London Calling ?


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Fin juillet, on apprenait que la chanson “London Calling“, extraite de l’album du même nom des CLASH [1], allait être utilisée pour le lancement des Jeux Olympiques de 2012. Aussitôt, la BBC s’est demandé si cette chanson était vraiment appropriée pour attirer les touristes à Londres :

London calling to the faraway towns
Now war is declared, and battle come down
London calling to the underworld
Come out of the cupboard, you boys and girls
London calling, now don’t look to us
Phoney Beatlemania has bitten the dust
London calling, see we ain’t got no swing
‘Cept for the ring of that truncheon thing

The ice age is coming, the sun’s zooming in
Meltdown expected, the wheat is growing thin
Engines stop running, but I have no fear
‘Cause London is drowning, and I live by the river

London calling to the imitation zone
Forget it, brother, you can go it alone
London calling to the zombies of death
Quit holding out, and draw another breath
London calling, and I don’t wanna shout
But while we were talking, I saw you nodding out
London calling, see we ain’t got no high
Except for that one with the yellowy eyes

The ice age is coming, the sun’s zooming in
Engines stop running, the wheat is growing thin
A nuclear error, but I have no fear
‘Cause London is drowning, and I live by the river

Now get this

London calling, yes, I was there, too
An’ you know what they said? Well, some of it was true!
London calling at the top of the dial
After all this, won’t you give me a smile?
London calling
I never felt so much alike alike alike alike

L’image de Londres qui est donnée ici est pour le moins chaotique puisqu’il est question de rivière en crue, d’âge de glace, d’accident nucléaire, de zombis ou encore de pénurie alimentaire. Interrogé par la BBC, Marcus GRAY explique que la chanson, avec le succès, a perdu son sens premier: “London Calling is a classic example of a song that has become so familiar that its original meaning has been lost. It’s instantly recognisable and superficially the perfect invitation to the capital and the world’s premiere sporting event, but it’s actually about the end of the world, at least as we know it“. Dans l’esprit de Joe STRUMMER, qui écrivit les paroles, la chanson devait fonctionner comme un message radiophonique délivré aux survivants d’une catastrophe. Aujourd’hui, on ne retient plus que ce titre, “London Calling“, une allusion à ces émissions de la BBC, pendant la seconde guerre mondiale, qui, destinées aux pays occupés, commençaient toujours par cette annonce: «This is London calling…». Ainsi, la chanson des Clash devient un appel aux touristes qui voudraient venir à Londres pour les Jeux Olympiques.

Cette semaine, alors que de violentes émeutes ravagent l’Angleterre, une autre chanson des Clash semble davantage appropriée à la situation: “London’s Burning“, extraite du premier album [2].

Des immeubles brûlent sur Tottenham High Road (Source: Matthew Lloyd/Getty Images)

Ces émeutes semblent être une réplique de celles qui eurent lieu dans les banlieues françaises en 2005.  Xerbias, dans son blog, a très bien résumé ce sentiment de déjà vu:  “Cachés sous leur capuche, [les émeutiers] profitent d’une bonne occasion pour se laisser aller à leurs envies, et ne font que montrer leur totale déliquescence morale“. On pourra toujours gloser sur les motivations des émeutiers: rien ne peut excuser ces incendies et ces scènes de pillage qui visent en priorité des magasins de sport, de vêtements ou d’électronique. Pourtant, des sociologues ne manqueront pas de nous expliquer, une fois de plus, que les émeutiers vivent dans des quartiers défavorisés, qu’ils sont victimes de discriminations, ou encore qu’ils sont des consommateurs disqualifiés.

En fait, les émeutiers ne sont pas vraiment des disqualifiés de la consommation, puisqu’ils ont utilisé la messagerie instantanée de leurs téléphones Blackberry pour s’organiser face à la police. Il semblerait que nombre de ces émeutiers, que l’on considère volontiers comme des défavorisés, sont aussi les principaux bénéficiaires des aides du Welfare State. Ce qui nous amène à cette interprétation des émeutes que l’on a pu lire chez ILYS:

Les émeutes de Londres sont les premières émeutes importantes à l’échelle d’un pays à accompagner la mort des États providence européens, la faillite définitive dans la dette des ridicules ambitions sociales-démocrates qui pourrissent notre continent depuis plus de soixante ans. [...]

Car ces pauvres, malgré les apparences, sont des enfants gâtés. Et ils réagissent comme tous les enfants gâtés qu’on prive brusquement de leur jouet ou de leur quatre heures.

Je dis bien ces pauvres. Car en Angleterre comme chez nous il existe aussi une vraie grande pauvreté, mais celle là n’organise pas d’émeutes avec des Blackberry achetés grâce à l’argent redistribué par les politiciens à travers des allocations sociales. Car ces allocations arrivent rarement à ceux, vraiment en grande difficulté, qu’il serait légitime d’aider.

L’immigration excessive depuis des décennies accroît bien entendu ces données, mais ne fait que les accroître et les compliquer.

Cette interprétation est intéressante, loin des habituelles analyses préconstruites. Ces émeutes ressemblent en effet à l’implosion de l’État-providence: elles opposent ceux qui vivent d’aides sociales, les bénéficiaires du Welfare State, à ceux qui ont l’esprit d’entreprise et qui travaillent, tels ces commerçants pakistanais, qui ont été assassinés alors qu’ils essayaient de protéger leur propriété. Les émeutiers sont les enfants indignes de l’État-providence: habitués à la facilité, incapables du moindre effort, ils sont oisifs “et cette oisiveté les incite à mal se comporter“, comme Tony TRAVERS, sociologue à la London School of Economics, le souligne dans Le Figaro.

Aaron Biber, 89 ans, dans son salon de coiffure dévasté par les émeutiers de Tottenham High Road (Source: Dan Kitwood/Getty Images)

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À Croydon, les ruines du magasin Reeves après les émeutes (Source: (Andrew Cowie/AFP/Getty Images))

Oublions les Clash. Croydon, au sud de Londres, où les émeutiers ont fait preuve d’une rare violence, évoque pour moi une chanson de CAPTAIN SENSIBLE, extraite de son premier album solo [3]. Captain Sensible est originaire de Croydon et, en 1974, il travaillait à l’hôtel Fairfield Halls, où il nettoyait les chiottes, quand il rencontra Rat SCABIES. Ils décidèrent alors de fonder un groupe de rock: c’est le point de départ des DAMNED. En 1982, il sortit ce magnifique single, “Croydon“, où il dit qu’il continuera toujours à rêver de cette ville telle qu’il l’a connue.

I attended Stanley Tech
in South Norwood Hill
I think it was, oh yeah
where the bronze bust was nicked
let me think, it must’ve been in my third year
lying in wait outside Virgo Fidelis
and the Lady Edridge Grammar School
I worked at the Fairfield Halls
cleaning toilets, but I understood some day
I’d be back in my own right
giving concerts in my own peculiar way
but I kept my rabbit back at home
and I cleaned it every other day
(other day, other day, other day)
and now the time has come to say
farewell Dad with your sardines
and the TV set that I blew
and now the time has come to say
farewell Mum to your baked beans
and the poppadums I never knew

I’ll be in Los Angeles
where the famous people never quite get old
yeah, in Los Angeles
where they’re all to rich to even feel the cold
but I’ll still be dreaming of you Croydon
especially in the cold and rain
(cold and rain, cold and rain, cold and rain)
and now the time has come to say
I’ll be leaving Croydon way
to the lovely town I once knew
and now the time has come to say
I’ll be back another day
saying sod LA, what a day
what a day
what a day
what a day
what a day

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[1] The CLASH. London Calling, (CBS, 1979)

[2] The CLASH. The Clash (CBS, 1977)

[3] Captain SENSIBLE. Women and Captains First (A6M, 1982)

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