Thailande : 4000 Hmong expulsés vers le Laos

Des militaires thaïlandais surveillent l'expulsion de milliers de réfugiés hmong vers le Laos, le 28 décembre. AFP/ROYAL THAI ARMY

Des militaires thaïlandais surveillent l'expulsion de milliers de réfugiés hmong vers le Laos, le 28 décembre. AFP/ROYAL THAI ARMY

Ce 28 décembre, une dépêche de l’agence Reuters nous apprend que la Thaïlande vient d’expulser vers le Laos plus de quatre mille membres de l’ethnie Hmong, une ethnie minoritaire d’Asie du Sud-Est. Un acte unanimement condamné par la communauté internationale. Dans un communiqué, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, qui s’est dit profondément consterné, a indiqué que le refoulement «mettrait en danger la protection des réfugiés». Il a notamment appelé le gouvernement thaïlandais à suspendre cette expulsion et à fournir des détails sur les assurances reçues de la part du Laos.  En effet, les Hmong risquent d’être soumis à de mauvais traitements de la part du gouvernement communiste laotien et ont à ce titre besoin d’une protection internationale.

La tragédie des Hmong est celle d’un peuple entraîné dans les tourments de l’histoire et dans des conflits qui ne le concernaient pas. Les Hmong luttèrent d’abord au côté des Français pendant la guerre d’Indochine puis, durant la guerre froide, alors que les États-Unis se battaient au Vietnam, ils furent recrutés par la CIA pour combattre la présence des soldats vietnamiens au Laos, notamment le long de la fameuse piste Ho Chi Minh. En 1975, lorsque le parti communiste du Pathet Lao prit le pouvoir au Laos, certains Hmong refusèrent de fuir et tentèrent de résister: la répression fut alors terrible et la République populaire du Laos, appuyée par le Vietnam, n’hésita pas  à utiliser contre eux des armes chimiques. Suite à la  “guerre des collines” (1987-1988), un conflit frontalier opposant le Laos à la Thaïlande, la résistance Hmong déclencha en décembre 1989 une offensive d’envergure qui libéra plusieurs villages de la province de Sayaboury et qui aboutit à la formation d’un gouvernement provisoire. C’était bien évidemment inacceptable pour le gouvernement laotien qui fit bombarder en mai 1990 la province de Sayaboury à l’arme chimique et qui créa par décret en 1994 la zone spéciale de Saysomboun, zone de non-droit où les militaires se livrent à un véritable génocide. En octobre 2007, une question à l’Assemblée nationale du député Jean-Pierre ABELIN (Nouveau Centre) attirait l’attention sur la difficile survie du peuple Hmong au nord du Laos:

C’est une véritable extermination à laquelle la communauté internationale assiste sans réaction. Alors que cette ethnie comptait plus de 8 000 membres en 1989, ils n’étaient plus que 4 000 en 2000 et moins de 800 en 2004.

Il rappelait par la même occasion que la France avait une dette morale envers les Hmong  puisqu’elle les abandonna à leur sort après les accords de Genève sur l’Indochine en juillet 1954, sans même les informer de la fin des combats:

Les Hmongs n’ont jamais failli à leurs engagement après s’être rangés aux côté des Français, dès le début de l’occupation japonaise en 1940. Jusqu’en 1954, ils participèrent aux combats contre les forces viêt-minh. Peu de temps avant la chute de Diên Biên Phu, une troupe de 2000 partisans décida seule d’aller à marche forcée porter secours aux assiégés.

De 1998 à 2000, des manifestations mais aussi des raids dans la région de Xieng Khouang sont les derniers soubresauts de la résistance Hmong.  Fin 2004, les derniers Hmong parviennent à fuir en Thaïlande où ils sont parqués dans de véritables camps de prisonniers: désormais soucieuse d’entretenir de bonnes relations avec le Laos, la Thaïlande ne leur accorde pas le statut de réfugiés mais celui d’immigrant économique illégal. Ainsi, environ huit mille Hmong sont enfermés dans ces camps, dans la province de Phetchabun, depuis parfois plus de trente ans.

Les expulsions des Hmong réfugiés en Thaïlande ont débuté il y a trois ans et doivent prendre fin ce 31 décembre en vertu d’un accord signé en 2007 entre les deux Etats. Le Laos affirme avoir préparé des “abris temporaires” mais l’avenir des Hmong demeure incertain. On peut d’autant plus craindre de graves atteintes à leurs droits les plus élémentaires que les journalistes et les inspecteurs du HCR sont tenus à l’écart. Selon les militaires qui supervisent l’opération, les médias ont été tenus à l’écart pour éviter que des Hmong ne tentent “d’attirer l’attention sur leur statut en [se] mutilant”. Depuis deux ans, les journalistes n’ont pas accès aux camps. En mai, Médecins sans frontières, principale ONG venant en aide aux Hmong, s’était retiré du site après avoir dénoncé le traitement qui leur était infligé.

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Sur le web, on trouvera des informations sur les Hmong sur le forum de la communauté Hmong francophone et sur ce site consacré à l’ethnologie. Des articles dénonçant les expulsions et la situation préoccupante des Hmong ont été publiés ces derniers jours par Koz, par ICRA et sur le site du HCR. Le Monde a également mis en ligne un portfolio sonore où l’on entend la présidente de Médecins Sans Frontière s’inquiéter du sort réservé aux Hmong.

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[Mise à jour le 5 janvier 2010]

Procès stalinien pour Pie XII ?

En histoire, les choses ne sont jamais simples. Je suis huguenot, cela fait trente ans que je me réjouis à l’écoute cette chanson anti-papiste des Damned (vidéo ci-dessus) et je vais maintenant prendre la défense de Pie XII dans la polémique qui enfle à propos de sa probable béatification par Benoît XVI. Un comble. D’autant plus que je n’en ai rien à foutre de cette béatification: après tout, ce genre de chose, ça regarde les catholiques. Mais voilà: dans la presse, en France comme en Espagne, et sur internet, les bien-pensants, qui voient là l’occasion de s’en prendre à l’Église catholique, crient au scandale: à leurs yeux, Pie XII n’aurait pas clairement dénoncé le nazisme et son silence, alors qu’on exterminait les Juifs, serait la preuve qu’il était le “Pape d’Hitler”. Cette thèse, qui veut nous faire croire que le Pape était l’allié des nazis, a connu un regain de popularité avec “Amen” (2002), le film de COSTA-GAVRAS. Aujourd’hui, les donneurs de leçons la reprennent avec d’autant plus de hargne qu’ils n’oublient jamais de rappeler dans leurs diatribes que Benoît XVI fut membre des jeunesses hitlériennes. Ne se rendent-ils pas compte qu’en utilisant toujours les mêmes clichés, ils nous donnent la preuve de leur inculture historique? Voyons ici ce que cache cette polémique.

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Interrogé par Le Point, l’historien Serge KLARSFIELD, fondateur de l’association “Les fils et filles des déportés juifs de France“, dit que la décision de béatifier Pie XII ne [le] choque absolument pas:

Serge Klarsfeld : “Il n’y a aucune raison pour que Pie XII ne devienne pas saint”

lepoint.fr : Que pensez-vous de la prochaine béatification de Pie XII ?
Serge Klarsfeld : C’est une affaire interne à l’Église ! Je pourrais presque dire que cette décision me laisse assez indifférent. Il n’y a aucune raison pour que Pie XII ne devienne pas saint ! En revanche, une chose me heurte davantage : la publication des lettres antisémites de Céline dans La Pléiade, chez Gallimard. Même si Louis-Ferdinand Céline est considéré comme un génie littéraire, je trouve cela choquant. Et puis, si l’on parle beaucoup de Pie XII, pourquoi ne regarde-t-on pas aussi le général de Gaulle ? Il est considéré comme un saint en France ! Eh bien, lors de l’été 1942, après la rafle du Vel’ d’hiv, le général de Gaulle n’a pas élevé la voix. Pourtant, par la suite, de nombreuses autres rafles ont suivi, menées uniquement par des uniformes français et organisées par l’administration préfectorale ! Le général de Gaulle n’a pas élevé la voix pour avertir par exemple : ’Fonctionnaires, si vous arrêtez les juifs, vous serez arrêtés et traduits en justice !’

Quel est votre jugement sur la position de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Pie XII a joué un rôle déterminant contre Hitler, mais aussi dans la lutte contre le communisme en Europe de l’Est. Le Polonais Karol Wojtyla, futur Jean-Paul II, est né de la volonté de Pie XII de lancer ce mouvement de résistance. Le rôle de Pie XII a aussi été diplomatique et idéologique : il a été le rédacteur de l’encyclique de 1937 condamnant le nazisme et publiée par son prédécesseur.

Pourtant, on reproche à Pie XII son silence pendant la Shoah…
Tout cela est très difficile à apprécier. N’occultons pas que Pie XII a eu des gestes discrets et efficaces pour aider les juifs. Citons par exemple ce qui s’est passé à Rome. Un millier de juifs ont été arrêtés lors d’une rafle-surprise. Pie XII n’a pas protesté à voix haute, mais il a demandé aux établissements religieux d’ouvrir leurs portes. Résultat : des milliers de juifs ont pu être sauvés. Alors que si Pie XII avait élevé la voix, quelles auraient été les conséquences ? Est-ce que cela aurait changé les choses pour les juifs ? Probablement pas. Déjà, ses déclarations pour défendre les catholiques n’ont pas été entendues puisqu’en Pologne deux millions de catholiques ont été tués. Néanmoins, une prise de parole publique aurait sûrement amélioré la propre réputation de Pie XII aujourd’hui.

Au sein du monde juif, certains sont plus virulents que vous…
Quelques-uns, comme moi, essaient de regarder quels étaient la réalité historique et le contexte de l’époque. En revanche, d’autres ne pensent pas une seconde aux milliers de catholiques tués, mais en priorité aux rabbins et aux juifs massacrés pendant la Shoah. Mais le pape, c’est avant tout le pape des catholiques. La priorité de Pie XII était de protéger les catholiques des régimes nazi et communiste.

Alors que pensez-vous de cette polémique ?
Cette controverse ne me surprend pas. Elle me paraît assez normale dans la mesure où les archives du Vatican n’ont pas été ouvertes malgré des promesses. Il s’est quand même passé plus de 60 ans depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les archives devraient être libres d’accès pour que l’on constate, par nous-mêmes, quels ont été les gestes et la réaction de Pie XII.

Alors? Que penser?

De son vivant, Pie XII n’a jamais fait l’objet de critiques pour son attitude pendant la guerre et, quand il est mort en 1958, Golda MEIR lui rendit notamment hommage en déclarant: « Quand le terrible martyre de notre peuple arriva, pendant la décennie de la terreur nazie, la voix du Pape s’éleva pour les victimes […] Nous pleurons un grand serviteur de la paix ». Il a fallu attendre les années soixante pour qu’on commence à reprocher au Pape son silence. Tout est parti d’une pièce de théâtre, “Le Vicaire”, de Rolf HOCHHUTH, montée pour la première fois à Berlin en 1963.

L’histoire de cette pièce, qui eût un certain succès, est liée au contexte de la Guerre froide. Dans les pays du bloc de l’Est, les communistes mènent une lutte sans merci contre l’Église catholique: des évêques et des prêtres catholiques, accusés d’être des conspirateurs, sont arrêtés. Quand l’évêque hongrois József MINDSZENTY est condamné à la prison à vie en 1949, Pie XII prononce l’excommunication de toutes les personnes ayant participé au procès. On sait que Pie XII était anticommuniste. En novembre 1918, alors qu’il était nonce à Munich, il fut témoin de la révolution menée par Kurt EISNER. Il avait été personnellement menacé et avait pris alors conscience que le communisme pouvait constituer un danger non seulement pour la liberté religieuse mais aussi pour le catholicisme.

Au début des années soixante, Nikita KHROUCHTCHEV veut porter un coup à l’Église catholique au sein même du bloc occidental. Il confie au général soviétique Ivan AGAYANTS, chef du service de désinformation du KGB, le soin d’organiser une campagne visant à discréditer le Vatican. Selon Ion Mihai PACEPA, ancien officier de la DIE,  le service d’espionnage roumain, l’idée du général Agayants est de produire une pièce de théâtre qui,  conformément aux méthodes de la propagande noire, va s’appuyer sur des documents que la DIE avait photographiés en secret aux Archives du Vatican entre 1960 et 1962 et que le KGB a ensuite modifiés. La pièce est écrite par Rolf Hochhuth qui, en mettant en scène un Pie XII qui s’abstient de condamner les crimes nazis, voit là l’occasion d’amoindrir la culpabilité des Allemands en leur trouvant des complices. En effet, Rolf Hochhuth a toujours cherché à minimiser la Shoah, au point qu’il n’a pas hésité à prendre en 2005 la défense du négationniste David IRVING. Enfin,  c’est un communiste convaincu, Erwin PISCATOR, qui va être le producteur et premier metteur en scène du Vicaire à Berlin en février 1963. Créateur du théâtre prolétarien, il conçoit le théâtre comme un outil politique. Quelques mois plus tard, à Paris, au théâtre de l’Athénée, un autre communiste, Jorge SEMPRÚN, adapte Le Vicaire en français. Et en 2002, avec Amen, COSTA-GAVRAS en réalise l’adaptation cinématographique avec cette fameuse affiche où étaient superposées la croix gammée et la croix chrétienne. À l’ouest, les communistes ont toujours été zélés au moment de relayer la propagande venue de l’est.

Dans un article publié sur le site de La Règle du Jeu, Laurent DISPOT revient sur cette manipulation de la vérité historique où l’on oublie de dire que le protestantisme, et non le catholicisme, a été en Allemagne le complice du nazisme:

Il s’agit d’un montage stalinien classique. Confus et profus, désinformé, désinformant. La comparaison structurale avec un autre faux, une autre fabrication de diffamation politique, les Protocoles des Sages de Sion, serait intéressante. Je dis qu’il s’agissait de saboter à la fois la construction européenne, œuvre d’abord catholique, et le concile Vatican II, commencé en 1962. Et que les véritables “silences” ne sont pas ceux de Pie XII, mais ceux de Hochhuth : sur le protestantisme nazi. Costa-Gavras n’a fait que recopier le Vicaire, en plus plat, en plus bête ; « une notable quantité d’importance nulle » (Lautréamont).

C’est évident: dans cette histoire, Pie XII est un bouc-émissaire. Et comme l’écrit l’historien juif David DALIN [1], “imputer la condamnation qui revient à Hitler et aux Nazis à un pape qui s’opposa à eux et était ami des juifs est une abominable calomnie“. On continue pourtant à lui reprocher d’avoir été silencieux et passif. Voire complice. Par exemple, ce 20 décembre, Alain DUHAMEL n’a pas honte de déclarer: “Si Benoît XVI, effectivement, va jusqu’au bout de sa démarche, c’est à dire commencer à béatifier Pie XII, moi je lui suggère de ne pas oublier Papon […] parce que c’est la même logique“. Cela signifie que la propagande communiste des années soixante a été durablement efficace. Aussi, voyons maintenant ce que les historiens nous disent de l’attitude de Pie XII pendant la guerre. En effet, comme dit le Chafouin dans son blog, préférons “les faits historiques à l’opinion de Costa-Gavras“.

Pie XII n’ignorait pas les persécutions dont étaient victimes les Juifs. Il en avait été informé très tôt, dès l’invasion de la Pologne. Sans négliger la grande efficacité des services de renseignement du Vatican, le Pape ne connaissait probablement pas l’existence des chambres à gaz, car c’était un secret bien gardé par les dignitaires du régime nazi.

Dans une conférence donnée au monastère de Ganagobie en août 2005 [2], l’historien René RÉMOND, après avoir réfuté la thèse de l’antijudaïsme du Pape, explique que Pie XII était avant tout un diplomate et qu’il avait de bonnes raisons de garder le silence:

Il avait éprouvé que parler haut et fort n’améliorerait pas à coup sûr la situation. Aux Pays-Bas, l’épiscopat avait prononcé le 26 juillet 1942 une vigoureuse condamnation publique du comportement des forces d’occupation à l’encontre des juifs. Il en avait résulté une situation pire: les rafles de juifs s’étaient intensifiées. Les Pays-Bas sont le pays où la proportion de juifs déportés fut la plus élevée. La prise de parole solennelle pouvait donc provoquer l’effet inverse. Pie XII en fut certainement conscient. Le cas de la Pologne est encore plus probant.
En janvier 1940, Pie XII reçut en audience à Rome le cardinal Hlond, primat de Pologne et archevêque de Varsovie (par la suite, il se réfugia chez vous à l’abbaye d’Hautecombe). Le primat porta à la connaissance du pape les exactions et la brutalité des troupes allemandes à Cracovie, en particulier l’exécution des professeurs d’université. Pie XII demanda le lendemain à Radio-Vatican de diffuser ces informations et de faire connaître son indignation. Le surlendemain, l’ambassadeur du IIIème Reich demanda audience et fit savoir que des représailles seraient ordonnées, si Radio-Vatican continuait de diffuser ces informations et la prise de position du pape. Pie XII céda aussitôt. Le cas de conscience qui lui était posé était grave.
S’il a fait ce choix et non un autre, c’est en connaissance de cause et après avoir envisagé que la prise de parole n’apportait pas les effets escomptés, au contraire. Son choix fut celui d’un diplomate, comptant plus sur les pourparlers que sur les déclarations solennelles.

Finalement, le Pape a préféré l’action à la parole. Or, et c’est paradoxal, c’est ce que l’on semble lui reprocher avec la controverse actuelle, comme le souligne Philarête dans son blog:

Dans un siècle qui fut celui de la plus grande impuissance des papes, Pie XII semble avoir fait le choix de l’action, aux rares moments où celle-ci était réellement possible. Je comprends mal au nom de quels mérites ce siècle qui se montra extraordinairement sourd à la parole des papes pourrait faire grief de son « silence » au seul qui préféra parfois le geste qui sauve au verbe qui tombe dans le vide.

Ceci dit, le Pape ne fut pas complètement silencieux: n’oublions pas qu’il fut le rédacteur, en 1937, alors qu’il était encore cardinal, de l’encyclique Mit Brennender Sorge, “Avec une brûlante inquiétude“, qui condamnait clairement et sans ambiguïté le nazisme. Ensuite, dans son message de Noël 1942 diffusé sur Radio Vatican, il évoquait les «centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive». Il y a aussi cette mise en garde prononcée en juin 1943 sur les ondes de Radio Vatican : “Quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu.”

Dans son excellent blog, Koz rappelle que, selon l’historien israélien Pinchas LAPIDE, le rôle de Pie XII “a été déterminant pour sauver au minimum 700 000, si ce n’est 860 000 juifs, d’une mort certaine aux mains des nazis“. Par ailleurs, l’universitaire israélien Michael TAGLIACOZZO, qui fut lui-même caché dans la Basilique Saint-Jean-du-Latran, estime que l’action de Pie XII a permis de sauver 80% des Juifs de Rome. Ce n’est donc ni une erreur ni un hasard si la Fondation new-yorkaise Pave the way a annoncé en juillet dernier son intention de proposer à Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste à Jérusalem, la remise du titre de « Juste parmi les nations » à Eugenio Pacelli, le pape Pie XII. Ce n’est pas non plus une coïncidence si celui qui fut le grand-rabbin de Rome avant la guerre, Israel ZOLLER, s’est converti au catholicisme en 1945 et s’est fait baptiser en prenant le prénom du pape pour devenir Eugenio Pio ZOLLI. Dans son autobiographie publiée en 1954 Prima dell’alba, il explique les circonstances de cette conversion: “La rayonnante charité du Pape, penché sur toutes les misères engendrées par la guerre, sa bonté pour mes coreligionnaires traqués, furent pour moi l’ouragan qui balaya mes scrupules à me faire catholique.”

Ainsi, contrairement à ce que certains veulent faire croire, Pie XII a bien contribué à sauver de nombreux Juifs de l’extermination et, puisque je suis parpaillot, arrière-arrière-arrière-petit-fils de pasteur, je me sens tout-à-fait libre de conseiller la lecture du dossier suivant, constitué par Le Salon Beige pour défendre la mémoire de Pie XII.

[Mise à jour] Pour conclure cet article, je ne résiste pas à la tentation de citer le début de l’article que François MICLO a publié chez Causeur:

Notre époque porte sur l’histoire un regard insensible. Elle considère le passé non pas tel qu’il a été, mais tel qu’elle voudrait qu’il fût. Elle sermonne les morts, leur dicte une conduite, ne rechigne pas à l’anachronisme pour les juger au nom de principes qu’elle ne s’applique jamais à elle-même, mais qu’elle leur demande rétroactivement de respecter. Notre époque n’est pas historienne : elle est vindicative. Tenter de comprendre les hommes et leurs raisons, dans le temps, le système de représentations et les circonstances qui furent les leurs, penser la complexité sans la réduire à une rationalité binaire : là n’est ni son fort ni son objet. Ce qu’elle veut, ce sont des coupables.

Des coupables, oui. Mais pas n’importe lesquels. Il lui en faut trouver d’exemplaires, par qui elle puisse se livrer tout entière à ce qui caractérise aujourd’hui l’Occident chrétien : la haine de soi. Notre époque hait ce qu’elle est, et voue à la détestation tout ce qui la fonde. Et comme elle tire son existence entière de Rome et de l’Eglise (jusqu’à l’athéisme, posture philosophique impossible en dehors du christianisme), c’est l’Eglise romaine que l’on charge de la culpabilité maximale.
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Au bout du compte, je préfère bien évidemment une chanson comme celle de garnements punks comme les Damned aux arguments fallacieux de ceux qui, pour s’attaquer à l’Église, maltraitent l’histoire et se vautrent dans la désinformation.

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[1] David G. DALIN. Pie XII et les juifs: Le mythe du Pape d’Hitler. Editions Tempora, Paris, 2007, 240 pages.

[2] Bulletin du Monastère de Ganagobie, n°47 – Janvier-Juin 2006, pp. 3-13.

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[Mise à jour le 5 janvier 2010]

Play-List: Chansons de Noël

Joyeux Noël. Pour suivre la tradition des chants de Noël, qui remonte probablement à la seconde moitié du IVème siècle, voici une sélection de quelques chansons que le rock nous a données.


Jona LEWIE  “Stop The Cavalry”

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The POGUES & Kirsty McCOLL “Fairytale Of New York”

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Martin NEWELL “Christmas in Suburbia”

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CAPTAIN SENSIBLE “One Christmas Catalogue”

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The RAMONES “Merry Christmas (I Don’t Want to Fight Tonight)”

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The DAMNED “There Ain’t No Sanity Clause”

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THREE WISE MEN Aka XTC  “Thanks For Christmas”

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The KINKS  “Father Christmas”

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REVILLOS  “Santa Claus Is Coming To Town”

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The SONICS “Santa Claus”

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The WEDDING PRESENT “No Christmas”

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ELVIS PRESLEY“Blue Christmas”

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PUNK AID “Ere’s Your Xmas”

À propos de cette dernière chanson, Martin NEWELL a raconté sa genèse en 2003:

My Bid For The Christmas Charts

It was a humid noon at the headachey end of July, when Captain Sensible rang to ask me whether I thought I could put some lyrics to the Christmas tune he’d written. As a jobbing wordsmith I didn’t consider this request to be strange in any way. Summer, for music biz creatives, is traditionally the season to be jolly. Tales of the great Christmas singles such as Slade’s Merry Xmas Everybody, being recorded in the heat of high summer are famous. In fact, my only previous foray into Christmas songs –which I’ll have readers know became something of a cult item on a gay New York radio station in late 1993 –was recorded in Andy Partridge’s Swindon shed, on a stifling day in June.

Quite apart from this, if the Captain, a noted eccentric, had appeared at my door dressed as a chef –or a even in a gymslip, to ask me the same question, I wouldn’t have thought it odd. Years of working with him and years spent as lyricist for his Eighties solo stuff had innured me to any surprises. As guitarist for Punk originators The Damned he was the nearest thing the genre possessed to a Hendrix. As a solo star however, he might come up with anything from psychedelia through Euro-disco to Ambient House. Whatever he had in mind was unlikely to be conventional..

As is the way of all my dealings in pop, I was told to ring a man in London for further information. Tim Vs, the man concerned, explained to me that an organisation called Punk Aid, wanted to have a serious crack at the Christmas charts. The idea, run roughly along the Live Aid principle was to invade the charts, raising money as we did so for children with cerebal palsy and learning difficulties.

Did I think I could do it? I rapidly warmed to the idea. Tim’s enthusiasm was infectious, Sensible and one or two other punk stalwarts were involved and hell, if we didn’t have a go at it, the Christmas charts would only be full of the usual pap.

“Right then,” he growled down the phone at me. ” We want at least 50 percent of the lyrics to have a right go at these manufactured pop bands. Point out that there’s plenty of people not having a great time this Christmas –oh and see if you can get something in about Chechnya and Iraq.”

So far, so festive. I thought. I asked Tim if there would be anything else.

” Yeah. We wanna a nice cheerful, singalong chorus, so people can sing it down the boozer.”

I received the Captain’s demo cassette shortly afterwards and was mildly surprised to find, not the punk anthem I’d been expecting but a well-crafted pop tune with a spine-shivering organ-break as quite as good as anything he’d ever written. Two days of sweaty etymological blacksmithery later, I finished the job, sent it in, had it sent back, tweaked it and finally had it passed by the board of inspectors.

But hang on a minute here: This is two old geezers, closer to fifty than forty, penning a rather bleak anti-Christmas message –albeit with a good tune– in a world which now worships instant pop celebrities, apparently recruited from call-centres. How did Punk Aid plan to get ” Ere’s Your Christmas ” our song, even released, let alone into the charts –all of this, 25 years or so after the death of the DIY punk ethic? Tim assured me that it would be sorted..

Three months on, late into the autumn, I find myself in a north London photo studio. Sensible and I are wearing very silly clothes indeed and are accompanied by half a dozen topless Page 3 models, three decades younger than we are. I begin to wonder what I am letting myself in for. I feel hot, ill and faintly bored. Having said that, I know men in north Essex pubs who would pay good money for this type of boredom.

” Why are we doing this?” I ask James, the photographer.

” It’s for The Sundays, Martin.”

” Oh. Alright then.”

I am introduced to Jo, who will play the ‘punk fairy’ when we come to make the video. She is a pleasant and quietly-spoken woman in her twenties who underneath her heavy punk make-up, possesses a simple beauty, redolent of a Forties film star. She turns out to be Jo Guest, former Page 3 star and modern Forces Sweetheart to Our Boys stationed in global hotspots.

“She’s most famous person in this room.” Tim assures me, in slightly awed tones.

The young models regard Sensible and I with only mild curiosity. One, who is all of nineteen, is on the phone trying to sell her house in Essex. She doesn’t look old enough to rent a house. She obviously fell through Mr Blair’s education net, poor girl. Just think, if she’d been smart enough, she could have been attending Uni, racking up huge debts by this time. Everyone here though, seems happy in their jobs: the photographer, his assistants, the models –even the studio receptionist. .

The single? Well, it’s finished and even as I write is being mastered, ready for release, If it sounds good, it should do. It’s had enough talent poured into it. In the first two weeks of September, The Captain, producer Stuart, and drummer Chris Bashford, worked like trojans on it. Lead vocals were shared by Finlay Quaye, Captain and Charlie Harper. Backing vocals were poured on and stacked up by Pop Stars renegades, Rik Waller and Carla Winters, by Mark Perry and by me. Marky Ramone of the Ramones is on it. The Captain even rounded up two former members of American pyschedelic legends, The Electric Prunes, whom he happened to find in town. Appropriately enough, they added backward-guitar loops and bells. The track, by all rights, should sound a mess and yet everyone seems to love it. When the thing was mixed Tim Vs had the workers from a nearby building-site pulled in to the studio, in order to subject the disc to ‘the punter test’. Even they loved it.

Punk Aid don’t just want a hit, they want that top brick off the chimney: The No.1.

At any given point in time, the charts are usually a tightly-controlled thing –much more so than the average person realises. Payola, as such doesn’t exist. I am obliged to say that. And yet, if you want to get a record in the charts, the rules of Knowing The Right People and going through the correct channels are so stringent, so arcane, as to verge on the Masonic. You can make a single as catchy and as ‘banging’ as you wish. You may discover the Lost Chord and create music so brilliant that the very creatures of the forest will run around intoxicated and know not why. But if you don’t get it into the right hands at the right time, no-one will review it, it will not be given airplay and you will effectively, be an un-person. Trust me on this.

Christmas however, is the Achilles heel of Chart Control Central –a type of free-for-all where traditionally, anyone from Rolf Harris, through childrens’ choirs, right down to singing cartoon frogs may gain top position. So Punk Aid has as good a chance as any. This is attested to by recent odds of 50/1 from Williams Hills on our success. On the other hand we’re up against some stiff competition. East Anglia’s –and everybody else’s darlings, The Darkness have a contender. There are all the Pop Academy androids. And of course Tim and the team must never underestimate Sir Cliff. Can the spiky lyrics and beery chorus of our own Ere’s Your Christmas go head-to-head with The Big Fella’s favourite boy and whatever he comes up with this year? One of Tim’s bulletins is hopeful. It says that Total Rock Radio, who have pledged airplay commented: ” It looks as if Captain and all will be representing everyone who’s different.” Well yes, that about sums it up I suppose.

What will happen when the record is out? From what I know, the Captain, Tim, Finlay, Charlie and I may have our hands full. All hands on deck please for regional radio interviews, early morning phone calls and garbled explanations in London boozers to hardened and cynical journos. We may on the other hand just be ignored. Morale is high, though.. For a such a disparate crew there’s a growing sense of mission. Lob this punk grenade into the comfy lounge of the charts and raise some money in the process and it’ll be the best Christmas ever. Fail to do it and what have we lost? A few working days and a bit of pride, that’s all. Nothing really, for such strange fun.

The business is not without its comic turns either. Tim Vs rings me up, exasperated:

” It’s Captain.” he says. ” I’ve been e-mailing hourly to tell him what’s going on –that we’re cutting the record today– and now he wants to do a bloody re-mix!” I laugh. Years of knowing Captain the Perfectionist, Captain, Prince of The Last-Minute Change Of Mind have taught me wisdom.

I reply. ” Well he can’t. It’s too late now. Tell him he’s not the pop messiah –he’s a naughty boy.” Captain wants the organ up louder. So do I but it really should have been done earlier. Tim now signs all his e-mails: ” Tim the bastard.”

Now what of the video? I don’t like filming. I like writing poems and doing radio. It suits me. At my age, I have the face and fashion sense for that sort of stuff. Robin Bextor –whom younger readers may know as Sophie (Ellis)’s dad–is directing the video. The storyboard is wild. It’s being done on a shoestring. ‘Nasty’ Nick Bateman and Peter Wyngarde are in it. And so am I. Crew and director, like all of us, are giving their time and talent for free.

I may never do anything like this again. It’s in a good cause, it’s for Christmas and it is kind of fun. As sage old Captain Sensible says: ” Dignity? Mine went out the window years ago.” What happens if we do have a hit? Reader, I haven’t the foggiest.

I suppose we’ll amuse many, annoy a few and raise a bit of wonga for those kids.

I have rifled my wardrobe for my old pop singer clothes. Amazingly, most of them still fit. The thinning grey locks though…It’s going to have to be the Tina Turner wig and the battered top hat, I’m afraid. And so should you be.

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En regardant vers le pays de France

Charles d'Orléans reçoit l'hommage d'un vassal

En quelques semaines, j’ai abordé à deux reprises le thème de l’immigré qui se souvient non sans une certaine nostalgie de la terre de ses aïeux. D’abord, à propos de ces manifestations en France des supporters de l’équipe de football d’Algérie. Ensuite, à l’occasion de la journée de la langue basque, avec ce texte lu sur la place du village où j’évoquais ma condition d’immigré qui, s’il n’oublie pas ses racines, essaie de s’intégrer en parlant euskera. Est-ce l’influence de ce fameux débat sur l’identité nationale? Toujours est-il que ce poème de Charles d’Orléans, qui évoque si bien le patriotisme et le mal du pays, m’est revenu en mémoire.

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En regardant vers le pays de France,
Un jour m’advint, à Douvres sur la mer,
Qu’il me souvint de la douce plaisance
Que je soulais au dit pays trouver ;
Si commençai de cœur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Je m’avisai que c’était non savance
De tels soupirs dedans mon cœur garder,
Vu que je vois que la voie commence
De bonne paix, qui tous biens peut donner ;
Pour ce, tournai en confort mon penser ;
Mais non pourtant mon cœur ne se lassoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Alors chargeai en la nef d’Espérance
Tous mes souhaits, en leur priant d’aller
Outre la mer, sans faire demeurance,
Et à France de me recommander.
Or nous donn’ Dieu bonne paix sans tarder !
Adonc aurai loisir, mais qu’ainsi soit,
De voir France que mon cœur aimer doit.

Paix est trésor qu’on ne peut trop louer.
Je hais guerre, point ne la dois priser ;
Destourbé m’a longtemps, soit tort ou droit,
De voir France que mon cœur aimer doit !

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Le contexte dans lequel ce poème fut écrit n’est pas inintéressant.  Charles d’Orléans fut blessé à la bataille d’Azincourt en 1415. Fait prisonnier, il fut emmené en Angleterre et y resta 25 ans. En 1433, du haut des falaises de Douvres, il aperçoit dans le lointain les côtes de France et ressent, plus intense que jamais, le regret de sa patrie. Là, dans une langue à la fois fine et simple, il se souvient avec mélancolie de son pays. Il se souvient sans doute aussi de sa jeunesse passée à Blois ou encore de l’assassinat en 1407 de son père, Louis d’Orléans, frère de Charles VI, par les gens du Duc de Bourgogne.

Charles d’Orléans n’oublie pas son pays et il insiste à la fin de chaque strophe sur cet amour de la patrie qui l’anime: “De voir France que mon coeur aimer doit“. On perçoit la tristesse de l’exilé. Cependant, dans la deuxième strophe, Charles d’Orléans se donne du courage et semble reprendre espoir. Son patriotisme n’est pas revanchard: on peut aimer son pays et vouloir la paix. Puisque la guerre l’a déraciné et empêché de voir son pays qu’il aime tant, il désire la paix. Ce poème est en fait un précieux témoignage car il nous montre l’émergence d’un sentiment patriotique dans la France de la fin du Moyen-Âge: la guerre dite de Cent Ans (1337-1453), qui opposait les Français aux Anglais, a en effet renforcé en France le sentiment national.

Nous n’avons pas de poème où Charles d’Orléans décrit ses sentiments lorsqu’il rentre enfin France en 1441. En revanche, nous savons ce que le chemin inverse, cinq siècles plus tard, inspira à George ORWELL [1]: le retour de l’exilé en Angleterre est l’occasion d’évoquer un sentiment patriotique équivalent, comme une lointaine réponse au poème de Charles d’Orléans:

When you come back to England from any foreign country, you have immediately the sensation of breathing a different air. Even in the first few minutes dozens of small things conspire to give you this feeling. The beer is bitterer, the coins are heavier, the grass is greener, the advertisements are more blatant. The crowds in the big towns, with their mild knobby faces, their bad teeth and gentle manners, are different from a European crowd. Then the vastness of England swallows you up, and you lose for a while your feeling that the whole nation has a single identifiable character. Are there really such things as nations?

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[1] George ORWELL, “England Your England” in The Lion and the Unicorn (1941). J’ai tiré cette citation du livret de “The Greatest Living Englishman“, le magnifique album de Martin NEWELL paru chez Humbug en 1993.

Les langues régionales incompatibles avec l’identité nationale?

Un entrefilet paru ce 10 décembre dans Ouest France nous apprend qu’il n’y aura pas de loi sur les langues régionales en France: Éric BESSON, ministre de l’Identité nationale, n’en veut pas.

Langues régionales : le projet enterré

Elle faisait partie des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. Christine Albanel, ex-ministre de la Culture, voulait la mettre en chantier «en 2009». La loi supposée fixer un cadre de référence pour les langues régionales est mort née. Curieusement, ce n’est pas le ministre de la Culture qui l’a enterrée, mais Éric Besson, ministre de l’Identité nationale, répondant, mardi, à une question d’une députée socialiste de la Gironde.Au lendemain de la visite en Bretagne du commissaire européen Léonard Orban, venu défendre « la richesse de la diversité linguistique », l’annonce ministérielle fait l’effet d’une douche froide chez les défenseurs de la langue bretonne. « Monsieur Besson ne s’est pas contenté de contester l’opportunité d’un texte, il a souligné les périls que, selon lui, il ferait courir aux principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi. Il relègue dans la marginalité les apports pourtant conséquents des cultures immigrées, européennes ou régionales» estime le député socialiste quimpérois Jean-Jacques Urvoas.

Ainsi, les langues régionales s’invitent dans le débat sur l’identité nationale. Et ce n’est pas inintéressant.  Quels sont les enjeux?

Au Pays basque, pour ceux qui luttent pour la reconnaissance de l’euskara, le refus du ministre a eu l’effet d’une douche froide. Car, comme le rappelle la télévision basque, EiTB, depuis l’introduction dans la constitution, le 23 juillet 2008, d’un article stipulant que «les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France», on attendait une loi fixant un cadre pour les langues régionales. Pour la première fois, avec cet article 75-1, la Constitution mentionne les langues régionales. Or, à l’époque, l’Académie Française était intervenue dans le débat, arguant que l’amendement portait atteinte à l’identité nationale. Aujourd’hui, alors qu’Éric Besson a lancé son grand débat sur l’identité nationale, les langues régionales, et les identités qu’elles véhiculent, donnent l’impression de superposer une identité sur une autre. C’est cette double identité, à la fois française et basque, qui semble poser problème. On a pu s’en rendre compte le 14 décembre dernier à Bayonne, quand le mouvement de jeunes abertzale Segi a fait irruption lors d’une séance du débat sur l’identité nationale. La télévision basque ETB2 nous a montré ces jeunes qui ont déployé des affiches indiquant «ici on n’est pas racistes, ici ce n’est pas la France, c’est le Pays Basque!» tandis que l’un d’entre eux lisait un texte pour dénoncer la tenue du débat.

En invoquant les principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi, le ministre utilise la vieille idée que les langues régionales représentent un danger pour l’unité de la nation. En effet, depuis l’édit de Villers-Cotterêts en 1536, qui imposa l’emploi de la langue d’oïl dans tous les actes officiels, la langue française, instrument de centralisation, a été le ciment de l’État-nation en France. Cela explique que la Révolution puis la Troisième République aient autant déprécié les langues régionales. Ainsi, BARÈRE (1755-1841), l’un des principaux inspirateurs et acteurs de la Terreur, estime en janvier 1794 que “chez un peuple libre, la langue doit être une et même pour tous”. En juin de la même année, l’Abbé GRÉGOIRE présente devant la Convention son “Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir le patois, et d’universaliser l’usage de la langue française” où il explique qu’il faut “consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l’usage unique et invariable de la langue de la liberté“. En juillet, le décret du 2 thermidor An II impose le français comme seule langue de l’administration. On estime que les patois, liés à l’Ancien Régime et que l’on appelle parfois idiomes féodaux, freinent la diffusion des idées révolutionnaires: ils doivent disparaître au nom de l’unification de la nation. Il semble loin le temps où, en 1790, l’Assemblée nationale avait commencé par faire traduire les lois et décrets dans toutes les langues régionales! En fait, elle y avait vite renoncé, faute de moyens. À la fin du XIXème siècle, la Troisième République va accélérer l’uniformisation linguistique de la nation: l’éducation laïque et obligatoire enracine à travers le français les principes républicains. Le livre de Jean-François CHANETL’école républicaine et les petites patries” [1] démontre cependant que le premier objectif  de Jules FERRY n’était pas de faire disparaître les langues régionales: à travers l’apprentissage de la langue française, il s’agissait de faire de chaque français un républicain convaincu. Opposée à la République, l’Église instrumentalisa l’usage des langues vernaculaires, ce qui précipita leur déclin: en 1902, le gouvernement clairement anticlérical d’Émile COMBES prit un décret pour lutter contre « l’usage abusif du breton ». De nombreux curés bretons refusaient alors de prêcher dans la langue nationale [2].

On le voit: depuis plus de deux siècles, la République a l’habitude de considérer que le français, qu’elle oppose aux langues régionales, est le ciment de la nation. Pourtant, cette idée est en contradiction avec la conception française de la nation telle qu’elle a été définie par Ernest RENAN (1823-1892), lors d’une conférence prononcée le 11 mars 1882 à la Sorbonne. Pour Renan, la nation est «un plébiscite de tous les jours». Il défend le modèle d’une nation élective, qui repose sur la volonté des peuples de vivre ensemble, et s’oppose ainsi à la conception allemande de la nation, qui s’appuie sur les liens du sang et de la langue maternelle. L’idée de Renan est bien contradictoire avec l’idée républicaine d’une nation unifiée par la langue: comment l’expliquer? Pour cela, il faut nous remettre dans le contexte de cette fin du dix-neuvième siècle: alors que les principaux pays européens sont parvenus à se constituer en États-nations, notamment après les unifications de l’Italie et de l’Allemagne, la question de l’Alsace-Lorraine alimente depuis 1870 le débat entre Français et Allemands. Deux conceptions de la nation s’affrontent: celle de Johann Gottfried von HERDER (1744-1803) et Johann Gottlieb FICHTE (1762-1814), verticale, plonge ses racines dans l’ethnie et la culture tandis que celle de Renan, horizontale, correspond au choix libre d’un individu à l’intérieur d’un territoire [3]. Pour Renan, en niant l’importance de la langue, il s’agissait d’abord de contester le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne. Ensuite, son idée d’une nation élective a permis d’évacuer les micro-nationalismes qui dérangeaient.

Et aujourd’hui? On peut rassurer Éric BESSON et lui dire que, depuis plus de deux cents ans, la République est bien assurée sur ses bases et qu’elle ne risque rien en reconnaissant les langues régionales.  Mais voilà: c’est une politique qu’on n’ose pas appliquer parce que les structures administratives sont très centralisées. La France est en effet dominée par un esprit jacobin, pour ne pas dire parisien,  c’est-à-dire un esprit centralisateur, souvent hostile au régionalisme. Les traces en restent fortes dans les mentalités françaises, comme Fernand BRAUDEL l’avait d’ailleurs souligné dans L’identité de la France [2].

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Pour terminer, une anecdote. Je me souviens d’une discussion il y a quelques années chez Gilles, à Aix-en Provence, avec un jeune doctorant en ethnologie qu’il avait invité à boire quelques bières. Nous parlions du Pays basque et Ainhoa, qui est bascophone, avait lancé le thème des langues régionales en France. Le jeune doctorant déclara alors sur un ton péremptoire qu’il ne trouvait pas utile d’inscrire les langues régionales dans la constitution. J’imaginais que sa position était celle d’un Républicain, qui défend l’idée d’une nation indivisible. Mais non: il ajouta qu’il trouvait plus utile de reconnaître dans la constitution les langues maternelles des immigrés, telles que l’arabe ou le turc, qui sont davantage utilisées en France. Ainhoa manqua de s’étrangler. Et ce qui m’amuse, dans cette histoire, c’est que le même personnage, drapé dans cette autorité du scientifique que lui donne son statut d’ethnologue, sera ensuite le premier à pleurnicher parce qu’une langue autochtone disparaît «toutes les deux semaines» dans le monde.

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[1] Jean-François CHANET. L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier Montaigne, 1996, 426 pages.

[2] Fernand BRAUDEL. L’identité de la France, Espace et histoire, Paris, Arthaud, 1986, 368 pages.

[3] Guy HERMET. Histoire des nations et du nationalisme en Europe, Paris, Éditions du Seuil, 1996, 312 pages.

Le lac Tchad va-t-il disparaître?

Depuis quarante ans, le lac Tchad n’en finit pas de rétrécir. Les images satellites de la NASA le montrent clairement: d’environ 25000 km2 dans les années 1960, le lac ne couvre aujourd’hui qu’une superficie d’à peine 3000 km2. Alors que la communauté internationale se réunit à Copenhague, on pourrait être tenté de voir dans ce rétrécissement du lac une conséquence du changement climatique. Un reportage de Hélène FRADE diffusé le 4 décembre dernier sur France 24 dresse un constat et montre que le problème n’est pas si simple:

Les riverains, les pêcheurs, et les agriculteurs que nous rencontrons sur la partie tchadienne du lac, à Guitté, à Kinaserom, à Fitine ou encore à Bol, n’évoquent jamais le réchauffement climatique. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne le subissent pas. Moins d’eau, moins de poissons, moins de ressources. Plus de réglementation, plus de tracas. Leur quotidien est devenu plus difficile.

Que s’est-il donc passé au cours de ces quarante dernières années sur les rives du lac Tchad?

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Les deux grandes vagues de sécheresse des années 70 et 80 ont sans doute eu un fort impact sur le niveau de ce lac, à la frontière entre le Tchad, le Cameroun, le Nigéria et le Niger. Mais cela ne suffit pas à expliquer cette disparition du lac. En fait, le lac Tchad et la mer d’Aral sont des illustrations extrêmes des conséquences d’une mauvaise gestion de l’eau. Dans les deux cas, la pénurie d’eau a résulté de l’intervention humaine –c’est d’ailleurs particulièrement vrai dans le cas de la mer d’Aral.

En 2006, dans un rapport sur le développement humain intitulé Au-delà de la pénurie: pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau, le PNUD avait souligné que la catastrophe qui affecte le lac Tchad est une conséquence de la non-coopération en matière de gestion de l’eau transfrontalière:

Aujourd’hui, la superficie du lac ne représente plus qu’un dixième de la taille qu’il avait il y a 40 ans. Les déficits pluviométriques et la sécheresse y ont largement contribué – mais l’action de l’homme n’a pas été en reste.14 Entre 1966 et 1975, tandis que le lac perdait un tiers de sa superficie, la responsabilité était presque totalement imputable à la faiblesse des précipitations. Cependant, entre 1983 et 1994, les demandes en irrigation ont quadruplé, épuisant rapidement une ressource déjà sur le déclin et occasionnant des pertes d’eau rapides.

La faiblesse de la coopération entre les pays du bassin du lac Tchad explique partiellement le phénomène. Le déclin environnemental et la dégradation des moyens de subsistance et du potentiel de production sont allés de pair. La surexploitation des richesses halieutiques est désormais institutionnalisée, les dispositions visant à réguler l’usage de l’eau entre le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria étant bien peu observées. Des projets d’irrigation mal planifiés ont également contribué à la crise. Les barrages sur le fleuve Hadejia au Nigeria ont menacé les communautés dépendant de la pêche, des pâturages et des cultures de décrue implantées en aval, et les accords visant à préserver les cours d’eau ont tardé à être appliqués. Par le passé, les fleuves Komadougou et Yobe, partagés par le Niger et le Nigeria, déversaient 7 kilomètres cubes dans le lac Tchad. Aujourd’hui, avec l’eau retenue dans les réservoirs, ces fleuves n’apportent plus qu’un demi kilomètre cube, ce qui a un impact majeur sur la partie Nord du bassin lacustre. Plus loin, les dykes érigés à la fin des années 1970 sur le fleuve Logone au Cameroun ont semé la confusion dans les moyens de subsistance des petits fermiers des zones humides situées en aval : en l’espace de vingt ans, la production de coton a chuté d’un tiers, et celle de riz des trois quarts.

Les conséquences environnementales d’une utilisation non durable de l’eau peuvent, au final, déstabiliser les investissements dans les infrastructures. Le Projet d’irrigation du Tchad Sud, programme ambitieux lancé en 1974, a à peine réalisé un dixième de son objectif d’irrigation de 67 000 hectares au Nigeria. Au fil du temps, tandis que le débit des fleuves diminuait, les canaux en voie d’assèchement étaient obstrués par des typha australis, plantes constituant le terrain de nidification de prédilection du quéléa, un oiseau qui détruit aujourd’hui des quantités considérables de riz et autres céréales alimentaires. Tandis que le lac rétrécissait, la concurrence s’intensifiait entre les éleveurs nomades et les agriculteurs sédentaires, les petits et les gros usagers de l’eau et les communautés en amont et en aval. Les communautés riveraines se sont rapprochées de l’eau, s’implantant dans des zones précédemment recouvertes par le lac et où les frontières nationales n’étaient pas matérialisées, ce qui donne lieu à de nouveaux conflits territoriaux.

Comme on le voit, la disparition du lac Tchad est moins liée au réchauffement climatique qu’à la pression démographique et aux activités humaines qui en découlent. A l’heure actuelle, un projet envisage le détournement des eaux de l’Oubangui, au sud du lac, vers les fleuves Logone et Chari. Cet apport d’eau augmenterait leur débit et contribuerait à accroître le niveau du lac.

Mobilisation pour sauver l’Histoire

Quels citoyens voulons-nous pour demain?”, s’interrogent aujourd’hui historiens et intellectuels dans un appel rédigé par Serge BERNSTEIN et publié aujourd’hui dans le Journal Du Dimanche. Le projet de réforme du lycée, qui doit être entérinée jeudi par le Conseil supérieur de l’Education, prévoit en effet la disparition des cours d’histoire et de géographie en terminale scientifique.

“La décision envisagée par M. le Ministre de l’Education nationale, dans le cadre de la réforme des lycées, de rendre optionnelle l’histoire-géographie en terminale scientifique ne peut que susciter la stupéfaction par son décalage avec les nécessités évidentes de la formation des jeunes Français au début du XXIe siècle.

A l’heure de la mondialisation, les futurs bacheliers scientifiques n’auraient donc nul besoin de se situer dans le monde d’aujourd’hui par l’étude de son processus d’élaboration au cours des dernières décennies, pas plus que par l’analyse de sa diversité et des problèmes qui se posent à la planète et à son devenir. En outre, ils se trouveront dans l’impossibilité d’accéder à certaines formations supérieures de haut niveau pour lesquelles la connaissance de l’histoire et celle de la géographie sont indispensables et vers lesquelles ils se dirigent en nombre croissant.

Au moment où le président de la République et son gouvernement jugent urgent de lancer un grand débat sur l’identité nationale qui doit mobiliser le pays, cette mesure va priver une partie de la jeunesse française des moyens de se faire de la question une opinion raisonnée grâce à une approche scientifique et critique, ouvrant ainsi la voie aux réactions épidermiques et aux jugements sommaires.

Il est impératif d’annuler cette décision, inspirée par un utilitarisme à courte vue, qui se trouve en contradiction avec les objectifs proclamés du système éducatif français sur le plan de la formation intellectuelle, de l’adaptation au monde contemporain et de la réflexion civique des futurs citoyens.”

Signataires:
Jean-Pierre Azéma (historien), Antony Beevor (historien, université de Londres), Jean-Jacques Becker (historien), Serge Berstein (historien, Sciences-Po), Pierre Cosme (historien, université Paris-I), Alain Finkielkraut (philosophe, Ecole polytechnique), Jean-Noël Jeanneney (historien, Sciences-Po), André Kaspi (historien), Jacques Le Goff (historien), Hervé Le Bras (démographe, Ined et EHESS), Evelyne Lever (historienne, CNRS), Pierre Milza (historien), Michelle Perrot (historienne), Antoine Prost (historien), Jean-Pierre Rioux (historien), Jean-François Sirinelli (historien, Sciences-Po), Benjamin Stora (historien, universités Paris-VIII et Paris-XIII), Jean Tulard (historien), Annette Wieviorka (historienne, CNRS), Michel Winock (historien, Sciences-Po).

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Pour la plupart des signataires, cette décision est incompréhensible, alors que la lecture de la lettre de Guy Môquet est souhaitée dans les écoles, et qu’un grand débat est engagé sur la question de l’identité nationale.

L’historienne Hélène Carrère d’Encausse juge, quant à elle, “catastrophique que des élèves de terminale ne disposent pas d’enseignement en histoire-géographie, ce qui les priverait de la culture générale la plus élémentaire qui forme l’entendement des citoyens“. Pour Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, “l’étude de l’histoire et de la géographie est utile à nos élites scientifiques, elle permet de se situer dans le temps et dans l’espace, de questionner le passé pour se forger un jugement“. Pierre Milza, autre spécialiste du XXe siècle, n’hésite pas à dénoncer “une régression formidable qui pourrait concourir à une amnésie générale“!

À cette protestation s’ajoute celle des professeurs d’histoire-géographie. L’APHG (Association des professeurs d’histoire-géographie) s’insurge contre la disparition de l’histoire-géographie parmi les matières obligatoires en classe de terminale scientifique. “Les élèves de terminale S représentent aujourd’hui plus de la moitié des effectifs. Trop d’élèves seront privés d’un enseignement indispensable à leur culture générale. Dans une vision utilitariste de la société, tout enseignement qui ne débouche pas sur un métier concret est mal vu”, déplore Hubert Tison, président de l’APHG.

Au cabinet de Luc Chatel, on pense que cette mesure sera bénéfique aux élèves. « En terminale, les élèves scientifiques vont pouvoir se consacrer à leur spécialité et être mieux préparés aux études supérieures. Et pour ceux qui choisiront l’option histoire-géographie, ce sera un vrai choix et non une matière imposée. »

Lire aussi l’article de Rue89: L’histoire -géo victime de la réforme du lycée de Luc Chatel.

Niri euskaraz!

Euskaraz egiteko aldarrikapena egiten herritarrak plazan

Ce jeudi, c’était le jour de l’euskara et nous nous sommes retrouvés sur la place du village, comme en témoignent cet entrefilet et cette photo de Mirari Altube publiés sur Goiena:

Euskararekin bat egin dute aretxabaletarrek

Herriko plazan elkartu dira herritarrak Euskararen Nazioarteko Eguna ospatzeko. Euskara aldarrikatu du euskaltegian ikasten dabilen ikasle batek eta argazkia atera dute gero. Orain kantuan jarraitzen dute txistorra jan bitartean.

Le simple fait de figurer sur la photo ci-dessus suffit à me transformer en dangereux terroriste aux yeux de beaucoup d’Espagnols! De plus, circonstance aggravante, Miren, ma prof de basque à l’euskaltegi, m’avait demandé de lire un texte pour l’occasion:

Etorkina, kanpotik etorria naizelako.

“Inmigrante“ nintzenean baino modu goxoagoan hartzen nau orain euskararen lurraldeak. Eta gainera, euskaraz hitz bat ikasten dudanero bertokoago sentitzen naiz.

Herri honetan, beste bat gehiago izateko ahaleginean, saiatzen naiz euskaltegian erakusten didatena  kalean erabiltzen. Eta askotan bertokoak neu baino arrotzagoak direla sentitzen dut, hainbeste maite dutela dioten euskara baztertu eta erdaraz erantzuten didatelako.

Eta ezin ulertu jende hauek zelan egiten dioten uko ama hizkuntzari, etorkin esaten digutenoi bertoko kultura barneratzea eskatzen digutenean. Zer ote da orduan, arrotz izatea. Aukera hau baliatu nahiko nuke, euskaldun zahar zein berriei euskara erabiltzeko konpromiso serioa har dezaten eskatzeko.

Bizi gaitezen euskaraz. Niri, euskaraz!

Après cela, si le juge Garzón ne me fait pas emprisonner, tout le monde ici va désormais me parler en euskara et je n’ai pas fini d’avoir la bouche bée et l’air ahuri. Que ne ferait-on pas pour un peu de vin et de txistorra.