Roman JUGG commença à jouer avec les DAMNED en 1981, aux claviers lors de l’enregistrement du fabuleux Friday the 13th EP, puis passa à la guitare de 1984 à 1988. En décembre dernier, il nous a livré cette magnifique version acoustique de Lovely Money [1], une chanson sortie en single en 1982.
[1] The DAMNED. Lovely Money, Bronze Records BRO 149, Juin 1982.
Fin juillet, on apprenait que la chanson "London Calling", extraite de l’album du même nom des CLASH [1], allait être utilisée pour le lancement des Jeux Olympiques de 2012. Aussitôt, la BBC s’est demandé si cette chanson était vraiment appropriée pour attirer les touristes à Londres : Lire la suite →
Tout le monde connaît l’histoire de cette photo, prise le 2 mai 1945 par l’ukrainien Yevgeny KHALDEI: un premier drapeau soviétique, qui fut planté sur le Reichstag le soir du 30 avril, fut aussitôt arraché par des soldats allemands. Attendant que le jour se lève, Yevgeny Khaldei n’avait pas eu le temps de prendre une photo. Le 2 mai, alors que le quartier est définitivement sécurisé, il remonte sur le toit du Reichstag avec deux soldats et réalise ce cliché. La propagande soviétique, qui veillera à effacer les montres que le soldat porte au poignet, a compris l’importance symbolique de ce drapeau qui flotte sur le toit du Reichstag: c’est l’Armée Rouge qui a en effet pris Berlin et qui rend imminente la capitulation de l’Allemagne. Lire la suite →
Barefoot tient ses séminaires sur sa péniche à Sausalito. Cela coûte cent dollars pour comprendre les raisons de notre présence sur cette terre. On vous offre aussi un sandwich, mais je n’avais pas faim ce jour-là. John Lennon venait de se faire tuer, et je crois savoir pourquoi nous sommes sur cette terre; c’est pour découvrir que ce que vous aimez le plus vous sera enlevé, sans doute à cause d’une erreur en haut lieu plutôt qu’à titre délibéré.
Après avoir gardé ma Honda Civic sur le parking, je suis restée un moment à écouter la radio. Toutes les chansons jamais écrites par les Beatles étaient déjà diffusées à longueur d’onde. Merde, ai-je pensé, j’aimerais bien me retrouver dans les années 60, à l’époque où j’étais la femme de Jeff Archer.
J’ai questionné deux hippies qui passaient: "Où est la porte cinq?"
Ils ne m’ont pas répondu. Je me suis demandé s’ils étaient au courant pour John Lennon. Et je me suis demandé ce que j’avais à foutre du mysticisme arabe, du soufisme et de tous ces machins dont parle Edgar Barefoot dans son émission de radio hebdomadaire sur la station K.P.F.A. à Berkeley. Les soufis sont des gens heureux. Ils enseignent que l’essence de Dieu n’est pas la puissance, ni la sagesse, ni l’amour mais la beauté. C’est une idée complètement nouvelle dans le monde, une idée inconnue des juifs et des chrétiens. Moi je ne suis ni juive ni chrétienne. Je travaille toujours à Musik Shop sur Telegraph avenue à Berkeley et j’essaie de payer les traites de la maison que Jeff et moi avions achetée à notre mariage. J’ai eu la maison et Jeff n’a rien eu. Telle est l’histoire de sa vie.
Et pourquoi le moindre individu en possession de ses facultés mentales s’intéresserait-il au mysticisme arabe? Je me posais la question en verrouillant les portes de ma Honda et en prenant la direction de la rangée de péniches. Surtout un jour où il fait beau. Mais tant pis: j’avais déjà passé Richardson Bridge et traversé les décors criards de Richmond, le long des raffineries. La baie était superbe. Les flics vous chronomètrent sur Richardson Bridge: ils marquent à quelle heure vous payez le péage et à quelle heure vous quittez le pont du côté de Marin. Si vous arrivez trop tôt à Marin County, ça vous coûte le paquet.
Je n’ai jamais aimé les Beatles. Jeff avait rapporté Rubber Soul à la maison et je lui avais dit que c’était insipide. Notre mariage a commencé à se disloquer à partir du moment où j’ai entendu Michelle un million de fois, jour après jour. Ça doit remonter approximativement à 1966, je suppose. Il y a des tas de gens ici dans la baie de San Francisco qui datent les événements de leur vie d’après les disques des Beatles. Le premier album en solo de Paul McCartney est sorti l’année avant qu’on se sépare, Jeff et moi. Aujourd’hui encore, si j’entends Teddy Boy, je me mets à pleurer. C’était l’année où je vivais seule à la maison.
Alors maintenant me disais-je en montant sur la passerelle menant à la péniche d’Edgar Bareffot, je vais dater mon entrée à ce séminaire en prenant le meurtre de John Lennon comme point de repère; les deux événements pour moi ne feront qu’un.
Philip K. DICK. La transmigration de Timothy Archer, Paris, Denoël, 1983, 145 pages.
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WOULD YOU BE SO HOT (IF YOU WEREN’T DEAD)
Suddenly, you are twice the man you used to be
Excessive fame in quick death
Would it be different
If he had gone instead
Would you be so hot if you weren’t dead?
Famously, you spoke of love philosophy
You’re a hypocrite, your
Cruel lack of empathy is long forgot
Would you be so hot if you weren’t dead?
Tragically there’s others better than you don’t you see
Damn the groveling writers
Who disregard your flaws
I have to ask
Would you be hot if you weren’t dead?
Joyeux Noël. Pour suivre la tradition des chants de Noël, qui remonte probablement à la seconde moitié du IVème siècle, voici une sélection de quelques chansons que le rock nous a données.
À propos de cette dernière chanson, Martin NEWELL a raconté sa genèse en 2003:
My Bid For The Christmas Charts
It was a humid noon at the headachey end of July, when Captain Sensible rang to ask me whether I thought I could put some lyrics to the Christmas tune he’d written. As a jobbing wordsmith I didn’t consider this request to be strange in any way. Summer, for music biz creatives, is traditionally the season to be jolly. Tales of the great Christmas singles such as Slade’s Merry Xmas Everybody, being recorded in the heat of high summer are famous. In fact, my only previous foray into Christmas songs –which I’ll have readers know became something of a cult item on a gay New York radio station in late 1993 –was recorded in Andy Partridge’s Swindon shed, on a stifling day in June.
Quite apart from this, if the Captain, a noted eccentric, had appeared at my door dressed as a chef –or a even in a gymslip, to ask me the same question, I wouldn’t have thought it odd. Years of working with him and years spent as lyricist for his Eighties solo stuff had innured me to any surprises. As guitarist for Punk originators The Damned he was the nearest thing the genre possessed to a Hendrix. As a solo star however, he might come up with anything from psychedelia through Euro-disco to Ambient House. Whatever he had in mind was unlikely to be conventional..
As is the way of all my dealings in pop, I was told to ring a man in London for further information. Tim Vs, the man concerned, explained to me that an organisation called Punk Aid, wanted to have a serious crack at the Christmas charts. The idea, run roughly along the Live Aid principle was to invade the charts, raising money as we did so for children with cerebal palsy and learning difficulties.
Did I think I could do it? I rapidly warmed to the idea. Tim’s enthusiasm was infectious, Sensible and one or two other punk stalwarts were involved and hell, if we didn’t have a go at it, the Christmas charts would only be full of the usual pap.
"Right then," he growled down the phone at me. " We want at least 50 percent of the lyrics to have a right go at these manufactured pop bands. Point out that there’s plenty of people not having a great time this Christmas –oh and see if you can get something in about Chechnya and Iraq."
So far, so festive. I thought. I asked Tim if there would be anything else.
" Yeah. We wanna a nice cheerful, singalong chorus, so people can sing it down the boozer."
I received the Captain’s demo cassette shortly afterwards and was mildly surprised to find, not the punk anthem I’d been expecting but a well-crafted pop tune with a spine-shivering organ-break as quite as good as anything he’d ever written. Two days of sweaty etymological blacksmithery later, I finished the job, sent it in, had it sent back, tweaked it and finally had it passed by the board of inspectors.
But hang on a minute here: This is two old geezers, closer to fifty than forty, penning a rather bleak anti-Christmas message –albeit with a good tune– in a world which now worships instant pop celebrities, apparently recruited from call-centres. How did Punk Aid plan to get " Ere’s Your Christmas " our song, even released, let alone into the charts –all of this, 25 years or so after the death of the DIY punk ethic? Tim assured me that it would be sorted..
Three months on, late into the autumn, I find myself in a north London photo studio. Sensible and I are wearing very silly clothes indeed and are accompanied by half a dozen topless Page 3 models, three decades younger than we are. I begin to wonder what I am letting myself in for. I feel hot, ill and faintly bored. Having said that, I know men in north Essex pubs who would pay good money for this type of boredom.
" Why are we doing this?" I ask James, the photographer.
" It’s for The Sundays, Martin."
" Oh. Alright then."
I am introduced to Jo, who will play the ‘punk fairy’ when we come to make the video. She is a pleasant and quietly-spoken woman in her twenties who underneath her heavy punk make-up, possesses a simple beauty, redolent of a Forties film star. She turns out to be Jo Guest, former Page 3 star and modern Forces Sweetheart to Our Boys stationed in global hotspots.
"She’s most famous person in this room." Tim assures me, in slightly awed tones.
The young models regard Sensible and I with only mild curiosity. One, who is all of nineteen, is on the phone trying to sell her house in Essex. She doesn’t look old enough to rent a house. She obviously fell through Mr Blair’s education net, poor girl. Just think, if she’d been smart enough, she could have been attending Uni, racking up huge debts by this time. Everyone here though, seems happy in their jobs: the photographer, his assistants, the models –even the studio receptionist. .
The single? Well, it’s finished and even as I write is being mastered, ready for release, If it sounds good, it should do. It’s had enough talent poured into it. In the first two weeks of September, The Captain, producer Stuart, and drummer Chris Bashford, worked like trojans on it. Lead vocals were shared by Finlay Quaye, Captain and Charlie Harper. Backing vocals were poured on and stacked up by Pop Stars renegades, Rik Waller and Carla Winters, by Mark Perry and by me. Marky Ramone of the Ramones is on it. The Captain even rounded up two former members of American pyschedelic legends, The Electric Prunes, whom he happened to find in town. Appropriately enough, they added backward-guitar loops and bells. The track, by all rights, should sound a mess and yet everyone seems to love it. When the thing was mixed Tim Vs had the workers from a nearby building-site pulled in to the studio, in order to subject the disc to ‘the punter test’. Even they loved it.
Punk Aid don’t just want a hit, they want that top brick off the chimney: The No.1.
At any given point in time, the charts are usually a tightly-controlled thing –much more so than the average person realises. Payola, as such doesn’t exist. I am obliged to say that. And yet, if you want to get a record in the charts, the rules of Knowing The Right People and going through the correct channels are so stringent, so arcane, as to verge on the Masonic. You can make a single as catchy and as ‘banging’ as you wish. You may discover the Lost Chord and create music so brilliant that the very creatures of the forest will run around intoxicated and know not why. But if you don’t get it into the right hands at the right time, no-one will review it, it will not be given airplay and you will effectively, be an un-person. Trust me on this.
Christmas however, is the Achilles heel of Chart Control Central –a type of free-for-all where traditionally, anyone from Rolf Harris, through childrens’ choirs, right down to singing cartoon frogs may gain top position. So Punk Aid has as good a chance as any. This is attested to by recent odds of 50/1 from Williams Hills on our success. On the other hand we’re up against some stiff competition. East Anglia’s –and everybody else’s darlings, The Darkness have a contender. There are all the Pop Academy androids. And of course Tim and the team must never underestimate Sir Cliff. Can the spiky lyrics and beery chorus of our own Ere’s Your Christmas go head-to-head with The Big Fella’s favourite boy and whatever he comes up with this year? One of Tim’s bulletins is hopeful. It says that Total Rock Radio, who have pledged airplay commented: " It looks as if Captain and all will be representing everyone who’s different." Well yes, that about sums it up I suppose.
What will happen when the record is out? From what I know, the Captain, Tim, Finlay, Charlie and I may have our hands full. All hands on deck please for regional radio interviews, early morning phone calls and garbled explanations in London boozers to hardened and cynical journos. We may on the other hand just be ignored. Morale is high, though.. For a such a disparate crew there’s a growing sense of mission. Lob this punk grenade into the comfy lounge of the charts and raise some money in the process and it’ll be the best Christmas ever. Fail to do it and what have we lost? A few working days and a bit of pride, that’s all. Nothing really, for such strange fun.
The business is not without its comic turns either. Tim Vs rings me up, exasperated:
" It’s Captain." he says. " I’ve been e-mailing hourly to tell him what’s going on –that we’re cutting the record today– and now he wants to do a bloody re-mix!" I laugh. Years of knowing Captain the Perfectionist, Captain, Prince of The Last-Minute Change Of Mind have taught me wisdom.
I reply. " Well he can’t. It’s too late now. Tell him he’s not the pop messiah –he’s a naughty boy." Captain wants the organ up louder. So do I but it really should have been done earlier. Tim now signs all his e-mails: " Tim the bastard."
Now what of the video? I don’t like filming. I like writing poems and doing radio. It suits me. At my age, I have the face and fashion sense for that sort of stuff. Robin Bextor –whom younger readers may know as Sophie (Ellis)’s dad–is directing the video. The storyboard is wild. It’s being done on a shoestring. ‘Nasty’ Nick Bateman and Peter Wyngarde are in it. And so am I. Crew and director, like all of us, are giving their time and talent for free.
I may never do anything like this again. It’s in a good cause, it’s for Christmas and it is kind of fun. As sage old Captain Sensible says: " Dignity? Mine went out the window years ago." What happens if we do have a hit? Reader, I haven’t the foggiest.
I suppose we’ll amuse many, annoy a few and raise a bit of wonga for those kids.
I have rifled my wardrobe for my old pop singer clothes. Amazingly, most of them still fit. The thinning grey locks though…It’s going to have to be the Tina Turner wig and the battered top hat, I’m afraid. And so should you be.
Depuis quelques semaines, l’extrait d’un film que l’on croyait avoir perdu circule sur internet. L’image, en noir et blanc, est de piètre qualité mais il ne fait aucun doute: c’est un extrait du concert des Damned au festival punk de Mont-de-Marsan en 1977.
On fête les quarante ans du festival de Woodstock qui, du 15 au 17 août 1969, rassembla plus de 500000 hippies venus pour "trois jours de paix et de musique". En réalité, comme le souligne Sylvain SICLIER dans un article paru dans Le Monde, ce weekend à la campagne ne fut pas si cool: l’organisation fut vite dépassée par l’afflux de spectateurs, la météo défavorable, les conditions sanitaires douteuses et les concerts plus que moyens. Malgré cela, Woodstock est devenu un mythe, au point qu’on a oublié que le festival a eu lieu en réalité à Bethel, et ceux qui y participèrent jouent les anciens combattants, avec le sentiment d’être entrés dans l’histoire. Sauf Pete Townshend, guitariste des Who : «J’ai détesté chaque instant. Tous ces crétins d’Amerloques défoncés me vantant le nouvel âge qui naissait!».
Toujours est-il que Woodstock figure dans les livres d’histoire et a servi de modèle à bon nombre de festivals de rock où la musique est réduite un objet de consommation de masse. À l’inverse, en France, les deux éditions du festival punk de Mont-de-Marsan, en 1976 et 1977, ont laissé nettement moins de trace dans notre mémoire collective. Elles sont pourtant une référence incontournable pour les punks du monde entier.
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1976.
Marc ZERMATI, dont le magasin de disques, l’Open Market, rue des Lombards, à Paris, fut au début des années soixante-dix l’épicentre de la scène rock parisienne, organisa ce premier festival punk, dans les arènes de Mont-de-Marsan. Alors que les Sex Pistols avaient été retirés de l’affiche, les Damned, qui n’étaient pas annoncés, acceptèrent au dernier moment de jouer en ouverture, à midi, le samedi 21 août 1976. On le leur reprocha, comme l’explique Jon SAVAGE dans England’s Dreaming [1]:
«En août, les Damned jouèrent au “Premier Festival de Punk Rock Européen”. Organisé à Mont-de-Marsan dans le sud-ouest de la France, l’événement était une tentative de réaffirmation de la primauté de la France en tant qu’arbitre du punk européen. Comme d’habitude, la politique était toute-puissante : les têtes d’affiche étaient Eddie & the Hot Rods, déjà ennemis avérés des Sex Pistols après les événements du Marquee (le 12 février, les Pistols avaient détruit le matériel des Rods). Après l’altercation au 100 Club entre Sid Vicious et Nick Kent (attaqué à coups de chaîne de vélo pendant un concert), les Sex Pistols furent bannis du festival pour “être allés trop loin”, et les Clash se rétractèrent par solidarité. Les Damned n’avaient pas de tels scrupules.
Ce 21 août, les Damned donnent le cinquième concert de leur existence: ils jouent «One Of The Two», «New Rose», leur reprise des Beatles «Help», «Fan Club», «1970» des Stooges, «Feel The Pain», «Fish», «See Her Tonite», «I Fall» et «So Messed Up». C’est à cette occasion qu’ils prennent conscience de leur potentiel en tant que groupe et ils entreront en studio quelques semaines plus tard pour enregistrer leur premier album.
Les Damned à Mont-de-Marsan, 21 août 1976 (source: Sud Ouest)
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1977.
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Si la première édition du festival fut un semi-échec, la seconde édition attira l’année suivante plus de 4000 personnes. L’affiche, alléchante, était dominée par la rivalité entre les Clash et les Damned, mais l’on trouvait aussi la première mouture de Police, avec Henry Padovani à la guitare, ou encore les français d’Asphalt Jungle menés par Patrick Eudeline. À cette occasion, le journal télévisé français diffusa ce reportage avec une courte interview de Rat Scabies:
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Au début de l’été 1977, alors qu’il écrivait les chansons du nouvel album des Damned, Brian James avait décidé de recruter un second guitariste. Une petite annonce fut publiée et c’est ainsi que Lu, qui n’avait aucune expérience, rejoignit les Damned début août. Le festival de Mont-de-Marsan fut pour lui le baptême du feu.
Le site One Chord Wonders reproduit un article paru dans Libération, dont voici un extrait où l’on évoque les prestations des Damned et des Clash:
The Damned, Dave Vanian se jeta sur la scène, rugit tel un fauve et éructe «I’m Feelin’ Allright» des Stooges, «Neat, Neat, Neat», «Fan Club», «New Rose», «Help» des Beatles, «Fish», «Born To Kill», ils s’inspirent des Stooges, des Ramones pour créer une musique originale au comble de la violence ; «I’m a fallin’ Angel/Fallin’ down/Be a fallin’ Angel, come on round. Don’t be scared to follow, it’s no crime/You’re a fallin’ Angel, before your time!» («I Fall», The Damned).
La journée se terminera par The Clash, le seul groupe radical et politisé de la New Wave qui a déjà pris la tête du mouvement en Grande-Bretagne. Joe, Mick, Paul et Terry sont les Clash, Bernard est le manager, il y a deux roadies, c’est « The Clash Organization », sept personnes très liées, qui prêchent la violence et la révolution en armes. Derrière la scène, une immense photo : des flics anglais poursuivent des manifestants et au-dessus, bombé en rouge : « This is Joe Strummer public speaking ! », le message révolutionnaire de Joe Strummer, « White riot, I wanna riot/ White riot, a riot of me own/Black man have got a lotta problems/But they don’t care throwing a brick/But white man have got too much school/ Where they teach you how to be thick ! » (« White Riot », The Clash).
De notre envoyé spécial aux arènes :
Alain « No Future » PACADIS Libération, 11 août 1977.
Lors de cette seconde édition, même si Dave Vanian commence par «éructer» les paroles de «I Feel Alright», des Stooges, sans se rendre compte que le micro n’est pas branché, [2] le concert des Damned est impressionnant de hargne et de chaos, à tel point que Francis DORDOR parlera de «météorite culturelle» mais aussi de «show catastrophe» dans le compte-rendu du festival publié dans le numéro de Best du mois de septembre 1977 (reproduit ci-dessous): pendant «New Rose», Dave Vanian se jeta dans la foule et fut comme «happé par les disciples d’un épuisant et retentissant sabbat» et sur «Neat Neat Neat», après un «solo névrosé, incohérent»Rat Scabies renversa sa batterie, la piétina et lui mit le feu, provoquant la panique chez les pompiers. Vinrent ensuite les Clash, imposés par CBS comme tête d’affiche. La rivalité qui les opposait aux Damned, que j’ai déjà évoquée ici, les obligea à se surpasser et à donner l’un de leurs meilleurs concerts, quoique perturbé par les facéties de Captain Sensible [3]:
Captain: "Someone gave me some stuff. I think it was angel dust. I went bersek. I let stinkbombs off while the Clash were palying and instead of running offstage, I just stayed there and hovered about -I’m enjoying this, sodding their gig up. So I started pulling plugs out of amps while they were playing songs".
Allan Jones, Melody Maker editor: "It was the best Clash set I ever saw for that reason".
Comme on peut l’entendre sur cet enregistrement, la plaisanterie n’était pas du goût de Joe Strummer qui accusa les Damned d’être jaloux… Il existe en effet plusieurs enregistrements de cette soirée, des documents audios et vidéos forcément recherchés par les amateurs, tels ce double album pirate des Clash simplement appelé "Mont-de-Marsan" ou ce fameux film tourné en vidéo qui rend compte de la fantastique performance des Damned et qui commence à refaire surface: Hot Cuts from Mont-de-Marsan, réalisé par Jean-François ROUX.
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Au retour du festival, les Damned travaillèrent à leur second album, Music For Pleasure, sous la houlette de Nick Mason, le batteur de Pink Floyd. À l’origine, ils avaient espéré que Syd Barrett sortirait de sa retraite pour produire cet album. L’idée était de s’orienter vers un son plus psychédélique. En fait, Nick Mason se révéla incapable de saisir l’énergie du groupe: sa production fut paresseuse et terne et, malgré les renforts du second guitariste et du saxophoniste jazz Lol Coxhill, l’album fut décevant.
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[1] Jon SAVAGE. England’s dreaming. Les Sex Pistols et le mouvement punk, Paris, Allia, 2002, 640 pages.
[2] Alain PACADIS. Un jeune homme chic, Paris, Denoël, 2002, 348 pages.
[3] Carol CLERK. The light at the end of the Tunnel, London, Omnibus Press, 1987, 96 pages.
"Under The Floor Again" est une magnifique chanson des Damned, illuminée par un solo de guitare très pinkfloydien, qui figure sur l’album "Strawberries" (1982). La vidéo ci-dessus, enregistrée en direct au Shepherds Bush Empire, à Londres en 2002, est extraite du DVD "Tiki Nightmare". Je me suis souvent interrogé sur la signification de cette chanson… Le narrateur, qui se trouve sous terre, est-il mort? Jetons un coup d’oeil aux paroles.
Under the floor again
Once I was up and in the air and now I’m down
Goodbye to all my friends
Forget I ever was, the mole goes underground
Under the floor again
Eight years of hide and seek no peek of me is seen
I skipped the law again
The to and fro, the come and go, but miss the scene
So who was the girl we saw last night
Wearing a frock and gown seemed kinda paralyzed
A door in the floor a head materialized
I’m sure that I saw a face I recognized
Don’t say a word
Just stay here at my leisure
No sound is heard
Can’t take my simple pleasures
Like walking in the park
And taking in the sun
Just lock me in the dark
It’s no fun
Under the floor again
My baccy bets and beer are here and all I need
I’m feeling sore again
Three feet of life is all I have and rats to feed
Won’t say a word
Just stay here at my leisure
No sound is heard
Can’t take my simple pleasures
Like breathing in the air
It’s cleaner than the stuff
I’ve had in recent months
It’s no fun
Under the floor again
Once I was up and in the air but now I’m down
Où les Damned ont-ils cherché leur inspiration? Et plus généralement, comment naît une chanson? J’avais déjà évoqué cette problématique en proposant ici une vidéo où l’on voyait Serge GAINSBOURG en train de donner vie à la chanson "Initials BB".
Et les Punks? On a souvent caricaturé les groupes punks en disant que leurs paroles étaient ineptes ou débiles ou en ironisant sur le fait qu’un groupe comme Clash trouvait son inspiration dans les unes de la presse populaire britannique… La presse comme source d’inspiration? Et pourquoi pas? Les faits divers ne sont-ils pas une excellente source d’inspiration? Sur les conseils de ses deux amis critiques Maxime du Camp et Louis Bouilhet, qui l’encourageaient à renoncer au lyrisme et à prendre un "sujet terre à terre", Gustave FLAUBERT ne s’est-il pas emparé d’une histoire sordide qui avait défrayé la chronique normande entre 1843 et 1848? Lorsqu’il écrit "Madame Bovary", ne romance-t-il pas finalement l’adultère, l’endettement, la ruine et le suicide de Delphine, l’épouse du médecin Delamare, à Ry?
Et "Under The Floor Again"? Un article de Charles Graham paru en 2007 dans le Lancashire Evening Post nous éclaire sur les origines de cette chanson: les Damned se sont inspirés d’un fait divers.
Wigan man lived under the floor
LIVED UNDER FLOOR: Norman Green after he came out of hiding
Many a column inch has been filled with the story of canoeist John Darwin this last fortnight – but his vanishing trick pales in comparison to that of a Wigan man who hit the national headlines 25 years ago.
Norman Green spent an incredible seven-and-a-half years hidden from view in his own Ince home, often seeking refuge under the floorboards.
Back in 1974, the then 36-year-old had been arrested and quizzed by police regarding allegations of an alleged offence at the home of an 86-year-old woman.
After questioning he was released.But he was so frightened about his predicament that, when he returned home to find a police car outside his address in West Street, Higher Ince, two days later, that he went on the run. After shivering in bushes for three days in Ince Park without food or water in the December rain he realised he could not abandon his wife and children.
So he went home in the middle of the night and hid in the shed for a week while spouse Pauline sneaked him cups of tea and sandwiches.
Eventually, he plucked up the courage to go back into the house and hid in a cupboard for three days. With council workmen carrying out renovation work there was a danger of his being discovered there, so he then sought refuge inside the settee after hollowing it out from behind.
During this time police made repeated visits asking where he had gone and one officer even once poked the settee with a stick while Mr Green was inside it.
It was while a resident of the sofa that a longer-term plan formed in the fugitive’s mind. He said after his discovery: "I started to make a hole in the floorboards with a penknife.
"There was a gap about 2ft wide between the floorboards and the concrete floor. It was about 6ft long. That was where I lived, without coming out at all for the first two years. I just lay on the concrete floor, never seeing daylight or any other human being but Pauline."
His wife passed him food and drink, but his tomb-like bolthole was beginning to have an adverse effect on his health and his weight plummeted to seven stones. He said it was also terrible lying there listening to his six children playing just inches above him.
After two years he began to emerge when no-one else was around and was confronted in the mirror by a straggly-haired and bearded Robinson Crusoe figure. However, while incarcerated he would wear his wife’s old clothes in case any visitors wondered why there were men’s clothes around the house.
He began to see the children again, but they were always out of the room when he came out from under the floorboards so they never knew where he was hiding. He was rumbled once – by three-year-old Kristian Coates who saw the Fagin-like Mr Green in the lounge playing with some of his children. But despite telling his family, no-one believed him!
It was only in March 1982 when police responded to a neighbour’s tip-off that the game was up. Mr Green’s first words were "Thank God it’s over." He was never prosecuted for the alleged offence for which he had been originally arrested, but the story of his self-imposed imprisonment hit every tabloid front page in the land.
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En mars 1982, quand les journaux racontèrent l’histoire étonnante de Norman Green, les Damned étaient en studio en train d’enregistrer leur cinquième album. En bons punks, ils allaient s’emparer de cette histoire qui allait leur permettre d’être davantage que terre à terre: ils étaient sous terre!
Alors que l’on commence à découvrir leur nouvel album "So Who’s Paranoid?", les Damned jettent le masque et font une courte apparition sur Arte. Tracks, le magazine des musiques et des cultures qui ne tiennent pas en place, leur consacrait en effet un reportage. Il est si rare de voir les Damned à la télé que cela méritait d’être signalé.
The Damned
32 années au service de sa majesté le punk! Chouette, les Damned font des heures supp’!
En 82, le morceau, "Wot?", première parodie du rap, entre plein pot dans les charts internationaux. Derrière ce tube massif, l’anglais Captain Sensible, littéralement le capitaine avisé, un clown en béret rouge qui en connaît un rayon côté provo. 6 ans avant "Wot?", Captain Sensible et son groupe The Damned sortent le premier 45 tour du punk anglais : "New Rose". Sensible y tient la basse. The Damned, les damnés, pourraient figurer au Guinness book du punk: premier single de l’ère destroy, premiers groupe à tourner au States, premiers à splitter, premiers à se reformer et précurseur du rock gothique. N’en jetez plus! Avec eux le rock vit son big bang punk.
Captain Sensible de son vrai nom Ray Burns est né en 54 à Londres. Avant de manier la basse comme un dieu, il gagne sa vie dans les toilettes. Un jour de 76, Captain, préposé au nettoyage des toilettes, discute avec Rat Scabies chargé de l’entretien des sols. L’un se vante d’être le champion de la basse, l’autre le roi des batteurs. Ils montent The Damned et embauchent illico un type rencontré dans un bar.
Dave Vanian se prend pour un vampire, le voilà chanteur des Damned. La création des Damned tombe à pic dans une Angleterre ravagée par la crise et le chômage. Face aux parents qui se retrouvent sans emploi après avoir travaillé dur toute leur vie, la nouvelle génération refuse de jouer le jeu. Tous les ingrédients de la révolution punk sont réunis.
Après quelques semaines de répétitions les Damned donnent leur premier concert le 6 juillet 1976 au 100 club en ouverture des Sex Pistols encore inconnus. Le mois suivant, ils sont à l’affiche du premier festival punk, à Mont de Marsan dans le Sud de la France. Dans la foulée, les Damned enregistrent "New Rose", le single qui signe l’acte de naissance du punk.
Les Damned enchaînent les albums, surprenant les fans par les nouvelles voies qu’ils explorent en vrais punks. Sur scène, le groupe applique à la lettre les recettes du destroy. Comme ici invités sur la très respectable BBC, où ils prennent un malin plaisir à refaire la déco du plateau…
Entre deux mises à sac, Captain Sensible en profite pour se la jouer solo. En 82, il découvre le rap de Grandmaster Flash, enregistre son méga tube "Wot?" et réalise le grand écart entre punk et pop. Profitant de l’absence du Capitaine, Dave Vanian se fait plaisir et s’épanouit en reprenant en version Dracula le tube "Eloïse" écrit dans les sixties par Barry Ryan. Aujourd’hui, Dave compose des musiques de films tandis que Captain Sensible s’est trouvé un nouveau terrain de jeu : la politique avec son grouspuscule, le Blah Party!
Pour leur retour sur scène et dans les studios avec un dixième album, Vanian et Sensible sont les seuls rescapés de la "Damned generation". Après le "no future", c’est "no retraite" pour les vieux punks.
En attendant le mois prochain, qu’il soit en vente dans les magasins, le nouvel album des Damned est en téléchargement exclusif sur leur site. Apparemment, il n’a pas été facile de trouver une compagnie de disque et la distribution sera sans doute compliquée. Comment un groupe de cette envergure, trente deux ans après avoir publié le premier single punk, le célèbre "New Rose", parvient-il aujourd’hui à survivre à l’évolution de l’industrie du disque?
Comme je ne pouvais pas attendre que le disque paraisse, j’ai succombé et j’ai téléchargé ce nouvel album des Damned. Quelle sensation étrange: en guise d’album, cet objet tant attendu, on se retrouve avec des fichiers MP3, sans pochette, sans photos ni notes, comme si l’album était complètement dématérialisé. Il ne reste que la musique, débarrassée de tous les aspects du marketing. Finalement, n’est-ce pas la meilleure approche pour apprécier les chansons, celle qui va stimuler l’imagination?
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Ne semble-t-elle pas loin l’époque où l’on chérissait les disques vinyles?
Écouter du rock, et notamment du punk, c’était chérir le vinyle. Une chanson entendue à la radio, une critique dans un magazine ou une cassette qu’on nous avait enregistrée suffisaient parfois à susciter notre désir. Et on se mettait en quête d’un Graal que l’on voulait aimer éperdument. Ainsi, il y avait des disques que l’on cherchait durant des années, d’autres que l’on découvrait par hasard. On faisait des listes, on faisait aussi des classements.
Trouver des disques vinyles, c’est une quête difficile qui s’inscrit dans le temps et dans l’espace urbain. Aujourd’hui, la plupart des petits disquaires indépendants ont hélas disparu, remplacés par de grandes enseignes, ce qui rend la recherche encore plus difficile. Le disquaire n’est plus nécessairement un passionné: c’est un salarié. Dans ce contexte, à Saint Sébastien (Pays basque), la petite boutique de Beltza Records, derrière le marché couvert, reste une étape obligée. À Londres ou à Paris, notre géographie urbaine va donc s’organiser autour des pôles où l’on trouve des disques. Berwick Street est l’un de ces centres d’attraction, et un pub, comme le Green Man, va ajouter de l’attractivité à la rue puisque l’on s’y arrêtera pour examiner les disques achetés tout en s’envoyant une pinte (ou deux, car la deuxième est toujours meilleure). À Paris, je me souviens de cette petite boutique aujourd’hui disparue, New Rose, rue des Sarrazins, où l’on trouvait toujours des merveilles. Les doigts couraient fébrilement sur la tranche des disques serrés les uns contre les autres dans les bacs. Puis je revenais vite chez moi pour écouter la trouvaille du jour. Ce disque allait-il être à la hauteur de mes espérances? Parfois je me forçais à l’aimer: c’était perdu d’avance et je finissais par l’oublier. En revanche, d’autres disques allaient me subjuguer: je pouvais les aimer passionnément et je les écoutais de façon répétitive, obsessionnelle, comme pour ne faire qu’un avec eux ou même les vampiriser, et voir ainsi s’ils résistaient à la routine. Et c’est ainsi, en allant de boutiques en boutiques, qu’une collection se constituait peu à peu.
Avec le mouvement punk, à la fin des années soixante-dix, les petits labels, dits indépendants, s’étaient multipliés et il était facile pour un groupe de publier un single. Aujourd’hui, ces objets peuvent faire la fierté d’un collectionneur. L’apparition du CD, au milieu des années quatre-vingts, porta un coup fatal à l’industrie du vinyle. Avec ses deux faces d’une vingtaine de minutes, le vinyle, fragile et difficile à entretenir, n’était pas de taille à résister au laser. Il est donc devenu un objet de collection et seuls quelques maniaques semblaient continuer à s’y intéresser. Il a pourtant conservé ses atouts: de belles pochettes et, surtout, malgré des craquements qui pouvaient apparaître à l’usage, un son chaleureux et réaliste. Le CD, quant à lui, offre un son plus froid. Avec son boîtier en plastique interchangeable et ses pochettes trop petites pour qu’on les apprécie, le CD n’est rien d’autre qu’un produit de consommation, à la fois vulgaire et éphémère. Dans ce cas, comment s’y attacher? Il a ouvert la voie au MP3, ce MP3 qui va le tuer, et on ne le regrettera sans doute pas. À l’inverse, le disque vinyle a gardé tout son intérêt en tant qu’objet.
Certes, le vinyle est un objet manufacturé, numéroté, standardisé, produit à des milliers et des milliers d’exemplaires. Ce n’est qu’une marchandise de plus, dont la diffusion s’est généralisée avec l’essor de la société de consommation. On va pourtant se l’approprier: une fois entre nos mains, ce disque est à nous. Avec sa belle pochette, il nous appartient, il est unique. L’adolescent, en pleine construction identitaire, a envie de croire qu’il a l’exclusivité du disque, comme si ce disque avait été enregistré et fabriqué pour lui seul. Ainsi, pendant des années, comme la presse les ignorait, j’ai fantasmé sur le fait que je pouvais être la seule personne à écouter les Damned… Il aura fallu attendre l’internet pour que je découvre des gens qui écoutent les mêmes disques que moi, des gens avec qui je peux échanger des sensations et des goûts. On partage la même culture, ou sous-culture, et on se retrouve sur des forums comme Damned Curious Goods, où l’on va disserter sur les éditions rares ou limitées qui donnent leur valeur ou qui manquent à nos collections.
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Je vais d’ailleurs profiter de cet article pour lancer un appel… Pour compléter ma collection, je recherche l’édition bolivienne de Dozen Girls, quarante-cinq tours des Damned paru en 1982 (photo ci-contre). Le numéro de catalogue est Phillips PHS-28-70. Si vous en avez un exemplaire et que vous acceptez de me le céder, merci de bien vouloir me contacter…
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Internet et l’industrie du disque: la méprise.
L’internet et le MP3 ont bouleversé l’approche que l’on peut avoir de la musique. Pour le consommateur, le téléchargement est une solution de facilité. Pour celui qui aimait les disques vinyles, c’est une source de frustration: pas de pochette, pas de notes, pas de poussière à essuyer. On ne collectionnera pas les MP3 comme on collectionnait les disques!
Le téléchargement pirate a mis en émoi toute l’industrie du disque. Certains parlent même d’un Far West technologique… Ainsi, toute la clique de l’industrie musicale s’était réunie l’an dernier à l’Elysée pour signer un accord sur la lutte contre le piratage. Outre le fait d’être particulièrement répressif et liberticide, cet accord, concocté par le patron de la Fnac, n’est-il pas surtout à contre-sens de l’histoire? Il a été officiellement remis au président de la République qui a déclaré sans rire que «la ruine de l’économie musicale est proche» et que le web ne devait pas «être un Far-West high-tech»! Serais-je donc un cow boy? En effet, il m’arrive de télécharger sans payer: des maquettes ou des concerts inédits et même des nouveautés, pour voir si ça vaut la peine ensuite d’acheter l’album. Et ce n’est pas du vol. Fred CHICHIN, des Rita Mitsouko l’avait souligné dans une interview à Rock&Folk l’an dernier, peu de temps avant de disparaître:
"Les gens n’achètent pas de disques quand les disques ne sont pas bons. Les gens du métier, ils s’angoissent là-dessus et ça leur évite de se demander pourquoi ils ne vendent pas de disques, ils mettent tout sur le dos d’Internet, c’est tellement plus simple. Je connais plein de gens qui téléchargent mais qui jettent. Ils veulent juste voir parce que c’est gratuit. Il y en a qui écoutent et qui vont acheter, d’autres qui gardent mais de toute façon, ils n’auraient pas acheté le disque. Ce n’est pas du vol, ce sont des gens qui l’écoutent parce que c’est gratuit. C’est ça la différence: s’il fallait payer, ils ne le prendraient pas, donc ce n’est pas un client qu’on perd, faut pas rêver!"
Curieusement, le piratage nous renvoie à une autre époque: quand j’étais lycéen, je passais mes mercredis après-midis et mes week-ends à enregistrer sur cassette des disques vinyles que l’on me prêtait, et, s’ils me plaisaient, je finissais toujours par les acheter. C’est comme cela que j’ai découvert les Damned, dont j’ai aujourd’hui une bonne centaine de disques. Alors, le «Far-West high-tech», n’en déplaise au président de la république, c’est plutôt un front pionnier que l’on défriche… Vive la curiosité et la diversité!
Avec ses cadres médiocres sortis de leurs pathétiques écoles de commerce, l’industrie musicale ferait mieux de se reconvertir dans la fabrication de lessives ou de couches-culottes! Les vrais artistes n’auront plus besoin d’elle! Et ils gagneront mieux leur vie: ils pourront vendre directement leurs albums en ligne, sans passer par un intermédiaire, et feront des concerts, ce qui est quand même fondamental. Finalement, il est intéressant de voir que la philosophie du punk s’est adaptée aux changements technologiques et à l’évolution du marché. C’est le retour du Do It Yourself: n’importe quel groupe peut mettre sa musique en ligne très facilement sur des sites comme Myspace et faire sa propre promotion comme l’ont fait les Damned, non sans humour, en utilisant un pseudonyme. Un groupe comme les Damned, malgré une discographie extraordinaire, ne représente rien pour une compagnie de disque: il n’entre dans aucune logique de marketing. Son image ne plaira pas aux cibles habituelles (la ménagère de moins de cinquante ans et l’adolescent consommateur de télé-réalité). C’est un groupe qui, ne trouvant pas de compagnie de disque, a été obligé de s’adapter: ainsi, leur nouveau disque est disponible en téléchargement et ils ne se font pas d’illusion: s’ils veulent gagner leur vie, c’est en faisant des concerts. Des concerts dans de petites salles et à des prix démocratiques (12 euros au Gibus à Paris en juin dernier). Ainsi, pour les musiciens, Internet est devenu un média essentiel. Les vrais amateurs de musique continueront à acheter des disques. Pas forcément ceux que l’industrie veut leur vendre. Ce matin j’ai donc payé pour télécharger le nouvel album des Damned sous forme de MP3′s. J’achèterai le CD ensuite et la version vinyle si elle est éditée. Alors, maintenant, vous voulez savoir s’il est bon, cet album? Bien sûr qu’il est bon. Il est même excellent.