Springtime For Hitler

Aujourd’hui, c’était le printemps et il faisait beau à Bilbao. C’était aussi mon anniversaire. Et aussi la journée de la francophonie: à cette l’occasion, le Musée Guggenheim nous ouvrait ses portes et nous invitait à découvrir l’exposition "L’art en guerre". Une exposition fort intéressante, dont je reparlerai. C’était amusant de voir les gens la parcourir. Devant les portraits de Pétain et les croix gammées, les visages se faisaient graves. Très graves. Surtout, les oeuvres présentées étaient sérieuses: elles furent réalisées pendant l’occupation. On veut penser que ces artistes qui continuaient à peindre sont des résistants. N’est-ce pas drôlement gonflé, quand on a l’étiquette d’artiste dégénéré, de peindre une Femme assise dans un fauteuil? On entrevoit sur une photo Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, rayonnants, puisqu’ils commencent à se faire connaître sans jamais être inquiétés par la censure: il vient de monter Les Mouches au Théâtre de la Cité, et elle, qui travaille à Radio-Vichy, a publié L’Invitée où elle raconte ses séjours au ski à Morzine. Du coup, je ne sais pas pourquoi, tous ces artistes et intellectuels qui résistent héroïquement à l’oppression nazie m’ont fait penser à cette vidéo des années quatre-vingts, quand Captain Sensible, le guitariste des Damned, qui commençait alors sa carrière solo, entonne en direct à la télévision ce Springtime For Hitler, en uniforme nazi, accompagné par le chœur des Dolly Mixtures… Faut-il être anglais -ou punk- pour traiter avec autant de légèreté les heures les plus sombres de notre histoire?

Chronique nécrologique: Stéphane Hessel n’était pas un rocker

Daniel Darc en 2008 lors des Eurockéennes de Belfort. Crédits photo : JEFF PACHOUD/AFP

L’héroïne et l’alcool avaient transformé l’existence de Daniel DARC en véritable descente en enfer. Ce 28 février, l’annonce de la mort de ce garçon fragile et torturé est un coup de tonnerre pour tous ceux qui suivaient sa carrière et qui pensaient qu’il s’en était sorti. Quel destin: celui qui, défoncé, se tailladait les avant-bras au cutter, en 1979, alors que son groupe Taxi Girl jouait au Palace en première partie des Talking Heads, avait fini ces dernières années par monter sur scène  pour lire, apaisé, des extraits de la Bible.

Taxi Girl, formé en 1978 par Daniel Darc, Laurent Sinclair et Mirwais Stass, fut l’un des groupes phares de la new wave française, avec Marquis de Sade et Edith Nylon. Le magazine Actuel parlait alors de «jeunes gens modernes» pour définir ces groupes qui jouaient une musique froide et atone sur les décombres encore fumantes du mouvement punk. Après un premier maxi, "Mannequin", Taxi Girl connaît le succès en 1980 avec "Cherchez Le Garçon". Après la mort par overdose du batteur Pierre Wolfsohn, le groupe enregistre en 1981 son seul album "Seppuku" et le publie sur son propre label Mankin. L’album, produit par Jean-Jacques Burnel, des Stranglers, est sombre: Daniel Darc aurait d’ailleurs souhaité qu’il soit vendu avec une lame de rasoir pour ouvrir la pochette.

Le groupe se sépare en 1986 et Daniel Darc entame une carrière solo tout en luttant contre les démons de l’autodestruction. Son physique est le reflet de sa déchéance, de ses errances et de ses souffrances. Finalement, alors qu’il avait rêvé, gamin, d’être rabbin, il se convertit au protestantisme en 1997. C’est le début d’une résurrection, dont l’album « Crève-coeur » est le témoignage. L’album restera sans doute son chef-d’oeuvre: Daniel Darc semble apaisé quand il récite le "Psaume 23" mais reste sulfureux en signant "Feu Follet", en hommage à Pierre Drieu La Rochelle. En 2008, Robert Wyatt, le batteur et chanteur de Soft Machine, participe à l’enregistrement de l’album suivant, "Amours suprêmes", où Daniel Darc chante: «Quand je mourrai, j’irai au paradis/Car c’est en enfer que j’ai passé ma vie».

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soft machine

Soft Machine, justement. Le 18 février dernier, Kevin AYERS (au centre sur la photo ci-dessus) était retrouvé mort, chez lui, dans l’Aude. Comme pour Daniel Darc, ses addictions à l’héroïne et à l’alcool lui avaient durablement bousillé la santé. Lire la suite

London Calling ?


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Fin juillet, on apprenait que la chanson "London Calling", extraite de l’album du même nom des CLASH [1], allait être utilisée pour le lancement des Jeux Olympiques de 2012. Aussitôt, la BBC s’est demandé si cette chanson était vraiment appropriée pour attirer les touristes à Londres : Lire la suite

Reichstag, flies red flag, signalling the end

Tout le monde connaît l’histoire de cette photo, prise le 2 mai 1945 par l’ukrainien Yevgeny KHALDEI: un premier drapeau soviétique, qui fut planté sur le Reichstag le soir du 30 avril, fut aussitôt arraché par des soldats allemands. Attendant que le jour se lève, Yevgeny Khaldei n’avait pas eu le temps de prendre une photo. Le 2 mai, alors que le quartier est définitivement sécurisé, il remonte sur le toit du Reichstag avec deux soldats et réalise ce cliché. La propagande soviétique, qui veillera à effacer les montres que le soldat porte au poignet, a compris l’importance symbolique de ce drapeau qui flotte sur le toit du Reichstag: c’est l’Armée Rouge qui a en effet pris Berlin et qui rend imminente la capitulation de l’Allemagne. Lire la suite

Le Festival punk de Mont-de-Marsan

Depuis quelques semaines, l’extrait d’un film que l’on croyait avoir perdu circule sur internet. L’image, en noir et blanc, est de piètre qualité mais il ne fait aucun doute: c’est un extrait du concert des Damned au festival punk de Mont-de-Marsan en 1977.


On fête les quarante ans du festival de Woodstock qui, du 15 au 17 août 1969, rassembla plus de 500000 hippies venus pour "trois jours de paix et de musique". En réalité, comme le souligne Sylvain SICLIER dans un article paru dans Le Monde, ce weekend à la campagne ne fut pas si cool: l’organisation fut vite dépassée par l’afflux de spectateurs, la météo défavorable, les conditions sanitaires douteuses et les concerts plus que moyens.  Malgré cela, Woodstock est devenu un mythe, au point qu’on a oublié que le festival a eu lieu en réalité à Bethel, et ceux qui y participèrent jouent les anciens combattants, avec le sentiment d’être entrés dans l’histoire. Sauf Pete Townshend, guitariste des Who : «J’ai détesté chaque instant. Tous ces crétins d’Amerloques défoncés me vantant le nouvel âge qui naissait!».

Toujours est-il que Woodstock figure dans les livres d’histoire et a servi de modèle à bon nombre de festivals de rock où la musique est réduite un objet de consommation de masse.  À l’inverse, en France, les deux éditions du festival punk de Mont-de-Marsan, en 1976 et 1977, ont laissé nettement moins de trace dans notre mémoire collective. Elles sont pourtant une référence incontournable pour les punks du monde entier.

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1976.

Marc ZERMATI,  dont le magasin de disques, l’Open Market, rue des Lombards, à Paris, fut au début des années soixante-dix l’épicentre de la scène rock parisienne, organisa ce premier festival punk, dans les arènes de Mont-de-Marsan. Alors que les Sex Pistols avaient été retirés de l’affiche, les Damned, qui n’étaient pas annoncés, acceptèrent au dernier moment de jouer en ouverture, à midi, le samedi 21 août 1976. On le leur reprocha, comme l’explique Jon SAVAGE dans England’s Dreaming [1]:

«En août, les Damned jouèrent au “Premier Festival de Punk Rock Européen”. Organisé à Mont-de-Marsan dans le sud-ouest de la France, l’événement était une tentative de réaffirmation de la primauté de la France en tant qu’arbitre du punk européen. Comme d’habitude, la politique était toute-puissante : les têtes d’affiche étaient Eddie & the Hot Rods, déjà ennemis avérés des Sex Pistols après les événements du Marquee (le 12 février, les Pistols avaient détruit le matériel des Rods). Après l’altercation au 100 Club entre Sid Vicious et Nick Kent (attaqué à coups de chaîne de vélo pendant un concert), les Sex Pistols furent bannis du festival pour “être allés trop loin”, et les Clash se rétractèrent par solidarité. Les Damned n’avaient pas de tels scrupules.

Ce 21 août, les Damned donnent le cinquième concert de leur existence: ils  jouent «One Of The Two», «New Rose», leur reprise des Beatles «Help», «Fan Club», «1970» des Stooges, «Feel The Pain», «Fish», «See Her Tonite», «I Fall» et «So Messed Up». C’est à cette occasion qu’ils prennent conscience de leur potentiel en tant que groupe et ils entreront en studio quelques semaines plus tard pour enregistrer leur premier album.

Les Damned à Mont-de-Marsan, 21 août 1976 (source: Sud Ouest)

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1977.

Mont-de-Marsan-affiche1977

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Si la première édition du festival fut un semi-échec, la seconde édition attira l’année suivante plus de 4000 personnes. L’affiche, alléchante, était dominée par la rivalité entre les Clash et les Damned, mais l’on trouvait aussi la première mouture de Police, avec Henry Padovani à la guitare, ou encore les français d’Asphalt Jungle menés par Patrick Eudeline. À cette occasion, le journal télévisé français diffusa ce reportage avec une courte interview de Rat Scabies:

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Au début de l’été 1977, alors qu’il écrivait les chansons du nouvel album des Damned, Brian James avait décidé de recruter un second guitariste. Une petite annonce fut publiée et c’est ainsi que Lu, qui n’avait aucune expérience, rejoignit les Damned début août. Le festival de Mont-de-Marsan fut pour lui le baptême du feu.

Le site One Chord Wonders reproduit un article paru dans Libération, dont voici un extrait où l’on évoque les prestations des Damned et des Clash:

The Damned, Dave Vanian se jeta sur la scène, rugit tel un fauve et éructe «I’m Feelin’ Allright» des Stooges, «Neat, Neat, Neat», «Fan Club», «New Rose», «Help» des Beatles, «Fish», «Born To Kill», ils s’inspirent des Stooges, des Ramones pour créer une musique originale au comble de la violence ; «I’m a fallin’ Angel/Fallin’ down/Be a fallin’ Angel, come on round. Don’t be scared to follow, it’s no crime/You’re a fallin’ Angel, before your time!» («I Fall», The Damned).
La journée se terminera par The Clash, le seul groupe radical et politisé de la New Wave qui a déjà pris la tête du mouvement en Grande-Bretagne. Joe, Mick, Paul et Terry sont les Clash, Bernard est le manager, il y a deux roadies, c’est « The Clash Organization », sept personnes très liées, qui prêchent la violence et la révolution en armes. Derrière la scène, une immense photo : des flics anglais poursuivent des manifestants et au-dessus, bombé en rouge : « This is Joe Strummer public speaking ! », le message révolutionnaire de Joe Strummer, « White riot, I wanna riot/ White riot, a riot of me own/Black man have got a lotta problems/But they don’t care throwing a brick/But white man have got too much school/ Where they teach you how to be thick ! » (« White Riot », The Clash).

De notre envoyé spécial aux arènes :
Alain « No Future » PACADIS

Libération, 11 août 1977.

Lors de cette seconde édition, même si  Dave Vanian commence par «éructer» les paroles de «I Feel Alright», des Stooges, sans se rendre compte que le micro n’est pas branché, [2] le concert des Damned est impressionnant de hargne et de chaos, à tel point que Francis DORDOR parlera de «météorite culturelle» mais aussi de «show catastrophe» dans le compte-rendu du festival publié dans le numéro de Best du mois de septembre 1977 (reproduit ci-dessous):  pendant  «New Rose», Dave Vanian se jeta dans la foule et fut comme «happé par les disciples d’un épuisant et retentissant sabbat» et sur «Neat Neat Neat», après un «solo névrosé, incohérent» Rat Scabies renversa sa batterie, la piétina et lui mit le feu, provoquant la panique chez les pompiers.  Vinrent ensuite les Clash, imposés par CBS comme tête d’affiche. La rivalité qui les opposait aux Damned, que j’ai déjà évoquée ici, les obligea à se surpasser et à donner l’un de leurs meilleurs concerts, quoique perturbé par les facéties de Captain Sensible [3]:

Captain: "Someone gave me some stuff. I think it was angel dust. I went bersek. I let stinkbombs off while the Clash were palying and instead of running offstage, I just stayed there and hovered about -I’m enjoying this, sodding their gig up. So I started pulling plugs out of amps while they were playing songs".

Allan Jones, Melody Maker editor: "It was the best Clash set I ever saw for that reason".

Comme on peut l’entendre sur cet enregistrement, la plaisanterie n’était pas du goût de Joe Strummer qui accusa les Damned d’être jaloux… Il existe en effet plusieurs enregistrements de cette soirée, des documents audios et vidéos forcément recherchés par les amateurs, tels ce double album pirate des Clash simplement appelé "Mont-de-Marsan" ou ce fameux film tourné en vidéo qui rend compte de la fantastique performance des Damned et qui commence à refaire surface: Hot Cuts from Mont-de-Marsan, réalisé par Jean-François ROUX.

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Au retour du festival, les Damned travaillèrent à leur second album, Music For Pleasure, sous la houlette de Nick Mason, le batteur de Pink Floyd. À l’origine, ils avaient espéré que Syd Barrett sortirait de sa retraite pour produire cet album. L’idée était de s’orienter vers un son plus psychédélique. En fait, Nick Mason se révéla incapable de saisir l’énergie du groupe: sa production fut paresseuse et terne et, malgré les renforts du second guitariste et du saxophoniste jazz Lol Coxhill, l’album fut décevant.

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[1] Jon SAVAGE. England’s dreaming. Les Sex Pistols et le mouvement punk, Paris, Allia, 2002, 640 pages.

[2] Alain PACADIS. Un jeune homme chic, Paris, Denoël, 2002, 348 pages.

[3] Carol CLERK. The light at the end of the Tunnel, London, Omnibus Press, 1987, 96 pages.

Durango

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Petite promenade à Durango. Les anciens abattoirs ont été transformés en salle de concert. Sur l’une des portes, quelqu’un a gribouillé une référence à George ORWELL. Sur l’esplanade, des sculptures métalliques, couleur rouille, nous rappellent que le travail du fer, des forges à la fonderie, est ici une tradition ancienne. Sur l’une d’entre elles, un graffiti en forme de commandement: "Punk!".

Punk? Dans une ville où l’industrie métallurgique est en train de disparaître et appartient de plus en plus au passé, doit-on traduire cela par "No Future"? Pas d’avenir, donc, et un passé que l’on aurait tendance à oublier. Le bombardement de Durango pendant la guerre civile n’apparaît en effet jamais dans les livres d’histoire!

Le 31 mars 1937, en début de matinée, des bombardiers et des chasseurs italiens déchargent sur Durango 80 bombes de 50 kg. C’était l’heure des offices: l’église de Santa María, devant laquelle se tenait le marché, était pleine ainsi que celle du collège des Jésuites. Les deux édifices sont complètement détruits. Re-belote en fin d’après-midi: nouvelle attaque au cours de laquelle sont larguées une vingtaine de bombes de 100 kg et une cinquantaine de 50 kg. Le quartier visé, qui va de la rue Zeharkalea au cimetière,  grouillait de cette foule qui allait à l’identification des victimes du bombardement du matin. Au total, on compte entre 300 et 400 morts mais aucun tableau de Picasso ni aucun poème de Paul Éluard ne nous rappellent que Durango a été bombardée un mois avant Guernica, ce qui en fait la première ville à avoir souffert d’un raid aérien, avec son lot de victimes civiles.

"Under The Floor Again": le fait divers comme source d’inspiration

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"Under The Floor Again" est une magnifique chanson des Damned, illuminée par un solo de guitare très pinkfloydien, qui figure sur l’album "Strawberries" (1982). La vidéo ci-dessus, enregistrée en direct au Shepherds Bush Empire, à Londres en 2002, est extraite du DVD "Tiki Nightmare". Je me suis souvent interrogé sur la signification de cette chanson… Le narrateur, qui se trouve sous terre, est-il mort? Jetons un coup d’oeil aux paroles.

Under the floor again
Once I was up and in the air and now I’m down
Goodbye to all my friends
Forget I ever was, the mole goes underground

Under the floor again
Eight years of hide and seek no peek of me is seen
I skipped the law again
The to and fro, the come and go, but miss the scene

So who was the girl we saw last night
Wearing a frock and gown seemed kinda paralyzed
A door in the floor a head materialized
I’m sure that I saw a face I recognized

Don’t say a word
Just stay here at my leisure
No sound is heard
Can’t take my simple pleasures
Like walking in the park
And taking in the sun
Just lock me in the dark
It’s no fun

Under the floor again
My baccy bets and beer are here and all I need
I’m feeling sore again
Three feet of life is all I have and rats to feed

Won’t say a word
Just stay here at my leisure
No sound is heard
Can’t take my simple pleasures
Like breathing in the air
It’s cleaner than the stuff
I’ve had in recent months
It’s no fun

Under the floor again
Once I was up and in the air but now I’m down

Où les Damned ont-ils cherché leur inspiration? Et plus généralement, comment naît une chanson? J’avais déjà évoqué cette problématique en proposant ici une vidéo où l’on voyait Serge GAINSBOURG en train de donner vie à la chanson "Initials BB".

Et les Punks? On a souvent caricaturé les groupes punks en disant que leurs paroles étaient ineptes ou débiles ou en ironisant sur le fait qu’un groupe comme Clash trouvait son inspiration dans les unes de la presse populaire britannique… La presse comme source d’inspiration? Et pourquoi pas? Les faits divers ne sont-ils pas une excellente source d’inspiration? Sur les conseils de ses deux amis critiques Maxime du Camp et Louis Bouilhet, qui l’encourageaient à renoncer au lyrisme et à prendre un "sujet terre à terre", Gustave FLAUBERT ne s’est-il pas emparé d’une histoire sordide qui avait défrayé la chronique normande entre 1843 et 1848? Lorsqu’il écrit "Madame Bovary", ne romance-t-il pas finalement l’adultère, l’endettement, la ruine et le suicide de Delphine, l’épouse du médecin Delamare, à Ry?

Et "Under The Floor Again"? Un article de Charles Graham paru en 2007 dans le Lancashire Evening Post nous éclaire sur les origines de cette chanson: les Damned se sont inspirés d’un fait divers.

Wigan man lived under the floor

LIVED UNDER FLOOR: Norman Green after he came out of hiding

undertheflooragain_wigan_manMany a column inch has been filled with the story of canoeist John Darwin this last fortnight – but his vanishing trick pales in comparison to that of a Wigan man who hit the national headlines 25 years ago.
Norman Green spent an incredible seven-and-a-half years hidden from view in his own Ince home, often seeking refuge under the floorboards.
Back in 1974, the then 36-year-old had been arrested and quizzed by police regarding allegations of an alleged offence at the home of an 86-year-old woman.
After questioning he was released.But he was so frightened about his predicament that, when he returned home to find a police car outside his address in West Street, Higher Ince, two days later, that he went on the run. After shivering in bushes for three days in Ince Park without food or water in the December rain he realised he could not abandon his wife and children.
So he went home in the middle of the night and hid in the shed for a week while spouse Pauline sneaked him cups of tea and sandwiches.
Eventually, he plucked up the courage to go back into the house and hid in a cupboard for three days. With council workmen carrying out renovation work there was a danger of his being discovered there, so he then sought refuge inside the settee after hollowing it out from behind.
During this time police made repeated visits asking where he had gone and one officer even once poked the settee with a stick while Mr Green was inside it.
It was while a resident of the sofa that a longer-term plan formed in the fugitive’s mind. He said after his discovery: "I started to make a hole in the floorboards with a penknife.
"There was a gap about 2ft wide between the floorboards and the concrete floor. It was about 6ft long. That was where I lived, without coming out at all for the first two years. I just lay on the concrete floor, never seeing daylight or any other human being but Pauline."
His wife passed him food and drink, but his tomb-like bolthole was beginning to have an adverse effect on his health and his weight plummeted to seven stones. He said it was also terrible lying there listening to his six children playing just inches above him.
After two years he began to emerge when no-one else was around and was confronted in the mirror by a straggly-haired and bearded Robinson Crusoe figure. However, while incarcerated he would wear his wife’s old clothes in case any visitors wondered why there were men’s clothes around the house.
He began to see the children again, but they were always out of the room when he came out from under the floorboards so they never knew where he was hiding. He was rumbled once – by three-year-old Kristian Coates who saw the Fagin-like Mr Green in the lounge playing with some of his children. But despite telling his family, no-one believed him!
It was only in March 1982 when police responded to a neighbour’s tip-off that the game was up. Mr Green’s first words were "Thank God it’s over." He was never prosecuted for the alleged offence for which he had been originally arrested, but the story of his self-imposed imprisonment hit every tabloid front page in the land.

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En mars 1982, quand les journaux racontèrent l’histoire étonnante de Norman Green, les Damned étaient en studio en train d’enregistrer leur cinquième album. En bons punks, ils allaient s’emparer de cette histoire qui allait leur permettre d’être davantage que terre à terre: ils étaient sous terre!

Aupa Norman!

J’avais déjà dit, dans un article précédent, que Mondragón avait été l’épicentre du mouvement punk basque. La scène locale reste toujours très dynamique comme en témoigne le concours organisé chaque année par Danbaka.

norman1Ainsi, l’autre soir sur GoiTB, je suis tombé par hasard sur le concert d’un des groupes en finale: ils sont quatre, d’Eibar et d’Ondarru, et  s’appellent Norman, en référence au Norman Bates du Psychose d’Alfred HITCHCOCK. Un grand groupe: de bonnes chansons, un chanteur et des musiciens qui ont une vraie présence sur scène… Entre le MC5, les Stooges, les Damned et les Dead Kennedy. Finalement, c’est l’essence même du rock. Et même s’ils n’ont pas gagné le concours, ils sont une véritable révélation.

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Je vous invite chaleureusement à visiter leur page sur Myspace music afin d’avoir un aperçu de leur musique.

Les 100 ans de Claude Lévi-Strauss

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Bon anniversaire Monsieur Lévi-Strauss!

Claude LÉVI-STRAUSS fête aujourd’hui ses 100 ans et le Musée du Quai Branly lui consacre une exposition qui rassemble une sélection de photographies et d’objets qu’il a recueillis au cours de ses expéditions. La  presse rend également hommage à l’ethnologue à travers de nombreux articles.

En Espagne, El País a également salué le centenaire de la naissance de Claude Lévi-Strauss:

Claude Lévi-Strauss, uno de los intelectuales más relevantes del siglo XX, destacado antropólogo y padre del enfoque estructuralista de las ciencias sociales, que ha influido de manera decisiva en la filosofía, la sociología, la historia y la teoría de la literatura, cumple mañana 100 años de vida.

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Et si Claude Lévi-Strauss était un punk?

Pour ceux qui me connaissent, pour mes élèves, comme pour ceux qui parcourent ce blog, mon admiration pour Claude Lévi-Strauss n’est pas un secret. J’étais lycéen, en Terminale, quand j’ai lu Tristes Tropiques pour la première fois et ce fut véritablement une révélation. J’avais trouvé ma voie et je voulais être ethnologue! Scientifique et littéraire, ce livre était pour moi extraordinaire, avec cette première phrase devenue emblématique: "Je hais les voyages et les explorateurs". On oublie souvent la phrase suivante: "Et voici que je m’apprête à raconter mes expéditions." Car là est la grandeur de ces Tristes Tropiques: c’est à la fois une réflexion sur le destin des civilisations, une ethnographie, avec un étude minutieuse de la vie des Indiens du Brésil, et une autobiographie où l’ethnologue nous raconte comment lui est venue sa vocation. La vocation est-elle contagieuse? Toujours est-il que Tristes Tropiques me communiqua cet amour pour des peuples qu’on ne disait pas encore «premiers» et, mon bac en poche, j’entamai des études d’ethnologie à l’université de Paris X-Nanterre. L’ouverture toute en paradoxe de Triste Tropiques avait également suffi à me convaincre que Lévi-Strauss est un vrai punk! Oui, vous avez bien lu: un punk! Insaisissable, proche des surréalistes, il aime en effet brouiller les pistes, non sans humour ni esprit de provocation. Ne s’est-il pas lui-même défini comme un vieil anarchiste de droite, fidèle à Marx, comme dans cette interview accordée à L’Express en 1986? Par ailleurs, son disours ne rejoint-il pas le "No future" des punks lorsqu’il souligne avec pessimisme que les cultures traditionnelles sont en train de disparaître et que l’humanité va à sa perte?

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Les Amériques: les missions au Brésil et l’exil new-yorkais.

Dans la vidéo ci-dessus, qui date de 1977, Claude Lévi-Strauss nous raconte avec bonheur sa première rencontre avec les Bororos. Il l’a souvent répété dans des interviews: "la période de [ses] voyages dans l’intérieur du Brésil, ce sont les plus belles années de [sa] vie". En effet, ces années trente et quarante, où il devient ce grand ethnologue que l’on connaît aujourd’hui, sont particulièrement  palpitantes et les différents articles publiés dans la presse ne manquent pas de les évoquer. Nommé en 1935 professeur de sociologie à Sao Paulo, Claude Lévi-Strauss se passionne pour les Indiens et se découvre une vocation… Plus tard, aux États-Unis, ayant fui la France occupée, il fait la rencontre décisive du linguiste Roman Jakobson. Dans un article intitulé Lévi-Strauss, de l’Amazonie au collège de France,  paru le 26 novembre dans Le Figaro, Paul-François PAOLI revient sur ces années passionnantes:

En 1935, il accepte un poste de professeur de sociologie à l’université de Sao Paulo, au Brésil, qu’il rejoint après un long périple en mer. Pour le compte du Musée de l’homme de cette ville, il part, plusieurs mois durant, dans le Mato Grosso avec sa femme à la rencontre de tribus primitives : les Indiens Bororos et Caduveos, une expérience qu’il relatera dans Tristes Tropiques, le livre qui le rendra mondialement célèbre après guerre. « J’étais dans un état d’excitation intellectuelle intense. Je me sentais revivre les aventures des premiers voyageurs du XVIe siècle. Pour mon compte, je découvrais le Nouveau Monde. Tout me paraissait fabuleux : les paysages, les animaux, les plantes…», dira-t-il dans un livre d’entretiens [Lévi-Strauss, l'homme derrière l'œuvre (Lattès), d'Émilie JOULIA].

Après d’autres expéditions, notamment chez les Tupi-Kawahib, descendants d’une culture en voie d’extinction, il retourne en France et se retrouve, en 1940, à Vichy pour demander son intégration au ministère de l’Éducation nationale, au moment même où sont promulguées les lois antisémites du régime de Pétain. «Je ne me rendais pas compte du danger…», expliquera-t-il bien des années plus tard en évoquant l’incroyable inconscience de sa jeunesse.

Après l’Amérique du Sud, Lévi-Strauss découvre… l’Amérique du Nord. Il rejoint New York grâce à la Fondation Rockefeller qui organise le sauvetage des savants européens. C’est là qu’il rencontre le grand linguiste Roman Jakobson dont il devient l’ami. « Je faisais du structuralisme sans le savoir. Jakobson m’a révélé l’existence d’un corps de doctrine déjà constitué en discipline : la linguistique […] Pour moi ce fut une illumination…» Le choc est fécond. En 1943 Lévi-Strauss écrit Les Structures élémentaires de la parenté, qu’il publie en 1948 ; en même temps que La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara. Deux ouvrages où il tente de mettre en évidence les infrastructures inconscientes qui modèlent les relations familiales, notamment à travers la loi de l’inceste. Le structuralisme, dont Lévi-Strauss va devenir le pape, est né. Ni idéologie, ni explication du monde, le structuralisme prétend mettre au jour des normes et des lois qui régissent les relations sociales, le langage, la création artistique ou ces mythes auquel l’anthropologue français consacrera sa vie en étudiant les récits des Indiens d’Amérique du Nord et du Sud.

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Le regard de l’ethnologue.

levi-strauss_jfcaduveo1Dans Libération, Dominique POIRET nous propose un beau diaporama de l’exposition organisée au Musée du Quai Branly. Les photos exposées (comme celle de cette jeune fille caduveo) sont sans doute plus exceptionnelles que les objets.  Claude Lévi-Strauss aurait pris 3000 photos des Indiens du Brésil. Pourtant, il semble toujours avoir été méfiant à l’égard de la photographie et n’en a publiées que très peu: est-ce parce que le regard du photographe, en risquant d’être subjectif, ouvre la porte à l’imaginaire? En photo, quelle est finalement la différence entre l’oeuvre d’art et le document? Ce sont les questions que se pose Michel Guerrin dans un article intitulé "Le photographe malgré lui", paru ce 25 novembre dans Le Monde. Extrait.

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"On pourrait écrire cinq pages sur chaque image en la décrivant : les vêtements, les bijoux, la peinture faciale… L’oeil de Lévi-Strauss est particulièrement ouvert, explique Emmanuel Garrigues. Il centre le sujet au détriment de la composition. Il y a ensuite le témoignage et l’échange. Une bonne foi passe dans les images parce que l’auteur vit avec les Indiens depuis un an. Il identifie des personnalités notamment au moyen du portrait."

Ce mélange entre information et témoignage est porté par la relation entre la réalité et l’imaginaire de Lévi-Strauss. La photo est passionnante parce qu’elle est aussi poétique que l’écriture. Il faut évoquer ici le surréalisme et le freudisme, qui ont nourri l’écrivain, rappelle Emmanuel Garrigues. "Il fuit la France en 1941 et rencontre André Breton, qu’il asticote sur la différence entre le document et l’oeuvre d’art", raconte-t-il.

Cette tension est au coeur de Tristes Tropiques, "qui est aussi un "roman photographique" proche du Nadja de Breton, poursuit Emmanuel Garrigues. C’est clair dans les photos où les Indiens font l’amour. Il y a une dimension érotique, extatique, un rapport affectif entre Lévi-Strauss et les Indiens, dont un regarde même le photographe dans les yeux. Lacan cite ces images dans un séminaire sur la nudité."

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Pour conclure, une anecdote personnelle… Un jour, à Paris, alors que j’étais encore étudiant en ethnologie, je me suis retrouvé par hasard assis en face de Claude Lévi-Strauss dans le métro. Je n’en croyais pas mes yeux. Il avait l’air absorbé par ses pensées, un tremblement de la main indiquait qu’il était atteint de la maladie de Parkinson. J’avais envie de lui dire plein de choses, lui dire mon admiration, lui dire que la lecture de Tristes Tropiques avait changé ma vie… En même temps je n’osais pas le déranger. Ma gorge s’est nouée et je n’ai rien pu lui dire. Je me suis contenté d’un sourire quand il s’est levé pour quitter le wagon.

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Post-scriptum: ce 28 novembre, les cent ans de Claude Lévi-Strauss ont valu à ce blog une fréquentation record: 177 visites! Les pages Les Nambikwara, par Claude LEVI-STRAUSS et Claude Lévi-Strauss, de l’Amazonie à la Pléiade ont été les plus consultées.