La journée mondiale de l’eau 2009

C’est aujourd’hui la Journée mondiale de l’eau. À cette occasion, le 5ème Forum mondial de l’eau vient de s’achever sur une déclaration affirmant notamment la nécessité d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement à travers le monde. Le Forum mondial de l’eau, organisé par le Conseil mondial de l’eau, a rassemblé plus de 30000 personnes pendant une semaine à Istanbul pour étudier les moyens de prévenir une crise de l’eau qui, selon l’Onu, affectera près de la moitié de la population mondiale d’ici 2030. Une problématique qui visiblement n’a pas ému la police turque chargée de la sécurité, puisqu’elle a utilisé des canons à eau pour disperser les manifestants lors de l’ouverture du Forum!

.

L’eau: un besoin ou un droit?

La déclaration énumère un certain nombre d’engagements: nécessité de faire des économies d’eau, en particulier dans le domaine agricole, de lutter contre la pollution, des cours d’eau comme des nappes phréatiques. Il affirme en outre la nécessité de collecter et de traiter les eaux usées, au-delà de l’indispensable accès aux toilettes.

Environ 1 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards n’ont pas accès à un système sanitaire décent.

La notion de “droit à l’accès à l’eau” ne figure pas dans ce texte. Elle était pourtant réclamée par de nombreuses ONG et plusieurs pays, tels que la France ou l’Espagne, et le débat a été vif. La déclaration stipule finalement que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un “besoin humain fondamental”, et non pas un “droit”.

“La différence est fondamentale”, a expliqué Anil NAIDOO, de l’ONG Blue Planet Project à l’AFP. “Légalement, un besoin humain n’a aucune valeur. C’est enfoncer des portes ouvertes,” ajoute-t-il, soulignant qu’au moins 30 pays ont aujourd’hui intégré la notion de droit à l’accès à l’eau dans leur constitution.

.

La gestion transfrontalière de l’eau

Par ailleurs, la déclaration du Forum mondial de l’eau ne mentionne à aucun moment la Convention des Nations Unies sur les cours d’eau internationaux. Adoptée en 1997, cette convention n’est toujours pas entrée en vigueur car trop peu d’États l’ont ratifiée. Or, cette année, la Journée mondiale de l’eau mettait à l’honneur le thème de la coopération transfrontalière en matière de gestion de l’eau.

En effet, 90 % de la population mondiale vit dans des pays qui partagent leurs ressources en eau avec d’autres pays. Les rivières, lacs et aquifères ne se soucient pas des frontières politiques, si bien que 145 pays se partagent des bassins hydrographiques dits « transfrontaliers » — captages ou bassins versants, y compris lacs et eaux souterraines peu profondes, utilisés en commun avec les pays voisins. Et ce nombre va croissant, notamment en raison du morcellement de l’ancienne Union soviétique et de l’ex-Yougoslavie. En 1978, on comptait 214 bassins internationaux, contre 263 aujourd’hui.

L’eau partagée a toujours été cause de certaines rivalités. D’ailleurs,, le terme « rival » ne vient-il pas du latin « rivalis », qui signifie « qui tire son eau du même cours d’eau »? Les difficultés surviennent lorsque l’eau — issue des rivières, lacs, aquifères ou zones humides — n’est pas gérée de manière appropriée. Alors que la plupart des pays disposent, à l’intérieur de leurs frontières, de règles et réglementations institutionnelles pour la distribution de l’eau et la résolution des conflits, les mécanismes transfrontaliers demeurent bien plus faibles et la combinaison entre stress hydrique et apathie des institutions peut engendrer de réels risques de conflit.

Pour des pays tels que le Bangladesh, qui dépend à 91 % de l’eau de l’Inde pour irriguer ses cultures et alimenter ses aquifères, les atouts de la coopération transfrontalière sur la question de l’eau sont évidents. D’autres ont reconnu bien trop tard la nécessité de coopérer dans ce domaine. Tel est le cas des pays de la mer d’Aral, en Asie centrale.

Figurant au nombre des catastrophes écologiques les plus flagrantes dans le monde, la mer d’Aral témoigne du coût de la non-coopération en matière de gestion de l’eau transfrontalière. Depuis un demi-siècle, le détournement de l’eau au profit de la culture du coton au moyen d’un système d’irrigation inefficace a asphyxié la mer d’Aral, qui était alors, par la taille, le quatrième lac du monde. Dans les années 1990, elle recevait moins d’un dixième du flux qui l’atteignait précédemment — voire parfois rien.

.

L’exemple du Moyen-Orient

La pénurie d’eau constitue un problème sérieux dans tout le Moyen-Orient. et cela peut compliquer la gestion transfrontalière de l’eau. L’Iran et l’Iraq sont les seuls pays de la région qui se situent au-dessus du seuil de stress hydrique, souligne le Rapport mondial sur le développement humain publié par le PNUD en 2006, et 90 % de la population du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord vivra dans des pays affectés par une pénurie d’eau d’ici 2025.

Un article paru le 16 mars dernier dans Le Figaro nous expliquait que le contrôle des eaux du Tigre et de l’Euphrate, vitales pour l’agriculture et la population de l’Irak, de la Turquie et de la Syrie, donnait lieu à des tensions récurrentes entre ces trois pays:

Quand les Français et les Britanniques démembrent secrètement l’Empire ottoman, au cours des accords de Sykes-Picot, en 1916, la question du partage des eaux du Tigre et de l’Euphrate est déjà posée. Près d’un siècle plus tard, elle n’est toujours pas réglée.

Prenant leur source dans les montagnes turques, les deux grands fleuves du Moyen-Orient traversent ensuite la Syrie et l’Irak. Le contrôle de ces eaux, vitales pour l’agriculture et la population des trois pays, donne lieu à des tensions récurrentes.

Dans les années 1970, Bagdad et Damas ont même failli entrer en guerre à cause de la construction de barrages en Syrie. En 1976, la Turquie a lancé un vaste projet de développement de la région du sud-est, qui repose sur la réalisation de vingt-deux barrages. Onze ouvrages sont déjà en activité. Si l’ensemble est achevé, plusieurs études montrent que le débit des deux fleuves pourrait décroître de 17 à 34 % à la sortie du territoire turc.

Les conséquences sur la qualité des eaux sont déjà visibles : l’usage des engrais et le développement de l’irrigation ont fortement augmenté la pollution et la salinité. Les écosystèmes sont bouleversés.

«Ils n’ont aucun droit sur nos resssources en eau»

«Le château d’eau du Moyen-Orient» a longtemps fait fi des plaintes de ses voisins syrien et irakien. «Nous ne réclamons pas de partager leurs ressources en pétrole, ils n’ont aucun droit sur nos ressources en eau», avait tranché en 1992 Suleyman Demirel, premier ministre turc à l’époque. Lors du remplissage du grand barrage Atatürk en 1990, Ankara avait même interrompu le débit de l’Euphrate pendant un mois.

Mais, ces dernières années, les rapports entre les pays riverains se sont améliorés. La Turquie cherche à devenir un acteur régional incontournable et redéploie sa diplomatie vers le Moyen-Orient. Des discussions sur la répartition des eaux sont donc engagées entre les gouvernements. À défaut de régler tous leurs contentieux, les trois parties devraient montrer leur bonne volonté en signant un accord lors du Forum de l’eau.

Ce phénomène atteint son paroxysme dans les Territoires palestiniens occupés. La population palestinienne est deux fois moins nombreuse que celle d’Israël, mais le volume d’eau qu’elle consomme s’élève à seulement 10 à 15 % de l’eau utilisée par les Israéliens. En Cisjordanie, les colons israéliens utilisent quasiment neuf fois plus d’eau par personne que les Palestiniens. De fait, les Palestiniens sont confrontés à l’un des niveaux de pénurie d’eau les plus élevés au monde.

Tant les facteurs de disponibilité physique que les facteurs politiques contribuent au problème. Les pénuries d’eau réduisent les capacités des agriculteurs à produire des aliments et à gagner leur vie, tandis que les lois actuelles sur l’utilisation de l’eau imposent un accès inégal — et ressenti comme profondément injuste — aux aquifères partagés.

Mais il ne doit pas nécessairement en être ainsi. Une meilleure coopération pourrait résoudre ce problème, comme en attestent d’autres exemples régionaux. En 1994, par exemple, Israël et la Jordanie ont signé un accord qui autorise la Jordanie à stocker les ruissellements hivernaux dans le lac Tibériade, situé en Israël. L’accord autorise également Israël à louer à la Jordanie un certain nombre de puits lui permettant de tirer de l’eau pour ses terres agricoles.

Non prévue par l’accord, la pire des sécheresses jamais enregistrées se déclara en 1999 et entraîna des tensions tandis que les livraisons d’eau à la Jordanie baissaient. Pourtant, l’accord en tant que tel est resté inchangé — témoin de l’engagement des deux parties à coopérer sur la question de l’eau.

Tout comme l’accord israélo-jordanien sur l’eau a fait partie intégrante de l’accord de paix conclu entre les deux pays en 1994, un règlement politique définitif des différends entre Israël et les Territoires palestiniens occupés devrait intégrer un pacte sur leurs ressources en eau partagées, affirment les auteurs du Rapport mondial sur le développement humain.

.



About this entry