Anna CALVI était en concert le 15 septembre dernier à Durango. Comme Ainhoa était sur le point d’accoucher, je n’y suis évidemment pas allé. Cela faisait pourtant longtemps que je n’avais pas eu un tel coup de coeur et autant envie d’aller à un concert: la dernière fois, c’était pour Norman, ce groupe d’Eibar, et c’était aussi après les avoir vus live à la télévision. Autant dire que ces toquades sont de plus en plus rares. Est-ce le signe que je vieillis? J’ai trop la sensation que le rock tourne aujourd’hui en rond et qu’il se répète. Comme si les groupes actuels se contentaient de paraphraser ceux d’hier.
Certes, le rock a toujours été une affaire de recyclage, mais à quoi bon écouter de nouveaux groupes que l’on a impression d’avoir déjà entendu? Cette recherche de la nouveauté pour la nouveauté, qui est d’ailleurs peut-être inhérente au rock, n’est-elle pas l’aveu que le rock est finalement devenu un banal objet de consommation, vidé de sa substance? Entrez dans des boutiques de fringues branchées: en fond sonore, pour accompagner vos achats, ne programme-t-on pas un rock anonyme que l’on oublie instantanément?
Le rock est devenu un objet aseptisé. Même le rock le plus radical est convenu. D’ailleurs, cela s’entend: les nouveaux groupes, dès leur premier disque, sonnent comme de vieux groupes rompus aux techniques d’enregistrement. C’est l’une des conséquences du progrès technologique: les enregistrements numériques sont tout de suite trop faciles et trop propres. Pour prendre un groupe que tout le monde connaît, The POLICE, on peut apprécier une différence énorme de production entre le premier album, Outlandos d’Amour, enregistré en 1978 pour la modique somme de 3000 livres au Surrey Sound Studios, une ancienne laiterie située à Leatherhead, et le dernier, Synchronicity, enregistré en 1983 dans les studios Air sur l’île de Montserrat, aux Bahamas: entre les deux, il y a un parcours et une maturation qui font que la spontanéité des débuts a disparu. Aujourd’hui, peu de premiers albums, à cause de la technologie mais aussi parce que le rock est un vieux machin, ont cette fraicheur qui faisait les grands disques. Ils seront peut-être disques du mois dans les mensuels spécialisés, parce qu’il en faut un chaque mois, mais on les oubliera très vite. La colère, la frustration et le bricolage, au sens lévi-straussien, semblent avoir disparu.
Heureusement, de temps en temps, apparaissent des gens comme Anna Calvi. Son rock est un fier mélange de tension et de mélodie. Quel style! Il y a là de quoi vibrer: on sent qu’il se passe quelque chose. Certes, Anne Calvi n’échappe pas au jeu des comparaisons: sa musique me fait penser à celle des MEKONS ou encore à Dave VANIAN and the PHANTOM CHORDS, avec qui d’ailleurs elle a en commun cette reprise de Jezebel, qu’Édith PIAF chanta également. Mais Anna Calvi a assurément une forte personnalité.
Anna Calvi, j en fait régulièrement la promo, c’est trop bien. Quelle voix et quel style, assez unique. Elle commence enfin à être reconnue, il était temps.
Bienvenue ici, Corto! J’ai découvert Anna Calvi cet été: un concert retransmis à la télé qui m’a littéralement scotché. C’est vraiment très bien: une voix et un style effectivement remarquables. Comme quoi le rock, ce vieux machin, peut encore réserver des surprises!