La dernière brigade de combat américaine a quitté l’Irak

Les chars américains ont franchi la frontière entre l'Irak et le Koweït jeudi 19 août, à l'aube © Maya Alleruzzo/AP/SIPA

Je lisais ce matin dans El País que la guerre d’Irak, commencée en mars 2003, venait de se terminer avec le retrait de la dernière brigade  américaine de combat:

Siete años, cinco meses y 4.419 soldados fallecidos después, la cuarta brigada de blindados Stryker, de la II División de Infantería del Ejército estadounidense, cruzó ordenadamente la frontera, saliendo de Irak y entrando en Kuwait al alba, en la madrugada de ayer.

Abandonaba así el país la última brigada norteamericana de combate que ha tomado parte en la guerra de Irak. Acababa de este modo formalmente la segunda guerra del Golfo, declarada por EE UU en marzo de 2003, sobre la que George W. Bush clamó victoria en 40 días, pero cuyo final aun debía demorarse 87 meses, con un coste para el Pentágono de 784.000 millones dólares (611.000 millones de euros).

Des soldats de la 4ème brigade Stryker passent la frontière en courant (Source: AP)

Cette dernière brigade de combat américaine, dont les 4000 hommes étaient stationnés avec leurs blindés  à Abou Ghraïb, l’un des endroits les plus dangereux du pays, à 25 km de Bagdad, vient en effet de franchir la frontière irakienne pour arriver au Koweït. C’est cette même frontière qui, violée il y a 20 ans par l’armée de Saddam HUSSEIN, fut à l’origine de la guerre du Golfe (1990-1991).

Souvenons-nous: le 2 août 1990, l’armée irakienne envahit par surprise le Koweït et s’empare aussitôt de la capitale Koweït City. La communauté internationale réagit aussitôt car les réserves de pétrole en jeu sont considérables: on craint un nouveau choc pétrolier et l’ONU adopte le jour même une résolution exigeant le retrait immédiat des troupes irakiennes. Après avoir annexé le Koweït, Saddam Hussein, qui est pourtant laïc, appelle au djihad. Il cherche ainsi l’appui des pays musulmans. De la même façon, lorsque l’opération Tempête du désert est lancée par les Alliés le 17 janvier 1991, il lance des missiles SCUD sur Israël pour trouver le soutien des pays arabes qui défendent la cause palestinienne. En vain: à propos de l’Irak, et de Saddam Hussein qui aurait tant voulu prendre le leadership dans le monde arabe, la Ligue arabe est profondément divisée.

Pourquoi Saddam Hussein a-t-il donc pris le risque de se mettre à dos la communauté internationale en envahissant le Koweït?  D’abord, l’Irak n’a jamais reconnu l’indépendance du Koweït décidée par les Britanniques en 1961. Le régime irakien, fondé par le Parti Baas, est profondément nationaliste. Ensuite, la longue guerre contre l’Iran (1980-1988), que Saddam Hussein a déclenchée parce qu’il revendiquait le déplacement de la frontière sur la rive orientale du Chatt-el-Arab, a laissé l’Irak exsangue: 200000 morts, des régions complètement dévastées et une dette colossale. L’invasion du Koweït devrait permettre à  Saddam Hussein de faire oublier ce désastre et de sauver la face du nationalisme irakien. C’est une façon également de s’emparer des stocks de pétrole koweïtiens (10% des réserves mondiales). Car le pétrole, source de discorde entre l’Irak et le Koweït, est ici un enjeu essentiel. Saddam Hussein reproche en effet au Koweït et les pays de l’OPEP de maintenir les cours du pétrole trop bas, ce qui prive l’Irak d’une partie de ses revenus et lui porte préjudice pour sa reconstruction. Enfin, il accuse le Koweït de voler le pétrole de la nappe frontalière de Roumaila et a réclamé en vain un remboursement de 2,4 milliards de dollars. C’est donc cette fameuse frontière, jadis si contestable aux yeux de Saddam Hussein, que les Américains viennent de franchir pour signifier leur retrait d’Irak.

La frontière entre l'Irak et le Koweit (Source: CIA)

La guerre d’Irak est-elle vraiment terminée? 50000 soldats américains devraient  rester sur le territoire irakien jusqu’en 2011: leur mission se limitera à entraîner et conseiller les forces de sécurité irakiennes. Le chef de l’état-major irakien, Babaker ZEBARI, avait jugé le 11 août dernier que le retrait des troupes américaines était prématuré. Il faut dire que la situation politique est totalement bloquée en Irak, avec une guerre civile qui oppose chiites et sunnites. Comme on pouvait le lire dans Le Point, “cinq mois après des élections législatives qui n’ont pas dégagé de tendance nette, les deux principaux partis n’ont pas réussi à s’entendre sur la mise en place d’un nouveau gouvernement. L’augmentation des attaques et attentats meurtriers observée en juillet fait craindre que les insurgés ne profitent de ce vide politique pour relancer les antagonismes intercommunautaires“.

Avec ce retrait, plus foireux que glorieux, et qui ne manquera pas d’être interprété comme un signe de faiblesse par les machos d’al-Quaida, les Américains laissent derrière eux un véritable chaos, dans lequel l’Iran espère bien tirer son épingle du jeu. Comment ne pas penser alors à ce qu’écrivait Élie BARNAVI en 2006 dans son brillant essai Les religions meurtrières ?

Le moins qu’on puisse dire sur la “guerre contre le terrorisme” déclarée par le président Bush après le 11 septembre est que ce n’est pas un franc succès. L’homme a correctement identifié le problème; mais, esprit borné entouré de brillants idéologues, il a raté sa solution. Faire la guerre aux talibans était correct; ne pas s’assurer que la victoire fût suivie par une véritable prise en main militaire et civile du pays était stupide. Résultat: les talibans relèvent la tête dans six provinces afghanes [...]. Faire la guerre à l’Irak était déjà discutable en soi; elle aurait pu prendre un sens si on avait enfin saisi à bras-le-corps le problème palestinien avant, et si on avait inondé le pays de troupes, d’ingénieurs civils et d’argent après, lui permettant ainsi d’effectivement bénéficier de la liquidation d’un régime ubuesque. Mais Washington, dont le sens de la direction est manifestement déficient, était convaincu que “le chemin de Jérusalem passait par Bagdad”, [...] et tout le monde  s’imaginait que mettre à bas la statue du dictateur moustachu allait suffire au bonheur des Irakiens éperdus d’amour et d’admiration pour leurs libérateurs. Résultat: le pays sombre dans la guerre civile, en devenant vraiment cette plaque tournante du terrorisme djihadiste qu’on prétendait faussement qu’il était sous Saddam. Chemin faisant, les Américains se découvrent haïs comme jamais par tout ce que le monde compte d’obscurantiste et d’éclairé, ce qui est tout de même un exploit.

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Élie BARNAVI, Les Religions meurtrières, Paris, Flammarion, 2006, 172 pages.

Siete años, cinco meses y 4.419 soldados fallecidos después, la cuarta brigada de blindados Stryker, de la II División de Infantería del Ejército estadounidense, cruzó ordenadamente la frontera, saliendo de Irak y entrando en Kuwait al alba, en la madrugada de ayer.

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