
Au Caire, le 28 janvier 2011, les manifestants se heurtent aux forces de l'ordre (REUTERS/Amr Abdallah Dalsh)
Les révolutions sont-elles contagieuses? Après les révoltes de Tunisie et d’Égypte, qui ont entraîné la chute de BEN ALI et de MOUBARAK, des mouvements similaires ont gagné un certain nombre de pays arabes comme la Libye, Bahreïn, le Yémen ou encore la Jordanie. Tombés en pâmoison devant une telle poussée révolutionnaire, les journalistes n’ont pas manqué de faire le parallèle avec l’effondrement du bloc de l’Est en 1989. Mais est-ce comparable? En 1989, la chute des régimes communistes d’Europe de l’Est était avant tout le résultat de la Perestroïka voulue par Mikhaïl GORBATCHEV. En octobre 1988, Gorbatchev avait en effet reconnu la souveraineté pleine et entière des pays socialistes et annoncé le retrait des troupes soviétiques qui y stationnaient. Au printemps 1989, la Hongrie ouvre sa frontière avec l’Autriche. De nombreux Allemands de l’Est empruntent alors cette brèche dans le Rideau de fer pour se rendre en RFA. Les autorités est-allemandes, débordées, décident finalement d’ouvrir leur propre frontière et le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe. Les choses sont différentes en Tunisie et en Égypte: les révolutions sont les conséquences d’évolutions démographiques, économiques, voire technologiques. De ce fait, ne ressemblent-elles pas davantage aux révolutions de 1848?
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La révolution de 1848 en France.
Cette révolution de 1848 m’a toujours passionné. La Révolution française et l’Empire ne sont pas loin. C’est le Paris décrit par Eugène SUE dans les Mystères de Paris [1]. Comment la révolution a-t-elle éclaté?
Tout commence avec l’interdiction par le préfet de Police d’un banquet prévu à Paris. Dans Le National, Armand MARRAST appelle alors les Parisiens à se rassembler place de la Madeleine pour une manifestation le 22 février. Ce jour là, des centaines d’étudiants se rendent à la Madeleine où ils se mêlent aux ouvriers. De là, les manifestants se dirigent vers la Chambre des Députés aux cris de "Vive la Réforme" ou encore "À bas Guizot". LOUIS-PHILIPPE, qui peut compter sur 30000 soldats, fait décréter l’occupation militaire de Paris vers 16 heures. Comme le racontent Antoine OLIVESI et André NOUSCHI [2], "le reste de la journée est marqué par quelques rixes, des ébauches de barricades, des allées et venues de bandes peu organisées, quelques coups de feu, le soir, dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin". Mais dans l’ensemble, les forces de l’ordre contrôlent la situation.
Le retournement des gardes nationaux, 40000 hommes armés qui furent pourtant, au début de la Monarchie de Juillet, un ferme soutien au régime, va précipiter les événements. En effet, le matin du 23 février, les gardes nationaux de la deuxième légion, boulevard Montmartre, rejoignent les manifestants aux cris de "Vive la Réforme". Dans d’autres quartiers, la garde nationale protègent les ouvriers contre la troupe. Louis-Philippe prend soudain conscience de la gravité de la situation et décide de renvoyer Guizot. Pendant que se déroulent les tractations pour former un nouveau gouvernement, avec Adolphe THIERS et Odilon BARROT, des manifestants se dirigent vers le ministère des Affaires étrangères, boulevard des Capucines, où réside Guizot. Les soldats chargés de protéger le ministère prennent peur et tirent, faisant une vingtaine de morts et plus d’une cinquantaine de blessés. Cette fusillade relance l’insurrection et la radicalise. Les cadavres sont promenés toute la nuit dans les rues de Paris, les armureries sont dévalisées et quelques mille cinq cents barricades dressées.
Le 24 février, le ministère Thiers-Barrot est annoncé avec un programme de réformes. Mais le roi, qui refuse encore la dissolution de la Chambre, nomme le maréchal Bugeaud à la tête de l’armée de Paris, ce qui exaspère l’opinion. Les insurgés prennent de l’assurance: ils s’emparent de l’Hôtel-de-Ville, assiègent, place du Palais Royal, le Château d’Eau et se dirigent vers les Tuileries. Louis-Philippe abdique vers midi, en faveur de son petit-fils, et quitte furtivement les Tuileries, juste avant que la foule n’y pénètre. Les révolutionnaires envahissent alors le Palais-Bourbon au moment où les députés se prononçaient en faveur d’une régence et ils font proclamer un gouvernement provisoire. Deux listes gouvernementales différentes sont publiées par les journaux Le National, qui est républicain, et La Réforme, qui est favorable aux socialistes. Elles fusionnent et le gouvernement proclame la République à titre provisoire, en attendant l’acceptation du fait par la province.
Les Souvenirs [3] d’Alexis de TOCQUEVILLE nous permettent de faire un parallèle entre cette Révolution de février 1848 et les révolutions qui secouent actuellement le monde arabe. Tocqueville examine les causes de la Révolution de 1848. Il en distingue deux types.
D’abord les causes profondes:
La révolution industrielle qui, depuis trente ans, avait fait de Paris la première ville manufacturière de France, et attiré dans ses murs tout un nouveau peuple d’ouvriers, auquel les travaux de fortifications avait ajouté un autre peuple de cultivateurs maintenant sans ouvrage; l’ardeur des jouissances matérielles, qui sous l’aiguillon du gouvernement, excitaient de plus en plus cette multitude elle-même, le malaise démocratique de l’envie qui la travaillait sourdement; les théories économiques et politiques qui commençaient à s’y faire jour, et qui tendaient à y faire croire que les misères humaines étaient l’oeuvre des lois et non de la Providence, et qu’on pouvait supprimer la pauvreté en changeant la société d’assiette; le mépris dans lequel était tombé la classe qui gouvernait et surtout les hommes qui marchaient à sa tête. [...] Telles furent les causes générales sans lesquelles la Révolution de février eût été impossible.
En Tunisie et en Égypte comme dans la France de 1848, le développement économique a entraîné un exode rural, notamment vers la capitale. Cette nouvelle population urbaine, qui a un meilleur niveau d’études et qui aspire à une vie meilleure, n’en est pas moins exposée au chômage dès que la situation économique se dégrade. Dans le même temps, face à un pouvoir qui se montre méprisant, quand il n’est pas corrompu, et qui verrouille la liberté d’expression, le peuple réclame plus de démocratie. En 1847, les réunions publiques étaient interdites et Alexandre LEDRU-ROLLIN n’avait de cesse de réclamer le suffrage universel.
Ensuite, Tocqueville examine les causes qu’il considère comme « accidentelles »:
Les principaux accidents qui amenèrent [la révolution] furent la passion de l’opposition dynastique qui prépara une émeute en voulant faire une réforme; la répression de cette émeute d’abord excessive, puis abandonnée; la disparition soudaine des anciens ministres, venant rompre tout à coup les fils du pouvoir, que les nouveaux ministres, dans leur trouble ne surent ressaisir à temps ni rejouer; les erreurs et les désordres d’esprit de ces ministres, si insuffisants à raffermir ce qu’ils avaient été assez forts pour ébranler, les hésitations des généraux, l’absence de seuls princes qui eussent de la popularité et de la vigueur; mais surtout l’espèce d’imbécilité sénile du roi Louis-Philippe, faiblesse que nul n’aurait pu prévoir qui reste encore presque incroyable, après que l’événement l’a montrée.
Ben Ali ou Moubarak, comme Louis-Philippe, étaient usés par le pouvoir. Ils ne comprennent pas ce qui se passe et sont mal conseillés. Très vite, ils sont débordés. En Tunisie ou en Égypte comme dans la France de 1848, on tire d’abord sur la foule (52 morts le 23 février 1848), ce qui radicalise les manifestants. L’attitude des forces de l’ordre est déterminante. En 1848, la garde nationale se pose en arbitre entre l’armée et le peuple. Que la police, l’armée ou la Garde nationale se rallient aux manifestants: Ben Ali et Moubarak s’enfuient et Louis-Philippe abdique.
Avec ces manifestations de rue, qui prennent un caractère révolutionnaire parce qu’elles vont changer le cours des choses, la révolution de 1848 s’inscrit dans la continuité des révolutions de 1789 et 1830. Or 1789 a aussi été évoqué à propos des révolutions de Tunisie et d’Égypte.
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Le 14 juillet 1789: la prise de la Bastille.

Prise de la Bastille, le 14 juillet 1789: le gouverneur de Launay est emmené vers l’Hôtel de Ville (Anonyme, 1789)
Après le Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789, LOUIS XVI ordonne à la Noblesse et au Clergé de se joindre au Tiers-État pour former une chambre unique. Le 9 juillet, l’assemblée réunie à Versailles se proclame «Assemblée nationale constituante». Cela ne plaît pas au Roi qui renvoie son contrôleur général des finances, Jacques Necker, le 11 juillet en lui reprochant sa «condescendance extrême» à l’égard des États généraux. Le lendemain, ayant appris la nouvelle, et craignant une intervention militaire, le peuple de Paris descend dans la rue pour manifester son mécontentement: Camille DESMOULINS harangue la foule au Palais-Royal et appelle aux armes contre le gouvernement royal. Aux Tuileries, la foule est chargée par un régiment de cavalerie, le Royal-allemand. Suivent alors deux journées d’insurrection. Le matin du 14 juillet, après s’être emparé de 30000 fusils aux Invalides, les parisiens se rendent à la Bastille, où ils pensent trouver de la poudre. Ils demandent également le retrait des canons pointés sur le faubourg Saint-Antoine. Après avoir commencé par négocier, le gouverneur Bernard Jordan de Launay fait tirer sur la foule en début d’après-midi. À cinq heures, il finit par capituler. Il est ensuite décapité par un boucher lors de son transfert à l’Hôtel de Ville et sa tête est promenée au bout d’une pique à travers les rues de Paris: la Révolution a basculé dans la violence.
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Le 10 août 1792 : la chute de la monarchie.
Depuis sa fuite manquée et son arrestation à Varennes le 21 juin 1792, Louis XVI est assigné à résidence au palais des Tuileries sous la «surveillance du peuple». Le 11 juillet, l’assemblée législative décrète «la patrie en danger»: on craint que les Alliés n’envahissent Paris. La déclaration du duc de Brunswick, militaire prussien, annonçant que les Alliés interviendraient militairement en cas d’outrage envers le Roi et sa famille, est vécue comme une provocation par les Révolutionnaires qui proposent la déchéance du roi et l’élection d’une Convention au suffrage universel. Après que les clochers de la capitale ont sonné le tocsin toute la nuit, une «commune insurrectionnelle» s’installe le 10 août à l’Hôtel de ville. Une foule de Sans-culottes et de Fédérés assaillent le Palais des Tuileries à l’initiative des meneurs Santerre et Westermann. Le tableau de Jacques BERTEAUX, ci-dessus, nous montre les insurgés qui combattent les Gardes suisses dans la cour du Carrousel: l’affrontement est violent. Les Tuileries sont finalement prises: Suisses, aristocrates et serviteurs sont massacrés. Le Roi et sa famille, qui avaient trouvé refuge à l’Assemblée, sont emprisonnés au Temple: c’est la fin de la monarchie.
La Révolution Française a une dimension mythique: avec des manifestations qui ont souvent un caractère insurrectionnel et se terminent dans le sang, elle a marqué l’inconscient collectif des Français et reste une référence. On peut également y voir un traumatisme où les Français vont cultiver l’idée qu’ils sont différents des autres peuples. Enfin, le XIXème siècle, pendant lequel la France peine à trouver un régime stable, ne cesse d’osciller entre l’affirmation et l’abandon des acquis de la Révolution, avec la mise en place d’une véritable culture de la barricade.
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1830: la Révolution de juillet.
En 1830, Charles X, et son impopulaire ministre, le prince de Polignac, remettent en cause les acquis de la Révolution. Le 25 juillet, le roi fait publier dans Le Moniteur des ordonnances qui dissolvent la Chambre des députés, restreignent la liberté de la presse et modifient la loi électorale en faveur des candidats conservateurs. C’est une violation de la Constitution et, dans l’après-midi du 27 juillet, la foule qui manifeste commence à se heurter à la gendarmerie aux alentours du Palais-Royal. Des barricades sont dressées par des étudiants et des ouvriers. Le soir, les soldats commencent à tirer sur les émeutiers: c’est la révolution. Le 28 juillet, au terme de violents combats, les insurgés prennent l’Hôtel-de-Ville au sommet duquel ils hissent le drapeau tricolore. Qui sont ces révolutionnaires? Jean TULARD nous dit que ce sont «des ouvriers saisonniers, sans passé ni traditions révolutionnaires [...] masse facilement entraînée par les étudiants et les meneurs politiques» [4].
Le tableau d’Eugène DELACROIX nous montre le triomphe de la Révolution: les insurgés, qui sont ici glorifiés, émergent victorieusement d’une barricade en brandissant des armes. La Révolution de Juillet est en effet une révolution de barricades: à Paris, leur nombre aurait dépassé 4000 pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet. Dès lors, les barricades vont devenir le corrolaire des manifestations de type insurrectionnel. Et en février 1848, on compte plus de 1500 barricades dans la capitale. Il est facile d’installer une barricade dans les rues étroites du Paris d’alors: un véhicule mis en travers, quelques arbres, des armoires ou des échelles suffisent à bloquer le passage. Plus tard, NAPOLÉON III et le Baron HAUSSMANN montreront qu’ils ont retenu la leçon quand ils se lancent dans la transformation de Paris: de grandes avenues sont percées, qui donnent l’impression que la ville s’est embellie et aérée, mais qui répondent aussi à la nécessité de faciliter le passage de la troupe pour le maintien de l’ordre.
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Les journées de juin 1848.
Mais revenons en 1848. Le 23 avril, une Assemblée constituante a été élue. Les élections ont suscité une forte participation (83%) et les 9 millions d’électeurs, qui sont des ruraux pour les trois quarts, ont choisi une majorité de républicains modérés. C’est un rejet de la République sociale que les ouvriers des villes ont du mal à accepter. Une effervescence politique agite les ouvriers parisiens. L’assemblée décide alors de fermer les Ateliers nationaux qu’elle accuse d’être des foyers révolutionnaires. Ces ateliers employaient près de 100000 chômeurs et leurs garantissaient un revenu économique: on a ici l’un des modèles de l’État-providence à la française. En réaction, du 22 au 25 juin, les ouvriers prennent les armes et installent des barricades. Ils veulent le maintien des Ateliers nationaux, mais la République nie toute légitimité à leur soulèvement soulèvement. Paru le 8 juillet dans le journal L’illustration, le daguerréotype de THIBAULT illustre l’attente, le 25 juin, qui précède l’assaut: la rue Saint-Maur est déserte, les portes et les volets des maisons sont fermés, les émeutiers sont cachés derrière les barricades. C’est la première image de type photographique publiée dans la presse française. L’insurrection est sévèrement réprimée par le Général CAVAIGNAC (entre 6000 et 30000 morts et 15000 arrestations). Un second daguerréotype nous montre «la barricade de la rue Saint-Maur-Popincourt le lundi après l’attaque». Ces tragiques journées de juin marquent le divorce entre classes laborieuses et bourgeoisie au pouvoir: les journées révolutionnaires de février 1848 sont bien loin.
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1848: Le Printemps des peuples.
En 1848, à la suite de la révolution française de février, un souffle révolutionnaire gagne une grande partie de l’Europe. Seuls les pays scandinaves, la péninsule ibérique, l’empire russe et l’Angleterre ont échappé à ce mouvement. On a parlé du "printemps des peuples", car, entre février et juin, de nombreux peuples européens, sous l’influence d’écrivains romantiques, de journalistes et d’artistes engagés, sont montés à l’assaut des monarchies en place. Partout ou presque, leurs exigences sont doubles, à la fois libérales et nationales: d’une part, ils exigent plus de libertés, et d’autre part, ils demandent l’application du principe des nationalités. En fait, c’est l’Europe dessinée par METTERNICH à la défaite de Napoléon en 1815 qui est remise en question. Les idées nouvelles de liberté et d’égalité, véhiculées par les guerres révolutionnaires et impériales ont fait leur chemin et, face à des souverains qui incarnent une Europe rétrograde et sclérosée, une génération libérale s’affirme. Par ailleurs, la crise économique qui touche l’Europe dans les années 1845-1847 va être le détonateur de ces révolutions.
En mars 1848, le mouvement atteint Berlin, qui est la capitale de la Prusse, puis d’autres États allemands: face aux insurgés, les souverains sont contraints d’accepter des constitutions libérales, ainsi que le principe de l’unité de l’Allemagne. Cette unité doit être préparée par un Parlement commun, élu au suffrage universel à Francfort. En mars également, les états italiens entrent en effervescence. Le roi de Piémont-Sardaigne, CHARLES-ALBERT, libéral et patriote, prend la tête d’un mouvement en faveur de l’unité et de l’indépendance de l’Italie. Il revendique la Lombardie et la Vénétie et part en guerre contre l’Autriche. L’empire d’Autriche est alors sur le point de se disloquer. Le 14 mars, à Vienne, des émeutes chassent du pouvoir Metternich. Les Tchèques à Prague et les Hongrois à Buda et à Pest se révoltent à leur tour contre le pouvoir central de Vienne. Mais l’idéalisme des peuples sans arme ne peut rien contre des armées puissantes. Les nations n’ont pas les moyens de se secourir entre elles. La révolte est écrasée à Prague en juin puis à Vienne en octobre 1848. La révolution hongroise est matée en 1849. La répression autrichienne est terrible: le souvenir du massacre des officiers à Arad reste encore gravé dans la mémoire nationale hongroise. La guerre conduite par le roi du Piémont-Sardaigne aboutit à deux défaites qui ruinent les espoirs des patriotes italiens. Les projets d’unité allemande échouent: l’Autriche oblige le roi de Prusse à renoncer à ce dessein en novembre 1850, à la conférence d’Olmütz. La révolution romantique des peuples a échoué mais l’idée de nation demeure. Rien ne sera plus comme avant 1848.
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Un drapeau français est hissé sur un immeuble de Benghazi le 12 mars 2011 après la reconnaissance par Paris du Conseil libyen national. © Etienne de Malglaive / ABACAPRESS.COM
On peut faire un parallèle entre les révolutions de 1848 et celles qui secouent actuellement le monde arabe. Cependant, la plupart des révolutions de 1848 ont été des échecs. Les Hongrois ne se sont pas libérés de la domination autrichienne. L’Allemagne et l’Italie n’ont pas réussi à réaliser leur unité. En France, la Seconde république s’est très vite retrouvée confisquée par ses ennemis. Aussi, il reste à voir maintenant ce qui va se passer en Tunisie et en Égypte. Si un régime démocratique est instauré, comme dans la France de 1848, va-t-il tomber rapidement entre les mains d’un quelconque « Parti de l’Ordre »? Car, comme l’explique George FRIEDMAN, dans un article publié par MercatorNet, les révolutions échappent souvent à ceux qui les font. Aussi se demande-t-il si les islamistes, qui ne sont pas à l’origine des révoltes dans le monde arabe, ne vont pas maintenant essayer de tirer profit de la situation. Ajoutons que si les révolutions de 1848 furent des échecs, à court terme, elles ont semé les germes de changements postérieurs: à la fin de XIXème siècle, Bismarck n’avait-il pas réalisé l’unification de l’Allemagne et la Troisième République n’était-elle pas durablement enracinée en France? On peut imaginer que, même si les soulèvements dans le monde arabe se soldent par des échecs, la région connaîtra des transformations à long terme.
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[1] Eugène SUE. Les mystères de Paris, Paris, Quarto, 2009, 1312 pages.
[2] Antoine OLIVESI et André NOUSCHI. La France de 1848 à 1914, Paris, Nathan, 1981, 272 pages.
[3] Alexis de TOCQUEVILLE. Souvenirs, Paris, Gallimard, 2000, 459 pages.
[4] Jean TULARD. Les Révolutions de 1789 à 1851 (tome IV de l’Histoire de France sous la direction de Jean FAVIER), Paris, Livre de Poche, 1993, 568 pages.




