Mais où sont passés les cimetières d’éléphants?

Un garçon récupère des restes de matériel électronique dans une décharge au Ghana. (Sources: Kai LOEFFELBEIN / UNICEF )

Fin décembre, l’UNICEF a décerné le prix de la «Photo de l’année» à la photo ci-dessus, qui nous montre un gamin vêtu d’un maillot du Barça en train de récupérer des déchets électroniques dans la décharge d’Agbogbloshie, au Ghana. Au même moment, pour Noël, la vente de tablettes tactiles explosait en France. On apprenait également la mort de Cheetah, le chimpanzé qui apparaissait au côté de Johnny WEISSMULLER dans les films de la série “Tarzan“. Toutes ces informations n’ont aucun rapport entre elles. Et pourtant, elles nous offrent l’occasion, après avoir déjà évoqué les pirates somaliens puis le Sud-Soudan, de poursuivre notre réflexion sur les liens entre les Pays les Moins avancés d’Afrique et la mondialisation. Déjà, en juin dernier, une photo dans El País avait retenu mon attention: l’article qu’elle illustrait nous révélait que le trafic de déchets électroniques vers les pays pauvres augmentait. Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE),  plusieurs dizaines de millions de tonnes de déchets électroniques seraient produites chaque année dans le monde. Les trois quarts de ces déchets se perdent ensuite au Ghana, en Inde, en Chine ou ailleurs, où ils sont brûlés à l’air libre afin de récupérer les métaux précieux tels que le cuivre ou l’argent. Avec les conséquences sur l’environnement et sur la santé que l’on imagine. Ainsi, à Accra, au Ghana, le marché d’Agbogbloshie n’a rien d’un marché: c’est une gigantesque décharge qui s’étend sur des kilomètres. Ce cimetière pour ordinateurs, téléphones portables et autres appareils électroménagers n’est-il pas finalement le signe que l’Afrique est, malgré tout, rattachée à la mondialisation? Lire la suite

La mondialisation au petit-déjeuner

En France, pendant les vacances de Noël, j’ai remarqué que les fameux biscuits Petit Déjeuner, de LU, avaient changé de nom. Pourquoi pas. Mais mon attention a surtout été retenue par un petit texte, au dos du paquet, qui prétend justifier le changement de nom:

LU Petit Déjeuner devient belVita Petit Déjeuner.

Parce que vos délicieux biscuits méritent un vrai nom, identique partout dans le monde.

Et voilà: un vrai nom, ce serait donc un nom qui est “identique partout dans le monde“. Comme si un biscuit allait nous sembler meilleur parce que les Chinois, à l’autre bout de la planète, lui donnent le même nom que nous. De retour en Espagne Euskadi, j’ai voulu vérifier au supermarché: les mêmes biscuits, avec le même nom, dans le même emballage, étaient apparus dans les rayons. Cette internationalisation d’un produit, qui passe par l’uniformisation de son appellation, ne révèle-t-elle pas en fait l’un des aspects les plus désagréables de la mondialisation? Lire la suite

Lovely Money

Roman JUGG commença à jouer avec les DAMNED en 1981, aux claviers lors de l’enregistrement du fabuleux Friday the 13th EP, puis passa à la guitare de 1984 à 1988. En décembre dernier, il nous a livré cette magnifique version acoustique de Lovely Money [1], une chanson sortie en single en 1982.

[1] The DAMNED. Lovely Money, Bronze Records BRO 149, Juin 1982.

2011, année historique?

Voilà. L’année 2011 appartient au passé. Dans la presse, les rétrospectives fleurissent, qui insistent sur l’idée que ce fut une “année historique“. Hérodote, le site consacré à l’histoire, a proposé à ses lecteurs de choisir, parmi 35 événements, ceux qui leur semblaient avoir une portée historique. En quoi une année ou un événement sont-ils historiques? En y réfléchissant, et peut-être aussi parce que les députés français ont adopté, au même moment, un projet de loi imbécile pénalisant la négation du génocide arménien, je me suis souvenu de René RÉMOND, grand historien, mort en 2007, que j’ai eu comme professeur à Nanterre et pour lequel j’avais une grande estime. Il aurait certainement condamné cette nouvelle loi mémorielle comme il l’avait pour les lois Gayssot et Taubira. Mais, surtout, les événements de l’année 2011 n’auraient-ils pas renforcé la lecture optimiste qu’il avait de l’histoire?

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La visite des Rois Mages n’est-elle pas bizarre?

En Espagne, la fête de l’Épiphanie est importante: c’est à cette occasion que les Rois Mages apportent leurs cadeaux aux enfants. Au Pays basque, où l’on aime se distinguer du reste de l’Espagne, c’est la nuit de Noël qui prime: cette nuit-là, un charbonnier, Olentzero, descend de sa montagne et dépose les cadeaux devant le sapin de Noël [1]. Mais cela n’empêche pas d’organiser, le soir du 5 janvier, le défilé des Rois mages. Ainsi, hier, à la tombée de la nuit, les Rois Mages ont parcouru les rues de mon village, distribuant des pâtes de fruits aux enfants. Comme on m’avait demandé de faire partie de la garde rapprochée de Balthazar, pour la plus grande joie de ma fille, j’ai participé à cette procession: pour plus de vraisemblance, j’avais retiré mes lunettes de myope si bien que ce fut une expérience très impressionniste, avec des tâches de couleurs qui ondulaient à la lueur des flambeaux et les cris des enfants qui essayaient d’obtenir des bonbons. Tout en marchant, sabre en main, je réfléchissais à cette tradition des Rois Mages. C’est un épisode, uniquement relaté dans l’Évangile de Matthieu, dans le chapitre 2, qui m’a toujours intrigué. En effet, la visite des mages à Bethléhem est pour le moins insolite. Que nous dit Matthieu [2]? Lire la suite