Épuration au Kosovo
Un rapport du Minority right group indique que les minorités vivant au Kosovo, ancienne province serbe devenue indépendante en 2008 sous la pression d’une population d’origine albanaise, sont victimes de discriminations et se voient forcées d’abandonner le Kosovo. L’Agence France Presse a évoqué ce rapport dans une dépêche publiée le 27 mai:
Les minorités «exclues» de la société abandonnent le Kosovo
Agence France-Presse, Pristina
Les minorités vivant au Kosovo sont forcées d’abandonner ce territoire en raison de différentes discriminations et de leur exclusion de la société, a indiqué le «Minority right group» basé à Londres dans un rapport diffusé mercredi.
«De nombreux membres des minorités Ashkali, Bosniaque, Croate, Gorani, Rome, Serbe et Turque abandonnent le Kosovo car ils font face à une exclusion (de la société) et à des discriminations à de nombreux niveaux», indique un communiqué de ce groupe diffusé de concert avec le rapport.L’indépendance proclamée unilatéralement par le Kosovo en février 2008 et l’opposition de la Serbie à cette proclamation ont laissé un «vide» dans la protection internationale des minorités, indique le communiqué.
«Les restrictions à la liberté de mouvement, l’exclusion de la vie politique économique et sociale sont particulièrement ressenties par les petites communautés ethniques», a précisé Mark Lattimer, haut responsable de ce groupe.
«Ces minorités souffrent de plus d’un manque d’accès aux informations et à une éducation dans leurs propres langues», a-t-il dit. «Cela, en plus des conditions économiques précaires, a résulté par des départs de membres de ces minorités du Kosovo», a ajouté M. Lattimer.
Le groupe ne fournit cependant aucun chiffre dans ce communiqué sur le nombre de personnes appartenant à des minorités qui ont quitté le Kosovo.
Le Kosovo, où les Albanais représentent environ 90% des deux millions d’habitants, a été reconnu à ce jour par 60 pays, parmi lesquels les Etats Unis et 22 des 27 pays membres de l’Union européenne.
Pour ceux que cela intéresse, voici la présentation du rapport par le Minority right group:
Kosovo’s independence leaves vacuum in international protection for minorities
27 May 2009
Post-independence Kosovo lacks effective international protection for minorities, which is worsening the situation for smaller minorities and forcing some to leave the country for good, an international human rights organisation warns in a new report.
Minority Rights Group International says in a report released on 27 May that many smaller minorities, such as Ashkali, Bosniaks, Croats, Egyptians, Gorani, Roma, Serbs and Turks, are beginning to leave Kosovo, because they face exclusion and many instances of discrimination in the country.
“Restriction of movement and political, social and economic exclusion are particularly experienced by smaller minorities,” says Mark Lattimer, MRG’s Executive Director.
“These minorities also suffer from lack of access to information or to tertiary education in their own languages. This, combined with tough economic conditions, have resulted in many of these groups starting to leave Kosovo altogether,” he adds.
Kosovo, an international protectorate since 1999, declared independence on 17 February 2008. MRG, in a ground-breaking report released in August 2006, warned that international rule in Kosovo, rather than breaking down segregation, was entrenching it. It said that Kosovo had become ever more divided into Albanian and Serb areas, with all other groups being marginalized.
In this latest report, MRG says the lack of certainty over the status of the territory as a result of Serbia’s objection to Kosovo’s independence has limited the practical application of international human rights law.
“There is a danger that the new international organisations operating in Kosovo will compound the failure of the United Nations Mission in Kosovo to ensure a tolerant, multi-ethnic society,” says Lattimer.
MRG warns that unless this trend is reversed, it will see the steady migration of minority groups who have lived in Kosovo for hundreds of years, such as Bosniaks and Turks, and who have other states to migrate to.
A decade after the conflict people from minority communities still languish in displaced camps in dire conditions near Mitrovica. For Ashkali, Egyptian and Roma, who have no other countries to escape to, these trends are likely to lead to engrained poverty and further marginalization for generations to come, the report says.
The report calls on Kosovo to ensure the active participation of all minorities, in all aspects of public life. The report says that the process of EU accession has the potential to bring about improvement in Kosovo. It calls on the EU to broaden and improve the attention it gives to the issues faced by smaller minorities in the country and also to the issue of multiple discrimination of minority women.
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Curieusement, dans le contexte des élections européennes, ce rapport est accueilli en Europe avec un silence embarrassé, pour ne pas dire avec indifférence, et, alors que Joseph BIDEN, le vice président des États-Unis, se croit obligé de préciser que la reconnaissance du Kosovo est irréversible, personne ne semble avoir envie de condamner ce qui se passe dans ce nouveau pays. Dans la presse française, il fallait lire le blog d’Ivan ROUFIOL pour trouver trace de la dépêche de l’AFP. Le journal Le Monde quant à lui avait préféré nous parler quelques jours plus tôt de la rancoeur des Serbes:
A Belgrade, la perte du Kosovo nourrit toujours les rancoeurs contre l’Europe
Article publié le 22 Mai 2009
Par Piotr SMOLAR
Elle en rougirait, si on osait lui dire cette évidence : Jasna Mitic, 26 ans, est le profil le plus séduisant de la Serbie, celui que les Européens aiment contempler. Etudiante à la faculté de sciences politiques à Belgrade, polyglotte, elle s’imagine bien partir à l’étranger pour “vivre une expérience”, avant de revenir au pays et travailler dans le domaine des droits de l’homme. Les odes nationalistes à la Serbie éternelle l’indiffèrent.
Assise au restaurant de l’université, elle trouve pourtant des mots justes, mesurés, pour exprimer son malaise au sujet du Kosovo. “ Je ne lui voue aucun attachement spécial, je n’y suis jamais allée. Je n’étais pas contre l’indépendance. Mais la façon dont elle s’est produite a été insupportable. En vingt-six ans, j’ai changé 4,5 fois de pays : la grande Yougoslavie, la petite Yougoslavie, la Serbie-Monténégro, la Serbie seule, et à présent la Serbie sans le Kosovo. C’est le 0,5.”
En Serbie, il y a d’une part l’arithmétique politique, très favorable en ce moment au camp proeuropéen, et, d’autre part, les blessures intimes d’une nation, les atteintes à sa fierté. Depuis les élections législatives de mai 2008, le camp nationaliste est en miettes. Les socialistes (SPS) de l’ancien président Slobodan Milosevic, devenus proeuropéens, sont entrés dans la coalition au pouvoir. Le Parti radical (SRS), ultranationaliste, s’est scindé en deux au sujet des relations avec l’Union européenne (UE). Le Parti démocratique de Serbie (DSS) de l’ancien premier ministre, nationaliste, Vojislav Kustunica, a plongé dans les sondages. Cet émiettement a offert une occasion historique d’engager le pays sur la voie de l’UE.
Pourtant, le président Boris Tadic ménage les intérêts de tous. Lors de la visite à Belgrade du vice-président américain, Joseph Biden, mercredi 20 mai, en chemin vers Pristina, M. Tadic a rappelé que la Serbie “ne reconnaît pas le Kosovo et ne le fera jamais”. Les dirigeants serbes ne parviennent pas à faire le deuil de l’ancienne province. “Dans chaque Serbe, il y a deux Serbes, mais dans des proportions variables, sourit un diplomate occidental. Le facteur nationaliste demeure très fort. Ils ont tous en commun, y compris les démocrates, un sentiment d’injustice.”
Jovo Bakic, professeur à l’université de Belgrade, est du même avis. Selon ce spécialiste des milieux radicaux, les Serbes, à cause de la perte du Kosovo, sont, avec les Bosniaques, “ les seuls grands perdants parmi les peuples de l’ex-Yougoslavie, alors que les nationalismes croate et albanais ont atteint leur but”.
La part des Serbes qui conservent un attachement passionnel à la terre kosovare est très minoritaire. En revanche, beaucoup jugent unilatérale et brutale cette indépendance orchestrée par l’Occident, reconnue par une cinquantaine d’Etats. Et la crise économique avive les tensions. “Le chômage oscille entre 14 % et 21 %, mais ces estimations sont difficiles à cause de l’économie grise”, explique le professeur d’économie Miroslav Prokopijevic. Selon lui, le retard dans les réformes et la corruption très élevée (“elle consomme entre 25 % et 30 % de tout investissement“) sont à mettre au débit du président Tadic. “Il a beaucoup déçu depuis un an, en préférant le populisme à l’européanisme”, estime-t-il.
L’évolution de l’opinion publique en Serbie demeure incertaine. Le retour à la liberté de circulation sur le continent, espérée en 2010, signifierait une nouvelle ère. Restera l’épine du Kosovo. Il faudra bien, un jour, formaliser la coexistence entre les deux peuples. L’idée d’une partition est loin de séduire tout le monde. “Elle va complètement à l’encontre de nos intérêts, assure Dusan Jinjic, du Forum pour les relations ethniques. Ce serait une façon médiocre pour l’UE d’échapper à ses responsabilités. Qu’adviendrait-il des terres, des propriétés commerciales des Serbes au Kosovo ?”
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Pourquoi cette indifférence? Les exactions des Albanais à l’encontre des Serbes du Kosovo, qui ne sont pas anecdotiques, sont pourtant bien connues et antérieures à l’indépendance proclamée en 2008, comme nous le montre ce reportage diffusé sur France 5 en mars 2004:
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- Published:
- 28 mai 2009 / 11:55
- Category:
- Europe, Nationalismes, Revue de presse
- Tags:
- Indépendance, Kosovo, Nationalisme, Serbie, Albanais, Serbes, Discriminations
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