Les critiques se sont multipliées après que Jean-François COPÉ, secrétaire général de l’UMP, a annoncé, le 16 février dernier, l’organisation d’un débat sur la laïcité et l’exercice des cultes en France. On a peur que les musulmans ne soient stigmatisés. Mohammed MOUSSAOUI, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a confié à l’AFP qu’il trouvait “louable” de se pencher sur l’exercice des cultes en France mais qu’il craignait que le débat ne “dérape” sur une mise en cause de l’islam: “nous ne voulons pas que le débat se focalise sur le port du voile intégral ou les menus halal dans les cantines, il faut avancer, particulièrement à propos des lieux de culte”. Le débat risque en effet de tourner autour de la question du financement des mosquées. Le secrétaire d’État au logement, Benoist APPARU, s’est déjà dit favorable à un aménagement de la loi de 1905 sur la laïcité de façon à ce que l’État puisse participer à la construction de mosquées. Une déclaration qui a aussitôt obligé le gouvernement à préciser qu’il n’envisageait pas de financer les mosquées. On le voit, l’islam est au centre du débat sur la laïcité. Ce n’est pas nouveau: en 2003, le regretté René RÉMOND l’avait déjà souligné dans une interview accordée à La Croix. J’y reviendrai. Plus généralement, l’islam est au centre de l’actualité. Par un curieux hasard, le débat porte en France sur la construction de mosquées au moment où, au Proche-Orient, des attentats ont visé des églises. Loin de moi l’idée de faire un quelconque amalgame entre ce qui se passe en France et au Proche-Orient. Cependant, dans les deux cas, l’islam est au coeur des revendications et cela mérite qu’on se pose quelques questions. Mon attention a été notamment retenue par les réactions après cet attentat commis dans la nuit du Nouvel An devant une église copte d’Alexandrie, en Égypte: une bombe avait explosé à la sortie de la messe, faisant 21 morts. Ce nouveau carnage, deux mois après l’attaque de la cathédrale de Bagdad, a suscité l’indignation de nombreux responsables politiques et religieux. Ainsi, le 1er janvier, le Pape Benoît XVI a demandé aux dirigeants du monde de défendre les chrétiens contre les abus et l’intolérance. Il est clair que ceux qui ont commis l’attentat, et qui appartiennent sans doute à la mouvance d’al-Qaida, veulent provoquer un choc entre communautés qui validerait la théorie de Samuel HUNTINGTON. En lisant le témoignage du Père Alain FEUVRIER, enseignant en islamologie au Centre Sèvres, on se rend compte à quel point les conditions de vie des Chrétiens d’Égypte se dégradent. Dans une interview qu’il a accordée au Point, l’historien des religions Odon VALLET nous explique que les Coptes ont en effet un statut de citoyen de seconde zone. Mais quand on lui demande si on peut parler de “christianophobie”, sa réponse est pour le moins étonnante:
Il existe une “christianophobie” dans ces pays, comme il y a de “l’islamophobie” en Europe. Le radicalisme religieux vaut dans les deux sens. Depuis le 11 Septembre 2001, le durcissement entre religions prédomine, et la crise économique accroît ce phénomène.
Islamophobie: le mot est lâché. Que vient-il faire ici? Ce parallèle entre la situation des chrétiens en Orient, qui sont assassinés au nom de l’islam, et celle des musulmans en Europe est pour le moins surprenant. Essayons de voir ce que cela signifie. Quels sont les enjeux quand on parle d’islamophobie?
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Vous avez dit «islamophobie»?
J’avais publié en novembre dernier un billet où, en croisant deux interviews de Michel HOUELLEBECQ et Claude LÉVI-STRAUSS, données à huit ans d’intervalle, j’arrivais à la conclusion qu’il était aujourd’hui de plus en plus difficile d’avoir des propos critiques sur l’islam sans courir le risque d’être accusé d’islamophobie. Ce qui pose un problème à la fois pour la laïcité et pour la liberté d’expression. Par paresse, je n’avais pas approfondi ma réflexion sur cette notion d’«islamophobie». Or, début décembre, j’ai découvert en lisant le blog de PHILARÊTE que Pascal BRUCKNER, dans une tribune publiée le 23 novembre par Libération, expliquait justement comment «le terme d’«islamophobie», calqué sur celui de xénophobie, [avait] pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme»:
Jusqu’à preuve du contraire, on a le droit, dans un régime démocratique, de juger les religions mensongères et rétrogrades et de ne pas les aimer. Se méfier de l’islam comme on a pu en d’autres temps se méfier du catholicisme, juger inquiétant son prosélytisme agressif, sa prétention à la vérité unique, son penchant sacrificiel, c’est manifester un sentiment qu’on estimera légitime ou absurde, ce n’est pas faire preuve de racisme. Faut-il parler de «libéralophobie» ou de «socialistophobie» parce qu’on est contre le règne du marché ou la redistribution des richesses ? Ou faut-il rétablir le délit de blasphème, aboli en 1791 par la Révolution, comme le réclame chaque année l’Organisation de la conférence islamique ainsi qu’en France, en 2006, un député UMP, Jean-Marc Roubaud, soucieux de punir tout ce qui bafoue ou calomnie «les sentiments religieux d’une communauté ou d’un Etat quel qu’il soit». Le pari des sociétés ouvertes, c’est de concilier la coexistence pacifique des grandes croyances avec le droit à la libre expression. La liberté de culte est garantie et la liberté de critiquer les cultes également. [...]
Le terme d’islamophobie remplit plusieurs fonctions : nier pour mieux la légitimer la réalité d’une offensive intégriste en Europe, attaquer la laïcité en l’assimilant à un nouveau fondamentalisme. Mais surtout faire taire les musulmans qui osent remettre le Coran en cause, en appellent à l’égalité entre les sexes, au droit à l’apostasie et aspirent à pratiquer paisiblement leur foi sans subir le diktat de doctrinaires ou de barbus. [...]
Ce coup de gueule de Pascal Bruckner a inspiré à Philarête un billet lumineux, dont le titre «Antiphobie» est, je trouve, délicieusement punk. Je ne résiste pas au plaisir d’en reproduire ici un large extrait:
Le suffixe « anti » implique l’antagonisme, voire la lutte. Il suppose assez fréquemment une pensée, sinon un système et, chose notable, ne semble pas fonctionner d’emblée pour disqualifier : les mots en anti- servent à décrire une situation polémique, mais ne sont pas forcément polémiques par eux-mêmes. Ils peuvent être revendiqués, pour décrire leur position, par ceux qui s’opposent au cléricalisme, au fascisme, au capitalisme ou au communisme.
Toutes autres sont les implications des formations en « -phobe » ou « -phobie ». D’après le Trésor de la langue française , le suffixe « exprime l’aversion instinctive, l’hostilité irraisonnée ou parfois l’absence d’affinité vis-à-vis de quelqu’un ou de quelque chose ». On est dans le registre pathologique, comme le suggère l’étymologie (phóbos, en grec, exprime une peur morbide). Ces mots sont calqués sur le nom d’angoisses particulières : on connaît l’agoraphobie et la claustrophobie, peut-être aussi l’acrophobie (peur des hauteurs), et le TLF me fait découvrir l’étrange bélénophobie (peur des épingles) et aussi la paradoxale éreuthophobie, « crainte obsessionnelle de rougir, qui entraîne elle-même le phénomène redouté ».
Alors que les mots en anti- paraissent calqués sur le lexique exemplairement neutre de la chimie organique, les mots en -phobe empruntent le modèle de la psychopathologie. Or on ne discute pas avec un -phobe : on le soigne. Il ne défend pas des idées, il est victime d’une infection. S’il est incurable, l’isolement s’impose. À la différence des mots en anti-, les mots en -phobe sont foncièrement stigmatisants. Ils ne décrivent pas une position, mais dénoncent une tare – si bien qu’il est très difficile de se déclarer soi-même, par exemple, « islamophobe », alors qu’on peut se dire crânement « anticlérical ».
Les mots en -phobe sont en effet disqualifiants: on ne parle pas avec un phobique car il s’agit d’un malade. Au mieux, à défaut de le raisonner, on le soigne ou on l’isole. Cela rappelle l’époque où le stalinisme avait recours à la psychiatrie pour museler toute opposition: les ennemis du peuple étaient forcément des malades mentaux qu’il fallait interner. En considérant que celui qui tient des propos critiques sur l’islam est islamophobe, on réduit ses arguments à néant. On fait de lui un xénophobe et un raciste, ce qui entraîne d’ailleurs une confusion entre la religion et l’origine des fidèles. Et en supposant que l’islamophobie existe, cette peur de l’islam est-elle si irrationnelle que cela? Et si l’islamophobie existe, l’islamisme n’en est-il pas la cause?
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L’islam perçu comme une menace?
Quand on regarde l’actualité internationale de ces derniers mois, on ne peut pas dire que l’islam a offert son meilleur visage. On pourra toujours objecter que les médias n’évoquent l’islam qu’à travers des événements dramatiques: il n’en reste pas moins que c’est ce qui fait l’actualité. Et que cela donne l’impression d’aller dans le sens d’un choc des civilisations. Ainsi, après l’attaque de la Cathédrale de Bagdad, à la Toussaint, qui avait fait 52 morts, ce sont les fêtes de Noël qui ont été ensanglantées: au Nigéria, avec une série d’attentats à la bombe contre des églises (38 morts et 74 blessés), et aux Philippines, où des hommes armés appartenant au groupe islamiste Abou Sayyaf ont tué dix villageois. À Bagdad, le 30 décembre, au moins deux personnes ont péri et 12 ont été blessées dans six attentats commis contre des maisons appartenant à des chrétiens. Puis il y a eu cet attentat dans une église copte d’Alexandrie: 21 morts. En Europe, la police danoise a déjoué un attentat dans l’immeuble qui abrite à Copenhague les locaux du Jyllands-Posten, qui avait publié, en 2005, les fameuses caricatures de Mahomet. Comment alors ne pas s’inquiéter, comme l’écrit Daniel LEFEUVRE dans Pour en finir avec la repentance coloniale [1]:
Comment ne pas s’inquiéter, en effet, de la férocité du régime iranien à l’égard de ses opposants? De la fatwa condamnant à mort le grand écrivain Salman Rushdie? Des arrestations des modernistes égyptiens et de l’assassinat de l’un d’entre eux -Farag Foda, en 1993-, ou encore de la tentative contre Youssef Chahine? Faut-il admettre l’assassinat de Théo Van Gogh aux Pays-Bas et passer par pertes et profits le saccage par les talibans des statues géantes de bouddha, ce patrimoine culturel de l’humanité, ainsi que l’effarante attaque contre la liberté de la presse -et de la pensée tout court- qui a pris prétexte de la publication de caricatures de Mahomet? Comment ne pas s’inquiéter également lorsque dans un pays, le Nigeria, certaines provinces appliquent la charia (c’est-à-dire les châtiments corporels, la lapidation des femmes condamnées pour adultère, etc.) et que les nouveaux maîtres de la Somalie veulent en faire autant? Comment oublier les horreurs de la guerre civile qui a déchiré l’Algérie? Comment oublier enfin les attentats jihadistes qui ont ensanglanté New York le 11 septembre 2001, Madrid le 11 mars 2004, Londres le 7 juillet 2005, Bombay le 11 juillet 2006? Comment exiger de l’opinion qu’elle trace une frontière nette entre les fondamentalistes, les jidahistes et les musulmans “tranquilles” alors que ces derniers se mobilisent bien peu pour condamner les premiers?
Les gens sont frappés par les violences islamistes dans le monde et ils craignent tout naturellement des répercussions en France. Car ils voient bien que le fondamentalisme islamique gagne du terrain. Et le fait de découvrir récemment que la rue Myrha, dans le XVIIIème arrondissement de Paris, est bloquée chaque vendredi par des musulmans pour leur prière n’apaise pas leurs craintes. On ne s’étonnera donc pas que 40% des Français et des Allemands estiment que l’islam représente «plutôt une menace», selon un sondage de l’IFOP publié le 4 janvier dernier dans Le Monde. Aussi, pour éviter les amalgames, il appartient aux musulmans modérés de manifester avec la plus grande énergie leur solidarité auprès des coptes et des chrétiens d’Orient. Ce sera la meilleure façon de montrer que l’expression musulman modéré n’est pas un oxymore.

Après l'attentat d'Alexandrie, des Égyptiens chrétiens et musulmans joignent le Coran à la Croix, au Caire, le 1er janvier. (REUTERS)
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Entre modernisation et victimisation: et si l’islam était à la croisée des chemins ?
À l’initiative du trimestriel Respect magazine, un Appel intitulé «L’islam bafoué par les terroristes» a été publié le 12 janvier par Libération: il réunit des personnalités de la communauté musulmane de France qui ont décidé de condamner fermement les attentats contre les chrétiens au Proche-Orient. Espérons que cette prise de position, plus ferme mais aussi plus médiatisée que celles de la mosquée de Paris ou du CFCM, marque une étape dans l’intégration des musulmans au sein de la République française. Mais, de nature enclin au pessimisme, j’aurais tendance à penser que ce n’est pas gagné. En effet, quand Tariq RAMADAN déclare dans Le Point qu’il condamne “sans équivoque” les attentats, il ne peut s’empêcher ensuite de nous sortir le couplet du racisme anti-musulman, au risque de confondre la religion et la race, et d’insinuer que les français s’émeuvent moins quand ce sont des musulmans qui sont tués en Irak ou en Afghanistan:
Commençons par condamner sans équivoque ces attentats. On sait que des groupes extrémistes violents utilisent la terreur pour créer une fracture entre musulmans et chrétiens. Il ne faut pas tomber dans leur piège. Aucun scénario n’est à écarter: Al-Qaeda ou d’autres réseaux informels égyptiens pourraient être impliqués. La peur de l’islam s’est installée en Occident, à cause de la nouvelle visibilité des musulmans et de tels événements tragiques très médiatisés. Mais, dans les sociétés majoritairement musulmanes, on se dit aussi que l’on fait beaucoup de bruit quand on tue un chrétien, mais que personne ne bouge quand des musulmans sont massacrés dans les mosquées, comme en Irak ou en Afghanistan. Des deux côtés, l’ignorance et l’amalgame créent la confusion, le clash des perceptions est réel et dangereux, car partout s’installe l’idée que le dialogue est impossible. On peut très vite sombrer dans le racisme antimusulman ou antioccidental : c’est exactement ce vers quoi veulent nous entraîner les populistes et les extrémistes.
À l’instar de Tariq Ramadan, certains musulmans n’hésitent pas à minimiser les attentats contre les chrétiens en leur opposant ceux qui tuent des musulmans. C’est le cas du grand imam d’Al-Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite, qui siège au Caire, quand il réagit aux propos de Benoît XVI: «Je ne suis pas d’accord avec le point de vue du pape, et je demande pourquoi le pape n’a pas appelé à la protection des musulmans quand ils se faisaient tuer en Irak». Lors de la messe du 1er janvier, le Pape avait en effet insisté sur l’«urgente nécessité» pour les gouvernements du Proche-Orient d’adopter «des mesures efficaces pour la protection des minorités religieuses». Parlant d’une «ingérence inacceptable dans les affaires intérieures des pays islamiques», Al-Azhar a ensuite annoncé que ses réunions avec le Vatican étaient suspendues, à la suite des« attaques répétées contre l’islam du pape Benoît XVI ».
Invoquer les musulmans tués dans des attentats quand des chrétiens ont été assassinés: voilà qui obéit à une logique de surenchère victimaire. Les musulmans seraient avant tout des victimes. C’est un fait que, tous les jours ou presque, des musulmans sont tués dans des attentats en Irak ou en Afghanistan. Mais ils sont tués au nom de l’islam. Par d’autres musulmans. Ce qui signifie que l’islam est animé par des courants contradictoires. Peut-être faudrait-il faire la distinction “non pas entre islam et islamisme, mais entre islam et musulmans“, comme le dit le père Henri BOULAD, jésuite égyptien, dans une interview très intéressante accordée à Natalia TROUILLER: «beaucoup de musulmans sont les premiers à se rendre compte que l’application absolue de la Charia est inhumaine et invivable». La modernisation est aujourd’hui l’un des enjeux principaux de l’islam. Or les islamistes la refusent, et, comme l’écrit Pascal Bruckner, le terme d’islamophobie vise également à faire taire les musulmans qui souhaiteraient moderniser l’islam:
Il faut donc stigmatiser ces jeunes filles qui refusent le voile, souhaitent marcher sans honte, tête nue, dans la rue, foudroyer ces Français, ces Allemands, ces Anglais d’origine maghrébine, turque, africaine, algérienne qui réclament le droit à l’indifférence religieuse, le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas jeûner pendant le ramadan. Il faut les désigner, ces renégats, à la vindicte de leurs coreligionnaires, les faire taire pour bloquer tout espoir d’une mutation chez les fidèles du Prophète (en France et de façon révélatrice, c’est un «Collectif contre l’islamophobie» qui soutient juridiquement les femmes verbalisées pour port du voile intégral).
Le Collectif Contre l’Islamophobie en France dont parle Pascal Bruckner recense les actes islamophobes en France. Apparemment, ces actes seraient depuis quelques années en hausse: ils visent aussi bien les individus que les institutions. Dans son rapport annuel, le CCIF nous dit avoir enregistré 184 faits pour l’année 2009, 163 visent les individus et 21 les institutions:
Sur les 163 atteintes islamophobes aux personnes, 67 ont été commises par un agent public dans le cadre de sa mission, 25 par un représentant du secteur privé (commerce et loisirs), 30 dans le cadre professionnel, à quoi il faut ajouter 41 agressions verbales ou physiques. [...]
Quant au profil des victimes, il s’agit pour 84,5% de femmes seules, 9,5% d’hommes et 6% de familles réunies. Ainsi, 98 actes ont visé directement des femmes, une seule ne portait pas de hijab, 94 le portaient et 3 avaient un voile intégral au moment de leur agression. Les 11 hommes visés avaient une apparence islamique explicite (djellaba, barbe ou en compagnie de leur épouse portant un voile).
La surreprésentation des femmes voilées, et notamment celles qui portent le hijab, est frappante, ce qui semble indiquer que les agressions islamophobes ne ciblent pas n’importe quels musulmans: ce sont en effet les musulmans les plus radicaux, qui sont à la fois les plus revendicatifs et les plus procéduriers, qui se plaignent d’être victimes de l’islamophobie.
Enfin, sur les 21 actes islamophobes qui visaient en 2009 des institutions, le CCIF a recensé des dégradations de mosquées (9 actes, en général des graffitis ou des voitures incendiées), 9 oppositions à la construction de mosquées (des pétitions ou des recours pour faire annuler le permis de construire), 2 agressions à des associations musulmanes (des lettres d’insultes et de menaces) et enfin une seule profanation de cimetière (le carré musulman du cimetière de Montjoie-Saint-Martin). À propos des profanations de tombes ou de lieux de culte, Pascal Bruckner rappelait à juste titre dans sa tribune qu’elles «touchent dans leur immense majorité en France les cimetières ou églises chrétiennes », ce que confirme une note de la Direction générale de la gendarmerie nationale, citée le 22 septembre 2010 par Le Figaro:
Les faits perpétrés dans les cimetières sont pour l’essentiel des dégradations de stèles, d’ornementations et des inscriptions» , note le rapport, qui précise que les profanations recensées par les gendarmes –qui couvrent 95 % du territoire– touchent «très majoritairement des tombes chrétiennes ou des églises». Dans les campagnes et en zones périurbaines, quelque 122 cimetières communaux et 34 lieux de culte catholique et 18 monuments aux morts ont été visés en 2009.
Au vu de ces chiffres, on peut s’interroger: l’islamophobie n’est-elle pas exagérée? Dans ce cas, n’est-elle pas brandie comme un contre-feu, pour dissimuler l’offensive en Europe des fondamentalistes? Ce sont en effet les islamistes qui parlent d’islamophobie. Ils ont forgé le mot. Et ce n’est pas un hasard si le sociologue Vincent GEISSER, chargé de recherches au CNRS, voit des islamophobes partout. Il est surtout connu, comme nous l’explique Caroline FOUREST dans un article publié en 2009 dans Le Monde, pour ses prises de position polémiques en faveur de l’islam radical:
En fait de « contribution scientifique », l’essentiel des travaux de Vincent Geisser consiste à stigmatiser toute personne critique envers l’intégrisme musulman comme étant « islamophobe » (SOS-Racisme, des journalistes, et même le recteur de la Mosquée de Paris), tout en répandant des clichés sur les musulmans laïques sur les sites islamistes. Le vrai musulman serait celui qui ne renonce pas à porter le voile ou à faire le ramadan comme l’exige la République laïque « assimilationniste ». Geisser parle même de «national-laïcisme» à propos de la loi sur les signes religieux à l’école publique…
Vincent Geisser n’est pas avare de critiques à l’égard des musulmans modérés: pour lui, ils ne sont pas de vrais musulmans car ils pratiquent un «islam light». Le discours qui consiste à faire des musulmans les victimes de l’islamophobie vise en fait à empêcher tout débat interne à l’islam. Il cherche à imposer le modèle d’un islam radical au détriment des musulmans éclairés qui aspirent à moderniser l’islam. Il s’agit de radicaliser la communauté musulmane en lui serinant qu’elle est dans son ensemble stigmatisée. Cette radicalisation est liée à un sentiment d’humiliation, comme l’a montré Dominique MOÏSI dans Géopolitique de l’émotion [2]. Dans le contexte de la crise, les musulmans, victimes à la fois de l’intolérance et du nouvel ordre mondial, seraient donc des bouc-émissaires. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à faire le parallèle avec l’Allemagne des années trente: il suffit de lire cette tribune publiée par des universitaires parisiens ou encore cet article paru en janvier dans Libération où l’auteur fait remarquer que «l’islamophobie joue pour les mouvements d’extrême-droite le rôle qui fut jadis celui de l’antisémitisme pour les nationalismes et les fascismes d’avant la Seconde Guerre mondiale». Ce genre d’analogie, intellectuellement malhonnête, renforce la victimisation des musulmans, en les comparant aux Juifs victimes de la Shoah. Ainsi, dans cette présentation du CCIF, on parle volontiers de haine à l’égard des musulmans:
Parce que la haine religieuse, ainsi que les faux débats autour d’une laïcité de combat, sont instrumentalisés par ceux qui redoutent la contestation sociale des laissé(e)s pour compte de l’intégration, parce que le combat pour la Laïcité est aussi un combat contre l’Intolérance [...].
Vous aurez remarqué que les islamistes appellent ici à un combat pour la laïcité qui est synonyme, pour eux, de combat contre l’intolérance et contre l’islamophobie. Les islamistes qui invoquent la laïcité, voilà qui est intéressant.
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Invoquer l’islamophobie pour mieux faire reculer la laïcité?
Tout le monde parle de laïcité sans prendre toutefois la peine d’en donner une définition. Cela mérite pourtant réflexion. Comme René RÉMOND l’écrivait en 1995 dans un article intitulé La laïcité et ses contraires, l’idée de laïcité, qui s’est enrichie avec le temps et diversifiée à l’épreuve des réalités, se définit par rapport à une “pluralité de contraires“. En effet, la laïcité, ce n’est pas l’athéisme ou le rejet de la religion, contrairement à ce que beaucoup semblent penser. Ce n’est pas nécessairement la séparation, puisque la séparation de l’Église et de l’État n’existe pas en Alsace. La laïcité, ce n’est pas non plus la tolérance ni la libre pensée. Alors?
Examinons d’abord le texte de la loi de 1905. L’article 1 nous dit que la République assure la liberté de conscience et qu’elle garantit le libre exercice des cultes. C’est tout. Il s’agit ici d’une loi d’inspiration libérale: l’État, qui renonce à toute référence religieuse, reconnaît à tous et à chacun la liberté publique de conscience. Ainsi, on peut considérer que la pratique religieuse est non seulement privatisée, dans la mesure où l’on distingue la sphère du privé de celle du public, mais qu’elle est également ouverte à la concurrence puisque chacun est libre de pratiquer le culte de son choix. Quoi de plus libéral, en effet?
Enfin, l’égalité devant la loi est un aspect extrêmement important de la laïcité. René Rémond précise en effet que “la laïcité, c’est aussi l’égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur religion” [3]:
La laïcité, c’est la neutralisation du fait religieux pour la définition des droits ; il ne doit intervenir ni à l’avantage des uns ni au détriment des autres; la laïcité implique le découplage de l’appartenance religieuse et de l’appartenance politique, la dissociation entre citoyenneté et confessionnalité. Ni l’État ni la société ne doivent prendre en compte les convictions religieuses des individus pour déterminer la mesure de leurs droits et de leurs libertés.
Aussi, quand ils affichent leur appartenance religieuse et qu’ils invoquent l’islamophobie pour obtenir de nouveaux droits, comme celui par exemple de porter le voile ou le niqab, les islamistes vont à l’encontre de la laïcité: ils sont dans une démarche de revendication communautaire. Dans cette interview accordée au journal La Croix en 2003, René Rémond avait exprimé son inquiétude face à la montée de ces revendications:
Tout le débat sur la laïcité pivote autour de l’islam. C’est contraire à une démarche laïque! [...]
Faut-il interdire le port de signes religieux à l’école ?
– J’avoue être par principe réservé. Il me paraît choquant de légiférer là-dessus. Ce serait revenir à une politique d’interdits dans la religion… que l’on était parvenu à dépasser, avec un siècle de pratique de la laïcité. Il faut bien voir que le problème posé par l’islam traduit une régression.
Le problème du voile pose en fait celui de la manifestation du religieux dans l’espace public…
– Dans la conception d’une laïcité intransigeante, c’était simple : le religieux reste confiné dans l’espace privé. Cette position ne tient plus: le fait religieux possède par nature une dimension sociale. De plus, la société a évolué, et on trouve normal que toutes ses composantes s’expriment. Mais cette expression ne doit pas remettre en cause l’unité nationale. Sinon, on court le risque d’une situation à la libanaise, où les citoyens ne le sont qu’au travers de leur appartenance religieuse…
Vous semblez inquiet ?
– Je le suis devant cette montée de revendication identitaire. Par exemple, la demande des musulmans de disposer de cimetières particuliers me paraît aller à l’encontre d’une pratique communautaire nationale. Est-ce un grand progrès que désormais dans certains magasins, on ne trouve que des aliments préparés selon les prescriptions mosaïque ou musulmane. Les revendications des musulmans vont aller s’élargissant. Après les mosquées, ils vont demander de faire entendre cinq fois par jour le muezzin… Dès lors, faudrait-il interdire tous les sons religieux ? On va au-devant d’un grand débat de société.
Quand ils invoquent la laïcité pour défendre leur différence, les islamistes vont donc à l’encontre de la laïcité. On se rend alors compte à quel point la laïcité est un concept qui leur est étranger. C’est en effet un concept occidental, pour ne pas dire chrétien: les adjectifs «laïque» et «séculier» n’appartiennent-ils pas au vocabulaire de l’Église? Comme l’explique Élie BARNAVI dans son essai Les religions meurtrières [4], «partout en Occident, la séparation de l’Église et de l’État s’est imposée comme l’un des traits majeurs de sa culture politique, mieux, une caractéristique essentielle de sa civilisation»:
Que cette sortie du religieux soit problématique, la querelle de la laïcité, qui a rebondi en France de si spectaculaire manière autour d’un bout de tissu, le montre bien. L’Occident oublie que sa laïcité est née d’une histoire particulière, et que cette histoire lui a légué une conception du sacré qui n’a pas de sens ailleurs. Ainsi, l’hébreu et l’arabe ignorent tout bonnement le vocable “laïc» qu’ils traduisent comme ils peuvent -et improprement- par des néologismes: l’hébreu par khiloni, ce qui signifie «profane», l’arabe par ilmani, qui signifie «rationaliste» ou «érudit» (dérivé de la racine ilm, «savoir»). Les Turcs, eux, ont sagement opté pour l’adoption pure et simple du terme français: laik.«Laïc», rappelons-le, est d’abord un mot d’église, qui rend compte de l’état de celui qui n’est pas clerc, tout comme «séculier», qui vient de saeculum et renvoie au monde d’ici-bas.
On le voit, la laïcité n’est pas un concept universel. La séparation des pouvoirs, l’un temporel et l’autre spirituel, est une particularité de l’Occident chrétien. En revanche, en Islam, il n’y a pas de séparation entre le religieux et le politique, comme le soulignait René Rémond dans la revue Pouvoirs:
Les sociétés musulmanes aussi pérennisent en notre temps le modèle des sociétés occidentales d’Ancien Régime, et pas seulement celles qui sont gagnées par la révolution islamique à l’iranienne. En dehors de quelques pays où s’ébauche une tentative de synthèse entre religion traditionnelle et influence occidentale, il n’est guère d’État, où l’islam est la religion dominante, qui accorde l’égalité des droits à ceux de ses ressortissants qui ne sont pas de la religion du Prophète. L’idée d’une dissociation entre religion et citoyenneté, à plus forte raison celle d’un découplage entre la loi civile et la loi religieuse, sont étrangères à la conception islamique des rapports entre communauté religieuse et société civile et politique.
En France, la laïcité s’est imposée par la force, contre une Église qui résistait, alors que, dans les pays protestants, la religion a accompagné la révolution libérale. Résultat: la laïcité à la française, qui a pris un tour nettement anticlérical, voire antireligieux, est particulièrement intransigeante. Or la laïcité n’implique pas nécessairement la négation de l’histoire ou de la tradition culturelle du pays. En France, en effet, d’un point de vue historique comme statistique, toutes les religions ne sont pas dans la même situation: qu’on le veuille ou non, le christianisme, et notamment le catholicisme, est une composante essentielle de l’identité nationale et reste un fait majoritaire au sein de la population. Par exemple, vu d’Espagne, la récente décision du tribunal administratif d’Amiens, qui a interdit l’installation d’une crèche sur la place d’un petit village de Picardie, est pour le moins surprenante.
Pour Élie Barnavi, cette laïcité, que l’on pourrait qualifier de néo-laïcité, à la fois amnésique, acculturée et anti-religieuse, fait le jeu de l’islamisme. Élie Barnavi explique en effet que l’Europe sous-estime aujourd’hui la menace islamique parce qu’elle a oublié, en devenant laïque, que les religions pouvaient engendrer la violence. Cette Europe, justement, qui, au nom de la laïcité, a renié ses racines chrétiennes. Ainsi, cette année, l’agenda Europa, proposé par la Commission européenne et distribué dans les établissements scolaires, mentionnait toutes les fêtes religieuses, sauf les fêtes chrétiennes! Enfin, les néo-laïcards et les islamistes ne se sont-ils pas réjouis ensemble parce que le chapitre consacré à la naissance du christianisme avait disparu du nouveau programme d’histoire de la classe de seconde?
En réalité, les islamistes s’abritent derrière la démocratie et invoquent la laïcité pour faire progresser des revendications qui sont contraire à la laïcité. L’exemple des prières de rue est significatif. Ceux qui réclament le respect de la laïcité sont diabolisés: pour Libération, n’est-ce pas l’extrême-droite qui pointe du doigt ces musulmans qui prient dans la rue? Une fois de plus, on crie à l’islamophobie. On nous explique que les musulmans prient dans la rue parce qu’ils n’ont pas de lieux de culte. Sandrine MAZETIER, député socialiste de Paris, l’affirme dans une interview au Monde: «les fidèles ne prient pas dans la rue par plaisir, ils le font car ils n’ont pas de lieu de culte. Il n’y a pas de raison qu’ils soient obligés de prier dans la rue. Des solutions existent, mais elles demandent l’implication des pouvoirs publics». L’air de rien, on suggère l’idée de modifier la loi de 1905 sur la laïcité, afin de permettre à l’État de financer la construction de mosquées. Dans les faits, certaines municipalités ont déjà contourné cette loi. Il s’agit de déguiser un projet religieux en projet «culturel et scientifique». Ainsi, à Barbès, le futur «Institut des cultures d’Islam» n’est rien d’autre qu’une mosquée financée à hauteur de 20 millions d’euros par les contribuables parisiens et Daniel VAILLANT, le maire socialiste du XVIIIème arrondissement, ne s’en est jamais caché, puisqu’il déclarait en décembre 2009: «Nous allons créer deux établissements, sous la férule de l’Institut des cultures d’Islam, qui est une association loi 1901 subventionnée par la Ville de Paris. Cet institut sera érigé à l’angle de la rue Stephenson et revendra ensuite les mètres carré nécessaires pour la prière à des associations cultuelles, loi 1905».
Cette remise en question de la loi de 1905 n’est-elle pas choquante? L’idée et la pratique de la laïcité est en France le résultat d’une longue maturation que l’on peut, comme René Rémond, considérer comme un véritable progrès intellectuel. Il ne faudrait pas que l’islam, en faisant apparaître de nouvelles situations, fasse régresser le débat. Or, comme la blogueuse Polluxe, on peut se demander s’il n’y a pas, de la part des élus, un calcul en vue de capter l’électorat musulman: le Parti Socialiste ne peut pas ignorer en effet que “les prières de rue relèvent du prosélytisme, de l’acte militant, pas du manque de place. D’autant que la rue Myrha attirent des fidèles venus de loin, un peu comme Saint Nicolas du Chardonnet attire des Versaillais“. D’ailleurs, il n’est pas rare que les politiciens, notamment de gauche, relayent le discours victimaire des islamistes et crient, avec eux, à l’islamophobie. Ainsi, en février dernier, alors que Quick annonçait que certains de ses restaurants serviraient des hamburgers exclusivement hallal, la secrétaire nationale des Verts, Cécile DUFLOT jugeait que la polémique avait des “relents islamophobes”. Au même moment, après les vives critiques contre la candidature aux régionales d’une militante portant le voile islamique, le porte-parole du NPA, Olivier BESANCENOT, avait lui-aussi recours à une métaphore olfactive et s’élevait contre «un climat nauséabond, islamophobe, qui devient insupportable». Un climat islamophobe? On savait le climat détraqué, mais à ce point?
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Il est temps de conclure ce long billet.
Je me souviens que, lorsque j’étais gamin, dans les années soixante-dix, les voisins de mes parents étaient algériens. À l’époque, on ne parlait pas de racisme ou de xénophobie, encore moins d’islamophobie: ces voisins étaient algériens comme ils auraient pu être anglais ou polonais. C’étaient des gens discrets. Les femmes ne portaient pas de voile et s’habillaient à l’occidentale. Elles venaient à la maison et ma mère les aidait à lire et à écrire. Ils étaient peut-être musulmans mais, après tout, on n’en savait rien et on s’en foutait, car ils n’affichaient pas leur appartenance religieuse: on n’avait jamais entendu parler de ramadan, de nourriture hallal, de Aït-el-Kebir, de niqab ou encore de charia. On vivait en bonne intelligence. Que s’est-il passé depuis?
Quarante ans plus tard, l’islam se retrouve au centre du débat politique. À tel point que le débat sur la place de l’islam dans la société s’est substitué à celui sur l’immigration. C’est vrai en France, mais aussi en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Un peu partout en Europe, l’islam ne cesse de s’afficher et de revendiquer ostensiblement sa différence. En Espagne, les fondamentalistes revendiquent leurs droits sur l’ancienne mosquée de Cordoue devenue cathédrale au XIIIème siècle, ils défendent le port de la burqa et prient dans la rue en Catalogne, constituent des tribunaux islamiques clandestins qui condamnent les femmes adultères à la lapidation ou encore portent plainte contre un enseignant qui a évoqué la production de jambon en altitude en classe de géographie. En France, un rapport remis le 28 janvier dernier au Premier ministre nous montre à quel point l’islam met l’enseignement scolaire sous pression [5]. Il apparaît en effet que la religion s’invite de plus en plus à l’école laïque: les programmes scolaires sont contestés, les activités mixtes sont refusées et les demandes de repas hallal sont devenues courantes. Plus généralement, dans les services publics, dans les piscines municipales et dans les hôpitaux, on assiste à des revendications d’ordre religieux qui sont en contradiction avec le principe de laïcité. Ce principe peut alors apparaître, pour les islamistes, comme une atteinte faite à leur liberté de culte. Ils vont donc brandir l’islamophobie pour se poser en victimes: c’est une façon de faire reculer à la fois la laïcité et les libertés de conscience et d’expression. C’est aussi une façon de censurer les débats internes à l’islam: en se crispant sur un certain nombre de pratiques, les islamistes veulent rendre impossible l’existence d’un islam moderne et laïc. Il appartient alors aux musulmans modérés de se faire entendre et de défendre leur liberté. Mais ce n’est pas facile: Hassen CHALGHOUMI, l’imam de Drancy, fut ainsi pris à partie dans sa mosquée, traité de mécréant et d’apostat par un groupuscule islamiste, parce qu’il s’était prononcé pour une loi interdisant la burqa et avait ouvert, notamment en mémoire du camp de Drancy, un dialogue avec la communauté juive. On le voit: entre fondamentalisme et modernisation, l’islam est divisé, comme à la croisée des chemins. De la même façon, les événements qui ont secoué ces dernières semaines la Tunisie puis l’Égypte nous montrent que l’autoritarisme ou l’islamisme ne sont pas une fatalité dans le monde arabo-musulman et que les musulmans modérés peuvent avoir envie de s’engager sur la voie de la démocratie.
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[1] Daniel LEFEUVRE. Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2008, 231 pages
[2] Dominique MOÏSI. Géopolitique de l’émotion, Paris, Flammarion, 2010, 271 pages. Dominique Moïsi, membre fondateur de l’IFRI, nous explique brillamment que l’islam est dominé dans le monde arabe par une culture de l’humiliation: les Arabes se considèrent en effet comme les principales victimes du nouvel ordre mondial.
[3] René RÉMOND – La laïcité et ses contraires in Pouvoirs n°75 – La laïcité – novembre 1995 – pp.7-16.
[4] Élie BARNAVI. Les Religions meurtrières, Paris, Flammarion, 2006, 172 pages.
[5] HAUT CONSEIL À L’INTÉGRATION. Les défis de l’intégration à l’école et Recommandations du Haut Conseil à l’intégration au Premier ministre relatives à l’expression religieuse dans les espaces publics de la République, Paris, La documentation française, 2011, 197 pages. La lecture de ce rapport est édifiante. Extraits:
«Les cours d’histoire sont le lieu de contestations ou d’affrontements, de mise en concurrence de mémoires particulières qui témoignent du refus de partager une histoire commune. […] Des enseignants se voient systématiquement opposer un refus de parents musulmans à l’étude, par leurs enfants, de la christianisation. [...] L’antisémitisme est souvent exprimé anonymement et peut se manifester lors des cours consacrés à l’enseignement du génocide des juifs : plaisanteries déplacées, refus de voir des films comme Nuit et Brouillard. [...] La vision du monde qui semble s’opérer est binaire : d’un côté, les opprimés, victimes de l’impérialisme des Occidentaux, et ce, depuis les temps les plus reculés, et de l’autre, les oppresseurs, les Européens et Américains blancs, pilleurs des pays du tiers-monde. Cette vision fantasmée sert d’explication à l’histoire du monde et de justification aux échecs personnels. [...] Les professeurs du domaine scientifique ne sont pas davantage à l’abri de contestations, qu’ils doivent sans cesse contrer. L’évolutionnisme est remis en cause au profit d’une action divine ou créationniste imposée par l’élève, sans argumentation. Loin d’être marginales, ces contestations sont suffisamment récurrentes pour être remarquée. [...] Il arrive que des enseignants, désemparés devant le peu d’élèves à la piscine lors du ramadan, cherchent auprès de l’imam le plus proche la justification religieuse à pouvoir suivre les cours dispensés. Par une volonté de bien faire, ces enseignants contreviennent alors au principe de laïcité et inscrivent de fait la religion comme ayant force de loi.»
Lire également le débat entre Xavier LEMOINE, maire UMP de Montfermeil, et Abdelhak EDDOUK, aumônier musulman, qui a été publié le 20 janvier 2011 dans Valeurs actuelles.
