Les barrages hydroélectriques menacent les peuples autochtones (2)

Un barrage dans la forêt amazonienne © Survival

Avec l’augmentation constante des besoins énergétiques, les peuples autochtones ne souffrent pas seulement de l’exploitation pétrolière sur leurs terres: de l’Amérique latine à Bornéo, en passant par l’Ethiopie, ils subissent aussi les conséquences de la construction de barrages hydroélectriques. Petite revue de presse.

En Amérique latine.

Le bassin amazonien, déjà convoité par les compagnies pétrolières, est menacé par de nombreux projets de barrage.

Des Enawene Nawe boucanent le poisson © Fiona Watson/Survival

Les Enawene Nawe conservent le poisson © Fiona Watson/Survival

Ce lundi 5 juillet, une dépêche de Survival International nous apprend que trois cents Indiens Enawene Nawe, armés d’arcs et de flèches, se sont réunis dans la ville brésilienne de Sapezal, dans l’Etat amazonien du Mato Grosso, pour protester contre la construction de plusieurs dizaines de barrages hydroélectriques sur la rivière Juruena. J’en avais déjà parlé dans ce billet: ces barrages menacent de détruire les ressources halieutiques locales; or le poisson constitue une part essentielle du régime alimentaire des Enawene Nawe. L’inquiétude s’est accrue en juin, lors du rituel annuel du yãkwa, au cours duquel les Indiens ont l’habitude de construire des barrages de branchages tressés pour capturer des poissons qui seront ensuite  boucanés et offerts aux esprits: pour la deuxième année consécutive, la pêche a été infructueuse, ce qui a été vécu comme une catastrophe. Juliana de ALMEIDA, de l’OPAN, une ONG qui travaille avec les Enawene Nawe, a résumé le sentiment des Indiens : “[Ils] sont consternés par la raréfaction des poissons et le degré de pollution de la rivière“. C’est un paradoxe: plusieurs de ces barrages, qui risquent d’affamer les Indiens, sont financés par la compagnie Maggi, pour satisfaire les besoins de la culture intensive du soja destinée à l’exportation. La culture du soja a permis en effet au Mato Grosso de s’intégrer à l’économie mondiale: une fois de plus, des peuples autochtones sont victimes de la mondialisation. Survival nous invite à écrire au gouvernement brésilien pour lui exprimer notre préoccupation et l’exhorter à stopper ces projets de barrages hydroélectriques.

Carte du Belo Monte (Sources: BBC News et Electrobras)

Toujours en Amazonie, mais plus au nord, dans l’État brésilien du Para, les Indiens Kayapó se mobilisent contre le projet du barrage hydroélectrique géant Belo Monte sur le Xingu, l’un des principaux affluents de l’Amazone.  Après avoir déjà manifesté en octobre dernier, ils se sont rendus le 12 avril à Brasilia pour protester contre ce projet. Mais en vain: le gouvernement du président Luiz Inacio LULA DA SILVA argue que le barrage est indispensable pour répondre aux besoins énergétiques du pays et c’est finalement le consortium Norte Energia, dirigé par une filiale du groupe brésilien Eletrobras, qui a remporté le 20 avril l’appel d’offres pour la construction du barrage. C’est une défaite pour les Indiens et pour les écologistes, comme on pouvait le lire dans Le Point. L’impact de ce méga-barrage, censé détourner sur 100 kilomètres plus de 80% des eaux du Xingu, sera catastrophique, aussi bien pour les Indiens que pour l’environnement: il inondera un immense territoire d’environ 50000 hectares, obligera plus de 20000 familles à migrer et asséchera certaines parties du Xingu, réduisant ainsi le stock de poissons dont les Indiens de la région, notamment les Kayapó, les Arara, les Juruna, les Araweté, les Xikrin, les Asurini et les Parakanã, ont besoin pour vivre.

.

Manifestation du peuple Emberá Katío (source: ONIC)

Enfin, toujours en Amérique latine, au Nord-Ouest de la Colombie, à la frontière avec le Panama, le peuple Emberá Katío, qui vit dans une réserve indigène située dans le bassin du Haut Sinú, est menacé par la construction d’un nouveau barrage. Déjà, en 1993, un premier barrage hydroélectrique, «Urrá I», avait été construit sur la rivière Sinú par la société suédoise Skanska, et cela sans que les communautés indigènes aient été consultées. Dans le n°75 (février 2010) de sa revue Ikewan [1],  ICRA a dressé le bilan de ce barrage. Et il est accablant:

7400 hectares de terres sont inondés. La plupart de ces terres sont fertiles mais des lieux sacrés sont également touchés. L’effet négatif du barrage ne s’arrête pas aux terres, l’hydrologie du fleuve est profondément perturbée. Le cycle du frai des poissons est irrémédiablement coupé et le nombre d’espèces baisse drastiquement. Les carences dans l’alimentation ainsi que l’apparition du paludisme augmentent les maladies et la mortalité des enfants. [...] Les embarcations traditionnelles, peu adaptées au nouveau contexte sont troquées contre des barques à moteur, chères à ravitailler en carburant.

L’ONIC (Organización Nacional Indígena de Colombia) a également dénoncé les conséquences sociales calamiteuses de la construction de ce barrage: les Senú et les Embera-Katío ont été obligés de quitter leur territoire traditionnel. Ils ont échoué dans des bidonvilles urbains, avec des conditions de vie misérables, et se sont retrouvés confrontés à de nouveaux problèmes tels que l’acculturation, l’alcoolisme, la toxicomanie ou la prostitution. Les enfants sont abandonnés et tombent dans la délinquance, quand ils ne sont pas impliqués dans le conflit armé colombien.

Aujourd’hui, le gouvernement colombien est décidé à construire un nouveau barrage:  57000 hectares devraient être inondés. Un tel projet signifie concrètement le déplacement des quatre mille Emberá Katío qui vivent dans le Haut-Sinú. De façon à mener à bien ce projet, et en prétextant la présence de la guérilla, le gouvernement colombien a renforcé la présence militaire dans la région, ce que les Indiens dénoncent:

Les groupes armés illégaux (principalement les groupes de guérilleros et les groupes paramilitaires) ainsi que la Force Publique ont pénétré avec les armes dans notre territoire ancestral, mettant en danger nos vies, empêchant la jouissance effective de nos droits ethniques et culturels sur notre territoire et menant des actions qui violent nos droits fondamentaux individuels et collectifs.

Les revendications des Emberà Katío sont simples: ils demandent l’abandon du projet de construction du barrage et la démilitarisation de leur territoire. Pour eux, c’est une question de survie.

.

À Bornéo.

Les barrages sont en cours de construction sur la terre des Penan. © Survival

Le 25 février dernier, Survival nous révélait que le directeur de Sarawak Energy, l’entreprise norvégienne chargée de construire un méga-barrage sur le territoire des Penan, un peuple indigène qui vit dans la partie malaisienne de l’île de Bornéo, avait été mis en cause par les médias norvégiens pour violation des droits des peuples indigènes:

Les normes internationales mises en place par les Nations Unies exigent que tout projet de développement en territoire indigène ne peut avoir lieu sans le consentement libre, préalable et informé des populations concernées. Or les Penan affectés par le barrage hydroélectrique de Murum ont certifié ne pas avoir eu d’autre choix que celui de quitter leur terre. [...]

Dans un récent rapport sur le projet du barrage de Murum, la Commission des droits de l’homme malaisienne dénonçait : ‘Au lieu de demander aux communautés indigènes si elles voulaient ou non être déplacées, les ‘consultations’ menées par les autorités ont seulement consisté à informer les communautés de la décision gouvernementale et des impacts que le projet auraient sur elles’.

Le barrage de Murum est le premier d’une série de nouveaux méga-projets hydroélectriques planifiés par le gouvernement de l’Etat du Sarawak qui provoqueront le déplacement de milliers d’autochtones. De nombreux observateurs malaisiens remettent en cause la construction de ces barrages arguant qu’ils dépassent largement les besoins énergétiques du Sarawak.

Les Penan qui ont été relocalisés pour faire place au barrage de Bakun déjà en activité sont maintenant dans l’incapacité de chasser ou de pratiquer la cueillette, et les petites parcelles qui leur ont été attribuées ne leur fournissent pas suffisamment de nourriture.

Reconnaissant que 1 350 personnes seraient affectées par le barrage de Murum, le directeur de Sarawak Energy a résumé la problématique qui se pose ici: “Nous sommes confrontés à un dilemme qui se pose entre le besoin de développer des ressources qui concernent la majorité et les aspirations des peuples indigènes qui veulent rester sur leurs terres“.

.

La vallée de l’Omo (Ethiopie et Kenya).

Mursi et Kwegu, Vallée inférieure de l'Omo, Ethiopie (Source: Survival)

En Éthiopie,  les peuples qui  vivent dans la vallée de l’Omo sont menacés par la construction d’un barrage gigantesque. Ce barrage, nommé Gibe3 , en partie financé par la plus grande banque chinoise et construit par des entreprises italiennes et chinoises, supprimera la crue naturelle de l’Omo, qui dépose des limons fertiles sur ses berges. Par conséquent, il va affecter les conditions de vie de 200 000 autochtones qui pratiquent  notamment une agriculture de décrue. Le mur du barrage, qui s’élèvera à 240 mètres, sera le plus haut d’Afrique et le lac-réservoir s’étendra sur 150 km2. La construction devrait être terminée en 2012.

Plusieurs ethnies vivent dans la vallée de l’Omo: les Bodi (Me’en), les Daasanach, les Kara (ou Karo), les Kwegu (ou Muguji), les Mursi et les Nyangatom.  Pour survivre aux contraintes d’un milieu semi-aride, ces peuples ont développé des modes de vie qui les rendent dépendants de la rivière et de sa décrue: ils utilisent le limon déposé sur les berges du fleuve par le lent retrait des eaux. Cela leur permet aussi de faire des échanges avec des tribus voisines, telles que les Hamar, les Chai ou les Turkana. Cet équilibre va disparaître avec le barrage: les cultivateurs et éleveurs de la vallée seront privés de ressources et seront donc exposés à l’insécurité alimentaire. D’ailleurs, certains peuples autochtones de la vallée, comme les Kwegu, sont déjà confrontés à la famine. Or, si les terres fertiles sont plus rares, on peut redouter que des conflits éclatent entre ces peuples pour leur possession.

Enfin, comme Survival l’a souligné en mars dernier, le gouvernement a violé la Constitution éthiopienne et le droit international dans le processus d’acquisition:

Le gouvernement éthiopien projette de céder de grandes parties des territoires indigènes de la vallée de l’Omo à des compagnies et des gouvernements étrangers pour y pratiquer l’agriculture à grande échelle, dont celle d’agrocarburants qui sera irriguée par l’eau du barrage.

La plupart des peuples indigènes qui seront affectés par le barrage ne connaissent rien du projet. Le gouvernement éthiopien qui impose une forte répression sur les organisations indigènes a dissous 41 associations communautaires locales, empêchant ainsi les communautés d’organiser des réunions à propos du barrage.

Les peuples autochtones seront dépossédés de leurs terres. Le gouvernement éthiopien envisage de les céder à des compagnies étrangères pour qu’elles y pratiquent une agriculture intensive irriguée par l’eau du barrage. On parle notamment de production d’agrocarburants.

ICRA précise que le barrage aura également des conséquences au Kenya, sur le cours de l’Omo et  le lac Turkana:

On estime que le niveau du lac devrait baisser de 10 mètres, affectant plus de 300.000 personnes. D’abord en augmentant la salinité de l’eau, ce qui la rendrait non potable. Cette salinité mettrait en péril certaines espèces de poissons, ce qui affecterait plus de 100.000 personnes liées à l’industrie locale de la pêche. Enfin, cet impact sur la pêche aura des conséquences sur la sécurité alimentaire et l’économie locale de plus de 300.000 Kenyans.

Pour plus d’informations sur le Gibe3, visitez le site de la campagne stopgibe3.

.

Le poisson constitue une part essentielle du régime alimentaire des Enawene Nawe

Le lac Tchad va-t-il disparaître?

Depuis quarante ans, le lac Tchad n’en finit pas de rétrécir. Les images satellites de la NASA le montrent clairement: d’environ 25000 km2 dans les années 1960, le lac ne couvre aujourd’hui qu’une superficie d’à peine 3000 km2. Alors que la communauté internationale se réunit à Copenhague, on pourrait être tenté de voir dans ce rétrécissement du lac une conséquence du changement climatique. Un reportage de Hélène FRADE diffusé le 4 décembre dernier sur France 24 dresse un constat et montre que le problème n’est pas si simple:

Les riverains, les pêcheurs, et les agriculteurs que nous rencontrons sur la partie tchadienne du lac, à Guitté, à Kinaserom, à Fitine ou encore à Bol, n’évoquent jamais le réchauffement climatique. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne le subissent pas. Moins d’eau, moins de poissons, moins de ressources. Plus de réglementation, plus de tracas. Leur quotidien est devenu plus difficile.

Que s’est-il donc passé au cours de ces quarante dernières années sur les rives du lac Tchad?

.

Les deux grandes vagues de sécheresse des années 70 et 80 ont sans doute eu un fort impact sur le niveau de ce lac, à la frontière entre le Tchad, le Cameroun, le Nigéria et le Niger. Mais cela ne suffit pas à expliquer cette disparition du lac. En fait, le lac Tchad et la mer d’Aral sont des illustrations extrêmes des conséquences d’une mauvaise gestion de l’eau. Dans les deux cas, la pénurie d’eau a résulté de l’intervention humaine –c’est d’ailleurs particulièrement vrai dans le cas de la mer d’Aral.

En 2006, dans un rapport sur le développement humain intitulé Au-delà de la pénurie: pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau, le PNUD avait souligné que la catastrophe qui affecte le lac Tchad est une conséquence de la non-coopération en matière de gestion de l’eau transfrontalière:

Aujourd’hui, la superficie du lac ne représente plus qu’un dixième de la taille qu’il avait il y a 40 ans. Les déficits pluviométriques et la sécheresse y ont largement contribué – mais l’action de l’homme n’a pas été en reste.14 Entre 1966 et 1975, tandis que le lac perdait un tiers de sa superficie, la responsabilité était presque totalement imputable à la faiblesse des précipitations. Cependant, entre 1983 et 1994, les demandes en irrigation ont quadruplé, épuisant rapidement une ressource déjà sur le déclin et occasionnant des pertes d’eau rapides.

La faiblesse de la coopération entre les pays du bassin du lac Tchad explique partiellement le phénomène. Le déclin environnemental et la dégradation des moyens de subsistance et du potentiel de production sont allés de pair. La surexploitation des richesses halieutiques est désormais institutionnalisée, les dispositions visant à réguler l’usage de l’eau entre le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria étant bien peu observées. Des projets d’irrigation mal planifiés ont également contribué à la crise. Les barrages sur le fleuve Hadejia au Nigeria ont menacé les communautés dépendant de la pêche, des pâturages et des cultures de décrue implantées en aval, et les accords visant à préserver les cours d’eau ont tardé à être appliqués. Par le passé, les fleuves Komadougou et Yobe, partagés par le Niger et le Nigeria, déversaient 7 kilomètres cubes dans le lac Tchad. Aujourd’hui, avec l’eau retenue dans les réservoirs, ces fleuves n’apportent plus qu’un demi kilomètre cube, ce qui a un impact majeur sur la partie Nord du bassin lacustre. Plus loin, les dykes érigés à la fin des années 1970 sur le fleuve Logone au Cameroun ont semé la confusion dans les moyens de subsistance des petits fermiers des zones humides situées en aval : en l’espace de vingt ans, la production de coton a chuté d’un tiers, et celle de riz des trois quarts.

Les conséquences environnementales d’une utilisation non durable de l’eau peuvent, au final, déstabiliser les investissements dans les infrastructures. Le Projet d’irrigation du Tchad Sud, programme ambitieux lancé en 1974, a à peine réalisé un dixième de son objectif d’irrigation de 67 000 hectares au Nigeria. Au fil du temps, tandis que le débit des fleuves diminuait, les canaux en voie d’assèchement étaient obstrués par des typha australis, plantes constituant le terrain de nidification de prédilection du quéléa, un oiseau qui détruit aujourd’hui des quantités considérables de riz et autres céréales alimentaires. Tandis que le lac rétrécissait, la concurrence s’intensifiait entre les éleveurs nomades et les agriculteurs sédentaires, les petits et les gros usagers de l’eau et les communautés en amont et en aval. Les communautés riveraines se sont rapprochées de l’eau, s’implantant dans des zones précédemment recouvertes par le lac et où les frontières nationales n’étaient pas matérialisées, ce qui donne lieu à de nouveaux conflits territoriaux.

Comme on le voit, la disparition du lac Tchad est moins liée au réchauffement climatique qu’à la pression démographique et aux activités humaines qui en découlent. A l’heure actuelle, un projet envisage le détournement des eaux de l’Oubangui, au sud du lac, vers les fleuves Logone et Chari. Cet apport d’eau augmenterait leur débit et contribuerait à accroître le niveau du lac.

La journée mondiale de l’eau 2009

C’est aujourd’hui la Journée mondiale de l’eau. À cette occasion, le 5ème Forum mondial de l’eau vient de s’achever sur une déclaration affirmant notamment la nécessité d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement à travers le monde. Le Forum mondial de l’eau, organisé par le Conseil mondial de l’eau, a rassemblé plus de 30000 personnes pendant une semaine à Istanbul pour étudier les moyens de prévenir une crise de l’eau qui, selon l’Onu, affectera près de la moitié de la population mondiale d’ici 2030. Une problématique qui visiblement n’a pas ému la police turque chargée de la sécurité, puisqu’elle a utilisé des canons à eau pour disperser les manifestants lors de l’ouverture du Forum!

.

L’eau: un besoin ou un droit?

La déclaration énumère un certain nombre d’engagements: nécessité de faire des économies d’eau, en particulier dans le domaine agricole, de lutter contre la pollution, des cours d’eau comme des nappes phréatiques. Il affirme en outre la nécessité de collecter et de traiter les eaux usées, au-delà de l’indispensable accès aux toilettes.

Environ 1 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards n’ont pas accès à un système sanitaire décent.

La notion de “droit à l’accès à l’eau” ne figure pas dans ce texte. Elle était pourtant réclamée par de nombreuses ONG et plusieurs pays, tels que la France ou l’Espagne, et le débat a été vif. La déclaration stipule finalement que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un “besoin humain fondamental”, et non pas un “droit”.

“La différence est fondamentale”, a expliqué Anil NAIDOO, de l’ONG Blue Planet Project à l’AFP. “Légalement, un besoin humain n’a aucune valeur. C’est enfoncer des portes ouvertes,” ajoute-t-il, soulignant qu’au moins 30 pays ont aujourd’hui intégré la notion de droit à l’accès à l’eau dans leur constitution.

.

La gestion transfrontalière de l’eau

Par ailleurs, la déclaration du Forum mondial de l’eau ne mentionne à aucun moment la Convention des Nations Unies sur les cours d’eau internationaux. Adoptée en 1997, cette convention n’est toujours pas entrée en vigueur car trop peu d’États l’ont ratifiée. Or, cette année, la Journée mondiale de l’eau mettait à l’honneur le thème de la coopération transfrontalière en matière de gestion de l’eau.

En effet, 90 % de la population mondiale vit dans des pays qui partagent leurs ressources en eau avec d’autres pays. Les rivières, lacs et aquifères ne se soucient pas des frontières politiques, si bien que 145 pays se partagent des bassins hydrographiques dits « transfrontaliers » — captages ou bassins versants, y compris lacs et eaux souterraines peu profondes, utilisés en commun avec les pays voisins. Et ce nombre va croissant, notamment en raison du morcellement de l’ancienne Union soviétique et de l’ex-Yougoslavie. En 1978, on comptait 214 bassins internationaux, contre 263 aujourd’hui.

L’eau partagée a toujours été cause de certaines rivalités. D’ailleurs,, le terme « rival » ne vient-il pas du latin « rivalis », qui signifie « qui tire son eau du même cours d’eau »? Les difficultés surviennent lorsque l’eau — issue des rivières, lacs, aquifères ou zones humides — n’est pas gérée de manière appropriée. Alors que la plupart des pays disposent, à l’intérieur de leurs frontières, de règles et réglementations institutionnelles pour la distribution de l’eau et la résolution des conflits, les mécanismes transfrontaliers demeurent bien plus faibles et la combinaison entre stress hydrique et apathie des institutions peut engendrer de réels risques de conflit.

Pour des pays tels que le Bangladesh, qui dépend à 91 % de l’eau de l’Inde pour irriguer ses cultures et alimenter ses aquifères, les atouts de la coopération transfrontalière sur la question de l’eau sont évidents. D’autres ont reconnu bien trop tard la nécessité de coopérer dans ce domaine. Tel est le cas des pays de la mer d’Aral, en Asie centrale.

Figurant au nombre des catastrophes écologiques les plus flagrantes dans le monde, la mer d’Aral témoigne du coût de la non-coopération en matière de gestion de l’eau transfrontalière. Depuis un demi-siècle, le détournement de l’eau au profit de la culture du coton au moyen d’un système d’irrigation inefficace a asphyxié la mer d’Aral, qui était alors, par la taille, le quatrième lac du monde. Dans les années 1990, elle recevait moins d’un dixième du flux qui l’atteignait précédemment — voire parfois rien.

.

L’exemple du Moyen-Orient

La pénurie d’eau constitue un problème sérieux dans tout le Moyen-Orient. et cela peut compliquer la gestion transfrontalière de l’eau. L’Iran et l’Iraq sont les seuls pays de la région qui se situent au-dessus du seuil de stress hydrique, souligne le Rapport mondial sur le développement humain publié par le PNUD en 2006, et 90 % de la population du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord vivra dans des pays affectés par une pénurie d’eau d’ici 2025.

Un article paru le 16 mars dernier dans Le Figaro nous expliquait que le contrôle des eaux du Tigre et de l’Euphrate, vitales pour l’agriculture et la population de l’Irak, de la Turquie et de la Syrie, donnait lieu à des tensions récurrentes entre ces trois pays:

Quand les Français et les Britanniques démembrent secrètement l’Empire ottoman, au cours des accords de Sykes-Picot, en 1916, la question du partage des eaux du Tigre et de l’Euphrate est déjà posée. Près d’un siècle plus tard, elle n’est toujours pas réglée.

Prenant leur source dans les montagnes turques, les deux grands fleuves du Moyen-Orient traversent ensuite la Syrie et l’Irak. Le contrôle de ces eaux, vitales pour l’agriculture et la population des trois pays, donne lieu à des tensions récurrentes.

Dans les années 1970, Bagdad et Damas ont même failli entrer en guerre à cause de la construction de barrages en Syrie. En 1976, la Turquie a lancé un vaste projet de développement de la région du sud-est, qui repose sur la réalisation de vingt-deux barrages. Onze ouvrages sont déjà en activité. Si l’ensemble est achevé, plusieurs études montrent que le débit des deux fleuves pourrait décroître de 17 à 34 % à la sortie du territoire turc.

Les conséquences sur la qualité des eaux sont déjà visibles : l’usage des engrais et le développement de l’irrigation ont fortement augmenté la pollution et la salinité. Les écosystèmes sont bouleversés.

«Ils n’ont aucun droit sur nos resssources en eau»

«Le château d’eau du Moyen-Orient» a longtemps fait fi des plaintes de ses voisins syrien et irakien. «Nous ne réclamons pas de partager leurs ressources en pétrole, ils n’ont aucun droit sur nos ressources en eau», avait tranché en 1992 Suleyman Demirel, premier ministre turc à l’époque. Lors du remplissage du grand barrage Atatürk en 1990, Ankara avait même interrompu le débit de l’Euphrate pendant un mois.

Mais, ces dernières années, les rapports entre les pays riverains se sont améliorés. La Turquie cherche à devenir un acteur régional incontournable et redéploie sa diplomatie vers le Moyen-Orient. Des discussions sur la répartition des eaux sont donc engagées entre les gouvernements. À défaut de régler tous leurs contentieux, les trois parties devraient montrer leur bonne volonté en signant un accord lors du Forum de l’eau.

Ce phénomène atteint son paroxysme dans les Territoires palestiniens occupés. La population palestinienne est deux fois moins nombreuse que celle d’Israël, mais le volume d’eau qu’elle consomme s’élève à seulement 10 à 15 % de l’eau utilisée par les Israéliens. En Cisjordanie, les colons israéliens utilisent quasiment neuf fois plus d’eau par personne que les Palestiniens. De fait, les Palestiniens sont confrontés à l’un des niveaux de pénurie d’eau les plus élevés au monde.

Tant les facteurs de disponibilité physique que les facteurs politiques contribuent au problème. Les pénuries d’eau réduisent les capacités des agriculteurs à produire des aliments et à gagner leur vie, tandis que les lois actuelles sur l’utilisation de l’eau imposent un accès inégal — et ressenti comme profondément injuste — aux aquifères partagés.

Mais il ne doit pas nécessairement en être ainsi. Une meilleure coopération pourrait résoudre ce problème, comme en attestent d’autres exemples régionaux. En 1994, par exemple, Israël et la Jordanie ont signé un accord qui autorise la Jordanie à stocker les ruissellements hivernaux dans le lac Tibériade, situé en Israël. L’accord autorise également Israël à louer à la Jordanie un certain nombre de puits lui permettant de tirer de l’eau pour ses terres agricoles.

Non prévue par l’accord, la pire des sécheresses jamais enregistrées se déclara en 1999 et entraîna des tensions tandis que les livraisons d’eau à la Jordanie baissaient. Pourtant, l’accord en tant que tel est resté inchangé — témoin de l’engagement des deux parties à coopérer sur la question de l’eau.

Tout comme l’accord israélo-jordanien sur l’eau a fait partie intégrante de l’accord de paix conclu entre les deux pays en 1994, un règlement politique définitif des différends entre Israël et les Territoires palestiniens occupés devrait intégrer un pacte sur leurs ressources en eau partagées, affirment les auteurs du Rapport mondial sur le développement humain.

.

L’eau en Palestine

Source de la vidéo ci-dessus: Service audiovisuel de la Commission européenne.
.

.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau qui est consacrée cette année à la coopération transfrontalière en matière de gestion de l’eau, un article de Marc HENRY, paru dans Le Figaro le 16 mars dernier, abordait la question des eaux du Jourdain que les gouvernements d’Israël et de Cisjordanie sont censés se répartir:

Israël-Cisjordanie : le partage de l’eau pèse sur la paix

Garder à tout prix le contrôle de l’eau : pour Benyamin Nétanyahou, le prochain premier ministre israélien, il s’agit d’un impératif vital qui justifie son hostilité à la création d’un État palestinien. Les principales nappes phréatiques utilisées pour les deux populations se moquent en effet des frontières. Elles s’étendent sous la Cisjordanie et le territoire israélien. Résultat : leur partage relève avant tout du rapport de forces et d’un enjeu stratégique dans une région condamnée au régime sec par une série d’hivers très peu pluvieux.

Sur le papier, Israël et l’Autorité palestinienne se sont engagés à une répartition de l’eau du Jourdain et des nappes souterraines. Mais la pénurie est telle que les Palestiniens sont réduits à la portion congrue. Selon un rapport de l’ONU, la consommation moyenne pour les Palestiniens de Cisjordanie est de 66 litres par habitant, un tiers de moins que le minimum vital. Du côté israélien, la moyenne atteint 235 litres. Plus de 200 000 Palestiniens de 220 localités et villages de Cisjordanie ne sont pas reliés à un réseau de distribution d’eau, si bien que nombre d’entre eux sont obligés d’acheter de l’eau chaque été au marché noir, où les prix sont de trois à six fois plus élevés que les tarifs payés par les Israéliens.

En guise de réponse, les responsables israéliens expliquent que l’État hébreu fournit aux Palestiniens des quotas d’eau bien supérieurs à ceux prévus par les accords conclus en 1995. Ils soulignent aussi que personne n’est épargné par la sécheresse. Un exemple : le pompage dans le lac de Tibériade, la principale réserve en eau douce d’Israël, va devoir être interrompu cet été à cause de la baisse sans précédent du niveau de l’eau.

Pour pallier le manque de pluie, l’État hébreu va également investir quelque 300 millions de dollars dans trois nouvelles unités de dessalement de l’eau de mer, qui s’ajouteront aux deux déjà existantes. Selon les experts israéliens, cette technique pourrait constituer la solution de l’avenir. Elle présente toutefois le double inconvénient de faire grimper les factures d’eau pour les particuliers et d’être grosse consommatrice d’énergie.

.

Les problèmes de gouvernance de l’eau ne s’expriment nulle part aussi nettement que dans les Territoires palestiniens occupés. Les Palestiniens sont confrontés à l’un des niveaux de pénurie d’eau les plus élevés au monde. Comme le rappelait le Rapport mondial sur le développement humain publié par le PNUD en 2006, la disponibilité physique et la gouvernance politique de l’eau partagée sont deux aspects contribuant à la pénurie d’eau en Palestine.

Les droits sur l’eau dans les territoires palestiniens occupés.

pnud2006-eau-palestine11La population des Territoires palestiniens occupés dispose d’un accès à 320 mètres cubes d’eau par personne et par an, soit l’un des niveaux les plus bas au monde, nettement en deçà du seuil de pénurie absolue. Le problème réside notamment dans l’inégalité de la distribution de l’eau des aquifères partagés avec Israël, qui reflète des rapports de force inégaux en termes de gestion de l’eau. Compte tenu de l’accroissement rapide de la population, la diminution de la disponibilité en eau constitue une contrainte de plus en plus sévère pour l’agriculture et la consommation humaine.
L’inégalité du partage se reflète par des écarts très importants dans l’utilisation qu’Israéliens et Palestiniens font de l’eau. La population israélienne ne représente pas tout à fait le double de la population palestinienne, mais sa consommation totale d’eau est sept fois et demie supérieure (schéma 1). En Cisjordanie, les colons israéliens utilisent bien plus d’eau par habitant que les Palestiniens, et plus que les Israéliens d’Israël (schéma 2) : quasiment neuf fois plus d’eau par personne que les Palestiniens. À tous égards, ces écarts sont considérables.
Quelles sont les raisons de ces inégalités ? Les Palestiniens n’ont pas de droits établis sur les eaux du Jourdain – principale source d’eau de surface. Ce qui signifie que la quasi-totalité des besoins en eau des Territoires palestiniens occupés est couverte par les aquifères d’eau souterraine. Les règles régissant les prélèvements dans ces aquifères ont une incidence majeure sur l’accès à l’eau.
La gestion de l’aquifère occidental et de l’aquifère côtier reflète le problème. Faisant partie du bassin du Jourdain, l’aquifère occidental est la seule source d’eau renouvelable la plus importante des Territoires palestiniens occupés. Près des trois quarts de l’aquifère sont réalimentés par la Cisjordanie et s’écoulent de Cisjordanie vers la côte d’Israël. La majeure partie de cette eau n’est pas utilisée par les Palestiniens. Pour quelle raison ? Les représentants israéliens à la Commission mixte de l’eau réglementent rigoureusement la quantité et la profondeur des puits exploités par les Palestiniens. Des règles plus souples s’appliquent aux colons israéliens, ce qui leur permet de creuser des puits plus profonds. Bien qu’ils ne possèdent que 13 % des puits de Cisjordanie, les colons sont pourtant à l’origine de 53 % des prélèvements d’eau souterraine. L’eau inutilisée dans les Territoires palestiniens occupés s’écoule finalement en dessous du territoire israélien avant d’être puisée du côté israélien (cf. carte).
Des problèmes semblables se posent avec les eaux du bassin côtier. Celles-ci ont du mal à atteindre la Bande de Gaza en raison des importants prélèvements effectués du côté israélien. La conséquence : les taux de prélèvement des aquifères peu profonds de la Bande de Gaza sont nettement supérieurs aux taux de réalimentation, entraînant une salinisation accrue des ressources en eau.
L’accès restreint à l’eau est un frein au développement de l’agriculture palestinienne. Bien que ce secteur constitue une part décroissante de l’économie palestinienne – estimée à environ 15 % en termes de revenus et d’emplois en 2002 – il est néanmoins capital à la subsistance de certaines des populations les plus pauvres. Pour le moment, l’irrigation est sous-développée, moins d’un tiers des terres potentiellement exploitables étant couvertes en raison du manque d’eau.
Le sous-développement des ressources en eau signifie que de nombreux Palestiniens sont dépendants des livraisons d’eau par des sociétés israéliennes. C’est pour eux une source de vulnérabilité et d’incertitude car les livraisons sont fréquemment interrompues en période de tension.
La construction du Mur de séparation, sujet à controverse, menace d’exacerber l’insécurité de l’approvisionnement en eau. La construction du mur a causé la perte de certains des puits palestiniens ainsi que la séparation des agriculteurs d’avec leurs champs, notamment dans les zones non irriguées très productives entourant les gouvernorats de Bethléem, Jénine, Naplouse, Qalqilya, Ramalla et, Tulkarem.

pnud2006-eau-palestine21
Les conditions dans les Territoires palestiniens occupés forment un contraste avec les dispositions davantage axées sur la coopération conclues ailleurs. Depuis l’accord de paix de 1994, Israël et la Jordanie ont coopéré dans le cadre de la construction d’installations de stockage de l’eau du lac Tibériade, ce qui a permis l’amélioration de la distribution d’eau aux agriculteurs jordaniens. La structure institutionnelle a également contribué à arbitrer des litiges découlant des variations saisonnières et annuelles du débit, même si cet aspect n’était pas, à l’origine, couvert par l’accord. Ailleurs, le Centre de recherche sur le dessalement pour le Moyen-Orient basé à Muscat, en Oman, assure avec succès depuis plus de dix ans la promotion d’une recherche multilatérale sur des techniques de dessalement efficaces. Des représentants de la Commission européenne, d’Israël, du Japon, de Jordanie, de la République de Corée, des Pays-Bas, de l’Autorité palestinienne et des États-Unis siègent à son conseil.
Plus encore peut-être que dans n’importe quel autre cadre, la sécurité de l’approvisionnement en eau dans le contexte des relations entre les Territoires palestiniens occupés et Israël est associée à des problèmes de plus grande envergure relevant du conflit et de la perception de la sécurité nationale. Pourtant, l’eau est aussi un symbole puissant du vaste réseau d’interdépendance hydrologique associant tous les intervenants. La gestion de cette interdépendance en faveur de l’équité permettrait de faire un grand pas dans le sens de la sécurité humaine.
.
Sources : Elmusa 1996 ; Feitelson 2002 ; Jägerskog et Phillips 2006 ; MEDRC 2005 ; Nicol, Ariyabandu et Mtisi 2006 ; Phillips et al. 2004 ; Rinat 2005 ; SUSMAQ 2004 ; SIWI, Tropp et Jägerskog 2006 ; Weinthal et al. 2005.

.

Deux vidéos qui traitent du problème de l’eau dans les Territoires occupés de Palestine (en anglais):

.

Une vidéo du PNUD (2006):

Over 200 communities in the Palestinian territories lack access to water, while Israeli settlers in the West Bank have full access to clean running water. The inequality in the water situation in the Palestinian territories is exasperated by the fact that Israel will not allow the Palestinian to develop water sources.

.

Une vidéo diffusée sur Al-Jazeera en août 2008:

Ku nkélo: à la recherche de l’eau

ku_nkelo21
.

Nadège BATOU, que j’ai connue par l’intermédiaire de Sorel, a eu la gentillesse de m’envoyer un DVD avec un extrait de son film Ku nkélo consacré à de jeunes porteurs d’eau à Brazzaville. Ce documentaire dénonce les problèmes d’approvisionnement en eau potable qui touche les Brazzavillois. Avec sa caméra, Nadège a suivi des enfants qui, bidons en main,  parcourent plusieurs kilomètres pour chercher de l’eau à la source. Au montage, elle se garde de tout commentaire et préfère laisser la parole à la population, de façon à rendre criante la pénurie d’eau potable. C’est un excellent film, magnifiquement tourné, que je vais utiliser en classe avec mes élèves de seconde, dans le cadre du chapitre de géographie consacré à l’eau. Nadège le présentera début mars au FESPACO, le Festival panafricain du cinéma, à Ouagadougou au Burkina Faso: elle cherche notamment des financements et je lui souhaite tous mes voeux de succès.

.

Le film de Nadège révèle à quel point l’accès à l’eau est difficile et inégal dans le monde. C’est un thème que l’on aborde en géographie en classe de seconde:

Un accès inégal à l’eau potable.

700 millions de personnes vivent en dessous du seuil de stress hydrique.

Les Nations Unies ont défini un seuil de stress hydrique quand les disponibilités en eau par habitant sont inférieures à 1700 m3 par an, c’est-à-dire quand elles ne permettent plus, selon les hydrologues, de répondre aux besoins en eau pour l’agriculture, l’industrie, l’énergie et l’environnement.  Quand les disponibilités en eau tombent au-dessous de 1000m3, on parle de pénurie hydrique.

À l’heure actuelle, environ 700 millions de personnes dans 43 pays vivent en dessous du seuil de stress hydrique, soit près de 10% de l’humanité. Les choses devraient empirer: on pense que 3 milliards de personnes pourraient être affectées en 2025, soit 38% de l’humanité.

Avec une disponibilité annuelle moyenne de 1200 mètre cubes par personne, le Moyen-Orient est la région du monde la plus soumise au stress hydrique. Si l’Irak, l’Iran, le Liban et la Turquie se situent au-dessus du seuil, les Palestiniens, en particulier à Gaza, sont confrontés à l’une des pénuries d’eau les plus graves du monde –environ 320 mètres cubes par personne. L’Afrique sub-saharienne, quant à elle, compte le plus grand nombre de pays soumis au stress hydrique : près d’un quart de la population d’Afrique sub-saharienne vit dans un pays soumis au stress hydrique (cette proportion est en augmentation).

.

Un approvisionnement en eau potable souvent difficile.

« Donner accès à une eau salubre, éliminer les eaux usées et fournir des systèmes d’assainissement constituent trois des bases les plus fondamentales du progrès humain », expliquait le PNUD dans son Rapport mondial sur le Développement Humain en 2006. Mais 1,1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau: en effet, 1 habitant de la planète sur 6 vit à plus d’un kilomètre d’une source d’eau.  Dans ce cas, la consommation est souvent inférieure à 5 litres d’eau par jour! De plus, l’eau dont on dispose est loin d’être toujours potable: dans le monde, 2,6 milliards de personnes n’ont pas accès à l’assainissement!

Le Rapport du PNUD ajoute: « L’ absence d’accès à l’eau potable est un euphémisme pour désigner une pauvreté profonde. Elle signifie que les populations vivent à plus d’un kilomètre de la source d’eau potable la plus proche et qu’elles collectent l’eau dans des canaux de drainage, des fossés ou des ruisseaux susceptibles d’être infectés par des pathogènes et des bactéries capables d’entraîner des maladies graves ou mortelles.» En matière d’approvisionnement, l’Afrique sub-saharienne dispose de loin des taux de couverture les plus faibles (55 %). Ainsi, au Congo, en 2004, 57% de la population avait un accès régulier à des points d’eau aménagés et seulement 27 % avait accès à un dispositif d’assainissement amélioré. Les bornes-fontaines sont un moyen vital d’approvisionnement en eau pour les ménages démunis des pays en voie de développement. En effet, pour de nombreuses familles pauvres, le point de contact avec le réseau collectif de distribution n’est pas un robinet domestique privé, mais une borne-fontaine. À Nouakchott, en Mau­ritanie, quelque 30 % des familles déclarent puiser leur eau à des bornes-fontaines, tandis que ce pourcentage atteint 49 % à Bamako, au Mali. À Dakar, au Sénégal, les bornes-fontaines alimentent la moitié de la population privée d’eau courante à domicile. Enfin, la tâche du ravitaillement en eau participe aux inégalités entre hommes et femmes. Dans les régions rurales du Bénin, les filles âgées de 6 à 14 ans consacrent en moyenne 1 heure par jour au ravitaillement en eau, contre 25 minutes pour leurs frères. Au Malawi, il existe de grandes variations liées aux facteurs saisonniers en ce qui concerne le temps affecté au ravitaillement en eau, mais les femmes consacrent invariablement quatre à cinq fois plus de temps que les hommes à cette tâche.

.

La crise de l’eau et de l’assainissement affecte avant tout les pauvres.

Parmi ceux qui sont privés d’accès à l’eau, plus de 660 millions d’individus vivent avec 2 dollars par jour ou moins, et plus de 385 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue d’1 dollar par jour. Ces chiffres suggèrent fortement une relation réciproque entre la pauvreté en termes de revenus et le manque d’accès à l’eau. Reste à savoir si ces individus manquent d’eau et d’assainissement parce qu’ils sont pauvres, ou s’ils sont pauvres parce qu’ils manquent d’eau et d’assainissement. Plus on est pauvre, plus cher on paie l’eau salubre, ajoute le Rapport mondial sur le développement humain de 2006. En effet, il existe de grandes disparités dans les prix payés pour l’eau. Les ménages des bidonvilles urbains, comme par exemple à Nairobi, paient généralement le litre d’eau 5 à 10 fois plus cher que les personnes riches de la même ville. Pourquoi cela? Les riches s’approvisionnent généralement en eau auprès d’une seule source alors que les pauvres doivent compter sur un éventail déconcertant de prestataires de services, tels que bornes-fontaines publiques, revendeurs, camions citernes et autres transporteurs d’eau. Certains revendeurs d’eau s’approvisionnent auprès d’une source municipale pour revendre ensuite l’eau à prix fort aux habitants des bidonvilles n’ayant pas l’eau courante. Une des disparités les plus profondes en matière d’eau et d’assainissement s’observe entre les zones urbaines et les zones rurales, en partie parce que les revenus ont tendance à être moins élevés en zone rurale, mais également parce que la prestation de services auprès de populations rurales dispersées est plus difficile et souvent plus onéreuse par habitant que lorsqu’il s’agit de populations urbaines, explique le Rapport mondial sur le développement humain de 2006.

.
ku_nkelo

Pour terminer, je reproduis ci-dessous une interview de Nadège, parue hier dans Les Dépêches de Brazzaville:

Nadège Batou, la plus jeune réalisatrice congolaise, participe au Fespaco 2009

La 21e édition du Festival panafricain du cinéma (Fespaco) se tiendra du 28 février au 7 mars prochain à Ouagadougou au Burkina Faso, sur le thème « Tourisme et patrimoines culturels ». Ce festival, qui est un espace dédié au public cinéphile africain, a été créé il y a quarante ans pour faciliter les rencontres. Au moins six Congolais participeront au Fespaco, dont Nadège Batou, la plus jeune réalisatrice du pays, auteure du film documentaire Ku Nkelo à la recherche de l’eau. A quelques jours du lancement de cet événement, Nadège Batou a accordé un entretien aux Dépêches de Brazzaville.

Les Dépêches de Brazzaville. Pouvez-vous nous confirmer votre participation au Fespaco ?

Nadège Batou. Oui, je vais participer au Fespaco, le plus grand festival du cinéma africain qui a lieu à Ouagadougou au Burkina Faso. J’y vais pour y présenter à cette occasion mon deuxième film Ku Nkelo à la recherche de l’eau, et donc pour représenter mon pays.

D.B. Comment avez-vous été sélectionnée au Fespaco ?

N.B. J’ai inscrit mon film au Mica, le marché international du cinéma africain. C’est une structure qui offre des possibilités de rencontres entre acheteurs et distributeurs professionnels du monde entier, avec lesquels on peut discuter sur d’éventuels projets. Tel est mon cas, parce que j’ai deux autres projets en cours de réalisation… J’ai donc été au Mica dans le but de trouver éventuellement des distributeurs et pourquoi pas nouer des contrats avec certaines chaînes de télévision étrangères pour la diffusion de mes œuvres cinématographiques au plan international.

D.B. Combien de Congolais participent cette année au festival ?

N.B. J’ai été moi-même agréablement surprise de voir que notre cinéma est de plus en plus présent aujourd’hui lors de telles manifestations internationales. J’ai su par Internet que deux de nos compatriotes vivant à l’étranger ont été retenus, dont Rufin Mbou Mikima qui réside en Roumanie. Il est retenu en sélection off. Nous avons trois films en sélection officielle mis en compétition. J’espère qu’à travers ces trois films, le Congo aura un prix. Je suis la seule de nous trois à partir du Congo.

D.B. Vous avez co-réalisé votre premier film Ndako ya ba ndeko avec Alain Nkodia ?

N.B. Oui et ce film est aujourd’hui distribué aux USA. On se bat d’ailleurs pour trouver une autre distribution sous-régionale ou même nationale. Lors de la réalisation de ce film, étant novice en la matière, j’ai dû faire appel à Alain Nkodia en sa qualité de professionnel. Cela a été finalement un succès, Dieu merci ! Grâce à ma petite expérience à ses côtés et la formation que j’ai suivie à Africadoc, j’ai pu réaliser Ku Nkelo à la recherche de l’eau.

D.B. Que représente pour vous Ku Nkelo à la recherche de l’eau ?

N.B. C’est en réalité un film engagé qui traite de la question de la pénurie d’eau dans la ville de Brazzaville. Je me suis baladée avec ma caméra dans les quartiers de Brazzaville pour me rendre compte à l’évidence de cette denrée nécessaire qui se fait de plus en plus rare dans notre ville capitale, à la grande désolation des populations. J’ai voulu filmer ce coup de gueule de la population qui contribue au paiement des quittances d’eau sans en avoir consommé pendant une période. Mais il n’y a pas de commentaire dans ce film.

D.B. Ce documentaire d’une vingtaine de minutes est-il diffusé sur les chaînes de télévision locales ?

N.B. Malheureusement non, ce film est interdit de diffusion sur les chaînes de télévision bien qu’il soit autorisé de projection. Je n’ai fait qu’interpréter avec ma caméra la réalité sur le manque d’eau. Je me dis que les choses essentielles devraient être données pour les populations. On peut citer l’eau ou l’électricité. C’est un problème qui ne concerne pas que les riches ou les pauvres, le nord ou le sud. C’est tout le monde qui est concerné. Même chez nos autorités, le constat est le même, il n’y a pas d’eau.

D.B. Pouvez-vous nous parler de certains de vos projets ?

N.B. J’ai actuellement deux projets dont un qui est intitulé La guerre de succession. C’est l’un de mes projets issu de ma formation à Africadoc à Brazzaville en 2008. Je vais proposer ce film au Fespaco dans l’optique d’avoir le financement, car au Congo le cinéma et même la culture ne sont pas soutenus. Je vais aussi essayer de vendre mon deuxième film ailleurs. Si ça marche, je pourrai revenir terminer la réalisation de ce film documentaire qui parle des conflits d’héritage dans nos familles africaines.

Propos recueillis par Jean Dany Ebouélé

Quand les barrages hydroélectriques menacent les peuples autochtones

Deux informations, tombées à quelques jours d’intervalle, peuvent être mises en parallèle puisqu’elles posent le problème de l’impact des barrages hydroélectriques sur l’environnement et les peuples indigènes. C’est une problématique que l’on peut aborder en géographie en classe de Seconde.

La première information a été publiée le 17 décembre sur le site Survival International: elle concerne le peuple Enawene Nawe, quelques 400 personnes qui vivent dans la forêt amazonienne, dans l’état brésilien du Mato Grosso. S’ils connaissent la culture du maïs et du manioc, les Enawene Nawe vivent surtout de la pêche: leurs techniques sont élaborées et ils disposent des barrages aux mailles finement tressées sur les rivières. C’est là, sur la rivière Juruena, que plusieurs d’entre eux ont été agressés par des ouvriers qui participent à la construction d’un barrage:

Les Enawene Nawe agressés par les ouvriers d’un barrage.

Des ouvriers ont attaqué la semaine dernière un groupe d’Indiens enawene nawe en train de pêcher à proximité d’un barrage hydroélectrique en construction.

Daliamas, porte-parole enawene nawe, a indiqué que les ouvriers ont forcé quatre Indiens, deux adultes et deux enfants, à s’allonger sur le sol. Ils les ont ensuite menacés, frappés avec des bâtons et leur ont introduit le canon de leurs pistolets dans la bouche.

Il a fallu l’intervention de la police pour que les ouvriers relâchent les Indiens et leurs enfants qui étaient visiblement effrayés.

Un représentant de la compagnie de construction du barrage a nié l’acte d’agression de ses employés et a prétendu que les Indiens avaient tenté de pénétrer sur le site sans autorisation.

Plus de 70 barrages doivent être construits sur la rivière Juruena qui coule en plein territoire enawene nawe. Ces barrages vont polluer l’eau et empêcher les poissons d’atteindre leurs zones de reproduction. Le poisson est une ressource vitale pour les Enawene Nawe qui ne consomment pas de viande; il joue également un rôle essentiel dans leurs rituels.

En octobre dernier, les Enawene Nawe avaient occupé ce même site dans le but de protéger leur rivière et ses ressources halieutiques.

Pour en savoir plus sur l’impact des barrages sur les peuples indigènes (en anglais ou en portugais).

.

La seconde information a été diffusée le 20 décembre par ICRA International: sur la côte nord du Québec, un projet hydroélectrique se construit sur le territoire ancestral du peuple Innu, et en particulier sur les terres et la rivière parcourues depuis des millénaires par la communauté des Ekuanitshit.

Canada : Les Innu menacés par un complexe hydroélectrique.

Au sein de la forêt boréale, la plus vaste forêt du monde, Hydro-Québec, compagnie d’Etat, prévoit la construction d’un gigantesque complexe hydroélectrique, sur le territoire ancestral du peuple Innu, et en particulier sur les terres et la rivière parcourues depuis des millénaires par les Innu d’Ekuanitshit (Mingan) sur la côte-nord du Québec .

Hydro-Québec souhaite en effet construire quatre centrales sur la rivière Romaine, l’une des dernières grandes rivières encore vierges du Québec. Le chantier durera treize ans et consiste à construire deux centrales en aval respectivement sous 61 m et 153 m de chute nette, alors que celles en amont auront des réserves d’eau d’une hauteur de chute de 93 m à 116 m. Le complexe va coûter 8 milliards de dollars et pour accéder aux chantiers et aux sites, Hydro-Québec devra construire 230 kilomètres de route dans le roc perturbant la vie naturelle de cette forêt boréale encore préservée. Ces travaux vont ouvrir le territoire ancestral Innu aux compagnies minières, aux entreprises forestières et à une chasse de loisir illégitime, envahissante et parfois commerciale.

Inquiètes de l’impact sur l’environnement de ce méga-projet hydroélectrique, des associations canadiennes écologistes commencent à se mobiliser contre la construction des barrages argumentant aussi sur le fait que celle-ci va être extrêmement coûteuse, que les emplois générés seront ponctuels et qu’il n’y a pour l’instant aucun acheteur en vue pour sa production. L’État de New York qui s’était engagé avant 2004 à acheter son hydroélectricité au Québec a changé son fusil d’épaule en souhaitant respecter le protocole de Kyoto qui ne considère plus l’électricité produite par les grandes centrales comme une énergie propre et l’exclut dorénavant de son répertoire des énergies renouvelables. En effet, seule le sera l’hydroélectricité produite à partir de centrales au fil de l’eau.

Mais surtout, le projet hydroélectrique de la Romaine, en plus d’être destructeur pour l’environnement et non viable économiquement, se construit sur un territoire qui n’est pas le sien. Ce territoire nommé Nitassinan est celui où vit depuis des millénaires le peuple Innu et dont il se considère le gardien. Une communauté, celle d’Ekuanitshit, va être particulièrement affectée par le projet car la rivière La Romaine est l’autoroute nautique par lequel ses membres rejoignent leurs campements de chasse repectifs depuis des temps immémoriaux .

Les Innu d’Ekuanitshit tentent depuis trois décennies d’obtenir la reconnaissance écrite de leurs droits ancestraux sur leur territoire traditionnel, c’est à dire leurs droits d’utilisation du Nitassinan, mais aussi le titre aborigène sur l’ensemble de ce territoire, c’est à dire un droit de « propriété » sur tout le territoire ancestral de la communauté. Elle répond en effet aux critères de l’article 35 de la loi constitutionnelle canadienne de 1982, confirmés en 1995 par décision fédérale et en 1996 par la Commission Royale, reconnaissant des droits ancestraux aux populations autochtones (le droit de chasse, de pêche, de cueillette, de piégeage, le droit d’exploitation commerciale des rivières et des forêts), mais aussi le titre aborigène qui octroît un droit foncier sur le territoire ancestral, et enfin le droit à l’autonomie gouvernementale quand un peuple peut démontrer qu’il se gouvernait lui-même avant l’arrivée des européens.

A l’initiative des Innu d’Ekuanitshit, ICRA propose de signer et de renvoyer une pétition téléchargeable afin de signifier aux représentants du Québec et d’Hydro-Québec les préoccupations des défenseurs des droits des peuples autochtones.
Vous pouvez également signer une pétition en ligne sur le site de l’alliance Romaine.

Pour plus d’informations:

.


Un appel au secours des Amérindiens du Haut-Maroni

Dans le quotidien France-Guyane du 22 septembre 2008, les Amérindiens des villages wayana et teko, dans le Haut-Maroni, ont adressé un appel au secours au Préfet de la Guyane. Les capitaines (c’est-à-dire les chefs coutumiers) des villages de Cayodé, Twenké, Taluwen, Antecum Pata et Elahé demandent que des mesures soient rapidement prises par les services de l’Etat pour que cesse l’orpaillage clandestin dans le Haut-Maroni. En effet, les orpailleurs constituent une réelle menace pour les amérindiens wayana et teko.

Voici l’appel lancé par le Grand Man Wayana, chef des Wayanas, Touenké Amaïpoti, tel qu’il a été reproduit sur le site d’ICRA:

“Depuis mars 2008, la région du Haut-Maroni est accablée par la présence constante et accélérée d’orpailleurs clandestins. Ces orpailleurs transitent d’abord du côté surinamais avant de rejoindre les rives françaises.

C’est jour et nuit que les piroguiers remontent le cour du Maroni à raison d’une quinzaine de pirogues par semaine. Le résultat de cet orpaillage acharné s’observe de façon flagrante rien qu’en observant la turbidité de l’eau. Le fleuve est devenu aux yeux de tous le monde, méconnaissable.
La situation est devenu dramatique pour toutes les populations qui vivent aux abords des fleuves Tampok et Litani. Il est maintenant devenu impossible de boire l’eau, de se baigner et de se laver.

La pêche traditionnelle ou pas n’est plus possible, sans parler de la forte concentration en mercure que doivent absorber les poissons. La navigations est devenue dangereuse, car l’observation des rochers affleurants est impossible. De plus, la présence des clandestins crées une véritable situation d’insécurité. En effet, les clandestins qui non seulement tue les gibiers protégés (singes atèles, tatous à neuf bandes…), s’en prennent aussi aux poissons et à la pharmacopée, vont jusqu’à dérober les cultures des abattis et sont capables de menacer les gens qui y cultivent ou qui chassent en pleine forêt.

Le résultat de cette présence clandestine est sans appel : apparition de la prostitution, du trafic de drogues (cocaïne, cannabis, alcool…), de commerces illicites (chinois, brésiliens), disparition de l’eau potable et de la nourriture pour les habitants du fleuve. Apparition de maladies cutanées, gastriques, ORL, rendant les grossesses inquiétantes et le développement des enfants nouveaux nés ou en bas âge, incertains. Tous ces sentiment de peur et d’injustice sont forts, sans parler de celui du pillage de la richesse du sous-sol Guyanais.

(…)Toutes ces richesses qui sont dérobées sans aucune concertation, en totale impunité, amène l’ensemble de la population Wayana, Emérillon, Apalaï, et les fonctionnaires d’état…à vous informer de cette situation urgente et intolérable face à laquelle notre état français ne prend aucune initiative déterminante. Les opérations Anaconda et harpi ont été supprimées au grand désarroi de la population.

Nous vous demandons de mettre en place des postes de surveillance à Petit-Maruini et à Cayodé Lipolipo, cela dans le but de nettoyer à la fois nos forêts et notre fleuve et de protéger nos modes de vie mais aussi et purement nos vies”.

Appel co-signé par l’ensemble des capitaines (chefs coutumiers) des villages de Cayodé, Twenké, Taluwen, Antecum Pata et Elahé.

.

ICRA, qui s’associe à l’appel au secours des Amérindiens Wayana et Teko de Guyane et qui vient d’écrire au préfet de Guyane et au Ministre Jean-Louis BORLOO, nous invite également à envoyer un courriel au préfet pour lui demander des mesures urgentes, de façon à stopper l’orpaillage dans le Haut Maroni.

.

Pour en savoir plus sur ce qui se passe en Guyane, voir l’excellent documentaire de Philippe LAFAIX: La loi de la jungle (2003) qu’aucune chaîne de télévision n’a accepté de diffuser. C’est en effet un film très dérangeant sur l’orpaillage en Guyane Française et ses conséquences humaines et écologiques.

Lire également le rapport “L’or en Guyane” remis en 2001 par Christiane TAUBIRA-DELANNON, députée de la Guyane, au Premier Ministre de l’époque, Lionel JOSPIN .

Consulter enfin sur le site de Joëlle, Cyril et Guy TONKEUL la page consacrée au peuple Wayana.

Le commerce traditionnel des fruits et légumes à Peñiscola

Sans le savoir, cette petite grand-mère applique les principes du développement durable tout en témoignant de pratiques fort anciennes.

À Peñiscola (province de Castellón, Espagne), on peut observer les vestiges d’une économie traditionnelle en voie de disparition: dans la rue, sur un pas de porte, dans une cage d’escalier ou un garage, des femmes, le plus souvent âgées, proposent des fruits et légumes de la huerta ou du terreno. Pour vendre les produits de leur verger ou de leur potager, elles ont improvisé un étal de marché et attendent le client sur de petites chaises.

Contrairement à ce que le petit port de pêche laisse supposer, Peñiscola est un village qui, avant de vivre aujourd’hui du tourisme, a longtemps vécu de l’agriculture. La longue plaine côtière, qui s’étend jusqu’à Benicarló, fut aménagée à cet effet depuis l’Antiquité. Les nappes d’eau (ullals en valencien) y sont nombreuses, si bien qu’au Moyen-Âge, les Arabes implantèrent un vaste système de norias (sénies en valencien) pour en tirer parti. Au XVIème siècle, on dénombrait ainsi plus de 400 norias entre Peñiscola et Benicarló: c’est dire l’importance de l’agriculture dans ce secteur [1]. Nombre d’entre elles sont aujourd’hui en ruines, menacées par la pression immobilière. Le mode d’irrigation traditionnel reposait donc sur ces roues, qui étaient actionnées par des animaux, et sur une pratique appelée reg per carabassí : on puisait l’eau dans les canaux d’irrigation avec une demi-citrouille, que l’on avait préalablement séchée, vidée et fixée à un bâton pour s’en servir de louche, et on la versait sur les cultures.

Cette agriculture était essentiellement vivrière: elle servait à nourrir la population locale et les paysans vendaient leur surplus à ceux qui ne travaillaient pas la terre, pêcheurs, éleveurs d’ovins, artisans, débardeurs, transporteurs et fileurs de laine. En effet, au pied du château, le port de Peñiscola ne se consacrait pas seulement à la pêche: interface entre l’Aragon et les grands ports de la Méditerranée, principalement Gênes, Peñiscola était au Moyen-âge le principal port exportateur de laine en Méditerranée. [2]

Aujourd’hui, cette agriculture vivrière a disparu des pays développés. Elle est en recul dans les pays en développement du Sud où elle ne permet pas de nourrir une population en forte croissance. À Peñiscola, elle a évidemment disparu, notamment dans la seconde moitié du vingtième siècle, avec l’essor du tourisme, et il n’en reste qu’un témoignage résiduel, avec ces quelques grand-mères qui proposent de façon informelle, au coin d’une rue, les produits de leur potager.

.

Revenons donc à notre petite grand-mère, qui, sous des dehors inoffensifs, a un sens du commerce redoutable.

Les prix, au kilo, griffonnés sur des petits morceaux de papier, sont purement indicatifs. Ce sont en général ceux des boutiques voisines. Les produits sont rarement pesés. Deux cuvettes en plastique et des poids ont été pourtant prévus à cet effet, pour improviser une balance, mais le poids des fruits et des légumes est évalué au jugé par la vendeuse. Si l’acheteur est un voisin, on ajoutera au dernier moment dans le sac une tomate ou une courgette. Ce petit geste est une marque de respect ou d’amitié telle que Marcel MAUSS l’a étudiée dans son Essai sur le don [3]. En revanche, le touriste anonyme ne doit pas s’attendre à faire des affaires. Ainsi, les prix sont aléatoires, tout comme la pesée. Ils n’en sont pas moins difficilement négociables. D’ailleurs, pourquoi négocier? Sur quelle base? La vendeuse aura de toute façon le dernier mot, en valencien.

En proposant directement sa propre production et en supprimant ainsi tout intermédiaire, notre petite grand-mère pratique une sorte de commerce équitable, à la fois domestique et sauvage. Certes, ce commerce équitable est débarrassé de toute dimension internationale, puisqu’il ne profite pas à des paysans économiquement défavorisés de pays du Sud, mais il s’apparente bien à un « commerce plus juste, à visage humain », instaurant des relations d’échange « plus directes » entre les producteurs et les consommateurs [4]. De plus, les produits sont ici locaux et écologiques: leur production et leur transport sont sans impact sur l’environnement. Ce type d’échange traditionnel, qui participe à l’économie locale, rejoint donc, involontairement mais sûrement, la notion de développement durable!

.

[1] SIMÓ CASTILLO Juan Bautista. El Maestrat, para andar y ver, Vinaròs, Els Diaris, 1986, 368 pages.

[2] MELIS Federigo, “La lana della Spagna mediterránea e della Barberia occidentale nei secoli. XIV-XV.”, in La lana come materia prima, Firenze, 1974.

[3] MAUSS Marcel. Essai sur le don, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, 481 pages.

[4] DIAZ PEDERGAL Virginie. « Le commerce équitable : un des maillons du développement durable ? », Développement durable et territoire, Dossier 5 : Économie plurielle, responsabilité sociétale et développement durable, mis en ligne le 10 janvier 2006. URL : http://developpementdurable.revues.org/document1644.html. Consulté le 26 août 2008.

.

Carte: La plaine côtière, de Peñiscola à Benicarlo dans les années 1970.

.
Creative Commons License
Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

Pour citer cet article:

Frédéric MAILLAUT, « Le commerce traditionnel des fruits et des légumes à Peñiscola », août 2008 [Mis en ligne sur ethnoLyceum le 26 août 2008]. URL : http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/08/26/le-commerce-traditionnel-de-fruits-et-legumes-a-peniscola/

« La maison brûle, et nous regardons ailleurs »

Jacques Chirac lance sa fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures.

Ce lundi 9 juin au musée du Quai Branly à Paris, Jacques CHIRAC a lancé sa fondation qui oeuvrera pour le développement durable et le dialogue des cultures. L’ancien président s’est exprimé devant des personnalités aussi diverses que Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’Onu, les prix Nobel de la Paix Rajendra Pachauri et Rigoberta Menchu, l’ancien président sénégalais Abdou Diouf ou le chanteur Youssou N’Dour, tous membres du comité d’honneur de sa fondation. «Si chacun se mobilise à l’image de tous mes amis réunis ici», a-t-il ajouté, «peut-être pourrons nous bâtir tous ensemble, dans le respect de l’identité de chacun et de l’ouverture à l’autre, cette société mondiale de justice et de paix qui doit être notre seul horizon». «Je veux aviver et réveiller les consciences», et «mener en toute liberté les combats qui ont toujours été les miens», avait-il déclaré vendredi dernier dans une interview au Figaro. Le président Chirac, qui avait déclaré au sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 «la maison brûle, et nous regardons ailleurs», s’est toujours montré préoccupé pour les pays les plus pauvres, pour la diversité culturelle, ou pour la défense de l’environnement. Toutefois on peut regretter qu’il n’ait pas davantage orienté sa politique en ce sens quand il était à la tête de l’État.

Quatre domaines d’actions prioritaires ont été fixés: l’accès aux médicaments, l’accès à l’eau, la lutte contre la déforestation et le soutien aux cultures menacées. Les premiers projets soutenus concernent notamment l’Afrique. La Fondation va également lancer un programme, baptisé Sorosoro, qui vise à protéger les langues menacées d’extinction: « Sur les quelque 6 000 langues parlées aujourd’hui, 90 % risquent de disparaître au cours du siècle. Est-ce ce que nous voulons ? Un monde qui s’appauvrirait et ne saurait plus préserver que ce qui est immédiatement rentable ? »

Cet engagement de Jacques Chirac pour défendre la diversité culturelle et linguistique est fort appréciable mais ne peut-on pas y voir un paradoxe? Lorsqu’il était Président de la République, quelle a été sa politique en faveur des langues régionales? Pourquoi la France n’a-t-elle pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires? Ou encore s’est-il soucié de savoir si les droits des Amérindiens Wayana du haut Maroni, en Guyane, étaient bien respectés? Où regardait-il? Probablement ailleurs.

Ceci dit, aujourd’hui, laissons ces interrogations de côté et adressons tous nos voeux de succès à la Fondation Chirac.

Fondation Jacques Chirac: http://fr.fondationchirac.eu/

.

Lire l’article paru sur Lemonde.fr le 9 juin 2008:

Jacques Chirac lance sa fondation

“Une société mondiale de justice et de paix.” Tel est l’horizon que l’ancien président Jacques Chirac s’est fixé en lançant sa fondation, lundi 9 juin à Paris. “Au moment où s’impose la nécessité de repenser la notion de progrès pour réconcilier l’homme et son environnement, il faut remettre la culture, la diversité des cultures au cœur même du projet de l’humanité”, a déclaré M. Chirac au Musée du quai Branly.

“Ma conviction est que chaque peuple a un message singulier à délivrer au monde. Chaque peuple peut enrichir l’humanité en apportant sa part de beauté, de création, de vérité”, a-t-il dit. Il “faut envisager une solution à la disparition de ce trésor commun qu’est le patrimoine linguistique de l’humanité. Grâce aux nouvelles technologies, les solutions existent”, a-t-il ajouté.

La Fondation Chirac a lancé un programme sur la défense des langues menacées, qui débute lundi après-midi par un colloque au Musée du quai Branly. Dans ce cadre, elle va aider à lancer la première radio en langue mbendjele pour permettre aux pygmées de la forêt du nord du Congo de continuer à faire vivre leur culture. Parmi les autres projets de la Fondation : le soutien d’un laboratoire de contrôle de qualité des médicaments à Cotonou, ou l’appui à un programme d’accès à l’eau au Sénégal et au Mali.

.

Lire également l’article de Guillaume LAUNET paru dans Libération le 10 juin 2008:

Chirac s’attaque à sa fondation pendant que «la maison brûle».

C’est Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, qui a osé la boutade : «Il y a ici beaucoup d’”ex”. Mais j’espère que “ex” veut surtout dire expérience.» De fait, le comité d’honneur réuni hier autour de Jacques Chirac pour le lancement de sa fondation ressemblait à une réunion d’anciens de la promo «dirigeants du monde». Au rang des ex-chefs d’Etat, de gouvernement ou d’institution, on a pu voir Abdou Diouf (Sénégal), Jean Chrétien (Canada), Joaquim Chissano (Mozambique) ou Federico Mayor (Unesco), mais aussi le chanteur Youssou N’Dour ou les Prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu et Rajendra Pachauri. Un beau panel réuni au musée du Quai Branly, à Paris, pour l’inauguration de la Fondation Chirac, sous-titrée «agir au service de la paix».

L’occasion pour l’ex-chef de l’Etat de prononcer, devant plusieurs de ses anciens ministres, son premier grand discours depuis son départ de l’Elysée, il y a un an. Une allocution où Jacques Chirac a retrouvé l’esprit de sa célèbre phrase «notre maison brûle et nous regardons ailleurs», prononcée au sommet de Johannesburg en 2002 : «La crise alimentaire ou l’ébranlement des finances mondiales nous rappellent que notre monde est confronté à une conjonction de périls sans précédent, a-t-il averti. Nos civilisations techniciennes ont créé d’extraordinaires outils de libération en même temps que de dangereuses impasses.» Avant d’en appeler à «dépasser la simple logique du développement. Qu’est ce que le développement, sinon donner du sens à l’aventure humaine ?» Et même à «fonder un mode nouveau de gouvernance mondiale».

Altermondialiste. C’est donc à ce chantier que s’attelle la fondation. Quatre axes seront développés en priorité : l’accès aux médicaments, l’accès à l’eau, la lutte contre la déforestation et le dialogue des cultures, notamment le soutien aux langues menacées. C’est ce chantier qui a été lancé en premier : le programme Sorosoro vise à mettre en œuvre une «encyclopédie numérique des langues menacées» ainsi qu’une télévision des langues sur Internet. Un sujet cher à Chirac, qui en appelle à l’ONU et l’Unesco pour qu’elles organisent un sommet sur la diversité linguistique : «Sur les quelque 6 000 langues parlées aujourd’hui, 90 % risquent de disparaître au cours du siècle. Est-ce ce que nous voulons ? Un monde qui s’appauvrirait et ne saurait plus préserver que ce qui est immédiatement rentable ?» a-t-il interrogé avec des accents altermondialistes.

Concrètement, la fondation, reconnue d’utilité publique, fonctionne sur des dons privés. Au conseil d’administration, on trouve des fidèles du Président, comme son ex-porte-parole Catherine Colonna, mais aussi l’ancien directeur du FMI Michel Camdessus et des acteurs du développement durable comme le photographe Yann Arthus-Bertrand ou le fondateur d’Alter Eco, Tristan Lecomte.

«Echec terrible». Les premiers contributeurs se recrutent plutôt parmi les grandes fortunes (François Pinault, Liliane Bettencourt) et les grands groupes (Veolia Environnement, Sanofi-Aventis, Gaz de France). Avec une dotation de départ d’un 1 million d’euros, elle participera au financement du laboratoire de contrôle de la qualité des médicaments au Bénin ou d’un plan pour l’accès à l’eau au Sénégal et au Mali. La fondation vise aussi à jouer un rôle sur la scène internationale. Notant «l’échec terrible de la FAO» lors du récent sommet de Rome, Federico Mayor a appelé à l’action : «Il y a beaucoup de groupes de réflexions, de think tanks, mais quel est leur impact ? La fondation Chirac, avec d’autres, peut aider à mettre en œuvre cette capacité créatrice.» Et redonner une place à Chirac sur la scène mondiale ?

.