L’assèchement de la mer d’Aral

Cette semaine, Euronews a diffusé un reportage (ci-dessus) sur les violentes tempêtes de poussière qui sont apparues en Asie centrale avec l’assèchement de la mer d’Aral. On a tous vu les photos de ces carcasses de navires au milieu du désert: sans être morbide, cette catastrophe écologique a quelque chose de fascinant.

aral_uzbekistan_unesco

Le PNUD avait publié en 2006 un rapport intitulé Au-delà de la pénurie: pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau, qui abordait le problème de la mer d’Aral. Les pays de la mer d’Aral, en Asie centrale, se sont rendu compte trop tard que la coopération transfrontalière sur la question de l’eau était absolument nécessaire. Depuis un demi-siècle, le détournement de l’eau au profit de la culture du coton au moyen d’un système d’irrigation inefficace a asphyxié la mer d’Aral, qui était alors, par la taille, le quatrième lac du monde. Dans les années 1990, elle recevait moins d’un dixième du flux qui l’atteignait précédemment — voire parfois rien.

Même après leur séparation de l’Union soviétique, les nouvelles républiques n’ont pas réussi à coopérer efficacement, persistant à mettre en place des plans d’extension de l’irrigation concurrents, sans tenir compte de leurs impacts en aval. La disparition de la mer a été une catastrophe, tant sur le plan social qu’écologique.

Le rendement du coton a chuté d’un cinquième depuis le début des années 1990 et la disparition des quatre cinquièmes des espèces de poissons a mis à mal une industrie de la pêche jadis florissante dans les provinces en aval. Les populations de Kzyl-Orda, au Kazakhstan, de Dashhowuz au Turkménistan et du Karakalpakstan en Ouzbékistan reçoivent une eau contaminée par des engrais et des produits chimiques, la rendant impropre à la consommation humaine ou à l’agriculture. Dans certaines régions, les taux de mortalité infantile s’établissent à 100 pour 1 000 naissances vivantes — taux supérieurs à la moyenne de l’Asie du Sud. Et près de 70 % des 1,1 million d’habitants que compte le Karakalpakstan souffrent de pathologies chroniques — maladies respiratoires, fièvre typhoïde, hépatite et cancers de l’œsophage.

Le cas de la mer Aral constitue une parfaite illustration de la non-coopération. Il met en évidence que l’usage qu’un pays en amont fait de l’eau a une incidence sur l’environnement et la qualité de vie d’un pays en aval et que la rétention d’eau à des fins d’irrigation ou de production d’énergie dans un pays donné restreint le débit disponible en aval pour l’agriculture et l’environnement dans un autre pays.

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Toutefois, comme le constate le Rapport, grâce à une évolution encourageante illustrant l’impact potentiel d’une coopération rationnelle, certaines nations de la mer d’Aral ont, au cours des dernières années, commencé à réparer certains des dommages causés en protégeant les bassins versants et en contrôlant le drainage des eaux de la mer d’Aral à l’aide de nouveaux barrages et canaux. Ces actions se sont traduites par une augmentation des niveaux d’eau, pour la première fois en une génération.

Aux dernières nouvelles, la mer d’Aral reprendrait timidement vie, pour le plus grand bonheur des pêcheurs kazakhs. Une pêche miraculeuse grâce à la construction en 2003 d’un barrage ainsi qu’une série de digues destinés à éliminer l’excès de sel et faire remonter le niveau de l’eau. Alors que les spécialistes avaient prévu que l’or bleu ne remonterait pas avant trois ans, en 2007 la petite mer avait déjà regagné 30 % de sa superficie, ce qui représente plus de 10 milliards de mètres cubes d’eau.

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