Minority Report

SPAIN -BASQUE-PROTEST

Plusieurs milliers de personnes ont défilé à Saint Sébastien pour dénoncer l'arrestation de dix dirigeants de Batasuna

Des dizaines de milliers de personnes ont répondu à l’appel des différents syndicats et partis nationalistes basques, et ont défilé aujourd’hui à Saint Sébastien pour protester contre les arrestations cette semaine de dix dirigeants de Batasuna, le parti de la gauche abertzale illégalisé en 2003.

Des dirigeants de Batasuna, dont le leader indépendantiste Arnaldo OTEGI et l’ancien secrétaire du syndicat LAB Rafael DIEZ USABIAGA, ont été arrêtés hier vendredi sous prétexte qu’ils projetaient la création d’un nouveau parti qui n’aurait pas condamné la violence d’ETA. Cette nouvelle opération policière a été vivement critiquée dans les milieux indépendantistes, mais aussi par le puissant Parti nationaliste basque (PNV, centre droit), qui ont dénoncé son caractère “politique”.

Un peu comme dans le film de SPIELBERG inspiré de Philip k. DICK, le juge Garzon anticipe les crimes et, tel un precog, soupçonne les dirigeants de l’ex Batasuna de vouloir reconstruire  leur parti en “suivant les instructions” du groupe armé ETA. Le quotidien El País nous dit que l’objectif de cette nouvelle formation était de créer un front unitaire des nationalistes basques:

Garzón detalla en un auto de 55 páginas que Otegi, como máximo responsable de Bateragune, la nueva organización con la que supuestamente se iba a sustituir la ilegalizada Batasuna, pretendía “facilitar los contactos y aproximaciones con formaciones o agentes políticos y sociales soberanistas o independentistas que se muestren contrarios a la violencia y que exijan su cese como requisito para continuar, si bien la actividad violenta continúa en el resto de España”.

Finalement, et c’est paradoxal, ce sont ces arrestations qui ont réussi à réunir toutes les mouvances politiques et syndicales du nationalisme basque… Cette manifestation a en effet réuni, pour la première fois depuis la fermeture du quotidien Egunkaria, l’ensemble du mouvement politique et syndical abertzale ainsi qu’Ezker Batua (Izquierda Unida, composé du Parti Communiste Espagnol et des écologistes) qui ont dénoncé ensemble cette nouvelle action judiciaire comme un «obstacle à la paix».

Le ministre de l’intérieur espagnol,  Alfredo PEREZ RUBALCABA, quant à lui, avait averti mercredi que Madrid exercerait une forte pression sur la mouvance radicale basque tant que l’ETA exercerait la violence.

Petite leçon d’ethno-mycologie

Octobre2009

Mon beau-père est en train de m’initier aux joies de la cueillette des champignons. Je dois avouer que je n’y connaissais rien. En une matinée, dans ces forêts de chênes qui couvrent les reliefs marquant la frontière entre le Gipuzkoa et l’Alava, nous avons ramassé plusieurs kilos de bolets. L’occasion de relire ensuite ce court article de Claude LÉVI-STRAUSS qui date 1958 et que L’Express a publié en 2003:

À la chasse aux champignons

Par Claude Lévi-Strauss, le 15/05/2003

Nous croyons tous, ou presque, être amateurs de champignons. Paris a donné son nom à la seule espèce européenne cultivée, le champignon figure à nos menus, c’est une «garniture» prescrite de la cuisine d’apparat. Pourtant, interrogez autour de vous, demandez à vos amis le nombre d’espèces connues et consommées par eux: ils vous parleront du champignon de Paris, du cèpe, de la girolle, de la morille, de la truffe. Bien rares ceux qui iront au-delà.

Cette attitude timorée envers les champignons n’est pas seulement, comme on pourrait croire, l’effet d’une sage prudence. Les spécialistes estiment qu’une seule espèce de champignon – l’amanite phalloïde – est mortelle. La méfiance pour des espèces qui nous sont inconnues, le fait même que celles-ci soient infiniment plus nombreuses que les autres, avec quelle satisfaction l’ethnologue reconnaîtrait là, solidement implanté dans l’inconscient de ses contemporains et justifié par toutes sortes d’arguments prétendus rationnels, un tabou du même type que ceux dont il va faire à grands frais l’étude, chez les indigènes d’Australie ou de Nouvelle-Guinée!

Telle est, justement, la thèse soutenue par V. P. et R. G. Wasson, dans un monumental ouvrage, somptueusement présenté et illustré, tiré à quelques centaines d’exemplaires, et dans lequel ils posent les fondements d’une nouvelle étude anthropologique: l’ethno-mycologie (1).

M. Wasson est un Américain de vieille souche; sa femme est russe de naissance. C’est donc au sein de leur ménage qu’ils ont découvert la ligne de démarcation qui divise, selon eux, l’humanité tout entière; car – pour employer leur langage – si les Slaves sont mycophiles, les Anglo-Saxons, eux, sont mycophobes. Plusieurs chapitres de leur ouvrage sont consacrés aux champignons dans la littérature russe et anglaise. Les enfants russes apprennent des poèmes sur les champignons; une des plus touchantes scènes d’Anna Karénine se situe pendant une cueillette de champignons; Lénine lui-même manqua un train, à cause de cèpes trouvés en chemin. Quel contraste avec Darwin, cité par nos auteurs, qui semble avoir remarqué pour la première fois, en visitant la Terre de Feu, que les champignons pouvaient jouer un rôle dans l’alimentation humaine! Mais aussi, c’est une fille de Darwin qui avait les champignons en telle exécration qu’elle revêtait un uniforme spécial pour chasser (à l’odorat, car ils sentent fort) certains d’entre eux – de l’espèce Phallus impudicus – et les incinérer dans le foyer de son salon, portes closes: «Afin, disait-elle, de ménager la vertu des servantes.»

Voilà de quoi réjouir l’esthète. Quant au moraliste, il s’interrogera sur l’étrange coïncidence entre pays mycophiles et pays mycophobes d’une part, ceux du pacte Atlantique et du pacte de Varsovie de l’autre. N’est-il pas curieux, de ce point de vue, que les deux pays les plus mycophiles d’Europe occidentale (bien que très loin derrière la Russie) soient la France et l’Italie, où l’extrême gauche est particulièrement puissante? Qu’en Espagne même, la forteresse de la mycophilie soit justement la Catalogne? Quel beau rêve, pour l’ethnologue et le préhistorien, d’imaginer que les frontières politiques et idéologiques du monde moderne se modèlent encore sur le contour de failles, recoupant les civilisations depuis des millénaires! Gobineau serait comblé; mais Marx aussi pourrait y trouver son compte, puisque le parti des hommes, pour ou contre les champignons (qui subsistent dans l’économie moderne, comme un des derniers produis sauvages objet de collecte et de ramassage), n’est pour l’humanité qu’une des façons, moins insignifiante qu’il ne semble, de choisir et d’exprimer le type de rapports qu’elle entretient avec la nature, et le monde.

(1) Mushrooms, Russia and History, par V. P. Wasson et R. G. Wasson: 2 vol., Pantheon Books, New York, 1957.

Le PNUD, qui veut ouvrir les frontières aux migrants, est-il ultra-libéral ?

Les migrations internationales (Source: PNUD)

Les migrations internationales (Source: PNUD)

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) veut ouvrir les frontières aux migrants. Il vient de publier son Rapport qui est consacré cette année à la mobilité humaine. Son titre, Lever les barrières : mobilité et développement humains, est sans équivoque: pour le PNUD, les migrations internationales doivent  être encouragées car elles permettent aux migrants d’améliorer leurs revenus tout en leur garantissant un meilleur accès aux services de santé et, pour leurs enfants, à l’éducation. «La migration est une force sur laquelle il faut compter, qui peut contribuer de manière significative au développement humain», a résumé Helen CLARK, l’administratrice du PNUD. Un bel exemple de discours immigrationniste.

Le Rapport du PNUD, qui invoque la liberté de pouvoir vivre là où l’on souhaite, préconise la suppression de tout ce qui peut entraver la mobilité humaine. Il tente de nous démontrer que la migration peut améliorer le développement humain pour les personnes migrantes, pour les communautés d’accueil et celles de départ.

En fait, en intégrant la migration dans les stratégies de développement des pays d’origine, ce rapport est un aveu d’échec. Il signifie que le PNUD n’a pas réussi, depuis sa création en 1966, à éradiquer le sous-développement. Finalement, pour les habitants des pays sous-développés, migrer serait donc la seule perspective de développement! Il suffisait d’y penser: on renonce aux politiques locales de développement, on déplace les pauvres vers les pays riches et, comme par enchantement, les problèmes des pays pauvres seront réglés… Sans voir que cela ne fait que déplacer le problème: déplacer les populations vers l’Europe, c’est accroître les besoins en matières premières de celle-ci et augmenter la pression de celle-ci sur le reste du monde.

À la mise en place de véritables politiques de développement, on préfère donc encourager la migration des pauvres vers les pays riches en espérant qu’ils enverront de l’argent à ceux qui sont restés. L’Institut de Recherche pour le Développement avait déjà abordé cette thématique en juin dernier. Chaque année, les 200 millions de migrants internationaux envoient plus de 160 milliards de dollars vers les pays du sud: c’est un montant trois fois supérieur à l’aide publique au développement. L’IRD semble émettre des réserves sur la réelle efficacité de ces transferts d’argent:

Ces transferts d’argent constituent une importante ressource pour bon nombre de pays, comme la Turquie, l’Egypte ou encore le Maroc où ils sont supérieurs aux revenus du tourisme. Mais ces financements depuis l’étranger mettent sous perfusion la société d’origine sans véritablement créer de dynamique interne. Les observateurs affirment souvent que cet argent ne contribue pas à la croissance économique et qu’il est dilapidé en dépenses somptuaires.

Dès la présentation du rapport du PNUD, les médias ont essayé de nous convaincre de son bien-fondé, en soulignant qu’il s’agit d’un véritable réquisitoire contre les politiques anti-immigratoires. Ainsi, Le Monde a publié une interview de Catherine WIHTOL DE WENDEN, directrice de recherche au Centre d’études et de recherches internationales, qui vient de publier La Globalisation humaine (PUF)  et qui estime que les gouvernements font fausse route en privilégiant une approche sécuritaire de l’immigration:

“L’Europe s’accepte mal comme terre d’immigration”

Pourquoi peut-on parler de globalisation des migrations ?

Presque toutes les régions du monde sont désormais concernées soit par le départ, soit par l’accueil, soit par le transit. C’est une révolution considérable. Depuis moins de vingt ans, le monde est entré en mouvement. Mais cette période de mobilité généralisée ne traduit pas nécessairement une migration de peuplement. Beaucoup de migrants aspirent à s’installer dans la mobilité comme mode de vie. La mobilité est valorisée pour les plus qualifiés, les plus riches, mais les pauvres y aspirent aussi. Les gens n’acceptent plus la fatalité d’être nés dans un pays pauvre, mal gouverné, soumis à des aléas climatiques…

En quoi cela oblige-t-il les sociétés à évoluer ?

Ce phénomène touche au vivre ensemble, c’est-à-dire à la définition même de la citoyenneté. Les pays européens font depuis peu l’expérience de ce multiculturalisme, qui a conduit les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie à redéfinir leur citoyenneté dans les années 1960. Le vivre ensemble est une des grandes questions du XXIe siècle : toutes les sociétés vont être concernées par la migration.

C’est vrai aussi au Sud : le Maroc, le Mexique, la Turquie sont toujours des pays de départ mais sont aussi devenus des pays d’accueil et de transit. Il y a un brouillage du statut des pays, mais aussi des catégories de migrants. Au cours de sa vie, une même personne peut être sans-papiers, travailleur qualifié, réfugié…

Pourquoi cette évolution est-elle si douloureuse en Europe ?

L’Europe a du mal à s’accepter comme continent d’immigration. Elle n’a toujours pas intégré qu’elle est devenue une région d’accueil, parce qu’elle a été longtemps une région de départ. Tout d’un coup, elle devient une terre non seulement d’immigration – elle l’a été depuis la seconde guerre mondiale -, mais de peuplement. Les immigrés deviennent constitutifs de la population des pays européens. Il y a un sentiment dans certaines franges de l’opinion que l’Europe perd son identité. L’immigration est vécue de façon défensive, d’où la crispation sur le contrôle des frontières, les clandestins, etc.

Pourtant, le PNUD affirme que la migration profite aux Etats…

Oui, c’est ce que toutes les études montrent. Mais les pays ne sont gagnants qu’à condition que les migrants aient un statut, qu’ils payent des cotisations sociales, consomment, envoient de l’argent à leurs proches… et non qu’ils se cachent toute la journée. Or actuellement, dans la plupart des pays développés, les moins qualifiés, ceux qui ont les métiers les plus pénibles, sont des sans-papiers.

Il est urgent de développer un statut du migrant. Cela manque terriblement dans le monde d’aujourd’hui. Les mobilités ne sont pas accompagnées, elles sont entravées. En matière de santé, d’environnement, les gouvernements écoutent l’avis des spécialistes. Les migrations sont le seul domaine où les Etats font systématiquement le contraire de ce que préconisent tous les experts !

Un droit universel à la mobilité est-il possible ?

Cela progresse. C’est une diplomatie parallèle, menée par les Nations unies à travers le forum mondial sur la migration et le développement, qui se réunira pour la troisième fois à Athènes en novembre. On met autour de la table les pays d’accueil, jusqu’ici seuls décideurs des politiques migratoires, mais aussi les pays de départ, le patronat, les syndicats, les ONG… La convention des Nations unies sur les droits des travailleurs migrants n’a été signée que par quarante Etats, tous du tiers-monde. Les pays d’accueil ont beaucoup de mal à accepter qu’un socle commun s’impose à eux, comme en matière de climat.

N’est-ce pas parce que ce droit à la mobilité remet en cause le modèle de l’Etat nation ?

Si, tout à fait. Le grand perdant de cette mobilité, c’est l’Etat, dans sa tentative d’imposer sa souveraineté sur le contrôle des frontières, sur la définition de l’identité nationale. Les gouvernements résistent très fortement, confortés par leurs opinions publiques les plus conservatrices. Dans le durcissement récent des politiques migratoires, il y a l’effet de la crise économique, bien sûr, mais aussi le fait qu’on considère les migrations d’abord comme une question sécuritaire. On criminalise la migration, au détriment de l’approche économique et sociale qui prévalait auparavant.

Propos recueillis par Grégoire ALLIX

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Affiche de mai 68

Affiche de mai 68

Passons sur le fait que ces “experts” qui prônent l’ouverture des frontières oublient que les pays européens sont des démocraties et que c’est finalement le peuple qui décide. La logique qui est défendue, qui nie les frontières et les particularités culturelles, est clairement économique. Le modèle de l’État-nation est ici remis en cause par l’idéologie immigrationniste, ce qui n’est pas d’ailleurs sans rappeler certaines affiches de mai-68: «Travailleurs français/immigrés : Unis» ou encore «Frontière=répression». Paradoxalement, ce discours se fait pour le plus grand profit du capitalisme et des multinationales! L’immigration est en effet une aubaine: les industriels y trouveront une main-d’œuvre bon marché leur permettant de pratiquer une «délocalisation à domicile»; les bourgeoises, telles Helen Clark ou Catherine Wihtol de Wenden, y trouveront du personnel de maison à bas coût (sans parler de leurs époux qui disposeront de chair toujours fraîche à rémunérer en échange de services sexuels).

D’un revers de main, on évacue les problèmes qui se posent aux migrants dans leur pays d’accueil: la difficulté de s’intégrer, de trouver un travail, mais aussi le logement dans des quartiers  dégradés, l’économie souterraine et tous les trafics que cela suppose, enfin le sentiment d’être déraciné et de ne pas être accepté. De plus, comme Malika SOREL l’explique dans Le puzzle de l’intégration [1], les flux migratoires, s’ils ne sont pas maîtrisés, compromettent tout espoir d’insertion des populations issues de l’immigration qui sont déjà en France.

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Les migrations internationales en 2000 (Source: Science Po)

Les migrations internationales en 2000 (Source: Science Po)

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Alors? Abolir les frontières à seules fins de satisfaire le pouvoir économique? On l’a compris: le PNUD se situe ici dans une logique que l’on pourrait qualifier d’ultra-libérale! Il défend cette mondialisation qui encourage la libre circulation des capitaux, des marchandises, des services mais aussi de l’homme. La négation des frontières n’est-elle pas en effet un préalable au grand marché mondial? Le rapport du PNUD réjouira donc les partisans de la mondialisation à marche forcée et les adeptes du libre-échange généralisé. Enfin, en encourageant les flux migratoires, ce discours ne sera-il pas jugé par nos descendants aussi sévèrement que les discours jadis des esclavagistes et des colonialistes? Comme pour les Traites Négrières, c’est la logique économique qui nous amène à vider les pays en développement de leurs forces vives, les condamnant ainsi à rester sous-développés. Comme pour la colonisation, ces déplacements de population, qui ont les mêmes objectifs que Jules Ferry décrit dans son discours du 28 juillet 1885, à savoir trouver des débouchés économiques, vont entraîner leur acculturation. Cela rejoint ce que Claude LÉVI-STRAUSS, soucieux de préserver la diversité culturelle du monde, avait expliqué à l’UNESCO dès 1971 dans le texte Race et culture [2]: dans le contexte d’une explosion démographique à l’échelle mondiale, si l’on veut éviter une uniformisation culturelle,  il est nécessaire de limiter les échanges et de maintenir des barrières.

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Pour conclure, j’ai bien conscience qu’il est difficile d’aborder la problématique des flux migratoires, surtout si l’on remet en question le discours immigrationniste qui prétend que l’immigration est un phénomène à la fois inéluctable et positif: on marche alors sur des charbons ardents. Comme l’a écrit le directeur de recherche au CNRS Pierre-André TAGUIEFF dans un article publié en 2006 dans Le Figaro [3], le débat est d’avance biaisé: «Si vous refusez l’ouverture totale des frontières et la régularisation de tous les sans-papiers qui en font la demande, alors vous êtes mû par la peur de l’autre, vous êtes atteint par le virus de la xénophobie ou du racisme». En effet, sur le thème de l’immigration, toute voix discordante est vite diabolisée par les bien-pensants. L’amalgame avec l’extrême-droite est automatique et l’on essaiera de vous disqualifier en brandissant le soupçon de racisme . On tombe alors dans ce manichéisme qui empêche tout débat raisonnable en France depuis trente ans, comme s’il fallait absolument choisir entre l’angélisme immigrationniste prônant le «tout-immigration» et la xénophobie anti-immigrés réclamant une «immigration-zéro». Pour Pierre-André TAGUIEFF, “le grand chantage des bien-pensants interdit de poser correctement les problèmes liés à «l’immigration» et pousse à la fuite dans l’utopisme aux mains pures“.

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[1] Malika SOREL, Le puzzle de l’immigration, Paris, Mille et une nuits, 2007, 272 pages.

[2] Claude LÉVI-STRAUSS. Race et histoire, Race et culture, Paris, Albin Michel, 2002, 182 pages.

[3] Pierre-André TAGUIEFF, “L’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants”, in Le Figaro, 9 mai 2006. La version complète de cette tribune est disponible ici.

Les joies du communautarisme

C’est comme s’ils trouvaient normal d’être homophobes. Ils sont eux-mêmes victimes de racisme et ils ne se rendent pas compte qu’ils stigmatisent“. Je dois avouer que cette information parue hier dans L’Express m’a bien fait rire:

Un match de football annulé pour cause d’homophobie

Par LEXPRESS.fr avec Reuters, publié le 06/10/2009

Le club de foot Créteil Bébel a refusé de disputer un match contre le Paris Foot Gay… parce que certains de ses membres sont homosexuels. Une décision qui choque les associations de lutte contre le racisme.

Des associations se sont émues ce mardi du refus d’une équipe musulmane de Créteil de disputer une rencontre avec le Paris Foot Gay (PFG) sous le seul motif que certains de ses membres sont homosexuels.

Le PFG se réserve le droit de porter l’affaire en justice si les membres du club de la banlieue parisienne persistent dans leur attitude, rappelant que l’homophobie est passible en France de poursuites pénales au même titre que le racisme. “On avait déjà reçu des insultes mais ça, ça n’était jamais arrivé“, a dit ce mardi Pascal Brethes, président et co-fondateur du PFG.

Le club raconte avoir reçu de la part du Créteil Bébel à la veille de la rencontre, prévue dimanche, le mail suivant : “Désolé mais, par rapport au nom de votre équipe et conformément aux principes de notre équipe, qui est une équipe de musulmans pratiquants, nous ne pouvons jouer contre vous, nos convictions sont de loin plus importantes qu’un simple match de foot, encore une fois, excusez-nous de vous avoir prévenu si tard“.

Une position confirmée au micro de France Bleu par l’un des responsables du Créteil Bébel, Zahir Belgarbi.”Moi en tant que musulman, j’ai quand le même le droit de ne pas vouloir jouer contre des homosexuels parce que je n’adhère pas à leurs idées“, a-t-il déclaré. Des propos dont “le ton, pas haineux du tout“, choquent le président du PFG. “C’est comme s’ils trouvaient normal d’être homophobes“, souligne Pascal Brethes. “Ils sont eux-mêmes victimes de racisme et ils ne se rendent pas compte qu’ils stigmatisent“.

Créé en 2003, le PFG, qui compte une quarantaine de membres, est une association qui milite contre l’homophobie dans le football. “Ce n’est pas un club communautariste. Il y a des beurs, des noirs, des juifs, des homos, des hétéros, la sexualité n’est en aucun cas la critère de recrutement. L’important, c’est l’ouverture d’esprit“, explique Pascal Brethes. “Le Créteil Bébel n’aurait jamais refusé de jouer contre nous si on s’était appelés Paris Foot Liberté ou je ne sais quoi“, souligne-t-il.

Cet incident “est représentatif d’une homophobie ordinaire“, déplore Carine Bloch, vice-présidente de la Licra. Présidente de la commission Sports de l’organisation de défense des droits de l’homme, elle s’inquiète d’une montée du communautarisme dans la société en général, et le sport en particulier. “Dans les centres de formation par exemple, certains se regroupent par communautés, sans avoir des idées intolérantes. Il y a les “pas de porc” à une table, ceux qui mangent du porc à une autre“, raconte-t-elle. “Cela me préoccupe parce que la force du sport c’est de permettre une égalité des chances qui n’existe pas ailleurs“. “Ce n’est pas du tout notre modèle républicain“, a-t-elle ajouté.