Chronique nécrologique: Stéphane Hessel n’était pas un rocker

Daniel Darc en 2008 lors des Eurockéennes de Belfort. Crédits photo : JEFF PACHOUD/AFP

L’héroïne et l’alcool avaient transformé l’existence de Daniel DARC en véritable descente en enfer. Ce 28 février, l’annonce de la mort de ce garçon fragile et torturé est un coup de tonnerre pour tous ceux qui suivaient sa carrière et qui pensaient qu’il s’en était sorti. Quel destin: celui qui, défoncé, se tailladait les avant-bras au cutter, en 1979, alors que son groupe Taxi Girl jouait au Palace en première partie des Talking Heads, avait fini ces dernières années par monter sur scène  pour lire, apaisé, des extraits de la Bible.

Taxi Girl, formé en 1978 par Daniel Darc, Laurent Sinclair et Mirwais Stass, fut l’un des groupes phares de la new wave française, avec Marquis de Sade et Edith Nylon. Le magazine Actuel parlait alors de «jeunes gens modernes» pour définir ces groupes qui jouaient une musique froide et atone sur les décombres encore fumantes du mouvement punk. Après un premier maxi, "Mannequin", Taxi Girl connaît le succès en 1980 avec "Cherchez Le Garçon". Après la mort par overdose du batteur Pierre Wolfsohn, le groupe enregistre en 1981 son seul album "Seppuku" et le publie sur son propre label Mankin. L’album, produit par Jean-Jacques Burnel, des Stranglers, est sombre: Daniel Darc aurait d’ailleurs souhaité qu’il soit vendu avec une lame de rasoir pour ouvrir la pochette.

Le groupe se sépare en 1986 et Daniel Darc entame une carrière solo tout en luttant contre les démons de l’autodestruction. Son physique est le reflet de sa déchéance, de ses errances et de ses souffrances. Finalement, alors qu’il avait rêvé, gamin, d’être rabbin, il se convertit au protestantisme en 1997. C’est le début d’une résurrection, dont l’album « Crève-coeur » est le témoignage. L’album restera sans doute son chef-d’oeuvre: Daniel Darc semble apaisé quand il récite le "Psaume 23" mais reste sulfureux en signant "Feu Follet", en hommage à Pierre Drieu La Rochelle. En 2008, Robert Wyatt, le batteur et chanteur de Soft Machine, participe à l’enregistrement de l’album suivant, "Amours suprêmes", où Daniel Darc chante: «Quand je mourrai, j’irai au paradis/Car c’est en enfer que j’ai passé ma vie».

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soft machine

Soft Machine, justement. Le 18 février dernier, Kevin AYERS (au centre sur la photo ci-dessus) était retrouvé mort, chez lui, dans l’Aude. Comme pour Daniel Darc, ses addictions à l’héroïne et à l’alcool lui avaient durablement bousillé la santé.

Hippie et dandy, Kevin Ayers fut le bassiste de Soft Machine, groupe qu’il avait formé à Canterbury en 1966 avec Mike Ratledge,  Daevid Allen et Robert Wyatt. Soft Machine, qui doit son nom au titre du roman de William S. Burroughs, était, avec le Pink Floyd de Syd Barrett, l’un des fleurons du psychédélisme britannique. Le groupe se fit d’abord connaître en 1967 alors qu’il participait à un happening à partir de la pièce de Picasso Le Désir attrapé par la queue: il fut arrêté par la gendarmerie à Saint-Tropez. En 1968, Soft Machine s’embarque pour une tournée aux  États-Unis en première partie du Jimi Hendrix Experience: entre deux concerts, le groupe enregistre son premier album à New York. Avec des chansons telles que "We Did It Again" et "Why Are We Sleeping", The Soft Machine, principalement écrit et composé par Kevin Ayers, est un chef d’oeuvre captivant, à la fois mélancolique et loufoque, où l’on reconnaît moins l’influence de la pataphysique que celle du LSD-25. Paresseux, fatigué par la tournée américaine, Kevin Ayers quitte le groupe dès la fin de l’année 1968; il s’installe alors à Ibiza et sort des albums solos parfois subtils, comme Joy of Toy ou Shooting at the Moon.

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Reg+Presley+of+60s+rock+band+The+Troggs+

Dans les sixties, alors qu’une vague psychédélique submergeait l’Angleterre, Soft Machine avait eu l’occasion de croiser les Troggs. Or, au début du mois de février, on apprenait également la mort de Reg PRESLEY (au premier plan sur la photo ci-dessus), le chanteur des Troggs. Un cancer du poumon pour ce fumeur invétéré.

Les Troggs sont surtout connus pour la reprise qu’ils avaient faite, en 1966, du "Wild Thing" de l’américain Chip Taylor. La version des Troggs était simplement extraordinaire: au delà de la simplicité de la progression des accords (I – IV – V – IV) et du rythme tout en ruptures, l’enregistrement rudimentaire en mono et le son caverneux qui en résultait ont fait de cette reprise un classique du rock garage, au point d’éclipser d’autres chansons originales des Troggs, écrites par Reg Presley, telles ces petites merveilles pop que sont "With a Girl Like You", "Love Is All Around" et "I Can’t Control Myself". Par la suite, cette musique du sous-sol, qui est au rock ce que la série B est au cinéma, inspira de nombreux punks, parmi lesquels les Buzzcocks et les Damned.

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Nul besoin de faire une pétition pour que Reg Presley, Kevin Ayers et Daniel Darc entrent au panthéon, le panthéon du rock, bien entendu: leur place était réservée depuis longtemps. Mais il y a mieux que le panthéon, et Daniel Darc l’avait finalement découvert: espérons simplement que tout ce beau monde ait enfin trouvé ce paradis qu’il cherchait en vain dans les drogues.

(Billet complété et modifié le 3 mars 2012)

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4 réponses à Chronique nécrologique: Stéphane Hessel n’était pas un rocker

    • Heureux de vous avoir fait découvrir The Troggs! Wild Thing, avec cette guitare, grunge avant la lettre, et ce solo d’ocarina, c’est vraiment un classique, on ne s’en lasse pas!

    • Ah oui, Alvin Lee! C’est finalement dans l’ordre des choses que la chronique se poursuive… Le rock était l’affaire de gens qui avaient grandi après la seconde guerre mondiale, des baby-boomers qui avaient brûlé la chandelle par les deux bouts… Avec leur disparition prématurée, c’est aussi le rock qui meurt.

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