Les peuples de Sibérie menacés par l’exploitation des hydrocarbures

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À quelques semaines d’intervalles, deux articles parus dans la presse, en Espagne et en France, nous alertent sur le conséquences de l’exploitation des gisements de pétrole et de gaz pour les peuples autochtones de Sibérie, en particulier les Nenets ou les Nivkhs.

pipelines_europeCes dernières semaines, on a beaucoup parlé du gaz russe. Début janvier, la compagnie russe Gazprom avait interrompu ses livraisons de gaz à l’Ukraine. Cette crise, comme l’explique un article paru le 9 janvier dans Le Monde Diplomatique révèle une double dépendance: “la dépendance européenne vis-à-vis de la Russie est réciproque : si environ 40 % des importations européennes proviennent de Russie (soit un peu plus du quart du gaz effectivement consommé), plus de 80 % des exportations gazières russes aboutissent en Europe.” Comme on le voit sur la carte ci-contre, parue sur le site de la BBC, le gaz russe vient de Sibérie, essentiellement du district de Yamalo-Nenetsie, le territoire où vivent les Nenets. Un article paru le 1er février dans XL Semanal, le supplément du Diario Vasco, met en avant les conséquences de la production de gaz pour le peuple nenet:

SIBERIA: EL PUEBLO NENET ACORRALADO

El éxodo de los hombres de hielo

De los aproximadamente 35.000 nenets que existen en la actualidad, tan sólo 10.000 continúan trashumando con sus rebaños de renos. Aun así mueven la mayor manada de renos domésticos del mundo.

Caminan 1.000 kilómetros al año en busca de las tundras donde comen sus renos. Ahora, su austera vida está en riesgo. Bajo sus pies: la mayor reserva de gas del mundo, de la que procede el 92 por ciento de lo que Rusia extrae. La industria ha colonizado la región, y a los renos ya les cuesta alimentarse. A los nenets, también.

Al salir de la tienda notó que el viento era más cálido y hacía subir la temperatura hasta unos agradables 25 grados bajo cero. Andréi Okateto, jefe de su grupo nómada, sonrió: la primavera asomaba. Era hora de retomar el viaje permanente de su pueblo, una ruta de 1.000 kilómetros anuales, andando en pos del alimento de sus renos. La idea no lo inquietó: eran nenets, y en su sangre corría una necesidad ancestral de vagar por los más fríos territorios del Ártico.

Los nenets –en su propia lengua, `los hombres´– pueblan las heladas tundras del nordeste europeo y noroeste de Siberia, desde la península de Kanin hasta el delta del Yenisey. Siempre fueron un pueblo ligado a la vida de otra especie capaz, como ellos, de vencer los rigores de una región con temperaturas de hasta 50 grados bajo cero: los renos. En sus orígenes, los nenets eran cazadores y, como los lobos del Ártico, seguían a los renos para cazarlos. Pero hace unos dos milenios comenzaron a capturarlos sin matarlos y aprendieron a criarlos en un proceso que culminó hace 400 años con un pastoreo masivo. Desde entonces se han convertido en los mayores criadores de renos del mundo y su vida nómada gira en torno a las necesidades de éstos: durante la estación fría se refugian en las taigas del sur y, al mejorar el tiempo, suben hacia el norte y traspasan el Círculo Polar Ártico en busca de los líquenes de la tundra, el alimento preferido de los renos.

Los rigores de su mundo han aislado a los nenets permitiendo a su vez que su cultura ancestral perdurase. Pero no les ha resultado fácil. En tiempos de la Unión Soviética se emprendieron distintas campañas para aculturarlos. En 1929 empezaron a crearse granjas colectivas y, desde 1957, los nenets niños eran custodiados por el Estado, lejos de sus familias, hasta que completaban su educación en un intento de erradicar la impronta cultural de los nómadas. Todo fue inútil. Aunque se los llegó a cazar desde avionetas como a alimañas, aunque los separaron de sus hijos y se cercaron sus rebaños, este pueblo permaneció fiel a su cultura.

Una nueva amenaza hace que las vicisitudes de ayer parezcan hoy contratiempos. El territorio nenet flota sobre la mayor reserva de gas del mundo. El gas, el petróleo y la minería de la región han atraído desde los 70 del siglo pasado a un creciente número de trabajadores rusos que han colonizado la tierra y han creado nuevas reglas, mercados y amenazas. El 92 por ciento del gas y el 14 del petróleo que Rusia extrae proceden de aquí: es previsible que habrá más trabajadores. La industria perfora el suelo, acota los pastos, contamina el suelo y agota los recursos que los 300.000 renos y los 10.000 nómadas de la península de Yamal necesitan. El contacto con el mundo desarrollado que llega con la industria del gas y el petróleo pone en peligro la supervivencia de esta cultura milenaria. Y el aumento de las poblaciones de nenets y sus renos amenaza la supervivencia de su forma tradicional de vida. Para ellos no es, sin embargo, un problema muy preocupante. Consultados al respecto, un brillo de arrogancia asoma en sus miradas. Son nenets. Saben que su principal seña de identidad es una increíble capacidad de adaptación a los cambios y las penalidades de su entorno.

Fernando González Sitges

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Les Nenets, ou Nenecs, sont aujourd’hui environ 35000, ce qui fait d’eux le principal groupe ethnique des Samoyèdes. Ils connaissent actuellement un fort accroissement démographique et sont répartis dans le nord de la Sibérie, principalement dans les districts autonomes de Nenetsie, de Yamalo-Nenetsie et de Taïmyr, où ils sont cependant minoritaires par rapport aux Russes. On distingue les Nenets de la toundra, majoritaires, encore semi-nomades, et les Nenets de la forêt. Chaque groupe parle une langue différente, qui appartient à la branche Samoyède des langues Ouraliennes.

Leurs activités sont bien sûr conditionnées par les conditions climatiques: élevage de rennes, plus intensif sur l’immense territoire de toundras qui s’étend de la mer Blanche jusqu’à l’est du Ienisseï, mais aussi chasse et pêche. Les Nenets qui continuent à nomadiser vivent dans des tchoum, des tentes coniques couvertes de peaux de rennes, au centre desquelles se trouve un poteau considéré comme un axe sacré: la société nenet a en effet conservé partiellement ses croyances chamaniques.

Les Nenets qui sont sédentarisés vivent dans des bâtiments en dur, parfois construits par la compagnie Gazprom. Ils sont menacés d’acculturation: la législation russe, qui ne leur permet pas de vivre selon leurs traditions et qui ne leur reconnaît aucun droit en tant que peuple autochtone, n’est que la continuité de la politique soviétique qui, à partir de 1957, avait  arraché les enfants nenets à leurs parents pour les placer dans des pensionnats d’État jusqu’à la fin de leur scolarité. Le sous-sol du territoire traditionnel des Nenets est riche en gaz et en pétrole, si bien que les Nenets sont aujourd’hui menacés par l’exploitation intensive des hydrocarbures qui entraîne une destruction des zones de pâturage et des lieux de culte. On les expulse de leurs terres comme on les avait déjà expulsés de la Nouvelle-Zemble, lieu d’essais nucléaires.

En mai 2005, un article de Madeleine VATEL, paru dans L’Expansion, avait déjà évoqué cette menace qui pèse sur les Nenets:

Le gaz et l’héritage soviétique menacent les nomades nenets

L’hélicoptère aura tourné trois quarts d’heure : il n’est pas facile de trouver un troupeau de rennes, leurs éleveurs et leur camp dans cette immense étendue de neige parsemée de petits lacs. Non loin du cercle polaire, en pleine toundra et par moins 25 degrés, la transhumance touche pourtant à sa fin. Dans cette contrée qui s’étend à perte de vue, les nomades ne restent jamais plus de huit jours au même endroit, à la recherche de lichen pour nourrir le troupeau.

Peuple dont l’économie repose entièrement sur l’élevage des rennes, les Nenets sont aujourd’hui 35 000 en Russie, pour la plupart établis dans la région du Iamal. Ils ont gardé une existence nomade, ce qui a des conséquences dommageables pour leur santé. D’où le programme d’accès aux soins développé sur place par Médecins du monde, afin de traiter la tuberculose, l’hypertension et l’alcoolisme, dont beaucoup meurent encore.

Exploités par les « barons rouges »

Mais, avant tout, les Nenets souffrent de la persistance des anciennes structures communistes. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur le petit marché de Nadym, une ville encore fermée aux étrangers, à 5 000 kilomètres de Moscou. Macha, 22 ans, et son mari Alexis, 25 ans, sont venus vendre de la viande de renne. Une partie seulement, celle que veut bien leur autoriser le directeur du sovkhoze, c’est-à-dire 30 bêtes sur 1 500.

Car les Nenets, s’ils sont libres de poser leur tchoum (une sorte de tipi couvert de peaux de rennes) où bon leur semble, sont étroitement surveillés par cet ancien apparatchik qui récupère la viande et la revend dix fois plus cher. Il met un vétérinaire à leur disposition mais tient d’une main ferme les cordons de la bourse. « Le directeur, on le voit une fois par an. Et l’argent de nos troupeaux, on ne le touche pas toujours », se résigne Macha. Parfois, les Nenets échappent à l’emprise de ces vieux « barons rouges ». Et cela grâce à la complicité des… Chinois. En juillet, par exemple, ces derniers sont venus directement en hélicoptère chercher leur petit trésor : des bois de rennes réduits en poudre, merveilleux aphrodisiaque dont ils feront chez eux un commerce lucratif.

Mais jusqu’à quand les autorités russes ménageront-elles ces peuples nomades ? Les Nenets vivent en effet sur une des terres les plus convoitées de la planète. Le Iamal fournit 80 % du gaz russe, exploité par Gazprom, le n° 1 mondial du secteur. Et, malgré les oeuvres sociales et les logements en dur que l’entreprise se targue de leur fournir, il se pourrait qu’un jour les élèves nenets n’aient plus envie de chanter en choeur « Merci Gazprom »…

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Pour en savoir plus sur les Nenets, lire également The oil adventure and indigenous people in the Nenets Autonomous Okrug (Northwestern Russia), publié par le PNUD en 2003.

Consulter encore le site de l’Arctic Network for the Support of the Indigenous Peoples of the Russian Arctic (ANSIPRA).

Vous pouvez également visionner ci-dessous la vidéo Oil Threatens Nenets (Le pétrole menace les Nenets) que nous mettons à votre disposition.

Oil threatens Nenets

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On peut enfin conseiller la lecture de Anthropologie juridique en Russie : Paysages sacrés et lieux de culte dans la vision du monde traditionnelle des Nénets, de Galina P.  KHARIOUTCHI.

La photo d’en-tête est extraite du site Barents Photo. Vous pouvez trouver d’autres photos sur le site du National Geographic ainsi que de très belles photos sur la page du photojournaliste Kadir VAN LOHUIZEN (Archive>Russia North Siberia).

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Les Nenets ne sont pas les seuls autochtones à être menacés en Sibérie. En 2005,  Survival International nous avait informé qu’une centaine de Nivkh, Evenk, et Uilta, des peuples de Sibérie, avaient  bloqué des routes avec leurs rennes pendant trois jours afin de protester contre la construction de deux immenses pipelines de gaz et de pétrole sur leur terre.

Cela nous amène au second article, que le Nouvel Observateur a publié le 27 février à partir d’une dépêche de l’AFP. Cette fois, ce sont les Nivkhs, qui ont la malchance de vivre sur l’île de Sakhaline, où les réserves de pétrole sont énormes. Les forages off-shore ont entraîné une diminution des ressources halieutiques:

A Sakhaline, le pétrole chasse le poisson et menace le peuple des Nivkhs

AFP | 27.02.2009 | 00:28

“Chaque année il y a de moins en moins de poissons”, se lamente Piotr Popka, le jeune père de la seule famille vivant dans le hameau de Veni: l’arrivée des majors pétrolières sur l’île russe de Sakhaline menace le mode de vie ancestral des Nivkhs, un peuple indigène.

Il ne reste plus que 2.500 Nivkhs sur ce territoire riche en hydrocarbures dans l’Extrême orient russe, et ils ne sont plus que quelques dizaines à encore parler leur langue et ses divers dialectes.

“Les problèmes ont commencé avec le début des opérations de forage” pétrolier, raconte M. Popka à son retour en motoneige de la baie Nyïski où il est allé pêcher sur la glace de cette anse de la mer d’Okhotsk.

Les réserves de poissons, essentielles au maintien des traditions des Nivkhs, sont en “déclin” depuis la mise en service des projets offshore, renchérit Alexeï Limanzo, directeur de l’Union des peuples indigènes de Sakhaline, une organisation locale qui défend activement la culture nivkhe.

Habitué au climat rigoureux de Sakhaline, une vaste île au nord du Japon, ce peuple a survécu à l’ère soviétique, bien qu’il ait été contraint de créer des fermes collectives et d’apprendre le russe.

Mais désormais c’est le capitalisme qui change leurs vies. Des milliards de dollars ont été investis dans des projets pétroliers et gaziers depuis 1990 au large de l’île russe, sous la direction des groupes pétroliers Shell et Exxon, menaçant les pratiques et les ressources des groupes indigènes.

“Les activités d’aujourd’hui sont plus nocives pour l’environnement et les ressources biologiques, en dépit de ce qu’on nous raconte sur l’utilisation de technologies modernes”, souligne M. Limanzo.

Les Nivkhs affirment qu’ils ne peuvent plus pêcher et chasser autant qu’auparavant. En conséquence, les ingrédients pour leurs plats traditionnels comme le “mos”, concocté à partir de peau de poisson, de fruits des bois et de foie de phoque, se font rares.

“Notre plat national est devenu un mets que nous ne mangeons plus que deux ou trois fois par an”, confie Lioubov Sadgoun, une Nivkhe qui enseigne l’anglais à Nogliki, une ville au nord de l’île.

En 2006, le consortium Sakhalin Energy, qui réalise un important projet de forage près des terres des Nivkhs, s’était engagé à verser une aide de 1,5 million de dollars (1,17 million d’euros) au peuple indigène.

Le consortium — dont Shell détenait alors la majorité des parts désormais aux mains du géant russe Gazprom — avait accordé cette somme après une série de manifestations en 2005.

“Nous avons de la chance ici à Sakhaline d’avoir affaire à des multinationales qui doivent faire face à l’opinion publique occidentale et qui causeraient du tort à leur image si elles agissaient contre les peuples indigènes”, ajoute M. Limanzo, dont le syndicat avait mené les protestations.

Mais la forte baisse des réserves de poissons inquiète malgré tout Lidia Mouvtchik, une femme de 68 ans qui est l’une des rares à encore parler la langue nivkhe.

“Nous sommes habitués à vivre dans la taïga, à la périphérie de forêts, de rivières et de la mer”, dit-elle assise à côté du fourneau de sa maison. “C’est tout ce que nous voulons. S’il n’y avait plus de poissons, nous mourrions”, lâche-t-elle.



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