Quand Jonas embarque pour le Pays basque

Ma fille aînée, qui fête ses 3 ans aujourd’hui, aime visiter les vieilles églises comme son père et est pleine de dévotion pour la Vierge comme sa mère. Depuis qu’on lui a offert sa première Bible, en euskara, ses poupées s’appellent Isaac, Esther ou encore Jésus. Les histoires de Noë, Moïse et David la passionnent, le jugement de Salomon la fait frémir. Quant à l’adaptation des mésaventures de Jonas, elle a une saveur à la fois particulière et familière: dans la traduction basque, au lieu de s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Éternel [2], Jonas trouve un navire et s’embarque… pour le Pays basque! Lire la suite

Les langues régionales incompatibles avec l’identité nationale?

Un entrefilet paru ce 10 décembre dans Ouest France nous apprend qu’il n’y aura pas de loi sur les langues régionales en France: Éric BESSON, ministre de l’Identité nationale, n’en veut pas.

Langues régionales : le projet enterré

Elle faisait partie des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. Christine Albanel, ex-ministre de la Culture, voulait la mettre en chantier «en 2009». La loi supposée fixer un cadre de référence pour les langues régionales est mort née. Curieusement, ce n’est pas le ministre de la Culture qui l’a enterrée, mais Éric Besson, ministre de l’Identité nationale, répondant, mardi, à une question d’une députée socialiste de la Gironde.Au lendemain de la visite en Bretagne du commissaire européen Léonard Orban, venu défendre « la richesse de la diversité linguistique », l’annonce ministérielle fait l’effet d’une douche froide chez les défenseurs de la langue bretonne. « Monsieur Besson ne s’est pas contenté de contester l’opportunité d’un texte, il a souligné les périls que, selon lui, il ferait courir aux principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi. Il relègue dans la marginalité les apports pourtant conséquents des cultures immigrées, européennes ou régionales» estime le député socialiste quimpérois Jean-Jacques Urvoas.

Ainsi, les langues régionales s’invitent dans le débat sur l’identité nationale. Et ce n’est pas inintéressant.  Quels sont les enjeux?

Au Pays basque, pour ceux qui luttent pour la reconnaissance de l’euskara, le refus du ministre a eu l’effet d’une douche froide. Car, comme le rappelle la télévision basque, EiTB, depuis l’introduction dans la constitution, le 23 juillet 2008, d’un article stipulant que «les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France», on attendait une loi fixant un cadre pour les langues régionales. Pour la première fois, avec cet article 75-1, la Constitution mentionne les langues régionales. Or, à l’époque, l’Académie Française était intervenue dans le débat, arguant que l’amendement portait atteinte à l’identité nationale. Aujourd’hui, alors qu’Éric Besson a lancé son grand débat sur l’identité nationale, les langues régionales, et les identités qu’elles véhiculent, donnent l’impression de superposer une identité sur une autre. C’est cette double identité, à la fois française et basque, qui semble poser problème. On a pu s’en rendre compte le 14 décembre dernier à Bayonne, quand le mouvement de jeunes abertzale Segi a fait irruption lors d’une séance du débat sur l’identité nationale. La télévision basque ETB2 nous a montré ces jeunes qui ont déployé des affiches indiquant «ici on n’est pas racistes, ici ce n’est pas la France, c’est le Pays Basque!» tandis que l’un d’entre eux lisait un texte pour dénoncer la tenue du débat.

En invoquant les principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi, le ministre utilise la vieille idée que les langues régionales représentent un danger pour l’unité de la nation. En effet, depuis l’édit de Villers-Cotterêts en 1536, qui imposa l’emploi de la langue d’oïl dans tous les actes officiels, la langue française, instrument de centralisation, a été le ciment de l’État-nation en France. Cela explique que la Révolution puis la Troisième République aient autant déprécié les langues régionales. Ainsi, BARÈRE (1755-1841), l’un des principaux inspirateurs et acteurs de la Terreur, estime en janvier 1794 que “chez un peuple libre, la langue doit être une et même pour tous”. En juin de la même année, l’Abbé GRÉGOIRE présente devant la Convention son “Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir le patois, et d’universaliser l’usage de la langue française” où il explique qu’il faut “consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l’usage unique et invariable de la langue de la liberté“. En juillet, le décret du 2 thermidor An II impose le français comme seule langue de l’administration. On estime que les patois, liés à l’Ancien Régime et que l’on appelle parfois idiomes féodaux, freinent la diffusion des idées révolutionnaires: ils doivent disparaître au nom de l’unification de la nation. Il semble loin le temps où, en 1790, l’Assemblée nationale avait commencé par faire traduire les lois et décrets dans toutes les langues régionales! En fait, elle y avait vite renoncé, faute de moyens. À la fin du XIXème siècle, la Troisième République va accélérer l’uniformisation linguistique de la nation: l’éducation laïque et obligatoire enracine à travers le français les principes républicains. Le livre de Jean-François CHANETL’école républicaine et les petites patries” [1] démontre cependant que le premier objectif  de Jules FERRY n’était pas de faire disparaître les langues régionales: à travers l’apprentissage de la langue française, il s’agissait de faire de chaque français un républicain convaincu. Opposée à la République, l’Église instrumentalisa l’usage des langues vernaculaires, ce qui précipita leur déclin: en 1902, le gouvernement clairement anticlérical d’Émile COMBES prit un décret pour lutter contre « l’usage abusif du breton ». De nombreux curés bretons refusaient alors de prêcher dans la langue nationale [2].

On le voit: depuis plus de deux siècles, la République a l’habitude de considérer que le français, qu’elle oppose aux langues régionales, est le ciment de la nation. Pourtant, cette idée est en contradiction avec la conception française de la nation telle qu’elle a été définie par Ernest RENAN (1823-1892), lors d’une conférence prononcée le 11 mars 1882 à la Sorbonne. Pour Renan, la nation est «un plébiscite de tous les jours». Il défend le modèle d’une nation élective, qui repose sur la volonté des peuples de vivre ensemble, et s’oppose ainsi à la conception allemande de la nation, qui s’appuie sur les liens du sang et de la langue maternelle. L’idée de Renan est bien contradictoire avec l’idée républicaine d’une nation unifiée par la langue: comment l’expliquer? Pour cela, il faut nous remettre dans le contexte de cette fin du dix-neuvième siècle: alors que les principaux pays européens sont parvenus à se constituer en États-nations, notamment après les unifications de l’Italie et de l’Allemagne, la question de l’Alsace-Lorraine alimente depuis 1870 le débat entre Français et Allemands. Deux conceptions de la nation s’affrontent: celle de Johann Gottfried von HERDER (1744-1803) et Johann Gottlieb FICHTE (1762-1814), verticale, plonge ses racines dans l’ethnie et la culture tandis que celle de Renan, horizontale, correspond au choix libre d’un individu à l’intérieur d’un territoire [3]. Pour Renan, en niant l’importance de la langue, il s’agissait d’abord de contester le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne. Ensuite, son idée d’une nation élective a permis d’évacuer les micro-nationalismes qui dérangeaient.

Et aujourd’hui? On peut rassurer Éric BESSON et lui dire que, depuis plus de deux cents ans, la République est bien assurée sur ses bases et qu’elle ne risque rien en reconnaissant les langues régionales.  Mais voilà: c’est une politique qu’on n’ose pas appliquer parce que les structures administratives sont très centralisées. La France est en effet dominée par un esprit jacobin, pour ne pas dire parisien,  c’est-à-dire un esprit centralisateur, souvent hostile au régionalisme. Les traces en restent fortes dans les mentalités françaises, comme Fernand BRAUDEL l’avait d’ailleurs souligné dans L’identité de la France [2].

.

Pour terminer, une anecdote. Je me souviens d’une discussion il y a quelques années chez Gilles, à Aix-en Provence, avec un jeune doctorant en ethnologie qu’il avait invité à boire quelques bières. Nous parlions du Pays basque et Ainhoa, qui est bascophone, avait lancé le thème des langues régionales en France. Le jeune doctorant déclara alors sur un ton péremptoire qu’il ne trouvait pas utile d’inscrire les langues régionales dans la constitution. J’imaginais que sa position était celle d’un Républicain, qui défend l’idée d’une nation indivisible. Mais non: il ajouta qu’il trouvait plus utile de reconnaître dans la constitution les langues maternelles des immigrés, telles que l’arabe ou le turc, qui sont davantage utilisées en France. Ainhoa manqua de s’étrangler. Et ce qui m’amuse, dans cette histoire, c’est que le même personnage, drapé dans cette autorité du scientifique que lui donne son statut d’ethnologue, sera ensuite le premier à pleurnicher parce qu’une langue autochtone disparaît «toutes les deux semaines» dans le monde.

.

[1] Jean-François CHANET. L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier Montaigne, 1996, 426 pages.

[2] Fernand BRAUDEL. L’identité de la France, Espace et histoire, Paris, Arthaud, 1986, 368 pages.

[3] Guy HERMET. Histoire des nations et du nationalisme en Europe, Paris, Éditions du Seuil, 1996, 312 pages.

Niri euskaraz!

Euskaraz egiteko aldarrikapena egiten herritarrak plazan

Ce jeudi, c’était le jour de l’euskara et nous nous sommes retrouvés sur la place du village, comme en témoignent cet entrefilet et cette photo de Mirari Altube publiés sur Goiena:

Euskararekin bat egin dute aretxabaletarrek

Herriko plazan elkartu dira herritarrak Euskararen Nazioarteko Eguna ospatzeko. Euskara aldarrikatu du euskaltegian ikasten dabilen ikasle batek eta argazkia atera dute gero. Orain kantuan jarraitzen dute txistorra jan bitartean.

Le simple fait de figurer sur la photo ci-dessus suffit à me transformer en dangereux terroriste aux yeux de beaucoup d’Espagnols! De plus, circonstance aggravante, Miren, ma prof de basque à l’euskaltegi, m’avait demandé de lire un texte pour l’occasion:

Etorkina, kanpotik etorria naizelako.

“Inmigrante“ nintzenean baino modu goxoagoan hartzen nau orain euskararen lurraldeak. Eta gainera, euskaraz hitz bat ikasten dudanero bertokoago sentitzen naiz.

Herri honetan, beste bat gehiago izateko ahaleginean, saiatzen naiz euskaltegian erakusten didatena  kalean erabiltzen. Eta askotan bertokoak neu baino arrotzagoak direla sentitzen dut, hainbeste maite dutela dioten euskara baztertu eta erdaraz erantzuten didatelako.

Eta ezin ulertu jende hauek zelan egiten dioten uko ama hizkuntzari, etorkin esaten digutenoi bertoko kultura barneratzea eskatzen digutenean. Zer ote da orduan, arrotz izatea. Aukera hau baliatu nahiko nuke, euskaldun zahar zein berriei euskara erabiltzeko konpromiso serioa har dezaten eskatzeko.

Bizi gaitezen euskaraz. Niri, euskaraz!

Après cela, si le juge Garzón ne me fait pas emprisonner, tout le monde ici va désormais me parler en euskara et je n’ai pas fini d’avoir la bouche bée et l’air ahuri. Que ne ferait-on pas pour un peu de vin et de txistorra.

Le jour de l’euskara

euskararen_eguna

Article paru dans Goienkaria:

Euskararen Eguna ospatu zuten herritarrek

Hainbat lagun elkartu ziren udaletxe zaharrean Euskararen Nazioarteko Eguna ospatzeko. Abenduaren 13an Kontseiluak antolatutako jaialdira joateko deia egin zuten.

Udal euskaltegiko lagunak, Loramendi Euskara Elkarteko kideak eta herritarrak elkartu ziren eta argazkia atera zuten lehenengo. Euskararen manifestua irakurri eta trikiti doinuek lagunduta kantuan egin zuten gero, txistorra mokadutxoa eskuan zutela. Gainera, abenduaren 13an Kontseiluak 10. urteurrena ospatzeko Barakaldoko BECn egingo duen jaialdira joateko deia egin zuten. Autobusean joan gura duenak izena eman behar du Loramendi EEn abenduaren 9rako.

La parenté au Pays basque

Samedi denier, repas de famille à Bergara, dans les locaux d’une sociedad, c’est-à-dire l’une de ces sociétés gastronomiques que l’on appelle aussi txoko en Biscaye. Les oncles maternels d’Ainhoa, membres de la sociedad, invitent le reste de la famille à dîner et rôtissent pour l’occasion deux agneaux de la ferme. L’occasion de réviser ici les termes de parenté en euskara et de s’interroger sur leur  signification. L’euskara adopté ici est celui d’Aretxabaleta (Gipuzkoa).

.

La filiation.

Le mot pour désigner les parents n’est pas construit à partir du mot “père“, comme en français ou en espagnol, mais se dit gurasoak. Aitxa ou aita (aitxe à Aramaiona, à quelques kilomètres d’Aretxabaleta) est le père tandis que ama est la mère (on peut d’ailleurs soupçonner une influence indo-européenne dans ce ama). Le mot composé seme-alabak désigne les enfants, seme étant “fils” et alaba “fille”. Sur le même modèle, les grands-parents (aitona-amona) sont aitona (le grand-père) et amona (la grand-mère). Quant aux petits-enfants, ils s’appellent indifféremment biloba, qu’il s’agisse d’un petit-fils ou d’une petite fille. Enfin, les beaux parents sont désignés par le terme aitamaginarrebak: lire à ce sujet l’article très intéressant de Jean HARITSCHELAR.

La fratrie.

Comme pour les parents, l’euskara ne masculinise pas pour désigner la fratrie et utilise le mot composé anai-arreba (frère-soeur) ou parfois le terme aurride (co-enfant). Les enfants se désignent différemment selon les rapports qu’ils ont entre eux. Ainsi, il existe deux mots pour “soeur”: arreba pour la soeur d’un frère et ahizpa quand il s’agit de deux soeurs entre elles. En Gipuzkoa, anaia est employé indifféremment pour le frère d’un frère ou d’une soeur tandis qu’en Biscaye, le mot neba désigne le frère par rapport à la sœur.

Les collatéraux.

Osaba est l’oncle et izeba est la tante. Comme les petits-enfants, les neveux et nièces ne sont pas distingués par leur sexe et répondent au nom générique de loba. Lehengusu (cousin) et lehengusina (cousine) sont deux mots où l’on peut reconnaître le préfixe lehen (“premier”): ils désignent les cousins germains.

 

L’identité basque selon Jean HARITSCHELHAR

Voici une interview très intéressante de Jean HARITSCHELHAR, l’un des grands spécialistes de l’identité basque. Elle a été publiée par l’Express le 27 août dernier.

Jean Haritschelhar: “La langue plus forte que les gènes”

Propos recueillis par Julie JOLY, mis à jour le 27/08/2008 – publié le 27/08/2008.

© Cédric Pasquini/ REA pour L’Express

A plus de 80 ans, Jean HARITSCHELHAR est l’un des grands spécialistes de la langue et de l’identité basques et leur défenseur toujours acharné. Agrégé d’espagnol, ancien chercheur au CNRS, il présida l’Académie de la langue basque et la chaire homonyme de l’université de Bordeaux. Dans sa maison d’Anglet, il retrace l’origine d’un « peuple » et ses déchirements, sans jamais perdre de vue l’essence de sa singularité : cette langue, euskera, l’une des plus anciennes d’Europe.

Le Congrès a rétabli la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution, après sa suppression par le Sénat. Comment accueillez-vous ce revirement?

Le Pays basque est littéralement « le pays de la langue basque », Euskal Herria. Le basque (euskera) est la langue des Basques. Pas nécessairement leur seule langue – il y a bien longtemps que les Basques connaissent la nécessité et les bienfaits du plurilinguisme ! – mais certainement leur langue propre et spécifique. En 1994 déjà, l’Académie de la langue basque, dont j’étais le président, demandait que le basque soit reconnu comme langue officielle au Pays basque, au même titre que le français.

L’Académie française s’est farouchement opposée à cette reconnaissance formelle de la diversité linguistique, comment l’expliquez-vous?

Il paraît que les langues régionales mettent en danger l’identité française ! Pourquoi n’est-ce donc pas le cas dans d’autres pays ? En Suisse, en Italie ? Selon moi, il s’agit d’un fantasme identitaire. La Constitution espagnole, rédigée en 1978, affirme ceci : « L’espagnol est la langue officielle de l’Etat, tous les Espagnols ont le devoir de la connaître et le droit de l’employer » ; « Les autres langues d’Espagne seront aussi officielles dans les communautés autonomes respectives, en accord avec leur statut » ; la diversité linguistique « fera l’objet de respect et de protection ». Il y a, là-bas, une véritable ouverture d’esprit.

En France, que représente la langue dans l’identité basque?

Si le français représente l’identité pour tout Français, le basque représente l’identité pour tout Basque.

Combien de bascophones recense-t-on aujourd’hui?

700 000, dont 50 000 en France. En 1800, les bascophones étaient autour de 500 000.

L’usage de la langue survit donc, se développe même, que redoutez-vous?

Le travail accompli par l’école de la République, qui a banni la langue basque de l’école depuis deux siècles, et notamment depuis la IIIe République, a fait des dégâts. On a inscrit dans le crâne des Basques que leur langue était inutile. Et que, s’ils voulaient se débrouiller autre part, il fallait qu’ils sachent la langue nationale. A l’époque, d’ailleurs, le même discours était tenu en Espagne. On a voulu en faire des unilingues. On pouvait très bien, tout en enseignant le français, faire de nos enfants des bilingues. Voire des trilingues, comme c’est mon cas.

Connaît-on l’origine de cette langue?

Pas précisément, mais on sait qu’elle existait avant le latin et le français. C’est l’une des très rares langues non indo-européennes, avec le hongrois et le finlandais.

Les Romains ont occupé le Pays basque plusieurs siècles. Quelle a été leur influence?

Un certain nombre de mots ont été directement importés du latin. En ayant tant fait la guerre contre Rome, il semble que les Basques aient retenu le prix de la paix : baké en basque vient du latin pacem. On sait aujourd’hui que cet emprunt s’est fait avant le IIIe siècle, car, plus tard, en basque, le k a été remplacé par x et ch. Mais la langue conserve beaucoup de mots basques d’origine.

Quels autres traits spécifiques le basque a-t-il conservé?

Il se construit à l’inverse de la langue française. Le basque est une langue agglutinante. Le verbe s’accorde au sujet, à l’objet (sauf pour le verbe être, bien sûr) et à l’attribut. La langue possède, par ailleurs, 12 déclinaisons. Une gageure quand on sait que, des six déclinaisons latines, l’ancien français n’en a conservé que deux (nominatif et accusatif), et le français moderne, aucune. Face au tsunami latin qui a envahi toute la partie occidentale de l’Europe, la langue basque est l’une des seules à avoir résisté.

A quand remontent ses premières traces écrites?

On trouve les premiers mots basques dans les Gloses émiliennes, un texte écrit au Xe siècle par un moine de San Millan de la Cogolla, en Espagne. Il faut attendre 1545 pour que soit édité le premier ouvrage en langue basque. Mais l’étude des noms de lieux révèle que la langue est bien antérieure.

Parle-t-on le même basque des deux côtés de la frontière?

Non, pas exactement. Les structures sont quasi identiques. Mais le Pays basque n’ayant jamais formé un Etat, plusieurs dialectes ont émergé. Depuis quarante ans, l’Académie de la langue basque s’efforce de créer une langue unifiée.

Dans quel but?

En 1948 déjà, en plein franquisme, on avait imaginé qu’il pourrait y avoir un jour une presse quotidienne compréhensible par tous les Basques. Elle existe aujourd’hui. On pensait aussi à la radio, à la télévision. Trois stations basques diffusent en France et une chaîne de télévision a été créée en 1982. Sans compter la floraison des sites Internet… Nous ne sommes pas des ringards !

Le basque n’est-il toutefois pas plus un relais identitaire qu’une voix d’échange avec l’extérieur?

Dans les provinces du Pays basque espagnol, il est utilisé aussi bien juridiquement que commercialement. Il existe un bulletin officiel en basque. Ailleurs, c’est une langue qui sert d’échange entre les Basques…

Plus de 7 millions de Basques vivent à l’étranger, notamment en Amérique latine et aux Etats-Unis. Comment s’explique cette diaspora?

Elle a commencé avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb [en 1492]. Beaucoup de navigateurs sont partis à sa suite pour l’Amérique. Surtout l’Amérique du Sud, pour les Basques espagnols. En France, les Basques sont beaucoup partis au xixe siècle à la recherche de travail ou pour des raisons familiales – seuls les aînés héritant du patrimoine en vertu du droit d’aînesse. Y compris des membres de ma famille. Puis à nouveau après la Seconde Guerre mondiale, entre 1947 et 1952. Beaucoup de mes copains d’école vivent aujourd’hui en Californie !

La culture basque résiste-t-elle à l’exil?

On trouve des centres culturels un peu partout dans le monde. Les Basques y sont très attachés. Certains y prennent des cours de basque.

Peut-on encore parler de peuple basque?

Absolument. J’appartiens au peuple basque, je n’ai pas honte de le dire. Je ne nie pas l’unité du peuple français, mais, à l’intérieur, il y a aussi le peuple basque.

Quelles sont ses origines?

Elles remontent à plus de 40 000 ans. Une théorie veut que les hommes se soient réfugiés au Pays basque pendant la grande glaciation. C’est possible : nos montagnes ne portent aucune trace de cet épisode climatique.

Plus tard, la terre basque n’a pas échappé aux invasions…

Les Romains ont occupé l’Aquitaine actuelle durant cinq siècles. Au Ve siècle, les Wisigoths, venus du Nord, les repoussent et s’installent en terre basque. En 778, après avoir rasé la capitale des Basques, Pampelune, Charlemagne est contraint de se replier. Pendant sa traversée des Pyrénées, sa puissante arrière-garde, menée par le chevalier Roland, sera laminée par la révolte basque à Roncevaux. Cette déculottée donnera naissance à la fameuse Chanson de Roland, dans une tout autre version… En 824, le premier roi basque, Iñigo Arista, s’installe sur le trône de Pampelune. L’un de ses descendants, Sanche le Grand, entreprendra d’unifier le Pays basque des deux côtés des Pyrénées au XIe siècle.

Un rêve jamais réalisé…

En effet ! Le royaume de Navarre sera intégré à la Castille au XVIe siècle, tandis que les provinces du Guipuzcoa, de l’Alava et de la Biscaye font allégeance au roi d’Espagne. En France, la Navarre perdure jusqu’à Henri III. Lequel, né à Pau, roi de Navarre en 1572, devient Henri IV, « roi de France et de Navarre », en 1589.

A quand remontent les frontières actuelles du Pays basque?

Au repli de Charles Quint, battu à Saint-Jean-Pied-de-Port en 1529. Mais la frontière n’a pas été parfaitement définie. Il a fallu attendre 1785 et même plus tard, 1856, pour que la frontière qui sépare Saint-Etienne-de-Baïgorry, mon village natal, et l’Espagne soit véritablement établie.

Comment les Basques vivent-ils cette ligne de démarcation?

Il y a toujours eu les Basques français et espagnols. L’unité du Pays basque et son indépendance sont un rêve du XIXème siècle. Au XVIIIème, les provinces basques d’Espagne lançaient le slogan « trois font une », réclamant l’unification de l’Alava, du Guipuzcoa et de la Biscaye. En 1853, le poète Iparraguirre écrit L’Arbre de Guernica, qui deviendra l’hymne des Basques des deux côtés de la frontière. Il prône alors « quatre font une », intégrant la Navarre. On est dans le néoromantisme. A la même période, Antoine d’Abbadie, futur président de l’Académie des sciences, organise des concours de poésie à travers le pays, les Jeux floraux. Au cours de la première édition de cet événement au Pays basque espagnol, en 1879, il proclame : « Zazpiak Bat ! » (sept font une), devenue la devise du Pays basque.

Le Parti nationaliste basque est créé quelques années plus tard, en 1895… C’est le début du mouvement indépendantiste?

Le parti nationaliste triomphe en Biscaye en 1917. Deux députés créent l’Académie de la langue basque l’année suivante. Mais ce mouvement d’unité éclatera avec la proclamation de la République espagnole en 1931. La Navarre se range du côté du dictateur, tandis que le Guipuzcoa et la Biscaye s’y opposent farouchement. A la mort de Franco, le 20 novembre 1975, l’identité basque resurgira.

Peut-on parler de valeurs basques?

Du temps où les Basques n’étaient pas inclus dans la Castille, ils avaient une manière de vivre ensemble, des codes, une organisation collective propre, que l’on appelle les fueros. Quand le Guipuzcoa et la Biscaye ont rejoint le giron espagnol, le roi leur a juré qu’il respecterait ces us et coutumes. Ce qu’il fit.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui?

Les fueros ont été ressuscités, dans l’esprit, par le gouvernement de la Communauté autonome basque. En France, il n’en reste rien, ou presque. La Révolution les a éradiqués. Mais, en 1938, la France a redonné aux vallées la gestion de leurs ressources collectives.

Comment définissez-vous l’identité basque?

Etre basque, se sentir basque, suppose la reconnaissance d’un état de fait lié à une géographie, à une histoire ou encore à une communauté linguistique. Les motivations peuvent être différentes pour chacun.

C’est-à-dire?

Certains se pensent basques parce qu’ils sont nés au Pays basque, même de parents « étrangers », et même s’ils ne parlent pas l’euskera. Ils se sentent de « nationalité basque ». D’autres, nés de parents basques, vivent loin du pays. Ils ont souvent oublié, ou n’ont jamais appris la langue, mais ils se sentent basques par filiation. Il y a aussi ceux qui sont nés au Pays basque, de parents basques, mais qui ne parlent pas la langue. Qui leur refuserait le droit d’être basque ? Il y a enfin les eskaldun, qui parlent naturellement la langue ancestrale. Mais aussi ceux qui, venus en terre basque, ont obtenu leur lettre de naturalisation en l’apprenant. Etre basque, c’est se considérer membre de la « nation » basque, que l’on soit de citoyenneté espagnole, française ou américaine. C’est avoir conscience de faire partie d’un peuple, d’une communauté sociale, spirituelle et affective.

Un étranger qui s’installe au Pays basque a-t-il intérêt à apprendre l’euskera?

Certainement. Son intégration sera plus facile.

Vous sentez-vous plus basque que français?

Je suis de nationalité basque, de citoyenneté française et, en rêve, européen.

L’Europe vous paraît-elle un meilleur rempart que la France?

Plusieurs traités internationaux et notamment européens demandent que les langues régionales reçoivent une pleine reconnaissance juridique.

Croyez-vous à une identité génétique basque?

On a longtemps dit qu’un Basque devait avoir quatre grands-parents basques, c’était un concept du XIXème siècle. A cette période, l’affaire Dreyfus éclatait en France, l’antisémitisme était fort. Cela correspond à une époque.

Et aujourd’hui?

On n’examine plus les crânes, mais l’ADN. Je laisse faire les experts. Il paraît que le facteur Rhésus négatif est plus répandu ici qu’ailleurs. Ce sont des choses que la science devra éclaircir, je ne m’aventurerai pas sur ce terrain. Pour moi, ce qui compte, beaucoup plus que les gènes, c’est l’esprit, la culture… et la langue!

.

Lire également le texte d’une conférence intitulée L’identité basque que Jean HARITSCHELHAR a donnée le 5 décembre 2002 au Centre Hâ 32, à Bordeaux.

Gainsbourg en basque

Quinze chansons de Serge GAINSBOURG traduites et adaptées en basque par Jose Angel et Juankar LANDA. Pour mener à bien son projet, Juankar LANDA s’est entouré de musiciens et chanteurs du Pays Basque tels que Gari, Mikel Agirre (La Buena Vida), Urko Menaia, Saioa, Estanis Elorza (Natural Project), Diego Vasallo,  Jone Gabarain (Le Mans), Giorgio Bassmatti, Txuma Murugarren, Enrike Mingo, Rafa Berrio (Amor a Traición, Deriva), Santi Gasca (l’autre moitié de Sanchís y Jocano), Amaia Intxausti, mais aussi d’écrivains comme Lusia Etxenike y Jorge Carrero. Le résultat, «Gainsbourg gainbegiratuz», est un disque splendide qui prouve que les chansons de Gainsbourg peuvent être traduites et réinterprétées sans être trahies, bien au contraire, et que l’euskara n’est pas condamné à vivre replié sur lui-même. On touche finalement ici à l’universel! Les musiciens,  Juan Zulaika, Aitor Unanue, Joserra Senperena, Javier Sun, Mikel Markez ou Borja Iglesias, ont su se démarquer intelligemment des versions originales, parfois en adoptant un son résolument pop-rock, comme pour cette reprise de “L’Anamour” chantée par Gari (ex-Hertzainak, un fleuron du rock basque des années 80).

L’occasion de redécouvrir des chansons comme “La Décadense“, “La Ballade de Melody Nelson” ou “Je T’Aime Moi Non Plus” enfin débarrassées du chant insupportable de Birkin (en l’occurence, Gainsbourg amoureux n’était pas aveugle, il était sourd). “L’Hôtel Particulier“, cette chanson qu’on croirait sortie d’un roman de Patrick MODIANO, interprétée par Giorgio BASSMATTI, se drape dans les tentures d’un rock sombre et magnifique. “L’eau à la bouche” avec son orgue gothique, “La Javanaise“, chantée à la manière de Paco Ibañez ou la version de “Je Suis Venu Te Dire Que Je m’en Vais” marmonnée par Diego Vasallo avec une voix d’outre-tombe, à la fois sourde et menaçante. sont également fantastiques. Le choix des chansons n’a pas dû être facile et parmi celles qui ont été retenues, on peut remarquer “Aux armes et caetera“: traduire en basque la Marseillaise est une idée bizarre mais amusante.

.

Pour en savoir plus, voici l’extrait d’une interview de Juancar LANDA par Martin ANSO, parue le 17 avril dernier dans Gara:

«Serge Gainsbourg -afirmó Landa- fue un hombre que en todo momento se adelantó a su tiempo y, quizá por eso, fue saltando de un estilo a otro, del jazz a la chanson y del reggae al rock&roll. Para mí, por ejemplo, es la referencia del primer punk. Siempre he pensado que no quiso entender el rock como los británicos y por eso decidió parodiarles. A mí me parecía que era preciso traer al menos parte de su obra al euskara y ése ha sido la razón del proyecto».

Landa se mostró más que satisfecho con los resultados. «Creo que esto, más que un disco, es una ilusión sonora. La magia de Gainsbourg se ha fundido con el espíritu de cada cantante que ha participado en la grabación e incluso me atrevería a decir que, en muchos aspectos, Gainsbourg gana en euskara. En todo caso, hemos intentado mantener la magia, el motor de su creatividad, que, para mí, es su capacidad de engañarnos, de seducirnos con sus palabras».

.

Enfin, Quince versiones de autor“, un article de Nerea AZURMENDI paru le même jour dans le Diario Vasco:

SAN SEBASTIÁN.DV. Las tres décadas de pasión confesa del donostiarra Juankar Landa por Serge Gainsbourg (1928-1991) cuajaron hace un año en un proyecto «que podría haberse quedado en una maqueta» y que, finalmente, se ha convertido en un disco. Disco que, a su vez, dará lugar a varios conciertos en directo. La idea, traer por primera vez al euskera quince temas del cantante francés, y hacerlo de la mano de un grupo extraordinariamente heterogéneo de intérpretes vascos que, en muchos casos, jamás habían cantado en euskera.
«Más que un disco o un reto comercial, era una ilusión, un reto personal y cómplice», afirmó Juankar Landa (la mitad del dúo Sanchis y Jocano) en la presentación del disco Gainsbourg gainbegiratuz, que el representante de Gaztelupeko Hotsak calificó de «importante, porque ha llenado un hueco y ha traído al euskera y al momento actual las canciones y la filosofía de Gainsbourg». Como disco, Gainsbourg gainbegiratuz es una sucesión de versiones personalísimas de algunos de los temas más conocidos del artista francés, en el que cada uno de los intérpretes -que contaba como punto de partida con una esquemática propuesta de Landa-, ha llevado a su terreno las canciones del creador de Je t’aime, moi non plus. «La magia de Gainsbourg se ha evaporado en el espíritu de cada cantante», asegura Landa, reconociendo que algunas de las versiones, auténticas versiones de autor, le han sorprendido, «porque muchas no tenían demasiado que ver con los bocetos que les envié».
Junto con Gari, Diego Vasallo, Mikel Agirre (La Buena Vida), Txuma Murugarren, Santi Gasca (la otra mitad de Sanchis y Jocano), Enrique Mingo, Urko Menaia, Rafa Berrio, Estanis (Natural Project), Saioa, Jone Gabarain, Giorgio Bassmatti, Amaia Intxausti y los restantes amigos músicos de Landa, han compartido el proyecto la escritora Luisa Etxenike -que, además de intervenir en el disco, ha traducido al castellano todas las letras- y el actor y poeta Jorge Carrero. Imprescindible ha sido, evidentemente, el trabajo de Jose Angel Landa, gracias a cuyas traducciones el mundo de Gainsbourg suena por primera vez en euskera.
Durante cerca de un año, «los cantantes iban grabando sus temas a medida que aparecían, trabajando siempre con mucha tranquilidad» y con la ayuda del productor Juan Zulaika. A partir del próximo viernes, y por lo menos en los tres conciertos que ya están programados, muchos de ellos compartirán escenario por primera vez. Y por primera vez cantarán en público en euskera, llevando al escenario una de las múltiples peculiaridades que confluyen en un proyecto muy inusual. «Tal vez no estén todos, pero estarán muchos de los que han participado en el disco», adelantó Landa refiriéndose a las presentaciones en directo, en las que también habrá alguna que otra sorpresa.

Greba!

Greba! Aujourd’hui, il y a grève en Euskadi, pour protester contre l’illégalisation du parti indépendantiste ANV. Partout, les affiches appellent à manifester et la situation est très tendue depuis la semaine dernière. D’un côté, on a des gens qui s’obstinent à ne pas vouloir condamner la violence, et de l’autre, Madrid, qui les instrumentalise… Toujours est-il qu’Aretxabaleta est une ville fantôme et tout est fermé, un peu par obligation.
Greba? Je disais hier à Elena, ma prof de basque, que le mot basque greba, si différent de l’espagnol huelga, venait certainement du français: à Paris, les ouvriers sans travail avaient l’habitude de se réunir sur la place de Grève (la place de l’Hôtel-de-Ville depuis 1830). Cette place descendait en pente douce jusqu’à la Seine, d’où son nom de “grève”: rivage de sable ou de gravier. C’était, sous l’Ancien Régime, le lieu d’exécution des condamnés à mort. “Faire grève”, “être en grève”, c’était donc d’abord se tenir sur la place de Grève en attendant du travail. Mais aussi, quand les ouvriers, mécontents de leur salaire, refusaient de travailler à ces conditions, ils se “mettaient en grève”, c’est-à-dire qu’ils retournaient sur la place de Grève en attendant qu’on vienne leur faire de meilleures propositions. Et comme me faisait remarquer Elena, c’est normal qu’un tel mot vienne du français… Après tout, ajoutait-elle, la grève n’est-elle pas une spécialité française?

Kilometroak: la fête de la langue basque en Gipuzkoa

Le Kilometroak.

Non, ce ne sont pas des pélerins qui se rendent à Compostelle!

Ce dimanche 7 octobre 2007, près de 150000 personnes se sont retrouvées à Bergara pour former une longue procession à la gloire de l’euskara, la langue basque. C’est ce que l’on appelle ici le Kilometroak, une fête véritablement populaire organisée chaque année depuis 1977 dans une ville différente du Gipuzkoa. Ce dimanche, Bergara est donc devenue un lieu saint où les marcheurs accomplissent leur rituel pour que la langue basque ne se perde pas. Et comme toute circulation automobile est interdite, les marcheurs se réapproprient l’espace urbain avec bonheur.

fm
Après avoir suivi la rivière (le Deba), l’itinéraire, de quelques six kilomètres, serpente au milieu des vergers et des champs (Aumategi, Agarre Garaia) puis traverse le quartier des hauts fourneaux (Labe Garaiak, où de nombreux gamins se retrouvaient pour siroter leur kalimotxo). C’est une façon de célébrer l’identité de la ville, entre agriculture et métallurgie, et les marcheurs régénèrent ainsi leur sentiment d’appartenance à la nation basque. On est bien ici dans la logique du pélerinage. Et comme les Jacquets, les marcheurs du Kilometroak peuvent s’arrêter en chemin pour reprendre des forces : des étapes sont prévues tout au long du parcours et l’on peut s’y restaurer mais aussi écouter des concerts. La vente des boissons et des sandwiches permet de recueillir des fonds pour les ikastolas, ces écoles privées où l’enseignement est entièrement en basque.

fmaillaut

.
.
La situation de l’euskara en Gipuzkoa.
.
.
Avec un peu plus de 670000 habitants et une densité de 340 habitants au km2, le Gipuzkoa (ou Guipúzcoa) est, en terme de population, la seconde province du Pays basque espagnol après la Bizcaye (1100000 habitants) et avant l’Alava (290000 habitants). C’est la province où le taux de bascophones est le plus important: 51,5 % des Guipuzcoans parlent en effet euskara (contre 25% en Biscaye et 16% en Alava). À l’inverse, les personnes qui ne parlent et comprennent que l’espagnol (“erdaldunes”) sont minoritaires: 33,6% de la population. Enfin, les bilingues passifs (14,9%) sont ceux qui comprennent l’euskara mais ne le parlent pas.
.
.
Quand on regarde la proportion de bascophones par communes, il apparaît que le bilinguisme est supérieur à 50% dans tout le Gipuzkoa, à la seule exception de Saint Sébastien. Le pourcentage des bilingues est particulièrement élevé (plus de 80%) dans les communes de moins de 20000 habitants, à fort caractère rural, notamment dans le centre de la province.
.
.
L’évolution du bilinguisme par classe d’âge est intéressante dans la mesure où l’on peut observer deux tendances contradictoires. Depuis 1981, le nombre des personnes bilingues âgées de plus de 65 ans diminue légèrement: il s’agit en effet d’une génération marquée par la répression franquiste. À l’inverse , les générations les plus jeunes sont plus nombreuses à parler euskara, avec une augmentation spectaculaire pour les moins de 24 ans, qui correspond à la mise en place de l’enseignement en euskara dans les écoles publiques.
.
.
Pour en savoir davantage, téléchargez et consultez la Carte sociolinguistique publiée (en espagnol) en 2005 par le Gouvernement autonome basque. Les cartes et graphiques ci-dessus en sont extraits.