Pérou: abrogation de deux décrets sur l’exploitation de l’Amazonie

Une dépêche de l’AFP, publiée hier soir sur le site du Monde, nous apprend que le Parlement du Pérou a abrogé hier deux décrets sur l’exploitation des ressources de l’Amazonie qui étaient à l’origine de la crise qui opposait depuis plusieurs mois le gouvernement péruvien et les populations autochtones de l’Amazonie. Les Indiens menaient en effet une campagne de protestation contre ces décrets qui permettaient à des entreprises multinationales d’exploiter les ressources naturelles de leur territoire. Le conflit prit une tournure dramatique le 5 juin dernier lorsque les forces policières tentèrent de déloger par la force des Indiens qui bloquaient une route dans la région de Bagua, au nord du Pérou. Les affrontements entre les Indiens et les forces de l’ordre, qui n’hésitèrent pas à ouvrir le feu depuis leurs hélicoptères, firent plusieurs dizaines de morts.

Pérou : le Parlement révoque deux décrets sur l’exploitation de l’Amazonie

LEMONDE.FR avec AFP | 18.06.09 | 22h46
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Le Parlement du Pérou a révoqué jeudi 18 juin deux décrets-lois sur l’exploitation des ressources d’Amazonie, à l’origine d’une crise entre l’Etat et les communautés indigènes depuis deux mois, et de violences qui ont fait 34 morts il y a deux semaines. Le vote acquis à une large majorité est un signe d’une probable sortie de la pire crise politique du gouvernement de centre-droit d’Alan Garcia, au pouvoir depuis 2006. Le Parlement a abrogé les textes régissant l’exploitation privée de zones forestières d’une part, et le régime de propriété des terres. Les communautés indiennes les rejetaient faute de consultation préalable, et parce qu’elles y voyaient une porte ouverte à la surexploitation de l’Amazonie.
L’abrogation du décret le plus contesté, le décret 1090 dit “Loi forestière et de faune sylvestre” – la “Loi de la jungle”, comme l’a surnommé la presse –, avait été proposée mercredi par le premier ministre Yehude Simon, concession de l’Etat pour renouer le dialogue avec les Indiens. Simon avait aussi annoncé qu’il démissionnerait une fois la crise résolue.

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L’AIDESEP, la principale organisation indigène, a publié le communiqué suivant, estimant que l’abrogation des décrets marque“un jour historique pour les peuples indigènes”:

Día histórico para los pueblos indígenas

AIDESEP, 18 de junio de 2009. A nombre de los pueblos indígenas, la vicepresidenta de la Asociación Interétnica de Desarrollo de la Selva Peruana (Aidesep), Daysi Zapata, expresó hoy su satisfacción por la decisión del Congreso de la República de derogar los cuestionados decretos legislativos 1090 y 1064 y exhortó al gobierno iniciar un diálogo sincero y transparente para el bien del país.

“Hoy es un día histórico, estamos agradecidos porque la voluntad de los pueblos indígenas ha sido escuchada y solo esperamos que en el futuro, los gobiernos atiendan y escuchen a los pueblos, que no legislen a espaldas de ellos”, enfatizó.

Acompañada de decenas de dirigentes nacionales y regionales con quienes acudió al recinto legislativo, Zapata saludó la actitud del presidente Alan García por darles la razón al dar marcha atrás con sus decretos que las comunidades indígenas consideraron atentatorio contra la amazonía, aunque expresó –nuevamente- que si esta decisión hubiera sido antes, se habría evitado lamentables muertes y enfrentamientos entre peruanos.

“Hoy mismo desde AIDESEP estaremos llamando a nuestras bases para que levanten sus medidas de lucha”, señaló. “Mis hermanos de Yurimaguas –agregó- afirmaron que volverán a sus comunidades, apenas los congresistas deroguen los decretos legislativos”.

La representante de Aidesep pidió, asimismo, que se deroguen los siete decretos legislativos restantes. Demandó además al Ejecutivo levantar cuanto antes el estado de emergencia y toque de queda instaurados en la ciudad de Bagua, la persecución política y hostigamiento a seis dirigentes de Aidesep, incluyendo al líder indígena Alberto Pizango.

Sobre el presidente de Aidesep, Zapata expresó sus deseos de que retorne pronto de Nicaragua al Perú, por lo que pidió a las autoridades cesar todo tipo de persecución.

“Quiero agradecer a los hermanos peruanos de la costa, sierra y selva por todo el apoyo que nos han dado”, dijo.

Zapata aclaró que ni la dirigencia ni los hermanos indígenas han sido manipulados por organismos no gubernamentales. “Trabajamos con las bases regionales que son las que llevan la voz de los pueblos indígenas. Nosotros no estamos manipulados ni por las ONG ni por los grupos políticos, defendemos los justos derechos de los pueblos indígenas”, precisó.

Invocó a la mesa directiva y a la representación nacional levantar la suspensión aplicada a  los siete congresistas que fueron –dijo- injustamente sancionados por defender los derechos de los indígenas.

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Il aura donc fallu que le sang soit versé pour que le gouvernement péruvien prenne conscience des revendications des Indiens. La semaine dernière, un reportage diffusé sur ETB2 nous apprenait que, parmi les Indiens victimes de la répression policière dans le nord du Pérou, Santiago MANUIN VALERA avait été grièvement blessé. Santiago Manuin est un indien aguaruna (une communauté lingüistiquement proche des Jivaros) et il est le président du comité de lutte provincial de Condorcanqui. Dans l’une de ses dernières interviews, ci-dessous, il nous explique que l’indigène existe par son territoire. En effet, alors que les Occidentaux ont une approche productiviste et mercantile du territoire, les Indiens lui donnent un caractère sacré car ils en sont dépendants pour leur survie: “concebimos a la selva, el bosque, el aire como a nuestros hermanos, yo voy a morir si no los cuido“.

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Aux dernières nouvelles, Santiago Manuin est hospitalisé à Bagua et son état de santé évolue favorablement.

La burqa, prison ambulante ou appareil orthopédique?

Burqa-Afghanistan-AFP.

À l’initiative du député communiste André GERIN, des parlementaires français de droite et de gauche réclament une commission d’enquête sur le port, par certaines femmes musulmanes, de la burqa ou du niqab. Un article de Laure DAUSSY paru hier soir  sur le site du Figaro, nous dit que cette commission aurait pour but de «faire l’état des lieux de la situation, de comprendre pourquoi le phénomène progresse». «Nous sommes aujourd’hui confrontés, dans les quartiers de nos villes, au port par certaines femmes musulmanes de la burqa, voilant et enfermant intégralement le corps et la tête dans de véritables prisons ambulantes ou du niqab qui ne laisse apparaître que les yeux», écrit André Gerin dans l’exposé des motifs du texte, jugeant cette «tenue vestimentaire dégradante». On peut s’étonner que des députés ouvrent aujourd’hui le débat sur le port de la burqa: y aurait-il urgence ? Cela aurait-il un rapport avec la guerre qui s’intensifie depuis quelques semaines au Pakistan et en Afghanistan contre ces champions de la burqa que sont les Talibans? Ou bien est-ce une réponse au président américain Barack OBAMA qui, dans un discours prononcé au Caire, avait critiqué les pays occidentaux qui décidaient «des vêtements qu’une femme doit porter»? La burqa est-elle un simple vêtement? Les femmes qui la portent aujourd’hui en France le font-elles par tradition culturelle, parce qu’elles sont afghanes ou pakistanaises? Alors? Que représente la burqa? Que signifie-t-elle?

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Un appareil orthopédique.

La première fois que j’ai croisé une burqa, si je puis dire, c’était dans le chapitre XXXIX de Tristes Tropiques [1] où Claude LÉVI-STRAUSS raconte son voyage au Pakistan en 1950, dans le cadre d’une mission pour le compte de l’UNESCO sur l’enseignement des sciences:

Au pied des montagnes du Cachemire, entre Rawalpindi et Peshawar, s’élève le site de Taxila à quelques kilomètres de la voie ferrée. J’avais emprunté celle-ci pour m’y rendre, involontairement responsable d’un menu drame. Car l’unique compartiment de première classe où je montai était d’un type ancien -sleep 4, seat 6- qui tient le milieu entre le fourgon à bestiaux, le salon et -par les barreaux protecteurs aux fenêtres- la prison. Une famille musulmane s’y trouvait installée: le mari, la femme et deux enfants. La dame était purdah. En dépit d’une tentative pour s’isoler: accroupie sur sa couchette, enveloppée du burkah et me tournant obstinément le dos, cette promiscuité parut tout de même trop scandaleuse, et il fallut que la famille se séparât; la femme et les enfants se rendirent au compartiment des dames seules, tandis que le mari continuait à occuper les places réservées en m’assassinant des yeux. [...]

Sur le plan esthétique, le puritanisme islamique, renonçant à abolir la sensualité, s’est contenté de la réduire à ses formes mineures: parfums, dentelles, broderies et jardins. Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-musulmans les angoisse. Leur genre de vie provincial se perpétue sous la menace d’autres genres de vie, plus libres et plus souples que le leur, et qui risquent de l’altérer par la seule contiguïté. Plutôt que parler de tolérance, il vaudrait mieux dire que cette tolérance, dans la mesure où elle existe, est une perpétuelle victoire sur eux-mêmes. En la préconisant, le Prophète les a placés dans une situation de crise permanente, qui résulte de la contradiction entre la portée universelle de la révélation et l’admission de la pluralité des fois religieuses. Il y a là une situation “paradoxale” au sens pavlovien, génératrice d’anxiété d’une part et de complaisance en soi-même de l’autre, puisqu’on se croit capable, grâce à l’Islam de surmonter un pareil conflit. En vain, d’ailleurs: comme le remarquait un jour devant moi un philosophe indien, les Musulmans tirent vanité de ce qu’ils professent la valeur universelle de grands principes: liberté, égalité, tolérance; et ils révoquent le crédit à quoi ils prétendent en affirmant du même jet qu’ils sont les seuls à les pratiquer. [...]

Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique, avec sa coupe compliquée, ses guichets en passementerie pour la vision, ses boutons-pression et ses cordonnets, le lourd tissu dont il est fait pour s’adapter exactement aux contours du corps humain tout en le dissimulant aussi complètement que possible. Mais, de ce fait, la barrière du souci s’est seulement déplacée, puisque maintenant il suffira qu’on frôle votre femme pour vous déshonorer, et vous vous tourmenterez plus encore. Une franche conversation avec de jeunes musulmans enseigne deux choses: d’abord, qu’ils sont obsédés par le problème de la virginité prénuptiale et de la fidélité ultérieure; ensuite que le purdah, c’est-à-dire la ségrégation des femmes, fait en un sens obstacle aux intrigues amoureuses, mais les favorise sur un autre plan: par l’attribution aux femmes d’un monde propre, dont elles sont seules à connaître les détours. Cambrioleurs de harems quand ils sont jeunes, ils ont de bonnes raisons pour s’en faire les gardiens une fois mariés.

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En 1950, c’est-à-dire bien avant les Talibans, Claude Lévi-Strauss observe donc des femmes en burqa au Pakistan. Il trouve que la burqa est une tenue compliquée, si bien qu’il la compare à un appareil orthopédique. En poussant un peu plus loin la comparaison, on pourrait se demander quelle affection la burqa est censée traiter: est-ce un moyen de soigner ces conflits intérieurs qui semblent tourmenter les Musulmans et que Lévi-Strauss nous décrit ci-dessus? À moins de considérer la burqa comme une extension mobile du harem: une prothèse qui permettrait finalement aux femmes de sortir de leur réclusion forcée… Mmmm, le harem…  Voilà bien un fantasme d’occidental…

Dans Tristes Tropiques, Lévi-Strauss nous parle du Pakistan des années cinquante. Aujourd’hui encore, la burqa est surtout portée par les femmes afghanes et dans les régions tribales du Pakistan. Et en France? Croise-t-on autant de burqas? Le phénomène progresse-t-il autant que le dit André Gerin? N’est-ce pas plutôt le niqab, ce voile qui cache tout le corps sauf les yeux, que les députés français ont dans le collimateur?

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La burqa, l’Islam et la République.

Déjà, l’an dernier, la question de la burqa s’était posée quand le Conseil d’État avait refusé la naturalisation d’une jeune Marocaine au motif qu’elle portait la burqa: on avait considéré qu’elle ne pouvait prétendre à la nationalité française puisqu’elle avait « adopté, au nom d’une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment le principe d’égalité des sexes». Pour Dounia BOUZAR, anthropologue du fait religieux et ancienne membre du Conseil Français du Culte Musulman, la décision du Conseil d’État est justifiée mais le motif évoqué peut créer une confusion entre l’Islam et le salafisme. Dans l’interview suivante, parue le 15 juillet 2008 dans L’Humanité, Dounia BOUZAR, répond à ce sujet aux questions de Mina KACI:

Dounia Bouzar « La burqa, une barrière entre soi et le reste du monde »

Estimez-vous juste la décision du Conseil d’État ?

Dounia Bouzar. La burqa n’est pas un signe religieux, c’est un uniforme qui symbolise une vision du monde où l’on s’auto-exclut, où l’on exclut les autres. On met une barrière infranchissable entre soi et le reste du monde. Puisque la nouvelle loi exige une certaine adhésion aux « valeurs de la République », cela ne me semble pas étonnant que les juges aient estimé que les valeurs de cette personne sont incompatibles avec un minimum requis. Mais pas uniquement à cause de la burqa, plutôt à cause de l’idéologie qui sous-tend la mouvance « salafiste »… Au-delà du cas de cette Marocaine, accorder la nationalité française aurait fait des terres occidentales un lieu privilégié pour le développement de cette secte interdite au Maghreb, qui endoctrine les femmes pour multiplier d’un seul coup des cellules familiales entières.

Pouvez-vous définir ce qu’est le salafisme ?

Dounia Bouzar. Ces groupuscules qui se disent musulmans utilisent l’islam pour fabriquer des frontières mentales entre les adeptes et le reste du monde : les non-croyants, les croyants non musulmans, mais aussi les autres musulmans qui ne sont pas comme eux. Comment ? En arrachant les individus à tous ceux qui assurent traditionnellement leur socialisation : enseignants, éducateurs, animateurs, parents et même… imams ! Car il s’agit d’exacerber les différences avec « les autres », c’est-à-dire tous ceux qui n’adhèrent pas à la secte. À l’intérieur du groupe, les uns ne doivent pas se distinguer des autres, le « je » doit devenir un « nous », sans différenciation. On retrouve bien là de nombreux critères de la définition de la secte du rapport parlementaire de 1996 : « déstabilisation mentale, rupture induite avec l’environnement d’origine, atteinte à l’intégrité physique, embrigadement des enfants, discours plus ou moins antisocial, troubles à l’ordre public… » Depuis la nuit des temps, l’histoire des sectes est la même : ces groupuscules, porteurs de valeurs apparemment religieuses, sont des organes qui se coupent des « Églises » en même temps qu’elles se mettent à distance de la société dans laquelle elles veulent se répandre. Elles sont une force de rupture puisqu’elles reprochent aux Églises d’avoir perdu leur authenticité originelle à force de compromis avec la société et d’alliance avec la puissance politique.

Pourtant, le motif invoqué par la décision juridique est que cette femme « a adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec notamment le principe d’égalité des sexes »…

Dounia Bouzar. Là, c’est très grave. Voilà encore un exemple où les instances républicaines reprennent au pied de la lettre les définitions de l’islam des intégristes. En serait-il de même si un Mexicain se reconnaissant « Serviteur de la Rose-Croix » demandait la nationalité française ? Espérons qu’elle lui soit refusée, mais il ne viendrait à l’idée de personne de spécifier que cet homme a adopté « une pratique radicale de la religion chrétienne… » La terre entière saurait d’un même mouvement que le pauvre bougre s’est fait endoctriner par des charlatans. Refuser la burqa, c’est respecter l’islam, à condition de ne pas relier les deux ! Car, en agissant ainsi, on renforce le pouvoir de cette secte intégriste ! Et c’est ce qu’ils veulent ! ! !

Comment expliquez-vous cet amalgame entre salafisme et islam existant au sein même des hautes institutions de la République ?

Dounia Bouzar. Ce n’est pas la première fois que la République française laisse les intégristes définir l’islam. Rappelons-nous que déjà, en 2005, un juge avait relaxé un imam salafiste qui appelait à la violence contre les femmes, en argumentant que l’imam « s’est limité à expliquer ce que dit sa religion au travers du Coran et [que] le tribunal n’a pas à pénétrer dans le for intérieur de la religion ». Plus récemment, le fameux jugement du tribunal de Lille acceptant de considérer la virginité comme « qualité essentielle » de la mariée pose le même type de questionnement : la justice a-t-elle cru ainsi « respecter les valeurs de l’islam » ? Normalement, la laïcité est là pour lutter contre les systèmes moyenâgeux qui autorisent des hommes à se servir de Dieu pour édicter des lois prétendument divines qui les arrangent ! L’islam est perçu comme une religion archaïque, ce qui entraîne de la part des institutions une double posture contradictoire : soit elle est diabolisante et discriminatoire envers tout pratiquant, soit au contraire elle devient hyperlaxiste parce qu’on « les » considère comme des sauvages pas totalement civilisés envers qui il faut faire preuve de tolérance.

Certains estiment que le Conseil d’État applique dans cette affaire la double peine, dans le sens où l’épouse est victime à la fois de son mari et de l’État français. Qu’en pensez-vous ?

Dounia Bouzar. Je ne pense pas que ça lui rendrait service, ni à elle ni aux autres, de faire comme si de rien n’était. C’est bon pour elle qu’on s’arrête, qu’on soit choqué, qu’on s’étonne. Cela va l’obliger à se poser des questions sur quelque chose qu’elle voudrait présenter comme une simple application de sa religion. Le refus du Conseil d’État va l’obliger à élaborer une pensée sur ce qu’elle voulait présenter comme un automatisme. Et si elle recommence à penser, elle est sauvée… C’est comme ça qu’on peut aider quelqu’un à sortir d’une secte : en le remettant dans une position de sujet pensant, en introduisant une faille dans sa vision du monde, en le déstabilisant. Il n’existe pas d’autre moyen.

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La burqa, qui est interdite dans un certain nombre de pays musulmans, est donc avant tout le signe du mouvement salafiste contemporain et, en considérant que le port de la burqa est une «une pratique normale» de l’Islam,  on fait tout simplement le jeu des intégristes. «Être choqué par une burqa, c’est respecter l’islam, puisque cela revient à s’étonner et à être persuadé que la religion musulmane ne peut édicter ce type de conduite archaïque», nous dit Dounia BOUZAR: la burqa donne une fausse image de l’Islam. D’ailleurs, interrogé par Le Figaro, Dalil BOUBAKEUR, recteur de la Mosquée de Paris nous rappelle que «la burqa n’est absolument pas une prescription du Coran. Le port de la burqa existait déjà avant l’apparition de l’islam dans des pays comme l’Afghanistan». Le recteur soutient la démarche des députés français, «à condition que la commission soit un moyen de dialoguer avec les responsables de l’islam». Il se dit cependant dubitatif sur une voie législative qui interdirait la burqa, au regard des libertés individuelles et religieuses. «La solution réside plutôt dans la compréhension des racines de ce problème», qui s’apparente à ses yeux à une «hyper affirmation identitaire et à une panne de l’intégration».

Alors? Pourquoi éprouve-t-on  cette sensation de malaise en France face à la burqa? André Gerin nous dit «la vision de ces femmes emprisonnées nous est déjà intolérable lorsqu’elle nous vient d’Iran, d’Afghanistan, d’Arabie Saoudite… Elle est totalement inacceptable sur le sol de la République française. [...] Si l’on caractérise le port de la burqa comme une atteinte aux libertés des femmes, il y aurait alors possibilité de légiférer pour l’interdire dans les espaces publics». On peut raisonnablement douter des bienfaits d’une interdiction. La loi doit-elle protéger contre leur gré les femmes qui portent la burqa? De plus, la loi de 2004 sur la laïcité et le port du voile semblait suffisante. En réalité, ce qui inquiète ici, c’est le fondamentalisme: on devine derrière la burqa un rejet de l’Occident et de sa laïcité. N’oublions pas que les Talibans d’Afghanistan, issus du mouvement fondamentaliste sunnite pakistanais des Déoband, avaient fait de la burqa leur signe de reconnaissance. La burqa est gênante, tout comme une croix gammée, car elle représente un extrémisme qui remet en question nos valeurs de démocratie et de liberté. Gardons-nous de tout amalgame: la burqa ne représente donc que les musulmans les plus radicaux et les plus sectaires, les mêmes qui, par exemple, défendent la lapidation des femmes adultères.

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Le signe du fondamentalisme.

Mais quel est ce mouvement salafiste que Dounia Bouzar assimile à une secte? Un article de Wendy KRISTIANASEN paru en février 2008 dans Le Monde Diplomatique nous apporte quelques éléments de réponse:

Qu’est-ce que le salafisme ?

Le salafisme plonge ses racines dans la renaissance de l’islam qu’impulsent, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, des penseurs comme Sayyid Jamal Al-Din Al-Afghani, Mohammed Abdouh et Rachid Rida. Ceux-ci appelaient à un retour aux pratiques de Mahomet et de la première génération (salaf, en arabe, signifie « ancêtre »). Selon eux, les musulmans avaient permis à l’Occident de monopoliser des principes appartenant au véritable islam : d’où leur retard et leur faiblesse. A leurs yeux, l’islam relève non seulement du spirituel, mais aussi du social et du politique.

Ces idées, les islamistes politiques les revendiquent. C’est le cas des Frères musulmans, nés en Egypte en 1928 et influencés par les premiers salafistes. Ils devinrent un puissant mouvement populaire, social et politique, comptant des centaines de milliers de membres à travers le monde arabe. Leur fondateur, Hassan Al-Banna, ne voulait pas seulement que les musulmans reviennent à la vraie foi ; il s’opposait vigoureusement au colonialisme britannique et défendait la cause palestinienne. Ses membres prirent part à la guerre israélo-arabe de 1948-1949 et créèrent des branches dans les pays arabes voisins : en Palestine, le Djihad islamique et le Hamas en sont les héritiers.

Ceux qui se définissent comme salafistes ne sont pas tous membres de groupes organisés. Influencés par les wahhabites saoudiens, ils se préoccupent d’abord de ce que l’islam autorise ou interdit. Les wahhabites interprètent le mot ijtihad (examen personnel des sources religieuses fondé sur le Coran et la Sunna) de manière restrictive. Conservateurs par leur comportement et leur pratique de l’ijtihad, les salafistes sont socialement actifs, avec pour objectif d’islamiser la société. Ils sont souvent en pointe en matière de science et de technologie.

Les premiers membres des réseaux d’Al-Qaida venaient de la sphère d’influence salafiste, au Proche-Orient comme en Europe. A leur tête figuraient des hommes ayant combattu avec les moudjahidins afghans contre les Soviétiques : leur hostilité à l’Occident leur fait adopter une position sans complaisance dans les pays où ils vivent.

Parallèlement à cette tendance djihadiste, un nombre croissant de salafistes affirment une orientation « modérée » et pacifiste, évitant le terrain politique et s’efforçant surtout de mener une vie pure du point de vue musulman. Ils ont gagné en influence – en Occident, au Proche-Orient et dans le Maghreb – parmi les jeunes fidèles qui redoutent de perdre leurs traditions et leurs racines. On les reconnaît à leur apparence : pour les hommes, de longues barbes broussailleuses et des tuniques au-dessus de pantalons portés courts ; pour les femmes, une longue tunique, un foulard et un niqab cachant le visage, qui cohabitent parfois avec jeans et baskets…

Au Royaume-Uni, une troisième tendance fait son apparition : les salafistes réformistes descendent dans l’arène politique, accusant les djihadistes salafistes de prendre le mouvement en otage et participant au combat contre sa radicalisation. Reste à savoir si cette nouvelle mouvance s’imposera.

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Dans les années cinquante, Claude Lévi-Strauss ne précise pas si les Musulmans de la région de Peshawar étaient salafistes. Il ne fait pas de différence entre musulmans modérés et musulmans intégristes et il est très critique avec l’Islam en général. Ainsi, quand il dit qu’il lui a «fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française» et qu’il est obligé de constater «combien la France est en train de devenir musulmane», on a l’impression qu’il annonce cette islamisation de la société française qui semble inquiéter aujourd’hui certains députés français. Il poursuit:

L’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite.

Cette intolérance, que Lévi-Strauss observe chez les Pakistanais des années cinquante, semble plutôt être la marque des islamistes, tels ces salafistes qui appellent à purifier l’Islam de toute influence culturelle étrangère. Ceci dit, le salafisme était-il déjà implanté dans le Pakistan fraîchement décolonisé? Quant au «salafisme jihadiste», et ses liens avec le mouvement taliban, Alexandre DEL VALLE, géopolitologue, nous explique dans un article très complet qu’il s’est surtout développé dans le contexte de la guerre froide, dans les années 1980, sur fond de guerre en Afghanistan:

Directement victime de la stratégie islamiste extérieure de l’Armée et des services spéciaux pakistanais, au départ dans un contexte de guerre froide et d’alliance américano-saoudo-pakistanaise aux côtés des moujahidines afghans contre l’Union soviétique, l’Afghanistan connaîtra une recrudescence du fanatisme islamiste, avec l’arrivée au pouvoir des Talibans, et deviendra la plaque tournante, l’un des épicentres de l’islamisme sunnite (salafiste et «jihadiste») dans le monde, ce qui explique pourquoi le réseau terroriste de Bin Laden est abrité, en échange d’un important soutien financier, par l’Afghanistan, où il dispose de plusieurs camps d’entraînements terroristes, notamment à Kandahar.

Ainsi, l’Afghanistan et le Pakistan constituent l’une des zones clés de la nébuleuse salafiste, voire même d’une «Internationale islamiste» sunnite dont l’organisation d’Oussama Bin Laden, al Qaïda, semble être le cœur idéologique et opérationnel. Que la France interdise la burqa et les communiqués vengeurs d’al-Qaeda ne tarderont pas à tomber.

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Une image de la mort?

Il est temps de conclure cet article qui nous a emmené jusqu’en Afghanistan et au Pakistan. Revenons en France: la burqa dérange car elle est hors-contexte. Enfin, au-delà du fondamentalisme religieux et de l’asservissement des femmes, la dimension symbolique de la burqa suscite un autre malaise. Cette pièce de tissu nous renverrait-elle à nos peurs enfantines, quand on suivait à la télévision les méfaits de Belphégor, le fameux fantôme du Louvre? Pourquoi a-t-on peur de la burqa? Sans doute parce qu’elle exclut: elle érige une frontière infranchissable entre celles qui la portent, et qui sont dedans, et les autres, ceux qui sont dehors. Un peu comme cette frontière entre le monde des vivants et celui des morts. En dissimulant les visages, la burqa non seulement exclut l’individu mais le néantise. Et ces êtres humains sans visage, déshumanisés, nous renvoient à une certaine image de la mort. Pour Emmanuel LÉVINAS, [2] le visage est à la fois un appel au meurtre et l’injection de ne pas tuer: «le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps le visage est ce qui nous interdit de tuer». Ceux qui prônent la burqa ont-ils peur de cette vulnérabilité du visage qui pourrait les amener au meurtre? Ou, au contraire, en dissimulant le visage et en le néantisant, la burqa ne lève-t-elle pas l’interdiction de tuer? Toujours est-il que l’on peut, dans les deux cas, relier la burqa, et son image, à des pulsions violentes et morbides et à une certaine culture de la mort que la psychiatre d’origine syrienne Wafa SULTAN a décelée dans les mouvements radicaux islamistes.

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[1] LÉVI-STRAUSS Claude. Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955, 504 pages.

[2] LÉVINAS Emmanuel. Éthique et infini, Paris, Le Livre de poche, 1984, 120 pages.

Barack Obama, féru d’histoire?

Ce 4 juin, le président Barack OBAMA a tenu au Caire un important discours exprimant la position des États-Unis par rapport à l’islam. Extrait.

Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. C’est l’islam – dans des lieux tels qu’Al-Azhar -, qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au Siècle des Lumières en Europe. C’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes (Applaudissements) – c’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes que nous viennent l’algèbre, le compas et les outils de navigation, notre maîtrise de l’écriture et de l’imprimerie, notre compréhension des mécanismes de propagation des maladies et des moyens de les guérir. La culture islamique nous a donné la majesté des arcs et l’élan des flèches de pierre vers le ciel, l’immortalité de la poésie et l’inspiration de la musique, l’élégance de la calligraphie et la sérénité des lieux de contemplation. Et tout au long de l’histoire, l’islam a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l’égalité raciale. (Applaudissements)

Je sais aussi que l’islam a de tout temps fait partie de l’histoire de l’Amérique. C’est le Maroc qui fut le premier pays à reconnaître mon pays. En signant le traité de Tripoli en 1796, notre deuxième président, John Adams, nota ceci : « Les États-Unis n’ont aucun caractère hostile aux lois, à la religion ou la tranquillité des musulmans. »

Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les États-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servi le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique. Et, récemment, le premier Américain musulman qui a été élu au Congrès a fait le serment de défendre notre Constitution sur le Coran que l’un de nos Pères fondateurs, Thomas Jefferson, conservait dans sa bibliothèque personnelle. (Applaudissements)

On le voit: l’islam est ici magnifié. Barack OBAMA, qui se dit pourtant féru d’histoire“, ne tarit pas d’éloges sur la grandeur de l’islam, au risque de multiplier les inexactitudes et les erreurs. Il énumère ainsi tout ce que la civilisation occidentale doit à l’islam, jusqu’à citer l’invention de l’imprimerie, pourtant généralement attribuée au chinois Bi Sheng et à Gutenberg, et se fait applaudir lorsqu’il affirme que “l’islam a une tradition de tolérance“. Tant de démagogie autorise-t-elle le président des États-Unis à ignorer le statut traditionnel d’infériorité des chrétiens et des juifs en terre d’islam ou même les persécutions comme celles que subissent aujourd’hui les Chrétiens d’Irak? Dans son blog consacré à la géographie, Bruno JUDDE DE LA RIVIÈRE s’étonne du caractère approximatif de ce discours, notamment en ce qui concerne l’histoire des relations américaines avec le monde musulman:

Le passé est certes convoqué, mais un passé assez vague, auquel on se réfère au détour d’une phrase, sans soin ni précision. Je note au fil de la lecture. Le Caire est une ville essentielle pour l’Islam ; mais c’est en partie par l’importance de la basse vallée du Nil et plus directement par la proximité d’Alexandrie, entre les IIème et IVème siècles au moins, la première ville de la chrétienté naissante [...]. Un peu plus loin, on apprend que l’Islam a permis la Renaissance et les Lumières. Puis on saute du 11 septembre à Buchenwald et à la justification laborieuse de l’existence d’Israël. La situation des Palestiniens est jugée insoutenable : mais encore? Je ne m’arrête pas sur l’allusion à l’Andalousie Pendant l’Inquisition (comme référence d’Islam tolérant?), aux Etats-Unis grand pays musulman (sic.), ou au pays du Golfe comme modèles de développement harmonieux (…). Une allusion me fait sursauter. Que vaut l’appel à la défense des minorités religieuses si l’on évoque une Indonésie respectueuse des chrétiens! Dans l’archipel des Célèbes, et en particulier à Sulawesi, des centaines de chrétiens ont été récemment massacrés. Pour être tout à fait complet, Barack Obama aurait pu aussi parler des musulmans minoritaires en Chine communiste ou en Inde, et victimes d’ostracisme ou de persécution.

Le plus étonnant apparaît dans l’expression déroutante notre relation, à propos du dialogue nécessaire entre les Etats-Unis et le monde musulman. Je ne me prononce pas ici sur le fond, mais sur les références. Qu’un président des Etats-Unis cite le Maroc comme premier pays à reconnaître les Etats-Unis laisse pantois. Les Etats-Unis ont-ils à ce point besoin d’auxiliaire qu’ils ferment les yeux sur les régimes politiques et sur l’état des sociétés concernées? Ainsi, la France et le Royaume-Uni rétrogradent-ils au rang des connaissances éloignées, et non des amis proches. Mais le président américain ne s’arrête pas là. A trois reprises, il parle du Saint Coran et pas de la Sainte Bible. Certes, la formule étonne. Mais qu’en dit-il au juste si ce n’est des banalités entendues dans un cabinet de psy new-yorkais ? Pour progresser, il faut se parler et se comprendre.

Ainsi, au nom d’un rapprochement avec l’islam, dans ce discours qui exprime à la fois une “vision très irénique, démagogique même, de l’islam, mais aussi une fermeté nouvelle par rapport à Israël, comme l’a souligné Hervé COUTEAU-BÉGARIE dans une excellente analyse publiée cet été dans le nº206 du mensuel catholique La Nef,  Barack OBAMA se live à une réécriture de l’histoire :

Il est difficile d’aller plus loin dans l’écriture à sens unique de l’histoire : l’apport de Byzance est complètement effacé, la préservation d’une partie du savoir antique par le Moyen Âge occidental aussi; on pourrait offrir à Barack Obama les œuvres de Jacques Heers ou de Sylvain Gouguenheim. Quant à la tolérance tant vantée de l’islam, le moins que l’on puisse dire est qu’elle a connu de sérieuses éclipses, que les croisades ont été une réponse à un djihad qui n’était pas spécialement pacifique, que le statut de dhimmi dans les pays musulmans n’a rien de spécialement enviable et n’est guère conciliable avec les valeurs de liberté et d’égalité qui fondent l’Amérique.

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[mise à jour le 24 août 2009]

L’assèchement de la mer d’Aral

Cette semaine, Euronews a diffusé un reportage (ci-dessus) sur les violentes tempêtes de poussière qui sont apparues en Asie centrale avec l’assèchement de la mer d’Aral. On a tous vu les photos de ces carcasses de navires au milieu du désert: sans être morbide, cette catastrophe écologique a quelque chose de fascinant.

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Le PNUD avait publié en 2006 un rapport intitulé Au-delà de la pénurie: pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau, qui abordait le problème de la mer d’Aral. Les pays de la mer d’Aral, en Asie centrale, se sont rendu compte trop tard que la coopération transfrontalière sur la question de l’eau était absolument nécessaire. Depuis un demi-siècle, le détournement de l’eau au profit de la culture du coton au moyen d’un système d’irrigation inefficace a asphyxié la mer d’Aral, qui était alors, par la taille, le quatrième lac du monde. Dans les années 1990, elle recevait moins d’un dixième du flux qui l’atteignait précédemment — voire parfois rien.

Même après leur séparation de l’Union soviétique, les nouvelles républiques n’ont pas réussi à coopérer efficacement, persistant à mettre en place des plans d’extension de l’irrigation concurrents, sans tenir compte de leurs impacts en aval. La disparition de la mer a été une catastrophe, tant sur le plan social qu’écologique.

Le rendement du coton a chuté d’un cinquième depuis le début des années 1990 et la disparition des quatre cinquièmes des espèces de poissons a mis à mal une industrie de la pêche jadis florissante dans les provinces en aval. Les populations de Kzyl-Orda, au Kazakhstan, de Dashhowuz au Turkménistan et du Karakalpakstan en Ouzbékistan reçoivent une eau contaminée par des engrais et des produits chimiques, la rendant impropre à la consommation humaine ou à l’agriculture. Dans certaines régions, les taux de mortalité infantile s’établissent à 100 pour 1 000 naissances vivantes — taux supérieurs à la moyenne de l’Asie du Sud. Et près de 70 % des 1,1 million d’habitants que compte le Karakalpakstan souffrent de pathologies chroniques — maladies respiratoires, fièvre typhoïde, hépatite et cancers de l’œsophage.

Le cas de la mer Aral constitue une parfaite illustration de la non-coopération. Il met en évidence que l’usage qu’un pays en amont fait de l’eau a une incidence sur l’environnement et la qualité de vie d’un pays en aval et que la rétention d’eau à des fins d’irrigation ou de production d’énergie dans un pays donné restreint le débit disponible en aval pour l’agriculture et l’environnement dans un autre pays.

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Toutefois, comme le constate le Rapport, grâce à une évolution encourageante illustrant l’impact potentiel d’une coopération rationnelle, certaines nations de la mer d’Aral ont, au cours des dernières années, commencé à réparer certains des dommages causés en protégeant les bassins versants et en contrôlant le drainage des eaux de la mer d’Aral à l’aide de nouveaux barrages et canaux. Ces actions se sont traduites par une augmentation des niveaux d’eau, pour la première fois en une génération.

Aux dernières nouvelles, la mer d’Aral reprendrait timidement vie, pour le plus grand bonheur des pêcheurs kazakhs. Une pêche miraculeuse grâce à la construction en 2003 d’un barrage ainsi qu’une série de digues destinés à éliminer l’excès de sel et faire remonter le niveau de l’eau. Alors que les spécialistes avaient prévu que l’or bleu ne remonterait pas avant trois ans, en 2007 la petite mer avait déjà regagné 30 % de sa superficie, ce qui représente plus de 10 milliards de mètres cubes d’eau.

Cartes heuristiques au lycée

J’utilise de plus en plus les cartes heuristiques avec les élèves, notamment en géographie. Signalons l’excellent blog d’un collègue où sont présentées de nombreuses expériences de cartes heuristiques pour l’enseignement de l’histoire-géo au collège comme au lycée. Enfin, un article de Christel Brigaudeau, paru le 3 juin dernier dans Le Parisien, nous explique comment une classe de seconde expérimentale, à Dammarie-les-Lys, a adopté le mind mapping.

Ces lycéens qui apprennent en dessinant

Dessine-moi la Révolution… Impossible ? Au contraire. Conjuguer crayons et imagination pour mémoriser une leçon d’histoire, de maths ou d’anglais pourrait même devenir un réflexe chez les élèves récalcitrants au cours magistral et aux plans en six parties.
Couramment pratiquée dans les classes finlandaises, cette méthode d’apprentissage appelée « mind mapping » ou « carte heuristique », se développe discrètement en France.

Elle vient d’être appliquée cette année, parallèlement à d’autres innovations pédagogiques, dans la classe de seconde expérimentale du lycée Joliot-Curie à Dammarie-les-Lys. Le programme fera l’objet à la rentrée d’un très sérieux article dans une revue scientifique.
« Le principe consiste à écrire le sujet du cours au centre d’une feuille A 3 et de dessiner, comme un paysage, les idées afférentes avec des couleurs et des symboles qui parlent à notre imaginaire », explique Damien Roguiez. C’est ce professeur d’EPS qui, l’an dernier, a proposé d’enseigner le mind mapping aux adolescents de la classe expérimentale, tous arrivés du collège avec des lacunes et du découragement plein leur cartable.
Sur les 25 élèves, « la moitié s’est intéressée à la méthode, estime-t-il. Et entre sept et neuf l’utilisent désormais à fond. » Est-ce le bénéfice de la méthode ou de la classe expérimentale ? Ceux-là ont vu leurs notes grimper de deux ou trois points. « Et on met beaucoup moins de temps pour réviser, à peu près une demi-heure pour un cours », jure Stéphanie, une élève. Seul hic, selon elle : « Cela ne marche pas pour toutes les matières. »
Cette méthode repose sur l’imagination, ce qui rend les dessins compréhensibles par leur seul auteur. « Ce système d’écriture fait appel à l’hémisphère droit du cerveau, qui est le siège de l’espace et des sensations, alors que l’écriture linéaire traditionnelle n’utilise que la partie gauche, siège de la logique, affirme la psychologue clinicienne Isabelle Pailleau, responsable à Paris du pôle pédagogie de l’Ecole française d’heuristique (EFH). Bien utilisée, la carte sert à la fois à structurer la pensée et à faire jaillir de nouvelles idées. »

Manifestation d’Indiens en Amazonie: 45 morts

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Nous avons parlé récemment des tensions entre le gouvernement péruvien et les Indiens de l’Amazonie et l’on pouvait craindre le pire. Les événements ont en effet pris ce vendredi une tournure tragique et une dépêche de l’AFP, citée par le Figaro, nous apprend que des affrontements particulièrement violents ont fait au moins 45 morts et 109 blessés à Bagua, dans le nord du Pérou.

Manifestation en Amazonie : 45 morts

AFP 06/06/2009

Des Indiens d’Amazonie qui protestaient contre l’exploration gazière et pétrolière sur leurs terres ont affronté la police vendredi au Pérou, dans une région de jungle reculée. Les affrontements ont fait 20 morts parmi les policiers et au moins 25 parmi les manifestants.

On faisait dans un premier temps état de 11 morts dans les rangs des forces de l’ordre. Mais neuf autres policiers ont été tués lorsque l’armée a repris le contrôle d’une installation de la compagnie pétrolière étatique Petroperu, où les manifestants retenaient 38 policiers otages, a annoncé le ministre de la Défense Antero Florez.
Il a précisé, sur les ondes de la radio, que 22 policiers avaient été secourus et que sept étaient portés manquants.

Les journalistes n’ont guère accès à l’autoroute qui traverse la forêt amazonienne dans ce territoire lointain. Selon le chef de cabinet du gouvernement Yehude Simon, il y aurait en tout 109 blessés.

Le couvre-feu a été décrété vendredi soir dans la zone tandis que les autorités annonçaient 36 arrestations.

Ces violences politiques, les pires qu’ait connues le Pérou depuis des années, augurent mal de la poursuite des projets du président Alan Garcia, fervent avocat du développement des ressources naturelles du pays malgré les objections des autochtones.

Les incidents ont éclaté avant l’aube quand des policiers ont détruit un barrage routier construit par quelque 5.000 Indiens dans le secteur de Curva del Diablo, la Courbe du diable, dans la province d’Utcubamba (nord du Pérou).
Selon les dirigeants de la manifestation, la police a ouvert le feu depuis des hélicoptères sur les manifestants indiens pacifiques, tirant à balle réelles et lançant des gaz lacrymogènes. Dans la version du directeur national de la police, Jose Sanchez, ce sont les manifestants qui auraient assailli les policiers avec des armes à feu, et mis le feu à des bâtiments publics.

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De son côté, l’agence Associated Press ajoute:

Les Indiens d’Amazonie ont accusé le gouvernement de “génocide” à leur encontre, et déplorent, outre les 25 tués, parmi lesquels trois enfants, 50 blessés, dont 14 graves, d’après Servando Puerta, un leader indigène. Selon un dirigeant de l’association humanitaire Amazon Watch, les Indiens auraient désarmé des policiers, en situation de légitime défense. Le principal chef du mouvement indien, Alberto Pizango, a déclaré que les manifestants, sans armes, n’avaient pas pu tuer de policiers. Il a demandé l’intervention d’organisations de défense des droits de l’Homme avant de plonger dans la clandestinité: les autorités ont ordonné en effet son arrestation pour sédition.

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L’information est confirmée par la principale organisation d’indiens du Pérou, l’AIDESEP, mais aussi par ICRA International, par la Coordinadora Nacional de Derechos Humanos et par Amazon Watch:

Bagua, Peru (June 6, 2009) – In the early morning hours on Friday, Peruvian Special Forces staged a violent raid on a group of indigenous people at a peaceful blockade on a road outside of Bagua in a remote area of the northern Peruvian Amazon resulting in 25 civilians confirmed dead and more than 150 injured. Over 600 police attacked several thousand unarmed Awajun and Wambis indigenous peoples including many women and children and forcibly dispersed them using tear gas and live ammunition.

Dramatic photos (available on www.amazonwatch.org) of the attack show clearly the police brutally beating and shooting demonstrators at close range. At 2am police began to approach the demonstrators as they were sleeping along the Fernando Belaúnde Terry road. Demonstrators refused to move from the roadblock as police in helicopters fired teargas grenades and live ammunition. Eyewitnesses report that police also attacked from both sides firing live rounds into the crowd as people fled into surrounding steep hillsides, many becoming trapped. As the unarmed demonstrators were being killed and injured some wrestled with police, fighting back in self-defense, which resulted in the reported deaths of nine police officers.

In local radio reports the chief of police claimed that the indigenous demonstrators were armed and fired first. This claim has been strongly rejected by dozens of local eyewitnesses including local journalists who confirmed that Amazonian demonstrators have been entirely peaceful and only bear traditional spears and in no way provoked any violence. A point highlighted by the fact that the blockades have been going on for 56 days without a single incident.

Gregor MacLennan of Amazon Watch who is currently in Bagua gathering first hand testimonies from blockade participants, local journalists and residents stated: “All eyewitness testimonies say that Special Forces opened fire on peaceful and unarmed demonstrators including from helicopters, killing and wounding dozens in an orchestrated attempt to open the roads. It seems that the police had come with orders to shoot. This was not a clash, but a coordinated police raid with police firing on protesters from both sides of their blockade.”

“There have been many accounts of atrocities committed by the Special Forces. Some have reported seeing the police throwing liquid on the cadavers and burning them. Also local residents have given accounts of having seen police throwing bodies of dead civilians into the river in an apparent attempt to underreport the number of dead. We’ve also received accounts that some of those injured were being detained by security forces and denied medical attention leading to additional deaths. There are many people still reported missing and access to medical attention in the region is horribly inadequate.”

Peru’s Ombudsman’s office issued a strong statement yesterday demanding an end to the violence. Letters condemning the government’s actions are pouring in from thousands of Peruvians and international human rights activists and organizations. Today, Victoria Tauli-Corpuz, the chair of the Permanent Forum on Indigenous Issues of the United Nations issued a letter expressing “shock and deep distress at reports received of atrocities committed” and calling on the government to “Immediately cease all violence against indigenous communities and organizations.”

Indigenous peoples have vowed to continue protests until the Peruvian Congress revokes the “free trade” decrees issued by President Garcia under special powers granted by Congress in the context of the Free Trade Agreement with the United States.

In the past two weeks, the Constitutional Committee of Congress has ruled that legislative decrees 994 and 1090 were unconstitutional. The Peruvian Congress was scheduled to debate the revocation of decree 1090 again on Thursday, however, Garcia’s political party, for the third time, prevented the debate preferring instead to attack the peaceful blockades. The government Ombudsman office has filed a legal action with the constitutional tribunal regarding the unconstitutionality of decree 1064, which affects the land rights laws in Peru.

“Garcia has rejected several congressional debates on the decrees, opting for violent attacks and brute force that will only worsen this conflict. It is outrageous that the ministers are now attempting to blame the victims for this incident and cover up the number of indigenous people
dead,” said Gregor MacLennan.

The protests have provoked national debate about government policies in the Amazon that ignore indigenous peoples and encourage large-scale extractive industries in Amazonian lands. Indigenous peoples assert that new laws undermine their rights and open up their ancestral lands to private companies for mining, logging, plantations, and oil drilling without their consultation or consent.

AIDESEP, the national indigenous organization of Peru presented a legal petition yesterday for “precautionary measures” to the Inter-American Commission on Human Rights requesting intervention to prevent more bloodshed. Orders for the arrest of leaders of AIDESEP, including Alberto Pizango who is being charged with sedition, were put in effect on Friday.

A coalition of human rights and environmental organizations are urging the Garcia Government to stand down and cease violent confrontations by the military and calling for solidarity demonstrations at Peruvian Embassies around the world. There were demonstrations on Friday at the Peruvian Government missions in San Francisco and Washington, DC. More are planned next week.

AIDESEP, the national indigenous organization of Peru has called for a nationwide general strike starting June 11th.

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Catapa, une ONG belge présente dans le nord du Pérou, a publié sur son site des photos des manifestations tragiques.

http://www.flickr.com/photos/34173573@N08/sets/72157619302465028/show/

http://picasaweb.google.es/alboanformacion/EnfrentamientosEnPeruComunidadesIndigenesYPolicia#

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Nous ne pouvons que dénoncer l’usage de la violence et condamner la réaction du gouvernement péruvien. La revendication des peuples autochtones, qui exigent d’être associés aux décisions prises pour le développement de l’Amazonie péruvienne, est en effet tout-à-fait légitime.

Mémoires du 6 juin 1944

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J’ai passé toutes les vacances d’été de mon enfance en Normandie, à Saint-Aubin sur mer, dans le Calvados. Là, à l’âge de huit ans, j’avais été impressionné par les vestiges du débarquement: blockhaus, chars d’assaut, ruines du port artificiel d’Arromanches… Un jour de pluie, le cinéma du Casino projeta Le Jour le plus long que je pris comme un documentaire… C’était troublant de penser que sur ces plages où l’on jouait, des soldats étaient morts. C’est donc tout môme que je commençai à m’intéresser à cet évènement historique: j’essayais d’accumuler tous les documents possibles (cartes postales, prospectus des différents offices de tourisme de la côte, livres consacrés au débarquement) et, chaque été, je tenais un Cahier du débarquement où je faisais la synthèse de mes connaissances, dessinais les cartes des plages et dressais même le plan des blockhaus que j’avais explorés. Combien d’heures ai-je passées, plongé dans Le secret du Jour J de Gilles PERRAULT ou le Guide des plages du Débarquement de Patrice BOUSSEL! Saint-Aubin se trouve en secteur britannique et canadien, et nous avions l’habitude chaque été de faire un périple sur les plages du débarquement qui nous menait jusqu’à Utah Beach, en passant invariablement par la Pointe du Hoc, le cimetière américain de Colleville, ou encore les batteries allemandes de Longues-sur-mer. Ainsi, de 8 à 13 ans, en grandissant et au gré de mes lectures, ces Cahiers se perfectionnèrent: ils sont en quelque sortes mes premiers carnets de terrain!

On était dans les années 1970 et, à l’époque, les commémorations du débarquement étaient discrètes, réservées aux seuls anciens combattants. Aujourd’hui, et on le voit avec la venue du Président OBAMA, le 6 juin est l’occasion de grandes cérémonies qui ont pris avec le temps un caractère bien évidemment politique. Comment ces cérémonies reflètent-elles l’évolution de la mémoire du 6 juin?

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Charles DE GAULLE, quand il était président de la République, ne commémorait pas le 6 juin. En 1964, il n’est pas en Normandie pour le vingtième anniversaire du débarquement. En revanche, il célèbre en grande pompe le débarquement en Provence du 15 août 1944. Pourtant, à cette époque, on est déjà bien conscient de l’importance du débarquement et de nombreux ouvrages, tels ceux de Gilles Perrault et de Patrick Boussel cités précédemment, ont été publiés à l’occasion de ce vingtième anniversaire. En fait, pour les Gaullistes, qui privilégient une approche résistancialiste des évènements, le débarquement en Normandie est avant tout une opération américano-britannique. Les Français n’ont pas été associés à la préparation du débarquement et De Gaulle lui-même n’a été prévenu qu’après coup du début des opérations. De plus, peu de français ont débarqué le 6 juin: ils étaient exactement 177, formant le commando Kieffer, à Ouistreham, comme l’a raconté Gwenn-Aël BOLLORÉ dans un excellent bouquin également paru en 1964 et que je me souviens avoir dévoré alors que j’étais tout gamin [1]. Pour toutes ces raisons, le 6 juin 1944 ne faisait pas partie de la geste gaulliste et ne méritait donc pas d’être commémoré.

En 1974, Valéry GISCARD D’ESTAING, qui vient d’être élu président, ne se rend pas sur les plages du débarquement. L’axe franco-allemand est au coeur de la construction européenne et Giscard d’Estaing veut sans doute tourner la page et ménager l’Allemagne pour qui le débarquement est encore synonyme de défaite. Il faut attendre les années quatre-vingts et François MITTERRAND pour que le 6 juin devienne une date digne de commémoration avec un sens politique évident. Les cérémonies réunissent désormais des Chefs d’État de ce que l’on appelle encore le bloc de l’ouest et prennent l’allure d’une réunion de l’OTAN. Ce sont désormais la liberté et la paix que l’on célèbre et le Mémorial de Caen, inauguré en 1988, se situe dans cette logique. Le président CHIRAC va poursuivre dans cette voie. En 2004, il invite pour la première fois le chancelier allemand à assiter aux cérémonies. Gerhard SCHRÖDER, qui est né après la guerre, souligna la responsabilité historique de l’Allemagne dans la guerre et rendu hommage aux soldats alliés qui ont affronté les forces nazies le 6 juin 1944: “Nous connaissons notre responsabilité historique et nous la prenons au sérieux. […] L’Europe a appris sa leçon et particulièrement nous, Allemands, ne nous déroberons pas“. N’oublions pas que, rien qu’en Normandie, six cimetières militaires allemands abritent les corps d’environ 75 000 soldats allemands. Avec cette première invitation d’un chancelier allemand, le sens que l’on donne au 6 juin a aussi évolué: finalement, le débarquement va aussi libérer l’allemagne du nazisme.

Le cinéma a joué un rôle important dans la transmission de la mémoire de la Seconde guerre mondiale. Des films comme Le Jour le plus long (1962) puis Il faut sauver le soldat Ryan (1998) ont façonné l’image que l’on a du débarquement. Le film de Steven Spielberg, notamment, a contribué à américaniser cette mémoire du 6 juin. Quand on parle aujourd’hui du débarquement, ne pense-t-on pas avant tout aux soldats américains tombés à Omaha Beach? Ce n’est donc pas un hasard si cette année, alors qu’on a oublié d’inviter la Reine d’Angleterre, le président Barack OBAMA est la vraie star de ce soixante-cinquième anniversaire. L’article paru en fin d’après-midi sur le site du Monde va dans ce sens:

Obama salue la “bravoure” des forces alliées

Le président américain Barack Obama a salué, samedi 6 juin, la “bravoure” des forces alliées qui ont “changé le cours du XXème siècle”, à l’occasion des célébrations du 65è anniversaire du Débarquement en Normandie. M. Obama s’exprimait dans l’immense cimetière américain de Colleville-sur-mer, qui compte 9 387 tombes et domine la fameuse plage “Omaha Beach” où une partie des troupes alliées ont débarqué le 6 juin 1944.

Le 6 juin en Normandie est un passage presqu’obligé pour les présidents américains qui, depuis Jimmy Carter, ont tous participé à ces cérémonies officielles, à l’exception de George Bush père. “Amis et vétérans, ce que nous ne pouvons oublier – et ce que nous ne devons pas oublier –, c’est que le Débarquement a été un moment et un endroit où la bravoure et la générosité de quelques-uns ont permis de changer le cours du siècle entier”, a déclaré M. Obama. “Alors que le danger était maximum, dans les circonstances les plus sombres, des hommes qui se pensaient ordinaires ont trouvé en eux de quoi accomplir l’extraordinaire”, a-t-il ajouté, en regardant en direction des rangées de croix blanches marquant chaque tombe.

Pour le président Obama, le débarquement des forces alliées sur les plages de Normandie, le 6 juin 1944, a changé le cours de la seconde guerre mondiale et permis de libérer l’Europe occidentale du joug de l’Allemagne nazie. “On ne pouvait savoir alors que tant des progrès qui façonneraient le XXème siècle, sur les deux rives de l’Atlantique, découleraient de cette bataille pour un bout de plage long de 9 km seulement et large de 3 km”, a-t-il dit.

OBAMA “SYMBOLE DE L’AMÉRIQUE” POUR SARKOZY

“Si les Alliés avaient échoué ici, l’occupation de ce continent par Hitler aurait pu se poursuivre indéfiniment”, a déclaré M. Obama.
“Au lieu de cela, la victoire a permis de prendre pied en France. Elle a ouvert un chemin vers Berlin. Et elle a rendu possibles les réussites qui ont suivi la libération de l’Europe : le plan Marshall, l’Otan, et la prospérité et la sécurité partagée qui en ont découlé”, a ajouté le président américain.

Assistaient à la cérémonie le président Nicolas Sarkozy, les Premiers ministres canadien et britannique, Stephen Harper et Gordon Brown, le Prince Charles, ainsi qu’environ 200 vétérans. L’acteur américain Tom Hanks, héros du film “Il faut sauver le soldat Ryan” réalisé en 1998 par Steven Spielberg sur le Débarquement, était également présent.

Nicolas Sarkozy qui a longuement décrit le calvaire des “soldats trempés, grelottant de froid, malades” et “les morts et les blessés qui flottaient dans l’eau, portés par la marée”, a rendu un hommage personnel à M. Obama “symbole de l’Amérique (…) qui se bat pour la liberté, pour la démocratie, et pour les droits de l’homme”. Plus de trois millions de soldats, principalement américains, britanniques et canadiens, ont débarqué le jour J, entré dans l’histoire sous l’appellation “le jour le plus long”, et les semaines suivantes en France, occupée par l’armée allemande.

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[1] BOLLORÉ Gwenn-Aël, dit Bollinger. Nous étions 177, Paris, France-Empire, 1964, 268 pages.