Débat sur l’identité nationale chez les Mohawks

Une rue à Kahnawake (Photo Armand Trottier, La Presse)

Des expulsions d’étrangers… La peur d’être submergé par les étrangers et de perdre son identité… C’est au Canada que cela se passe, sur le territoire d’une réserve amérindienne: depuis le début du mois de février, toute personne qui n’est pas mohawk est en effet menacée d’expulsion.

Kahnawake, une réserve mohawk de quelques 5000 hectares située à 10 kilomètres au sud-ouest de Montréal,  compte environ 7500 habitants. Trois cents d’entre eux ne sont pas mohawks et le conseil de bande, considérant qu’ils menaçaient l’identité de la communauté, a décidé d’en expulser 26, essentiellement des Blancs qui ont un conjoint Mohawk. « Nous avons identifié un premier groupe de 26 personnes. Ils ont dix jours pour déguerpir. Ces gens ne sont pas mohawks. Ils n’ont pas le droit de vivre ici. Nous ne faisons qu’appliquer la loi », confie au Figaro l’ancien chef Joe DELARONDE, aujourd’hui porte-parole du conseil de bande, qui gère la vie de la petite communauté. « Les gens pensent que nous sommes une ville comme une autre. Nous ne sommes pas canadiens. Nous sommes mohawks. Nous avons une histoire, une terre, une culture. Nous sommes encerclés par les Américains, les Canadiens, les Québécois. Nous préservons notre culture, notre droit d’exister », poursuit Joe Delaronde. Quant à ceux qui se marient ou vivent avec un étranger, selon le dicton mohawk  « If you marry out, get out », ils doivent partir car ils ont transgressé la tradition. Au passage, on aura noté que le dicton est en anglais: l’anglais est en effet la langue d’usage des Mohawks et une minorité d’entre eux seulement parle la langue mohwak qui appartient à famille linguistique algonquine.

Les Mohawks, environ 17000 personnes, constituent l’une des cinq nations de la Confédération iroquoise. Leur société était traditionnellement matrilinéaire, les femmes y transmettant la parenté et l’identité clanique. Les Mohawks furent les alliés des Anglais contre les Français  au XVIIème siècle puis lors de la guerre d’Indépendance américaine. Cette alliance leur permit de supplanter les Hurons, qui étaient les principaux partenaires commerciaux des Français, et de se spécialiser au service des Anglais dans la batellerie puis dans le montage de structures métalliques de gratte-ciels. Jusqu’à présent, les relations avec les Blancs étaient plutôt bonnes, comme veut le croire le Secrétariat aux affaires autochtones du Québec:

Établis à proximité de Montréal, les Mohawks de Kahnawake ont pris en charge, depuis plusieurs années, la plupart des secteurs de leur activité communautaire. Ayant conclu en 1984 une entente avec le Québec, ils ont maintenant la pleine responsabilité de la construction et du fonctionnement d’un hôpital, le Centre Kateri. La communauté possède aussi son propre corps policier. Les écoles de la communauté, dont la Survival High School, offrent un enseignement intégrant divers aspects de la culture mohawk.

Cependant, dans le Dictionnaire des Peuples [1], on compte les Mohawks «parmi les Amérindiens les plus énergiques dans la défense de leur droit et la promotion de leur culture». Cette vigueur fut manifeste lors de la crise d’Oka en 1990 lorsque les Mohawks de la communauté de Kanesatake, près du lac des Deux-Montagnes, s’opposèrent à l’agrandissement d’un terrain de golf sur des terres qu’ils revendiquaient. La question territoriale reste en effet un enjeu important pour les Mohawks.

Dans un article paru le 18 février dernier dans Au fil des événements, le journal de la communauté universitaire de l’université de Laval, Pascale GUÉRICOLAS estime que cette décision d’expulser les non-Mohawks pose la question de l’identité des communautés autochtones:

Qui est autochtone?

[...] «À Kahnawake, le conseil de bande a utilisé l’article 30 de la Loi sur les Indiens, qui permet d’expulser un non-Indien de la réserve, précise Geneviève MOTARD, doctorante en droit des autochtones à l’Université. À ma connaissance, la seule autre occasion où des Amérindiens du Québec y ont eu recours, c’est à Pessamit, sur la Côte-Nord. Ils avaient expulsé des journalistes il y a deux ans.»

Selon la chercheuse, qui doit bientôt déposer sa thèse rédigée sous la direction du juriste Ghislain Otis, il est difficile de savoir si un tribunal donnerait ou non raison au conseil de bande de Kahnawake si les personnes expulsées décidaient de contester ce règlement. En effet, la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège en théorie les citoyens de toute discrimination, ne s’appliquera sur les territoires gérés par les Amérindiens qu’en 2011. Au moment de sa création au milieu du 19e siècle, la Loi sur les Indiens permettait en théorie de protéger le territoire des Amérindiens de l’appétit des colons. Une des dernières modifications remonte à 1985 alors que des femmes amérindiennes ont retrouvé le statut qu’elles avaient perdu en se mariant en dehors de la communauté. Depuis, plusieurs nations réfléchissent à la notion d’identité. Les Hurons-Wendats de Wendake, au nord de Québec, plancheraient par exemple sur une définition de leur identité plus inclusive qu’elle ne l’est actuellement.

Le chef Michael DELISLE, interviewé par la journaliste Louise LEDUC, a déclaré que ces expulsions avaient «des fins de préservation culturelle, mais pas uniquement. Sur le fond, nous prenons cette mesure parce qu’il s’agit d’une réserve, d’une réserve mohawk et que, par définition, le territoire doit être à l’usage des Mohawks». Le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, embarrassé, a déclaré quant à lui qu’il ne pouvait pas faire de commentaire car il s’agissait d’une question interne aux  Mohawks de Kahnawake. D’ailleurs, le conseil de bande affirme qu’un tribunal canadien s’est penché sur la question dans les années 80, déjà, et qu’il est dans son droit. De fait, comme le rappelle Ludovic HIRTZMANN dans son article du Figaro, ce n’est pas la première fois que l’on décide d’expulser les Blancs:  «En 1973, les Amérindiens ont expulsé 1 000 Blancs de Kahnawake. Depuis une loi raciale de 1981, seuls les Mohawks ont droit de vivre dans la réserve».

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En France, seul le Figaro a repris cette information, qui pouvait entrer en résonance avec le débat sur l’identité nationale, puisqu’elle revient à poser la question de l’identité. Les médias de gauche, pourtant toujours prêts à dénoncer les expulsions et la xénophobie, ont préféré ne pas en parler. Ces histoires de Mohawks qui refusent la diversité, ça n’intéresse sans doute pas leurs lecteurs. C’est dommage, car, si on y réfléchit, et c’est un paradoxe dont j’ai déjà parlé ici, en ne voulant pas de diversité chez eux, les Mohawks contribuent à protéger la diversité culturelle à l’échelle du monde! J’ajouterai enfin que cette histoire semble être un clin d’oeil à l’excellent Fromageplus qui avait imaginé, en décembre dernier dans son blog, que les Yanomamis s’opposaient à la construction de minarets sur leur territoire: une fois de plus, la réalité a rattrapé la fiction!

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[1] Jean-Christophe TAMISIER (dir.). Dictionnaire des peuples, Paris, Larousse, 1998, 228 pages.

Les deux visages de l’Iran

Aujourd’hui, les Iraniens ont envahi les rues des principales villes du pays: alors que le pouvoir iranien célèbre en grande pompe le 31ème anniversaire de la révolution islamique, l’opposition s’est mobilisée pour manifester contre le président Mahmoud AHMADINEJAD. Des violences ont été signalées.

La photo ci-dessus, prise en 2006 par Amertad KARDOUNI, résume bien la complexité de l’Iran.

Mort d’une culture

Cette voix que vous entendez s’est éteinte. Et avec elle, les mots qu’elle chante. Des mots qui ne seront plus jamais prononcés.

La femme qui chante ici s’appelait Boa Sr. Elle était la dernière représentante des Bo, une tribu originaire des îles Andaman, dans l’océan Indien. Elle était aussi la dernière à parler le bo, l’une des dix langues andamanaises. Elle vient de mourir à l’âge de 85 ans. Et avec elle, c’est une langue et toute une culture qui disparaissent.

Les tribus des îles Andaman

Sur les quatre tribus des îles Andaman, les Grands Andamanais, en violet sur la carte ci-dessus, sont ceux qui ont le plus souffert de la colonisation britannique: alors qu’ils étaient environ 5 000 quand les Britanniques sont arrivés, en 1858, ils ne sont plus aujourd’hui que 52 survivants. Ils ont été tués, victimes de violences et de maladies, et ceux qui ont survécu ont été spoliés de leurs terres et déplacés en 1970 sur la petite île de Strait par les autorités indiennes. Ils vivent dans des conditions misérables et ont sombré, pour la plupart, dans l’alcoolisme.

Les Bo étaient l’une des dix communautés qui peuplaient à l’origine l’archipel de Grande Andaman. À ce titre, ils étaient les représentants de l’une des plus anciennes cultures humaines de la planète: on pense en effet que les Grands Andamanais sont arrivés dans les îles Andaman lors des premières migrations humaines parties d’Afrique, il y a 65000 ans. Avec la mort de Boas Sr, la dernière Bo, c’est une partie du patrimoine de l’humanité qui disparaît. Survival nous rapporte le témoignage de la linguiste Anvita Abbi, responsable du projet Vanishing Voices of the Great Andamanese. Elle connaissait Boa Sr depuis de nombreuses années :

“Étant l’unique locutrice de bo, elle se sentait très seule et n’avait personne avec qui parler… Boa Sr avait un grand sens de l’humour, sa gaieté et son rire à gorge déployée étaient très contagieux. Vous ne pouvez imaginer la douleur et l’angoisse que j’éprouve chaque jour en étant le témoin muet de la disparition d’une culture remarquable et d’une langue unique”.

Boa Sr avait confié à Abbi qu’elle était heureuse que la tribu voisine des Jarawa, qui n’a pas été décimée, puisse continuer à vivre dans sa forêt loin des colons qui ont envahi une grande partie des îles.

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Sur les 6900 langues recensées dans le monde, 5000 sont autochtones et la plupart d’entre elles sont menacées d’extinction. Chaque fois qu’une langue disparaît, c’est une partie du patrimoine de l’humanité qui disparaît. Car, comme le disait Claude LÉVI-STRAUSS dans un discours prononcé à l’occasion du soixantième anniversaire de l’UNESCO, “chaque langue constitue par son agencement interne un monument aussi précieux que les chefs-d’oeuvre d’architecture inscrits par l’UNESCO au patrimoine mondial. Chaque langue perçoit et découpe le monde d’une façon qui lui est propre par sa structure elle ouvre une voie d’accès originale à la connaissance de celui-ci“.

San Blas à Apotzaga

Jende ugari batu da ermita atarian meza entzuteko. (Photo Goiena.net)

Cette année encore, à l’occasion de la San Blas, les fidèles n’ont pas manqué de se rendre dans le quartier rural d’Apoztaga, pour assister à une messe et faire bénir toutes sortes d’aliments ainsi qu’un cordon,  le « San Blas Kordala », censé guérir les maux de gorge. On peut trouver une vidéo sur le site de Goiena:

Giro ederra eta jende ugari, San Blas egunez Salluenten

Otsailaren 3a, San Blas eguna. Jakiak bedeinkatu eta abar, hainbat herritan egiten dituzte ospakizunak santuaren omenez. Baita Aretxabaletan ere.

Goizeko 10:30 aurretxoan badator jendea bidean aurrera; pausoz pauso helmugara iritsi arte. Eta otsailak 3, San Blas egunez Aretxabaletan Apotzaga Etxeberri auzoko Salluente ermita dute bilgune. Nagusiek eta baita haurrek ere. Asko izan dira gaur ere.

Tradizioari jarraituz erramua eskuan, Angel Elorza apaizaren deiak bildu ditu ermita aurrera inguruan lagunartean solasean ari zirenak. Giro ederrarekin egin dute meza, fedeari eta tradizioari jarraituz.

Horien, txikienen momentua meza amaieran iritsi da. Bereziki deitu ditu apaizak, eta han gerturatu dira tropelean, etxetik ekarritako jakiekin. Euren elikagaiak bedeinkatu nahi zituzten hainbat nagusi ere inguratuz, poltsak gora, tradizioak dioena beteko den itxaropenarekin.