L’eau en Palestine

Source de la vidéo ci-dessus: Service audiovisuel de la Commission européenne.
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À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau qui est consacrée cette année à la coopération transfrontalière en matière de gestion de l’eau, un article de Marc HENRY, paru dans Le Figaro le 16 mars dernier, abordait la question des eaux du Jourdain que les gouvernements d’Israël et de Cisjordanie sont censés se répartir:

Israël-Cisjordanie : le partage de l’eau pèse sur la paix

Garder à tout prix le contrôle de l’eau : pour Benyamin Nétanyahou, le prochain premier ministre israélien, il s’agit d’un impératif vital qui justifie son hostilité à la création d’un État palestinien. Les principales nappes phréatiques utilisées pour les deux populations se moquent en effet des frontières. Elles s’étendent sous la Cisjordanie et le territoire israélien. Résultat : leur partage relève avant tout du rapport de forces et d’un enjeu stratégique dans une région condamnée au régime sec par une série d’hivers très peu pluvieux.

Sur le papier, Israël et l’Autorité palestinienne se sont engagés à une répartition de l’eau du Jourdain et des nappes souterraines. Mais la pénurie est telle que les Palestiniens sont réduits à la portion congrue. Selon un rapport de l’ONU, la consommation moyenne pour les Palestiniens de Cisjordanie est de 66 litres par habitant, un tiers de moins que le minimum vital. Du côté israélien, la moyenne atteint 235 litres. Plus de 200 000 Palestiniens de 220 localités et villages de Cisjordanie ne sont pas reliés à un réseau de distribution d’eau, si bien que nombre d’entre eux sont obligés d’acheter de l’eau chaque été au marché noir, où les prix sont de trois à six fois plus élevés que les tarifs payés par les Israéliens.

En guise de réponse, les responsables israéliens expliquent que l’État hébreu fournit aux Palestiniens des quotas d’eau bien supérieurs à ceux prévus par les accords conclus en 1995. Ils soulignent aussi que personne n’est épargné par la sécheresse. Un exemple : le pompage dans le lac de Tibériade, la principale réserve en eau douce d’Israël, va devoir être interrompu cet été à cause de la baisse sans précédent du niveau de l’eau.

Pour pallier le manque de pluie, l’État hébreu va également investir quelque 300 millions de dollars dans trois nouvelles unités de dessalement de l’eau de mer, qui s’ajouteront aux deux déjà existantes. Selon les experts israéliens, cette technique pourrait constituer la solution de l’avenir. Elle présente toutefois le double inconvénient de faire grimper les factures d’eau pour les particuliers et d’être grosse consommatrice d’énergie.

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Les problèmes de gouvernance de l’eau ne s’expriment nulle part aussi nettement que dans les Territoires palestiniens occupés. Les Palestiniens sont confrontés à l’un des niveaux de pénurie d’eau les plus élevés au monde. Comme le rappelait le Rapport mondial sur le développement humain publié par le PNUD en 2006, la disponibilité physique et la gouvernance politique de l’eau partagée sont deux aspects contribuant à la pénurie d’eau en Palestine.

Les droits sur l’eau dans les territoires palestiniens occupés.

pnud2006-eau-palestine11La population des Territoires palestiniens occupés dispose d’un accès à 320 mètres cubes d’eau par personne et par an, soit l’un des niveaux les plus bas au monde, nettement en deçà du seuil de pénurie absolue. Le problème réside notamment dans l’inégalité de la distribution de l’eau des aquifères partagés avec Israël, qui reflète des rapports de force inégaux en termes de gestion de l’eau. Compte tenu de l’accroissement rapide de la population, la diminution de la disponibilité en eau constitue une contrainte de plus en plus sévère pour l’agriculture et la consommation humaine.
L’inégalité du partage se reflète par des écarts très importants dans l’utilisation qu’Israéliens et Palestiniens font de l’eau. La population israélienne ne représente pas tout à fait le double de la population palestinienne, mais sa consommation totale d’eau est sept fois et demie supérieure (schéma 1). En Cisjordanie, les colons israéliens utilisent bien plus d’eau par habitant que les Palestiniens, et plus que les Israéliens d’Israël (schéma 2) : quasiment neuf fois plus d’eau par personne que les Palestiniens. À tous égards, ces écarts sont considérables.
Quelles sont les raisons de ces inégalités ? Les Palestiniens n’ont pas de droits établis sur les eaux du Jourdain – principale source d’eau de surface. Ce qui signifie que la quasi-totalité des besoins en eau des Territoires palestiniens occupés est couverte par les aquifères d’eau souterraine. Les règles régissant les prélèvements dans ces aquifères ont une incidence majeure sur l’accès à l’eau.
La gestion de l’aquifère occidental et de l’aquifère côtier reflète le problème. Faisant partie du bassin du Jourdain, l’aquifère occidental est la seule source d’eau renouvelable la plus importante des Territoires palestiniens occupés. Près des trois quarts de l’aquifère sont réalimentés par la Cisjordanie et s’écoulent de Cisjordanie vers la côte d’Israël. La majeure partie de cette eau n’est pas utilisée par les Palestiniens. Pour quelle raison ? Les représentants israéliens à la Commission mixte de l’eau réglementent rigoureusement la quantité et la profondeur des puits exploités par les Palestiniens. Des règles plus souples s’appliquent aux colons israéliens, ce qui leur permet de creuser des puits plus profonds. Bien qu’ils ne possèdent que 13 % des puits de Cisjordanie, les colons sont pourtant à l’origine de 53 % des prélèvements d’eau souterraine. L’eau inutilisée dans les Territoires palestiniens occupés s’écoule finalement en dessous du territoire israélien avant d’être puisée du côté israélien (cf. carte).
Des problèmes semblables se posent avec les eaux du bassin côtier. Celles-ci ont du mal à atteindre la Bande de Gaza en raison des importants prélèvements effectués du côté israélien. La conséquence : les taux de prélèvement des aquifères peu profonds de la Bande de Gaza sont nettement supérieurs aux taux de réalimentation, entraînant une salinisation accrue des ressources en eau.
L’accès restreint à l’eau est un frein au développement de l’agriculture palestinienne. Bien que ce secteur constitue une part décroissante de l’économie palestinienne – estimée à environ 15 % en termes de revenus et d’emplois en 2002 – il est néanmoins capital à la subsistance de certaines des populations les plus pauvres. Pour le moment, l’irrigation est sous-développée, moins d’un tiers des terres potentiellement exploitables étant couvertes en raison du manque d’eau.
Le sous-développement des ressources en eau signifie que de nombreux Palestiniens sont dépendants des livraisons d’eau par des sociétés israéliennes. C’est pour eux une source de vulnérabilité et d’incertitude car les livraisons sont fréquemment interrompues en période de tension.
La construction du Mur de séparation, sujet à controverse, menace d’exacerber l’insécurité de l’approvisionnement en eau. La construction du mur a causé la perte de certains des puits palestiniens ainsi que la séparation des agriculteurs d’avec leurs champs, notamment dans les zones non irriguées très productives entourant les gouvernorats de Bethléem, Jénine, Naplouse, Qalqilya, Ramalla et, Tulkarem.

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Les conditions dans les Territoires palestiniens occupés forment un contraste avec les dispositions davantage axées sur la coopération conclues ailleurs. Depuis l’accord de paix de 1994, Israël et la Jordanie ont coopéré dans le cadre de la construction d’installations de stockage de l’eau du lac Tibériade, ce qui a permis l’amélioration de la distribution d’eau aux agriculteurs jordaniens. La structure institutionnelle a également contribué à arbitrer des litiges découlant des variations saisonnières et annuelles du débit, même si cet aspect n’était pas, à l’origine, couvert par l’accord. Ailleurs, le Centre de recherche sur le dessalement pour le Moyen-Orient basé à Muscat, en Oman, assure avec succès depuis plus de dix ans la promotion d’une recherche multilatérale sur des techniques de dessalement efficaces. Des représentants de la Commission européenne, d’Israël, du Japon, de Jordanie, de la République de Corée, des Pays-Bas, de l’Autorité palestinienne et des États-Unis siègent à son conseil.
Plus encore peut-être que dans n’importe quel autre cadre, la sécurité de l’approvisionnement en eau dans le contexte des relations entre les Territoires palestiniens occupés et Israël est associée à des problèmes de plus grande envergure relevant du conflit et de la perception de la sécurité nationale. Pourtant, l’eau est aussi un symbole puissant du vaste réseau d’interdépendance hydrologique associant tous les intervenants. La gestion de cette interdépendance en faveur de l’équité permettrait de faire un grand pas dans le sens de la sécurité humaine.
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Sources : Elmusa 1996 ; Feitelson 2002 ; Jägerskog et Phillips 2006 ; MEDRC 2005 ; Nicol, Ariyabandu et Mtisi 2006 ; Phillips et al. 2004 ; Rinat 2005 ; SUSMAQ 2004 ; SIWI, Tropp et Jägerskog 2006 ; Weinthal et al. 2005.

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Deux vidéos qui traitent du problème de l’eau dans les Territoires occupés de Palestine (en anglais):

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Une vidéo du PNUD (2006):

Over 200 communities in the Palestinian territories lack access to water, while Israeli settlers in the West Bank have full access to clean running water. The inequality in the water situation in the Palestinian territories is exasperated by the fact that Israel will not allow the Palestinian to develop water sources.

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Une vidéo diffusée sur Al-Jazeera en août 2008:

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