Les critiques se sont multipliées après que Jean-François COPÉ, secrétaire général de l’UMP, a annoncé, le 16 février dernier, l’organisation d’un débat sur la laïcité et l’exercice des cultes en France. On a peur que les musulmans ne soient stigmatisés. Mohammed MOUSSAOUI, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a confié à l’AFP qu’il trouvait “louable” de se pencher sur l’exercice des cultes en France mais qu’il craignait que le débat ne “dérape” sur une mise en cause de l’islam: “nous ne voulons pas que le débat se focalise sur le port du voile intégral ou les menus halal dans les cantines, il faut avancer, particulièrement à propos des lieux de culte”. Le débat risque en effet de tourner autour de la question du financement des mosquées. Le secrétaire d’État au logement, Benoist APPARU, s’est déjà dit favorable à un aménagement de la loi de 1905 sur la laïcité de façon à ce que l’État puisse participer à la construction de mosquées. Une déclaration qui a aussitôt obligé le gouvernement à préciser qu’il n’envisageait pas de financer les mosquées. On le voit, l’islam est au centre du débat sur la laïcité. Ce n’est pas nouveau: en 2003, le regretté René RÉMOND l’avait déjà souligné dans une interview accordée à La Croix. J’y reviendrai. Plus généralement, l’islam est au centre de l’actualité. Par un curieux hasard, le débat porte en France sur la construction de mosquées au moment où, au Proche-Orient, des attentats ont visé des églises. Loin de moi l’idée de faire un quelconque amalgame entre ce qui se passe en France et au Proche-Orient. Cependant, dans les deux cas, l’islam est au coeur des revendications et cela mérite qu’on se pose quelques questions. Mon attention a été notamment retenue par les réactions après cet attentat commis dans la nuit du Nouvel An devant une église copte d’Alexandrie, en Égypte: une bombe avait explosé à la sortie de la messe, faisant 21 morts. Ce nouveau carnage, deux mois après l’attaque de la cathédrale de Bagdad, a suscité l’indignation de nombreux responsables politiques et religieux. Ainsi, le 1er janvier, le Pape Benoît XVI a demandé aux dirigeants du monde de défendre les chrétiens contre les abus et l’intolérance. Il est clair que ceux qui ont commis l’attentat, et qui appartiennent sans doute à la mouvance d’al-Qaida, veulent provoquer un choc entre communautés qui validerait la théorie de Samuel HUNTINGTON. En lisant le témoignage du Père Alain FEUVRIER, enseignant en islamologie au Centre Sèvres, on se rend compte à quel point les conditions de vie des Chrétiens d’Égypte se dégradent. Dans une interview qu’il a accordée au Point, l’historien des religions Odon VALLET nous explique que les Coptes ont en effet un statut de citoyen de seconde zone. Mais quand on lui demande si on peut parler de “christianophobie”, sa réponse est pour le moins étonnante:
Il existe une “christianophobie” dans ces pays, comme il y a de “l’islamophobie” en Europe. Le radicalisme religieux vaut dans les deux sens. Depuis le 11 Septembre 2001, le durcissement entre religions prédomine, et la crise économique accroît ce phénomène.
Islamophobie: le mot est lâché. Que vient-il faire ici? Ce parallèle entre la situation des chrétiens en Orient, qui sont assassinés au nom de l’islam, et celle des musulmans en Europe est pour le moins surprenant. Essayons de voir ce que cela signifie. Quels sont les enjeux quand on parle d’islamophobie? Lire la suite


