On oublie souvent que Napoléon BONAPARTE, grand lecteur de ROUSSEAU, était un homme des Lumières. Et on ne risque pas de s’en souvenir longtemps, étant donné que l’Empereur a pratiquement disparu des programmes d’histoire. Bonaparte était un véritable esprit scientifique, curieux de tout, si bien qu’il prend l’habitude, dès la campagne d’Italie, de se faire accompagner de savants.
En mars 1798, le Directoire commence à s’inquiéter de la popularité de Bonaparte après la campagne victorieuse d’Italie. TALLEYRAND décide alors de l’éloigner en l’envoyant en Égypte, pour couper la route des Indes aux Anglais. L’expédition a aussi une vocation scientifique: une Commission de 151 savants, parmi lesquels MONGE et BERTHOLLET, embarque le 19 mai avec une armée composée de 36000 soldats et 2500 officiers.
Le 21 juillet, Bonaparte écrase les Mamelouks à la bataille des Pyramides et entre au Caire le 24 juillet. Une semaine plus tard, il s’inspire de l’Institut de France pour créer l’Institut d’Égypte. Sous la présidence de Monge, les savants, chargés d’étudier l’Égypte, s’organisent en plusieurs sections: mathématiques, physique et histoire naturelle, économie politique, littérature et arts. Après l’écrasement de la flotte française par NELSON le 2 août dans la rade d’Aboukir, la campagne militaire tourne à l’échec mais cela n’empêche pas les savants et les ingénieurs de mener à bien leurs travaux. Comme nous l’explique Francine MASSON, tout les a intéressés: “les antiquités, mais aussi l’architecture, la langue, les structures sociales, l’état sanitaire, le régime des eaux, la musique, l’artisanat, l’industrie, la topographie et même la minéralogie… L’hiver 1798-1799 se passe en explorations diverses, en Basse Egypte et autour du Caire, mais aussi en réalisations pratiques : création d’une imprimerie, qui fonctionnera avec les caractères arabes pris au Vatican lors de la campagne d’Italie, création d’un hôpital, mise en place d’ateliers de mécaniques, le tout nécessaire au bon fonctionnement de l’armée française et de la commission, mais aussi moyen d’introduire de nouvelles techniques au service des Egyptiens“.
Les savants reviennent d’Égypte en 1802. CHAPTAL, qui est alors ministre de l’intérieur, les invite à publier tout le matériel scientifique de l’expédition: l’Empereur souhaite en faire une Encyclopédie égyptienne. Les premiers volumes paraissent en 1809. Plus tard, captif à Sainte-Hélène, Napoléon se préoccupe de savoir si la publication est terminée. En fait, il meurt en 1821 et l’ouvrage n’est achevé qu’en 1823. Il s’intitule “Description de l’Egypte ou Recueil des observations et recherches qui ont été faites en Egypte pendant l’expédition française“: outre 9 volumes de texte, il comporte 10 volumes de planches: 5 consacrés à l’Antiquité, 2 à l’État moderne et 3 à l’Histoire naturelle, soit un total de 974 planches, réellement magnifiques, dont 74 en couleur, auxquelles il faut ajouter un splendide atlas cartographique.
Au Caire, situé non loin de la place Tahrir, l’Institut d’Égypte avait survécu au temps. Il a été incendié ce vendredi lors des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Le bâtiment actuel, qui abritait quelques 200000 ouvrages, certains rarissimes, a été détruit. Les volumes de l’édition originale de la Description de l’Égypte sont partis en fumée.
Décidément, après la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, en 642, il ne fait pas bon être une bibliothèque en Égypte. Quant au Printemps arabe, qui fait tant bander les pauvres lecteurs du Nouvel Obs, il ne passera pas l’hiver.


“Ce que je trouve de plus extraordinaire parmi les qualités que possédait cet homme si extraordinaire était la souplesse ou pour parler la langue des sciences (la physiologie), la nature contractile de son génie, qui permettait à celui-ci de s’étendre au besoin de façon à pouvoir embrasser sans efforts les affaires du monde et ensuite de se resserrer tout à coup de manière à pouvoir saisir sans peine les plus petits objets”
C’est bien dit, n’est ce pas? Et de la part d’un homme qui n’avait aucune sympathie pour l’Empire.
Oui Bonaparte était un homme bien extraordinaire.
Mais quoi? Un guerrier? un homme avide de gloire? un homme qui a régné sans partage et qui ne se croyait pas l’égal des autres? Non, non, on ne saurait faire étudier ça aux enfants.
Bonjour Aristide et bienvenue ici.
Pardonnez ma réponse tardive: j’étais en France pour Noël, sans la possibilité de me connecter.
En effet, Bonaparte était un homme extraordinaire. Mais voilà: comme tant de grands hommes qui ont fait l’histoire de France, il est hélas en train de disparaître des programmes scolaires. En fait, c’est l’idée même de la nation qui est remise en question. L’histoire est aujourd’hui passée au crible du politiquement correct: je lisais justement à ce sujet un excellent dossier dans Valeurs Actuelles.
Quant au texte que vous citez, je me demande bien qui en est l’auteur. Peut-être Chateaubriand? Là, je dois avouer que je sèche (franchement, sur votre blog, la citation d’Abraham Lincoln avait été plus facile à identifier).
Ahah, effectivement ce n’est pas facile.
Bon je vous donne la solution : Tocqueville, dans ses notes prises pendant la préparation de l’Ancien Régime et la Révolution.
Tous mes voeux pour 2012.
Tocqueville! J’aurais dû le deviner! Je suis impardonnable.
Je vous présente également mes meilleurs voeux pour 2012.