurs et leur camp dans cette immense étendue de neige parsemée de petits lacs. Non loin du cercle polaire, en pleine toundra et par moins 25 degrés, la transhumance touche pourtant à sa fin. Dans cette contrée qui s’étend à perte de vue, les nomades ne restent jamais plus de huit jours au même endroit, à la recherche de lichen pour nourrir le troupeau.

Peuple dont l’économie repose entièrement sur l’élevage des rennes, les Nenets sont aujourd’hui 35 000 en Russie, pour la plupart établis dans la région du Iamal. Ils ont gardé une existence nomade, ce qui a des conséquences dommageables pour leur santé. D’où le programme d’accès aux soins développé sur place par Médecins du monde, afin de traiter la tuberculose, l’hypertension et l’alcoolisme, dont beaucoup meurent encore.

Exploités par les « barons rouges »

Mais, avant tout, les Nenets souffrent de la persistance des anciennes structures communistes. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur le petit marché de Nadym, une ville encore fermée aux étrangers, à 5 000 kilomètres de Moscou. Macha, 22 ans, et son mari Alexis, 25 ans, sont venus vendre de la viande de renne. Une partie seulement, celle que veut bien leur autoriser le directeur du sovkhoze, c’est-à-dire 30 bêtes sur 1 500.

Car les Nenets, s’ils sont libres de poser leur tchoum (une sorte de tipi couvert de peaux de rennes) où bon leur semble, sont étroitement surveillés par cet ancien apparatchik qui récupère la viande et la revend dix fois plus cher. Il met un vétérinaire à leur disposition mais tient d’une main ferme les cordons de la bourse. « Le directeur, on le voit une fois par an. Et l’argent de nos troupeaux, on ne le touche pas toujours », se résigne Macha. Parfois, les Nenets échappent à l’emprise de ces vieux « barons rouges ». Et cela grâce à la complicité des… Chinois. En juillet, par exemple, ces derniers sont venus directement en hélicoptère chercher leur petit trésor : des bois de rennes réduits en poudre, merveilleux aphrodisiaque dont ils feront chez eux un commerce lucratif.

Mais jusqu’à quand les autorités russes ménageront-elles ces peuples nomades ? Les Nenets vivent en effet sur une des terres les plus convoitées de la planète. Le Iamal fournit 80 % du gaz russe, exploité par Gazprom, le n° 1 mondial du secteur. Et, malgré les oeuvres sociales et les logements en dur que l’entreprise se targue de leur fournir, il se pourrait qu’un jour les élèves nenets n’aient plus envie de chanter en choeur « Merci Gazprom »…

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Pour en savoir plus sur les Nenets, lire également The oil adventure and indigenous people in the Nenets Autonomous Okrug (Northwestern Russia), publié par le PNUD en 2003.

Consulter encore le site de l’Arctic Network for the Support of the Indigenous Peoples of the Russian Arctic (ANSIPRA).

Vous pouvez également visionner ci-dessous la vidéo Oil Threatens Nenets (Le pétrole menace les Nenets) que nous mettons à votre disposition.

Oil threatens Nenets

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On peut enfin conseiller la lecture de Anthropologie juridique en Russie : Paysages sacrés et lieux de culte dans la vision du monde traditionnelle des Nénets, de Galina P.  KHARIOUTCHI.

La photo d’en-tête est extraite du site Barents Photo. Vous pouvez trouver d’autres photos sur le site du National Geographic ainsi que de très belles photos sur la page du photojournaliste Kadir VAN LOHUIZEN (Archive>Russia North Siberia).

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Les Nenets ne sont pas les seuls autochtones à être menacés en Sibérie. En 2005,  Survival International nous avait informé qu’une centaine de Nivkh, Evenk, et Uilta, des peuples de Sibérie, avaient  bloqué des routes avec leurs rennes pendant trois jours afin de protester contre la construction de deux immenses pipelines de gaz et de pétrole sur leur terre.

Cela nous amène au second article, que le Nouvel Observateur a publié le 27 février à partir d’une dépêche de l’AFP. Cette fois, ce sont les Nivkhs, qui ont la malchance de vivre sur l’île de Sakhaline, où les réserves de pétrole sont énormes. Les forages off-shore ont entraîné une diminution des ressources halieutiques:

A Sakhaline, le pétrole chasse le poisson et menace le peuple des Nivkhs

AFP | 27.02.2009 | 00:28

“Chaque année il y a de moins en moins de poissons”, se lamente Piotr Popka, le jeune père de la seule famille vivant dans le hameau de Veni: l’arrivée des majors pétrolières sur l’île russe de Sakhaline menace le mode de vie ancestral des Nivkhs, un peuple indigène.

Il ne reste plus que 2.500 Nivkhs sur ce territoire riche en hydrocarbures dans l’Extrême orient russe, et ils ne sont plus que quelques dizaines à encore parler leur langue et ses divers dialectes.

“Les problèmes ont commencé avec le début des opérations de forage” pétrolier, raconte M. Popka à son retour en motoneige de la baie Nyïski où il est allé pêcher sur la glace de cette anse de la mer d’Okhotsk.

Les réserves de poissons, essentielles au maintien des traditions des Nivkhs, sont en “déclin” depuis la mise en service des projets offshore, renchérit Alexeï Limanzo, directeur de l’Union des peuples indigènes de Sakhaline, une organisation locale qui défend activement la culture nivkhe.

Habitué au climat rigoureux de Sakhaline, une vaste île au nord du Japon, ce peuple a survécu à l’ère soviétique, bien qu’il ait été contraint de créer des fermes collectives et d’apprendre le russe.

Mais désormais c’est le capitalisme qui change leurs vies. Des milliards de dollars ont été investis dans des projets pétroliers et gaziers depuis 1990 au large de l’île russe, sous la direction des groupes pétroliers Shell et Exxon, menaçant les pratiques et les ressources des groupes indigènes.

“Les activités d’aujourd’hui sont plus nocives pour l’environnement et les ressources biologiques, en dépit de ce qu’on nous raconte sur l’utilisation de technologies modernes”, souligne M. Limanzo.

Les Nivkhs affirment qu’ils ne peuvent plus pêcher et chasser autant qu’auparavant. En conséquence, les ingrédients pour leurs plats traditionnels comme le “mos”, concocté à partir de peau de poisson, de fruits des bois et de foie de phoque, se font rares.

“Notre plat national est devenu un mets que nous ne mangeons plus que deux ou trois fois par an”, confie Lioubov Sadgoun, une Nivkhe qui enseigne l’anglais à Nogliki, une ville au nord de l’île.

En 2006, le consortium Sakhalin Energy, qui réalise un important projet de forage près des terres des Nivkhs, s’était engagé à verser une aide de 1,5 million de dollars (1,17 million d’euros) au peuple indigène.

Le consortium — dont Shell détenait alors la majorité des parts désormais aux mains du géant russe Gazprom — avait accordé cette somme après une série de manifestations en 2005.

“Nous avons de la chance ici à Sakhaline d’avoir affaire à des multinationales qui doivent faire face à l’opinion publique occidentale et qui causeraient du tort à leur image si elles agissaient contre les peuples indigènes”, ajoute M. Limanzo, dont le syndicat avait mené les protestations.

Mais la forte baisse des réserves de poissons inquiète malgré tout Lidia Mouvtchik, une femme de 68 ans qui est l’une des rares à encore parler la langue nivkhe.

“Nous sommes habitués à vivre dans la taïga, à la périphérie de forêts, de rivières et de la mer”, dit-elle assise à côté du fourneau de sa maison. “C’est tout ce que nous voulons. S’il n’y avait plus de poissons, nous mourrions”, lâche-t-elle.